x4,50x25 ou 37.500 fr
et pour 30 mois i.iS5.000 fr.
En prenant des ouvriers européens, le nombre pourrait en ôtre réduit à six cents qui, pour trente mois, à raison d'un salaire de 8 francs par jour et de vingt-cinq jours de travail par mois, donneraient une dépense de :
600 X 8 X 25 X 30 ou 3.600.000 fr.
Si Ton prenait partie ouvriers européens et partie ouvriers arabes, ceux-ci étant mis à la tâche pourraient gagner im salaire plus fort ; il s'établirait une compensation sur les mêmes bases que ci-dessus :
1* Ce qui donne une différence pour Tentrepreneur de 2.475.000 fr. Â quoi il faut ajouter :
2* Pour 2.000 voyages sur chemin de fer, k raison de
200 fr. chacun 400.000
3*" Frais d^installation de logementSj restant au gouvernement 130.000
4*' Frais d'outillage et d*h6pital 70.000
5** Pour charges personnelles et dépenses imprévues. . 225.000
Total 3.300.000 fr.
D'après ce nouvel arrangement, les neuf cents ouvriers furent renvoyés, l'entrepreneur se procura ses ouvriei's, et enfin les travaux marchèrent fort bien, sous la main Jiabile de M. Dussaud, déjà si exercé dans les travaux hydrauliques.
Cet arrangement fit du bruit Le Consul-général de France en
fut ému et froissé; T Administration des Messageries troava étonnant que les modifications se fissent sans son intermédiaire; on pensait partout que la somme accordée pour la suppression des ouvriers de corvée était énorme, et TAdministratioD des Messageries renvoya pour cette affaire, en Egypte, M. Girette, administrateur-adjoint et inspecteur-général. Le 3 octobre 1863. après s'être rendu à Suez, et avoir vu les travaux et l'entrepreneur, il présenta à S. A. le Vice-Roi la note suivante :
« La Compagnie des services maritimes des Messageries Imn pénales a reçu de M. l'agent et Consul-général de France en t Egypte communication officielle du traité passé, le 7 septembre « 1863, entre S. E. Linant-Bey, Directeur-général des Travani- « publics, agissant par ordre et pour le compte de S. A. le c Vice-Roi, d'une part, et MM. Dussaud frères, entrepreneurs « du bassin de Suez, d'autre part.
u Le soussigné, agissant en vertu du pouvoir des conseils tt d'administration de la Compagnie, exprime respectueusaneot « à Son Altesse la reconnaissance dont la Compagnie est péné- « trée pour la pensée toute bienveillante qui a dicté cet arran- « gement, dont le but manifeste est d'écarter les difficultés qui a ont depuis dii mois entravé l'exécution des travaux.
« Gardant le caractère d'intermédiaire nécessaire entre le fc Gouvernement du Vice-Roiet les entrepreneurs, qui lui a été « attribué par la convention et le cahier des charges du 11 avril n 1862, la Compagnie a dû examiner d'abord si l'arrangemeat « du 7 septembre 186S n'imposait pas au trésor du Vice-Roi un « sacrifice excessif, et si, d'un autre côté, en couvrant suffia samment les intérêts des entrepreneurs, il permettait de réa- « User, dans les meilleures conditions actuellement possibles, H l'achèvement du Rassin.
« La Compagnie a reconnu :
» l"" Que la décision prise à un point de vue général par S. A. tt le Vice-Roi, de supprimer les ouvriers de corvée en %ypte, a avait rendu impossible l'achèvement des travaux du Bassin (( dans les conditions prévues par le contrat du 11 avril 1862;
a 2'' Que les travaux, par le fait seul de cette décision, avaient « été retardés d'au moins six mois ;
a S^" Qu'en présence des pertes considérables déjà subies par « l'entreprise sous l'influence de l'état de choses antérieur à o l'arrangement du 7 septembre, des chances aléatoires que *< comporte l'achèvement des travaux par ouvriers étrangers à « rÉgypte, et de l'emploi plus étendu qu'il faudra faire des a machines pour suppléer à l'insuffisance de la main-d'œuvre, « la somme additionnelle de 3.300.000 fr. ou de 3.600.000 fr., « suivant les alternations prévues par l'arrangement du 7 sep- « tembre, ne sort pas des limites d'une compensation équice table;
« 4* Enfin que les entrepreneurs offrent toutes les garanties « désirables pour que ce supplément de dépenses soit appli- « que de manière à atteindre le but que le Vice-Roi s'est pro- « posé en concertant avec la Compagnie le contrat du 11 avril <t 1862.
<( Nonobstant la confiance sans réserve que méritent le sa- « voir, l'expérience et le caractère de M. l'Ingénieur des ponts- « et-chaussées, le soussigné, en vue deremplir en toute conscience « le mandat attribué à la Compagnie par le contrat du 11 avril a 1862, a mis à profit la présence à Suez de M. l'Inspecteur ce général des ponts-et-chaussées et de M. l'ingénieur-en-chef « Pascal, directeur des travaux du port de Marseille, pour con- « trôler les données ci-dessus exposées. Ces éminents ingénieurs if ont été d'accord pour reconnaître l'exactitude des appréciations « de M. Stœklin et considérer l'arrangement du 7 septembre « comme reposant, de la part des entrepreneurs, sur des calculs a très-modérés.
<( Dans cette situation, le soussigné se référant, en ce qui con- « cerne les intérêts de la Compagnie, aux garanties imprescripa tibles stipulées par la convention et le cahier des charges du a 11 avril 1862, ne peut qu'acquiescer, au nom du Conseil a d'administration, à l'arrangement du 7 septembre 1862, vu ic que le Gouvernement et les entrepreneurs considèrent les « nouveaux moyens d'exécution, déterminés par cet acte, o comme devant conduire lepluspromptement possible au but a des stipulations du 11 avril 1862, qui est l'achèvement du « Bassin. En priant respectueusement S. A. le Vice-Roi de lui
« faire donner acte, par l'intermédiaire officiel an Gonsalat-^ « néral de France, de l'acquiescement de la Compagnie, selon tf la teneur de la présente note, le soussigné prend la liberté « de solliciter de Son Altesse les ordres les plus exprès pour n que, dans la nouvelle période qui va s'ouvrir, Toeuvre da « Bassin reçoive des autorités égy tiennes, à tous les degrés de « la hiérarchie, la constante protection et l'assistance mani- « feste sans lesquelles, même au prix des plus grandes dé- « penses, on ne peut rien faire en Egypte.
« S octobre 1862. Signé : Girettb. b
Je me suis souvent demandé pourquoi ces interventions, par lesquelles on se donne toujours un air de censurer les actes du Gouvernement égyptien ; pourquoi mêler dans des affaires du Gouvernement et d'un entrepreneur le Consulat? Aucun des deux partis intéresasés ne le demande : c'est presque une inconvenance ici de le demander. L'approbation, l'intervention de la Compagnie était inutile, puisque ce devait être un banquier d'Alexandrie, et non pas elle, qui donnerait les fonds, et quant au Consulat, c'était le Ministre des Affaires-Étrangères qui communiquait les pièœs au Consul, s'il y avait lieu.
Le nouveau contrat avait été signé par l'entrepreneur avant que le Consul eût connaissance de la chose, ce qui fit que celui-ci lui fit une longue mercuriale.
Ceci amena une bouderie du Coasul, et ce ne fut que quand les pièces furent communiquées par le ministère^ que le Vice* Roi voulut bien recevoir M. le Consul-général et M. Girette, ce qui leur fut annoncé par télégramme; Son AMesse se trouvait sur le Nil à Cafr-Zaîat, pour assurer k feraaeture de digues qui avaient été rompues.
Après ce nouvel arrangement bien temsùné, les travaux du Bassin marchèrent; mais ce n'était pas tout, il fallait encore les travaux complémentaires et supplémentaires.
L'ingénieur, par les lettres qu'il m'adressait, wfi disait toujours, qu'ayant dû se restreindre dans les limite» étroites de 6 millions, il avait dû chercher sur le premier projet une éco-
*nomie de 2 millipns, et que c'était la cause pour laquelle il me paraissait que le projet n'était pas complet.
Son Altesse connaissait parfaitement ce qui manquait, et elle me donna l'ordre d'examiner encore cette affaire.
Devant partir pour une mission en France, où l'ingénieur du Bassin se trouvait, je pensais traiter directement avec la Compagnie des Messageries à Paris ; en effet, je m'y rencontrai avec M. Pascal et M. Béhic.
Après avoir eu plusieurs conférences au sujet des travaux complémentaires à exécuter au Bassin de Suez, on décida de soumettre à l'approbation de S. A. le Vice-Roi, comme un avantage pour le Gouvernement, propriétaire du Bassin, les travaux suivants :
Chaussées d'accès a renforcer, élever et élargir, avec
deux voies ferrées, parapets, etc 600.000 fr.
Approfondissement et allongement du chenal 25.000
Avant-port, souille, draguages et empierrement des talus, petit port de même, agrandissement des parcs à charbon, agrandissement du terre-plein et enrochements i.875.000
Travaux divers :
Conduites d'eau, voies de garage, plaques tournantes, grues, machine a mater, appontements, bornes d*amarrage, feux, bouées 500.000
Frais imprévus d'administration et de personnel. . . . 300.000
Total 3.300.000 fr.
Son Altesse voulut bien écouter tout au long mon rapport sur ce qui avait été convenu sur les travaux complémentaires du Bassin, ce qu'elle approuva en ayant reconnu tous les avantages, et je fus autorisé par elle à écrire à la Compagnie des Messageries qu'elle donnait son approbation à ce qui avait été exposé.
Quelques jours après. Son Altesse me dit qu'elle ne concevait vraiment pas pourquoi nous allions dépenser tant d'argent au port de Suez pour des travaux qu'elle n'avait pas besoin d'exécuter elle-même, puisqu'ils seraient faits sans qu'elle en fît la dépense.
Je fus exti'êmement surpris de ce que Son Altesse me disait
et ne pouvais comprendre d'où provenait ce changement d'idées car j'étais bien persuadé que le Vice-Roi reconnattrait les avantages de toutes sortes qui seraient obtenus par ces travaux cornpiémentaires. Je fus forcé de dire que cela me senoblait une énigme que je ne pouvais deviner. C'est pourtant bien simple, me dit Son Altesse. D'après ce que vous m'avez dit, je devrais dépenser 3.300.000 francs pour ces travaux qui seront terminés en deux années ; mais je puis bien attendre trois ou quatre ans si cela ne me coûte rien. Je ne pouvais comprendre. Écoutez, me fit l'honneur de me dire le Yice-Roi, M. de Lesseps m'a dit ces jours-ci que dans trois ans, lui-même ou sa Compagnie aurait établià Suez, bassin, port, avant-port, quais, jetées, docks, etc. , etc. et que par conséquent ce serait faire un double emploi, que je n'avais pas à m'occuper de tout cela. Je conviens que je fus abasourdi d'entendre ces paroles et de voir M. de Lesseps sacrifier tout sans réflexion, amis, intérêts du Vice-Roi même, par sa. légèreté et son aveuglement. Je dis à Son Altesse : Gomment Monseigneur, vous qui connaissez par expérience M. de Lesseps, qui savez que pour ce qui touche le Canal il devient aveuglément fanatique, lui qui par sa concession n'a aucun droit pour fsdre de semblables travaux, lui qui ne peut par sa Compagnie avoir des fonds suffisants pour finir les travaux du Canal, d'après les dimensions données au programme, et auquel il travaille depuis dix ans quand il le promettait en trois, comment pouvez-vous croire qu'il fera ce qu'il promet pour Suez? Il demandera probablement encore des fonds àl'Égypte. Ceci est un écart de son imagination et n a rien de sérieux. Son Altesse médit alors, cependant M. de Lesseps m'a donné sa parole, nedois-je donc pas le croire? Je répondis que je ne me permettrais pas de me prononcer sur cette question, mais que pour moi en cette affaire je ne pouvais me persuader que M. de Lesseps eût parlé sérieusement et avec calme. Alors, demandai-je à Son Altesse, que vais-je dire à la Compagnie des Messageries sur ce changement? Vous pouvez, me dit-elle, rapporter ce que nous venons de dire, et que M. de Lesseps, me promettant de si grands avantages, je crois devoir les accepter.
Voici bien une circonstance qui prouve le caractère trop sou-
vent passionné de M. de Lesseps. Quoi qu'il en soit l'affaire fut suspendue pour le moment. J'écrivis à M. Girette d'après l'autorisation que j'en avais. Je craignais que l'on me soupçonnât d'un peu de..... je ne sais quel mot employer, heureusement quelque temps après M. Girette vint au Caire, et S. A. le Vice-Roi lui dit de sa propre bouche toute la chose que je viens de raconter, ce qui fut pour moi une grande satisfaction personnelle. M. de Lesseps ne parla jamais plus des travaux annoncés.