‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 47 sur 61 · EXCELLENCE · texte numérisé non relu

EXCELLENCE

« Je me suis empressé de communiqaer au ^ce-R<n le rap- « port de la Commission chargée par lui de choisir Templace- « ment le plus convenable pour la constrnction d'une cale, et « j'ai également porté à sa connaissance le contenu de la lettre 0 que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 15 de ce mois. « Son Altesse me charge de vous ordonner de réunir de noo- « veau la Commission» pour lui demander une note aus^ dé- « taillée que possible des travaux qu'il serait jugé nécessaire c d'exécuter dans les environs de la cale projetée, pour les « besoins du service de la Compagnie de la Mer Ronge, de la tt Compagnie Péninsulaire Orientale, de la Compagnie Austra- % lienne, etc., etc., et de rédiger ensuite, avec faide de « M. Mouchelet, auquel vous donneriez vos instructions, et « d'après études préalables, le projet et le devis des divers tiare vaux, dont l'exécution devra être subordonnée à i'approba- « tion de S. A* le Yice-Roi, etc.

« Siqtki Kgbnig Bet, « Secrétaire des commandements. »

D'après ce nouvel ordre, la Commission fut réunie le 18 août 1857, et voici les questions qui furent posées par Linant-Bey, ainsi que les réponses des membres de la Commisâon.

a A MM. les membres de la Commission du port de l'Attaka:

« Tai eu Thonneur de communiquer à S. A. le Yice-Roi, par « l'entremise de S. E. Kœnig-Bey, secrétaire des Commandet ments, le rapport de la Commission.

« Son Altesse m'a chmgé de faire faire sous ma direction, en tt y destinant plus spécialement M. Mouchelet, ingénieur da (c chemin de fer du Caire à Suez, l'étude du projet des travaux 0 nécessaires dans le port de l'Adabbieh, sous la montagne de « l'Attaka, pour y établir une cale de halage et une jetée servant tt de débarcadère en même temps que d'abri à cette cale.

0 Pour déterminer l'étendue des établissements à fonder à « l'Attaka, et d'après les intentions de S. A. le Vice-Roi, je vieos, {( Messieurs, vous prier de vouloir bien fixer vos idées sur plo-

« sieurs points, qui ont un rapport direct avec l'étude du projet « que nous devons dresser, ce qui en même temps servira de 0 programme à nos travaux.

« Ces différents points sont ceux-ci :

« Le port de l'Adabbieh est-il suffisamment abrité naturelle < « ment pour que les bâtiments qui y viendraient ancrer soient « assez en sûreté, sans qu'il soit nécessaire de faire des travaux « afin d'obtenir un port mieux fermé ou un bassin ?

« La jetée qui devra être faite pour servir d'abri à la cale de « halage et de débarcadère pour les navires, doit aussi avoir des tt dimensions déterminées et basées sur le nombre des navires « qui doivent être amarrés au débarcadère et à la jetée ; ainsi, « sur combien de bâtiments peut- on compter, par mois ou par « semaine, qui viendront charger ou décharger à ce débarca- « dëre? quel sera le tirant d'eau de ces navires et leurs did mensions ? quels seront aussi les établissements, comme ma- (( gasins ou autres, qui seront nécessaires pour les différentes « compagnies dont les navires devront profiter de ce nouvel c( établissement?

« Le Chemin de fer en construction du Caire' à Suez doit-il « être construit immédiatement jusqu'au port de l'Adabbieh à « l'Âttaka, pour faire en ce lieu la gare principale, en ne lais- « sant qu'un embranchement vers Suez, où serait une gare H provisoire?

(( Les eaux manquant à Suez, comme aussi près de l'Âdab* u bieh, et les difficultés pour en conduire sur l'un ou l'autre « point se ti-ouvant les mêmes, quelles sont celles qui devront u être conduites le plus avantageusement à l'Adabbieh pour alid monter les nouveaux établissements, ou bien quel est le meil- (c leur moyen de s'en procurer?

« Voici, Messieurs, les points sur lesquels la Commission est « invitée à donner son opinion afin que nous puissions nous oc- « cuper immédiatement du projet et de l'évaluation des dé- 0 penses, ce qui une fois terminé sera soumis pour l'exécution « à un nouvel examen de la Commission.

« Alexandrie, le 18 août 1857. »

Rappori de la Commission du port de TAUaka sur la solutUm à donner aux questions faites par S. A. le Vice-Roi d^ Egypte, par Cintermédiaire de S. E. Linanî-Rey^ président de la Commission.

La Commission s'est assemblée le 18 août« à deux heures de Taprès-midi, chez M. Holton, un de ses membres. Lecture a été donnée de la lettre de S. E. Linant-Bey, contenant diverses questions soumises à la Commission par S. A. le Vice-Roi. La Commission a décidé à l'unanimité :

l*'Que le port de l'Attaka dans la baie de l'Adabbieh, tel qu'il est naturellement, n'offre aucun danger aux bâtiments qui Tiendront y mouiller;

2* La Commission évaluant que la Compagnie Péninsulaire orientale pourra avoir dans la suite, chaque mois :

En chargement et déchargement 8 navires.

La Compagnie Australienne 2 —

La Compagnie Medjidiéh 4 —

Le service du Gouvernement % —

Le Commerce, navires It voiles 4 -^

et que le temps nécessaire au chargement et au déchargerait peut être évalué à trois jours, estime qu'il faut que la jetée, destinée à protéger la cale de halage et à servir au chargement et déchargement dans le port de l'Attakat offre place pour quatre grands b&timents d'une longueur d'environ 100 mètres en moyenne, et d'un tirant d'eau d'environ 7 mètres (20 pieds).

En conséquence, la jetée doit avoir une longueur telle, que sur sa longueur totale une partie soit de AOO mètres, avec une profondeur d'eau de T'^^SO, et permette à quatre grands navires d'accoster la jetée dans le sens de leur longueur.

Il serait à désirer que la jetée fût construite dans des condi* tions telles qu'elle pût être prolongée plus tard, si le besoin 9'en fusait sentir, et qu'elle eût une largeur suffisante pour y établir au moins trois voies ferrées \

8« Que les Compagnies Péninsulaire, Orientale, Australienne

et Medjidiéh ont besoin chacune d'un magasin à charbon d'une superficie de 1.000 mètres carrés ;

Qu'elles ont également besoin chacune, pour leurs magasins d'armement et d'approvisionnement, d'une étendue de terrain de 600 i(iètres carrés; enfin que l'entrepôt de douane pour tout le commerce de la Mer Rouge doit occuper une étendue de 1.000 mètres carrés de surrace ;

&"* Que la ligne principale du Chemin de fer du Caire à la Mer Rouge devra être dirigée directement vers l'Attaka, où sera la gaie principale et permanente, mais qu'on doit d'abord faire un embranchement vers Suez, où sera la gare provisoire;

b" Que l'établissement à l'Attaka d'une cale de halage, d'ateliers et de magasins, le séjour pour chargement et déchargement des navires de toutes les Compagnies qui desservent la Mer Rouge, l'aboutissement du Chemin de fer eut* ce point, entraînant naturellement au bout d'un certain temps l'accumulation d'un grand nombre d'habitants, il faut nécessairement faire arriver à l'Attaka les eaux du Nil ; mais que provisoirement et en attendant que les travaux nécessaires soient terminés, il serait bon d'établir à l'Attaka utie machine distillatoire pouvant procurer 50 tonneaux d'eau douce par jour.

Fait et réigé séance tenante à Alexandrie, 18 août 1857. Signatures des membres de la Commission.

D'après ce qui fut décidé, on fit les plans et métrés, devis, etc., pour la cale de halage et les ateliers, tels qu'ils sont désignés par la Commission.

La valeur des travaux était, tout compris : 18.850.55& P. T., en livres sterlings, 198.467 L.

L'affaire en resta là, sans décision ; mais en février 1860, le Vice-Roi Saïd-Pacha la reprit. Linant-Rey lui avait souvent parlé d'établir à Suez une forme flottante en fer, pour bassin de radoub (comme du temps de Méhémet*Ali il avait parlé d'une forme flottante en bois) , et cela lui ayant été proposé par une maison anglaise, Linant-Rey reçut du secrétaire des commandements une lettre dont voici l'abrégé :

M. Bower» représentant de la maison Forester et Compa-

gnie« de Liverpool (qui devait fournir l'appareil de la cale de halage), ayant été consulté sur la construction d'une forme flottante en fer« apportera à Votre Excellence les plans d'une forme flottante et d'ateliers de réparations, ainsi que d'appareils distillatoireSy afin qu'après les aroir examinés soigneusement, elle dresse un devis exact des sommes qu'exigerait la construction des ateliers et établissements, selon ce que demandaient les différentes compagnies, et qu'elle présente ce devis au Vice -Roi.

Les résultats des calculs furent ceux-ci :

La forme flottante toute montée à Suez coûterait, y cornpris les transports sur le chemin de fer d'Alexandrie à Suez, avec l'outillage de réparation, l'appareil distillatoire installé :

Pour la forme flottante, appareil distillatoire et outillage, soit 131.700 £

Pompes à vapeur 9.300

Total 14r000£

En piastres égyptiennes 13.747.500

Transports <. 500.000

Total 15.247.500

G'ét^dt donc, avec la cale de balage et les établissements, une différence de 3.603.05& R E., soit UMS L. S.

D'après ceci, il fut ordonné à Linant-Bey de faire et conclure un marché avec M. Bower, pour la forme flottante. Les plans furent vérifiés, modifiés, etc. , et le contrat terminé, avec ordre de le signer. Il conviendrait de donner ici une copie de cet engagement, par lequel on verrait combien sont onéreux les arrangements que le gouvernement égyptien prend avec les entrepreneurs, parce qu'il n'a jamais d'argent comptant; mais ce serait un détail un peu long, et nous nous contenterons d'en donner seulement le résultat.

Saîd-Pacha aurait préféré donner une traite sur lui de 100.000 francs à l'échéance d'une année, que de tirer de sa poche 26.000 écus. Le papier ne coûte rien à signer, l'avenir est toujours éloigné et incertain, on ne pense qu'au moment.

M. Linant-Bey représenta que si Ton n'avait pas la possibilité d'avoir de l'argent comptant à Tépoque désignée pour chaque payement, il valait mieux ne pas faire les travaux que de les payer, par le système des bons à une longue échéance avec un fort escompte, le double de leur valeur ; ses représentations n'aboutirent à rien et l'on résolut de payer :

Au lieu du total de la valeur 15.247.500

La somme de 18.330.000

Différence en plus 3.082,500

d'après le mode de payement que le ministère des finances imposa.

Le contrat allait être signé lorsque, heureusement, Nubar- Bey partant pour l'Europe, Saïd -Pacha lui dit que comme M. Bower partait aussi, ils eussent à discuter ensemble avec la maison Forester, deLiverpool, le règlement des prix de la forme flottante.

Cette affaire en resta là, Saïd-Pacha ayant changé d'avis aussi vite qu'il avait eu l'idée de cette forme flottante et sans plus de réflexion.

Il appartenait à S. A. le Khédive Ismaïl-Pacha de réaliser cette conception de forme flottante, qui au lieu d'être faite pour Suez, où il y avait un bassin de radoub en pierres, fui placée à Alexandrie.

C'est en 1861, au mois de juin, que reprirent les affaires, non plus concernant une cale de halage ou une forme flottante pour Suez, mais bien d'un bassin de radoub en maçonnerie.

M, Girette, un des inspecteurs de la Compagnie des Messageries Impériales, vint en Egypte avec mission d'engager le Vice-Roi à faire construire un bassin de radoub à Suez. L'extension que le service de cette Compagnie allait prendre aux Indes, en Chine, et son siège principal devant être à Saigon, il lui fallait à Suez un bassin pour ses bateaux ; et déjà il était entendu avec le Vice-Roi que les Messageries feraient le bassin à leurs propres frais, pour le compte du gouvernement égyptien, qui rembourserait le coût de la construction et l'intérêt du capital déboursé.

Son Allesse charge^^ Lln&nt-Bef d^'aUer rar les lieux, atec M. Girette et le commandaot Fisquet.

Ob trouva bien que la baie d'Adabbieb était un point iiM^:Difiqoe pour un port de grande navigation, et tout le monde était d'avÎB que si Suez n* existait pas, ce serait certainement là qu'il faudrait fonder une ville et des établissements maritiflies ; mais que la ville existant, quoique peu importante, et aussi d'autres établissements, il n'y avait pas lieu à penser à l'Adabbieh. Ceci n'était paa l'opinion de Linant-Bey, qui voyait au contraire qd grand avenir à une ville et un port situés dans ladite baie, mais il y avait des intérêts individuels et des influences que l'en croyait devoir ménager.

Un contrat fut donc passé entre le gouvernement et HM. Dussaud frères; voici comment :

Le projet fut, ainsi que le cahier des charges, dressé à Colmar par Fingénieur des ponts-e^haussées, M. Stœcklin, le 18 octobre 1861.

En dessous est la signature de Mohamed-Saïd-Pacha, le Tice- Roi.

Puis Facceptation par les entrepreneurs, le 11 avril 1862,

DcssACD frères.

Puis Tacceptation au nom de la Compagnie des Hessageries, par M. G. Brenier (11 avril 1862).

Vient ensuite une déclaration disant : que le cahier des charges a été signé en sa présence par le Vice-Roi, et cette dédéclaration, est signée du consul de France, M. de Beauval.

Puis, pour copie conforme à l'original, signé par le ministre des affaires étrangères,

Lulfikar-Pagba.

Et enfiob l'approbat^n de toute l'aflaire par les admiwtratem'S :

Abmand Béhig.

ÉnOUARD Deusskrt,

HnSKIER,

Ghari^ West, Les articles du Cahier des charges, qui désignent les trsh

vaux, sont semblables à tous ceux de ce genre ; ceux qu*il faut remarquer sont :

Que la direction des travaux est confiée à la Compagnie des services maritimes des Messageries, et elle a un ingénieur à elle.

D'après l'article 15, on devra payer une somme de 5.400.000 francs, si le bassin est fait à sec, et de 6 millions dans le cas contraire.

Art. 18. — Son Altesse procurera à l'entrepreneur un nombre suffisant d'ouvriers de corvée, s'il y a insuffisance dûment reconnue dans le nombre d'ouvriers libres, et il devra les payer au taux auquel ils le sont pour les travaux du gouvernement.

Il est une autre pièce, ayant pour en-tète : Note respectueusement soumise à l'approbation de S. A. le Yice-Roi. Dans cette note, où il est répété ce qui est cité plus haut, article 15, on dit, à la fin de l'article 1 :

S. B. Linant-Bey, Directeur-général des Travaux-Publics, est chargé de vérifier, au point de vue technique, les calculs du projet et les plans et pièces ci-jointes.

Cette note fut approuvée par S. A. Saïd-Pacha, par M. Brenier, pour la Compagnie des Messageries, et par M. le consul de France de Beauval, disant toujours que le Yice-Roi a signé en sa présence.

Enfin, ces articles se terminent par un paragraphe de M. de Beauval qui dit : qu'il a été expressément convenu, entre Son Altesse et lui, qu'afin de ne pas retarder plus longtemps des travaux étudiés et préparés avec tout le soin désirable, la note et le cahier des charges seraient immédiatement exécutoires, sous la responsabilité des Messageries, responsabilité qui sera couverte après la vérification matérielle que S. E. Linant- Bey est chargé de faire des chiffres et des calculs du projet.

Signé : de Beauval, le 11 avril 1862.

Après avoir posé l'afiaire du contrat de Bassin de radoub de Suez, nous laisserons désormais parler S. E. Linant-Bey. L'affaire du Bassin de radoub de Suez, après mon retour de la

visite avec H. Girette et le commaDdant Fisqoet, était une affaire arrangée entre S. A. le Yice-Roi et M. Girette. Nous étions à Marient, chez Son Altesse, lorsque M. de Beanvai arriva; il venait pour cette grande affaire du Bassin, ne voulant pas que l'on lit rien sans lui, et séance tenante il fallut que l'on écrivit un commencement d'engagement, qui plus tard fut transformé eo contrat, comme on vient de le dire.

Ce contrat, ces arrangements ne me furent communiqués officiellement, malgré ce qui est dit dans le cidiier des charges du 11 avril 1862, que le 10 août (quatre mois après), parle Ministère des Affaires-Étrangères.

C'était un entrepreneur qui avait été choisi par les Messageries, l'homme, il est vrai, le plus capable et le plus loyal que Ton pût présenter.

L'ingénieur était aussi choisi par les Messageries; il avait la haute main sur tout le travail, la direction de tout, et le Goavemement n'avait aucun contrôle : les arrangements étaient donc vicieux ; aussi y avait-il toujours une tendance de la part de l'ingénieur, quoique placé par les Messageries, à se poser comme ingénieur du Gouvernement Égyptien, ce qui établissait de fausses positions. — Lorsque je pris plus activement la surveillance de cette affaire, je fus forcé de demander des explications aux Messageries : il me fut dit que l'ingénieur était purement et simplement l'employé des Messageries pour la construction du bassin, n'ayant, comme service, rien à faire avec le Gouvernement.

Lorsque je reçus la copie du cahier des charges tout était depuis longtemps fini , par conséquent qu'avais-je à examiner, à vérifier? il aurait fallu revenir sur toute l'affaire. Je prévins Said-Pacha de la situation, et dans ces sortes d'affaires jamais il ne donnait un ordre par écrit. Je laissai donc aller les choses, craignant d'entamer une discussion qui pourrait aller trop loin si je la provoquais officiellement : seulement, souvent je m'entretins avec l'entrepreneur et l'ingénieur au sujet de ce que je pensais être défectueux dans le projet du Bassin et des abords; nous verrons plus loin ce qu'il en advint. En attendant» nous parlerons ici d'une affaire qui ne con-

cerne le Bassin de Suez que par contre-*coup, mais qui a rapport aux travaux du port , affaire que nous citons pour donner une idée de la manière dont se sont faites plusieurs choses importantes*

Au commencement du mois d'octobre 1862, je reçus une lettre du secrétaire des commandements du Vice-Roi Saïd-Pacha, me transmettant une pièce officielle qui lui avait été adressée par le président de la Compagnie du Canal de Suez. Il y était dit : tt conformément aux instructions de Son Altesse (1), et suivant le compte 'rendu que je lui ai fait verbalement (toujours), j'ai l'honneur de vous transmettre, pour en faire le dépôt dans les archives du cabinet de Son Altesse, la copie certifiée du procès-verbal délimitant la superficie à occuper, par le Bassin de radoub de Suez et ses dépendances, sur les terrains faisant partie de la concession du canal maritime. Ledit procès-verbal a été signé, d'une part, par M. Voisin, directeur général des travaux du Canal, agissant au nom de la Compagnie, et d'autre part, par M. Stœklin, ingénieur des Messageries Impériales, d'ordre de S. A. le Vice-Roi.

« Le Conseil d'administration des Messageries Impériales a informé la Commission du Canal de Suez qu'il avait ratifié cette convention, et le Conseil d'administration, dont je suis le Président, m'a donné tout pouvoir pour la ratifier en son nom, ce que je fais par la présente.

« Veuillez, etc., etc »

Le plan et le procès-verbal étaient joints à cette dépêche.

Le procès-verbal ne fait aucunement mention de pièces officielles autorisant, soit les Messageries, soit leur ingénieur, à cette

(i) Ces instructions, pour des affaires aussi importantes, auraient toujours dû être écrites; car souvent, ou le Vice-Roi changeait de volonté, ou bien il oubliait ses paroles, et la parole seule du président de la Compagnie du Canal de Suez ne pouvait légalement valoir une pièce à lui officiellement écrite. Nous savons par expérience, comme on a pu le voir pour le procès-verbal de la livraison des cartes cadastrales, dans Tafifaire de l'arbitrage de Napoléon lïl, qu'il y avait quelquefois au moins malentendu dans ce que M. le président disait être la volonté de Saïd-Pacha.

délimitation. -^ Ici les Messageries n'araient rien & fiiire, elles fusaient construire le Bassin de radoub par un entreprenenr à elles et par un ingénieur sous leur haute direction. Les terndns devaient^ comme le bassin, appartenir au Gouvernement.

La Compagnie, qui devait avoir pour son exploitation du Canal des terrains, selon son firman de concession, ne pouvait eUemème désigner sa part des terrains appartenant au Gouvernement : c*était à des agents, à des fonctionnaires égyptiens, à présider cette Commission de délimitation, et non à des étrangers, et surtout non pas au personnel de M. de Lesseps, si intéressé dans cette délimitation pour les intérêts de la Compagnie. Le Ministère de rintérieur devait être représenté dans cette déliooitation, celui des Affaires-Étrangères et celui des Travaux-publics aussi; mais non, cela se passa en famille, et l'on disposa de la propriété du Gouvernement sur l'avis de deux ingénieurs : celui de la Direction-générale des travaux du Canal de Suez, représentant cette Compagnie, partie très-intéressée, et Fingénieur da Bassin, qui dépendait des Messageries et n'avait aucune position officielle dans le Gouvernement Égyptien.

Yoici comment se faisaient beaucoup d'affaires importantes, et si l'on recherchait le fond légal de toutes celles dé ce genre, ce serait seulement sur la parole d'une personne qu'on verrait qu'elles ont été exécutées.

Lorsque je fus plus directement et officiellement chaiigé de voir les affaires du Bassin, par une lettre officielle du Ministre desAfbires-Étrangères et du Caymacam de FÉtat, en l'absence du Vice-Roi, alors je fis mes observations à l'ingénieur et au constructeur.

Premièrement le Bassin» qui dans le principe ne devait avoir que 120 mètres, fut mis à ISO, ce qui motiva une nouvelle condition au contrat, qui fut : que si le bassin se faisait à sec, le Gouvernement payerait 300.000 francs de plus, et 400.000 s'il devait se construire dans l'eau.

Cette modification fut conclue en vertu d'un ordre qui me fut donné en novembre i 862.

Il y avait encore à modifier plusieurs choses.

Par exemple : les terre-pleins, les enrochements défendant ces

tenre^pleins, tes eouronnements du bassin deyaient 6tre élevés, car ils n'étaient qu'à 0*^,40 au-dessus des plus hautes marées cooDiies» et par les eoups de vent du sud ils pouvaient être submergés par les vagues; cela provenait de ce que l'ingénieur avait dressé son projet sur des cotes de nivellement qui lui avaient été données par des personnes qui n'avaient pu faire une assea longue série d'observations sur les marées; il fallait donc exhausser tout cela.

La chaussée d'accès qui conduisait de la ville, par le banc de sable, jusqu'au terre-plein du bassin était beaucoup trop faible, trop basse, et devait être renforcée, élai^e et avoir un mur d'abri, ce qui fut bien prouvé, car la mer enleva plusieurs fois cette jetée et passa souvent par-dessus.

Aux observations que je fis plusieurs fois à l'ingénieur du bassin (du moment où je pouvais agir officiellement), je reçus de . cet ingénieur une explication dont voici un extrait :

Le projet du bassin de radoub de Suez, sur F invitation de Saïd-Pacha, avait été entrepris par les Messageries Impériales et dressé avec tous les soins les plus minutieux, approuvés par Tingénieur en chef Pascal.

Si l'on a dû, pour rester dans les limites données du chiffre de 6 millions, fixé par S. Â. Saïd-Pacba, restreindre et affaiblir quelques parties comprises dans le projet primitif, réduire par exemple en largeur les jetées, la chaussée, le terre-plein, etc., ces changements n'ont été faits qu'à regret, et de manière à ne compromettre en rien lavenir.

D'aj^ës ceci, il y a/vait donc des améliorations à apporter au projet.

L'1lQgénieu<r, par la même pièce, me faisait connaître tous les griefs que lui et l'entrepreneur avaient à formuler contre les actes des employés du Gouvernement. -^ Ce rapport, dans lequel l'ingénieur se posait comme le soutien et le défenseur des droits de l'entrepreneur, qui jouait là le rôle que seul les Messageries pouvaient prendre, lui qui avait toujours eu la prétention d'être l'ingénieur des travaux publics du Gouvernement égyptien, tout cela indisposa beaucoup le Vice-Roi, et effectivement, ee rapport ou mémoire était assez véhément pour cela, et

fut défavorable à TopiDion que le Yice-Roi conçut de rîngénieur.

Dans les plaintes portées sur ce que les différentes administrations mettaient des lenteurs aux fournitures auxquelles l'entrepreneur avait droit, et sur les entraves qu'il rencontrait duique jour, c'était l'ingénieur qui parlait pour l'entrepreneur.

On se plaignait aussi de ce que la fourniture des ouvriers oe se faisait pas« que l'on empêchait les recruteurs d'ouvriers de les conduire à Suez, pour les employer ailleurs, que Ton avait mis en prison les gens de M. l'entrepreneur lorsqu'ils conduisaieot des ouvriers engagés pour lui et payés d'avance ; FingéDieur allait même jusqu'à dire que les agents du Gouvernement forçsdent les ouvriers à quitter Suez, et fit un rapport dans le même sens au Consul- général. — Cela alla si loin, qu'au mois de juin ii ne resta plus à Suez que cent vingt ouvriers seulement, ce qui ne permettait pas de continuer la fouille du Bassin; enfin il y eut des plaintes pour tout le monde.

Il y a eu dans toute cette affaire un malentendu, des quiproquos et beaucoup d'ignorance des choses; personne n'était spécialement chargé de l'affaire de la part du Gouvernement et tout le monde voulait y prendre part, chacun interprétant les chtfêes à son point de vue

D'après les plaintes de l'ingénieur, le Consul de France et l'agent des Messageries intervinrent, et alors l'aigreur se mit de la partie; on menaça de faire venir tous les ouvriers nécessaires de France.

Quoi qu'il en soit, on envoya dans le mois d'août 1863 neuf cents hommes, d'anciens soldats, parce que Ton pensait qu'ils se conduiraient mieux que d'autres ouvriers; mais d'après le rapport de l'ingénieur, du 26 de ce même mois, c'étaient des prisonniers qui n'avaient aucune discipline, quoiqu'on les fit passer pour des soldats enrégimentés, et de plus qui ne voulaient rien faire sur les travaux, prétendant que comme soldats ou prisonniers ils avaient droit au pain et à l'eau, et qu'ils étaient libres de dormir tout le jour. — Enfin ces hommes, par leur travail, ne gagnaient même pas la valeur du pain et de l'eau que l'entrepreneur leur donnait ; ils commettaient toutes

sortes de dégâts sur le chantier, au dire de l'ingénieur, qui réclamait donc mon intervention en tout cela, puisque je venais d'être chargé spécialement de TaiTaire du Bassin.

Effectivement, S. A. le Vice-Roi me donna ses instructions et je me rendis à Suez; le général en chef vint aussi pour organiser militairement ces neuf cents hommes, avec un colonel et des officiers; moi, de mon côté, sur la demande des ouvriers, qui se plaignaient que la distribution d'eau n'était pas suffisante, j 3 leur en fis distribuer davantage. Le soir, le colonel, nommé pour commander ces neuf cents hommes, vint prendre mes instructions pour le travail.

Je reçus encore un rapport, copie de celui que l'ingénieur envoyait au Consul-général : il y était dit que les ouvriers étaient en révolte et ne faisaient rien, que c'étaient des galériens, que les Em*opéens étaient très-inquiets» craignant que ces hommes ne se portassent contre eux à des voies de fait, et que lui et l'entrepreneur allaient faire venir des ouvriers de France; qu'alors, puisque nous ne pouvions leur donner des ouvriers de corvée, nous payerions la différence du prix des journées et les dommages-intérêts .

Les affaires avaient été si mal commencées, le contrat tellement fait, que nous, Gouvernement, nous les chefs qui payions, nous avions l'air d'être pour ainsi dire aux ordres de l'ingénieur de la Compagnie des Messageries ; il nous menaçait même.

Je me rendis spontanément une autre fois à Suez, et je fus voir les travaux ; jamais, il est vrai, je ne vis chose semblable : les soldats restaient debout sans rien faire, appuyés sur leurs pioches ou leurs pelles, les officiers regardant cela tranquillement ; je leur parlai Je les interrogeai : c'était un parti pris ; ils me dirent que, devant rester attachés à ce travail c'était pour eux les galères, et qu'ils aimaient mieux être traités en galériens ailleurs; car partout il faudrait leur donner la ration, et qu'ils n'avaient pas besoin de travailler pour cela. J'eus beau les sermonner, il existait une force d'inertie chez ces gens-là tout à fait inexplicable. — Dans la nuit, il y avait eu désertion, et le colonel était allé dans le désert chercher les déserteurs; personne ne faisait son devoir. — T avais une grande envie de séviri surtout contre les

oflSciers ; mais je oe trouvai partout que mollesse et nonchalance ; je trouvai tout cela incompréhensible; môme jusqu'à ce jour Je n'ai pu m'en rendre compte.

S. A. le Vice-Roi était fort mécontent» comme de raison, de la protestation de l'ingénieur et de l'entrepreneur, communiquée par le Consul, qui disait des choses très-fortes.

Je reçus de nouvelles instructions. Il fallait donc faire on nouvel arrangement avec l'entrepreneur, qui consistait à supprimer toute fourniture d'ouvriers de la part du Goavememeot et à fixer la somme qu'il y avait à donner en compensation de cette suppression, qui était occasionnée par celle des corvées, comme S. A. en arrivant au pouvoir l'avait déclaré; alors l'entrepreneur pourrait avoir des ouvriers libres, européens, arabes, chinois, comme il l'entendi^ait. J'avais carte blanche et pleins pouvoirs.

L'arrangement était à peu près celui-ci (car il serait trop long de le donner en entier) :

a S. A. le Vice-Roi, voulant assurer l'exécution des travaux « du Bassin de radoub à Suez, œuvre si utile à toutes les Gom- « pagnies maritimes et au pays, désire faire au premier contrat u les modifications suivantes :

« L'entrepreneur mettra la main à l'œuvre immédiatement « après la signature de ce présent contrat additionnel, afin que « le bassin soit en état d'exploitation, au 1*' mars 1867, si le a béton devait être coulé dans l'eau, et au 1*' mars 1866, si « toutes les maçonneries pouvaient être faites à sec.

« Il sera payé à l'entrepreneur, à forfait, une somme de a 6.A00.000 francs, le bassin étant construit isec, et dans le « cas contraire celle de 6 millions.

« En outre, il sera aussi payé à l'entrepreneur, pour compena satiou de l'intervention du Gouvernement égyptien dans le rea crutement des ouvriers, une somme fixe de 3.800.000 francs, n le bassin étant fait à sec, et de 3« 500.000 fr, dans l'autre cas.

« Alors l'entrepreneur fournira à ses risques et périls tous a les ouvriers, manœuvres et autres, européens et indigènes tt dont il aura besoin pour ses travaux» w leur assurant les loa gements nécessaires. »

Ce contrat additionnel fut signé sans Tintervention du Consul et sans celle des Messageries Impériales, par moi et Tentrepreneur, M. Dussaud, le 7 septembre 1863.

Voici sur quelles bases furent faites les modifications au premier contrat :

L'ensemble des travaux restant à faire exige remploi pour un délai de trente mois d'une moyenne de mille ouvriers arabes. — A raison de 1 fr. 50 cent, par jour et de vingt-cinq jours de travail par mois, ces mille ouvriers donneraient une dépense mensuelle de :

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