SYSTÈME DIRRIGATION POUR LA HAUTE EGYPTE, LA MOYENNE ET LE FAYOUM
Par d'importants travaux exécutés sous le gouvernement de Méhémet-Ali, le sol de TÉgypte, depuis le point où commence la culture des terres, c'est-à-dire un peu plus bas que le Gebël Gilcilly, jusqu'à l'origine du Delta et sur la rive gauche du fleuve surtout, a été partagé en grands bassins formés par des digues transversales au cours du fleuve, qui vont de ses bords jusqu'au désert, limite des terres cultivables, et par une digue longitudinale le long du fleuve, allant d'une de celles transversales jusqu'à l'autre. Les phis grands de ces bassins ainsi formés ont une superficie de dix-huit à vingt mille hectares ; quelques-uns sont subdivisés en plusieurs autres dans le sens de leur longueur par des digues qui séparent les parties élevées près du fleuve de celles plus basses, qui sont voisines du désert.
Presque tous ces grands bassins ont des canaux spéciaux alimentaires qui y conduisent directement les eaux des crues chargées de leur limon (1).
Le niveau du plafond de la prise d'eau de ces canaux est à trois et quatre mètres plus bas que ces terrains et que les hautes crues, par conséquent beaucoup plus élevé que le plafond du fleuve, et à trois ou quatre ^ètres au-dessus de l'étiage; l'eau n'entre donc dans ces canaux que lorsque le fleuve est déjà monté de plusieurs mètres, et alors l'eau, dans ces canaux, ne charrie et n'apporte ordinairement sur les terres que les parties les plus légères des troubles qui sont en suspension dans les eaux, parties qui sont les plus fertilisantes ; tandis que les plus pesantes et les sables restent dans le lit du fleuve.
Quelquefois, un grand canal sert à donner des eaux à plusieurs bassins successifs ; elles passent alors de l'un à Fautre
(i) Depuis deux années certains changements et peut-être une importante amélioration ont été faits, nous en parlerons lorsque nous aborderons les travaux modernes.
par des déversoirs et des ponts construits sur les digues transversales, et qui peuvent s'ouvrir ou se fermer pour régler les recettes et les dépenses d'eau.
Chacun des bassins possède aussi généralement un canal d'écoulement au fleuve avec un barrage, ou bien un déversoir placé à la digue qui longe le fleuve en amont de celle transversale; alors, dans le cas d'un trop plein du bassin, comme les eaux retenues par les digues transversales se trouvent naturellement plus élevées que celles du fleuve, qui coulent librement, on fait écouler une partie des eaux contenues dans les bassins par le canal d'écoulement et les déversoirs.
Dans la partie orientale de l'Egypte, sur la rive droite du fleuve, ce système de bassins d'arrosage n'est pas continu, comme sur l'autre rive, parce que dans plusieurs endroits les montagnes viennent jusqu'au fleuve lui-même, et alors il n'y a pas continuité dans le système.
A l'aide de cette disposition de bassins et de canaux, quand la crue arrive, les eaux, après s'être élevées à la hauteur du plafond des canaux, commencent à y entrer et coulent aussi dans la partie basse vers le désert par les grands cours d'eau naturels dont nous avons parlé, comme le Sohagiéh, le Bahr Joussef, en passant par les ponts-déversoirs établis dans les digues ; ce sont ces eaux apportées par ces grands cours d'eau qui complètent les inondations, la prise d'eau étant plus élevée que celle des canaux qui viennent directement du fleuve dans les bassins.
Quand l'arrosage obtenu à l'aide de ces inondations successives est suffisant dans chaque bassin, même pour les terrains les plus élevés , on renvoie directement les eaux au fleuve ; sinon on les retient dans les bassins supérieurs jusqu'à ce que leur niveau n'augmente plus, on les fait écouler du bassin supérieur à un inférieur, qui, par ce moyen, complète son inondation, et l'on conduit ainsi les eaux d'écoulement de bassin en bassin, ce qui complète les inondations ; puis on fait écouler les eaux vers le Nil quand son niveau a baissé.
Une circonstance nuisible, c'est lorsque le Nil est haut et qu'on ne peut y faire écouler à temps les eaux des bassins ; alors,
celles-ci, en séjournant trop longtemps sur les terres basses, y engendrent des vers qui mangent les grains lorsqu'on les sème.
Quand, au contraire, les crues ne sont pas suffisantes et sont en retard, il arrive que dans certaines parties basses des bassins il reste de l'eau que l'on est obligé de faire écouler dans un autre bassin inférieur , où déjà, pour ne pas laisser passer le temps des semailles, les terrains sont ensemencés ; alors ces terrains se trouvent inondés de nouveau et les semailles qu'ils recèlent perdues.
Depuis la prise d'eau du canal Joussoufi ou Bahr Joussef, la partie de terrains au couchant de ce cours d'eau naturel est aussi divisée en différents bassins, et les eaux d'inondation des terrains qui se trouvent sur ses deux rives s écoulent dans son lit et jusqu'au Fayoum.
Les irrigations de cette province du Fayoum sont différentes du système général d'arrosement de la Haute-Egypte, et nous allons l'exposer avant de parler de celui de la Basse-Egypte.
Les eaux qui arrosent le Fayoum sont celles du Bahr Joussef ; elles entrent dans cette province par la gorge d'Illaoun, où il existe un barrage sur le Bahr Joussef même. De ce barrage, une forte digue va au sud -ouest rejoindre la montagne de Sédiment (1), et une autre va rejoindre la montagne au nord-ouest, de manière que le Fayoum est entièrement fermé par ces deux (ligues et le pont d'Ulaoun.
Celle du nord ouest, nommée Gisrt Gedallah, possède un déversoir par lequel le trop plein d'un bassin situé plus au nord de l'entrée du Fayoum, où les eaux sont retenues par la grande digue de Gocheïché, peut se rendre dans le Fayoum.
Du pont d'Ulaoun jusqu'à la ville de Médinet-el-Fayoum, la dérivation du Bahr Joussef forme un long bief terminé à la ville par un bassin de distribution où sont toutes les prises d'eau des canaux qui arrosent la province.
Ces prises d'eau sont exécutées en bonne maçonnerie et en pierres de taille, et leur ouverture est proportionnée à la quantité de feddans de terre que le canal doit arroser.
(l) Voir la Carte du Fayoum, pi. IL
Ces canaux se subdivisent ensuite en beaucoup de rigoles, et à chaque partage U y a un travail en maçonnerie pour régler les prises d'eau des autres canaux avec de petits déversoirs et de petits barrages se fermant facilement ; de sorte que chaque village, chaque propriétaire, sait que par la prise d'eau, pendant tant de jours, il aura tant d'eau pour arroser ses terrains.
Dans quelques parties il y a des réservoirs également munis de prises d'eau pour alimenter des petits canaux d'irrigation.
Le terrîdn de la province du Fayoum n'est point uniforme comme l'est celui des autres provinces de TÉgypte ; il est subdivisé en trois plateaux qui s'échelonnent en allant du fleuve vers l'ouest, là où est le lac ou Birket-el-Kom (1) , et depuis l'entrée du Fayoum jusqu'au lac, dans son état normal, il y a une différence de niveau ou dépression de 61",80.
A l'entrée du Fayoum il existe une gorge située entre les montagnes qui forment la chaîne libyque, et dans cette gorge, où passe la dérivation du Bahr Joussef, il existe un seuil naturel formé par la roche même de la chaîne libyque ; ce seuil est, comme nous l'avons dit, à 61"*,80 au-dessus du lac El-Korn ; il est visible dans le lit du Bahr Joussef, à Awarat-el-Macta : c'est par cette gorge que le Fayoum a été créé.
Toute la province occupe une dépression du sol formée par un affaissement général, et le lac se trouve borné au nord par le désert, qui est à peu près aussi élevé que la chaîne qui borde l'Egypte. Le lac est plus bas que la mer, ce qui est peu surprenant, car les lacs de Natron sont dans le même cas, ainsi que plusieurs autres lacs sur la route de Barbarie, ceux de Siwa et de l'Arachié, par exemple, qui sont tous salés. Ils occupent également une dépression assez remarquable au-dessous du niveau de la mer. On sait d'ailleurs que la mer Morte est aussi à une grande profondeur en contre-bas de la Méditerranée.
Lorsque le Nil, en formant TÉgypte, à une époque géologique, et non historique, aura eu apporté annuellement son
(1) C*est le véritable nom de ce lac, mais quelques-uns le nomment aussi Birket-Réroun, de même que le petit temple qui est à Textrémité S.-0. du lac.
limbii et exhaassé son lit de manière à ce que les eaux des crues arrivassent à la hauteur du seuil d'illaoun, alors elles se seront répandues dans cette partie entourée de montagnes calcaires, et les dilTérentes couches de limon apportées successivement chaque année auront formé les terres végétales du Fayoum.
il est bien certain que le Fayoum appartient à un affaissement du sol qui a eu lieu au lac El-Korn, en s'inclinant de Test à l'ouest ; et Ton peut remarquer que dans les grands ravins qui déchirent cette province, toutes les stratifications calcaires qui ibrment le sous-sol sont inclinées dans cette direction.
Il semble à première vue que l'affaissement a dû avoir lieu après que le Nil eut déposé ses alluvions dans cette partie; car, autrement, comment se seraient formés les différents plateaux ?
Les alluvions du Nil, apportées par les crues annuelles, ont dû, en sortant de la gorge, se répandre en s' élargissant au sud et au nord, une fois entrées dans le Fayoum, et leur dépôt plus considérable a dû avoir lieu au débouché de la gorge même ; c'est ce qui a formé la partie la plus élevée. La quantité des alluifions étant moindre à mesure que les eaux s'éloignaient de la gorge par où elles entraient, ces alluvions ont formé les parties les plus basses dans le voisinage du lac.
D'un autre côté, si la dépression a eu lieu avant que les eaux du Nil n'entrassent dans le Fayoum, comment cette masse d'eau, qui remplissait le Fayoum, a-t-elle disparu, à moins que l'entrée des eaux ait été fermée pour dessécher les terrains et les ensemencer ? Ceci a pu avoir lieu, mais nous n'avons à nous occuper pour le moment que de ce qui existe.
On conçoit qu'avec des terrains ravinés et présentant partout des différences de niveau aussi grandes, l'arrosage ne peut se pratiquer comme en Egypte ; il y a donc beaucoup de petits bassins formés par des digues, qui sont remplis par une multitude de petits canaux avec des partages et des petits barrages qui rachètent leur trop grande pente.
A la première vue, pour ceux qui ne connaissent pas l'Egypte, la carte de cette province présente une quantité de petits ruisseaux ayant leur source dans le lac et se réunissant tous pour former une rivière, le Bahr Joussef ; mais c'est absolument le
contraire qui a Heu, ceatune quantité de canaux dont les eaux sont dérivées du Bahr Joussef et qui vont se perdre dans le lac.
Les terres du Fayoum sont fort légères, et le moindre cours d'eau y forme de profonds ravins; il y en a deux principaux : le premier a sa prise d'eau toujours au bief du canal Joussef, entre lUaoun et Médinet ; il commence auprès du village d' Awarat-el-Macta, coule au nord, à Tamiéh, et de là vers le lac; il a été formé par une rupture du Bahr Joussef, pendant les crues, et a raviné le sol sur son parcours en emportant toutes les terres, puis bouleversant toutes les couches calcaires du sous-sol.
L'autre coule, au contraire, dans la partie sud de la province du Fayoum» et, au lieu de prendre directement ses eaux dans le bief du Bahr Joussef, il les prend, pendant les crues, dans le plus grand bassin d'inondation de la province : c'est par un déversoir de ce bassin formé par une grande digue, dont une partie, celle où est le déversoir, est toute en maçonnerie. Il semble que fort souvent cette digue et ce déversoir ont été emportés par les eaux, car dans le ravin on voit de très-grosses parties de maçonnerie qui sont renversées ; ce ravin est large et profond. Le premier se nonune Bahr-bèla-mâ, et le second Bahr Neslet, du nom d'un village qui se trouve sur ses bords.
A Tamiéh, il existe un barrage sur le ravin du Bahr-bèla-mâ. C'est un énorme massif de maçonnerie ; il forme ainsi un large réservoir d'eau servant aux arrosages ; il a été aussi; depuis trente années, plusieui*s fois emporté lorsque des ruptures avaient lieu à la digue du bief du Bahr Joussefif et que les eaux coulaient dans le Bahr-bèla-mâ.
Pendant les inondations et les crues, on peut, par le Bahr Joussef, avoir autant d'eau qu'il est nécessaire pour les inondations et les arrosages ; mais pendant les étiages, le canal ne donnant plus d'eau du Nil, puisque sa prise d'eau n'est pas creusée assez profondément pour cela, on ne possède que les eaux de source qui surgissent du plafond de son lit. Il a donc fallu un système de distribution d'eau bien réglé, bien établi : c'est ce qui a occasionné tous les travaux que l'on voit maintenant dans cette province.
Aujourd'hui, le nouveau canal, creusé par les ordres du
khëdi?e, fournit au Fayoum, par le Bahr Joussef, beaucoup plu3 d'eau dans Fétiage qu'il n'en a jamais eu, et cette province pourra redevenir ce qu'elle était anciennement, une des plus belles de TÉgypte.
CANAUX SÉPI ET NILI.
LBUR CUBAGE, LEUR UTIUTÉ, ET CELLE QU'iLS PEUVENT AVOIR.
On ne connaît aucun fait qui puisse prouver qu'avant Méhémet-Ali on ait creusé des canaux pour procurer, pendant l'étiage, de l'eau aux terrains éloignés du cours du fleuve, et pour faire comme aujourd'hui des cultures d'été ; ce fut surtout lorsqu'on commença en grand la culture des cotons introduits par Jumel etMaho-Bey, que l'on creusa les grands canaux Séfi ou A'Êlé.
Ces canaux, ainsi noipmés parce qu'ils conservent de l'eau courante du Nil, pendant les sécheresses de l'été, ont leur prise d'eau creusée à environ un mètre en contre-bas des étiages moyens.
Ils servent à arroser les cultures donnant de riches produits, comme le riz, la sésame, etc., etc., mais surtout les cotons; ceux-ci se sèment à la fin d'avril, pendant le mois de mai, et doivent être arrosés jusqu'à ce que la crue et l'inondation viennent au commencement de juillet; alors les canaux séfi donnent davantage d'eau.
Les canaux séfi principaux, ceux qui ont leur prise d'eau le plus au sud, ou en amont, sont creusés à environ S'^yôO en contre bas du sol. '
Les autres canaux, qui n'ont d'eau que pendant les crues, et qui servent à inonder les terres, sont nommés iVtlt, parce qu'ils servent pendant les crues du Nil seulement ^ ils sont creusés à leur prise d'eau à A mètres en contre bas du sol au maximum ; cette profondeur va en diminuant jusqu'à ce que l'on arrive au niveau des terres k arroser, là où le canal se perd.
Il y en a de grands qui traversent des provinces, et dont les dérivations, à droite et à gauche, servent aux inondations.
Les canaux séfi ont toujours un grand parcours pour conduire leurs eaux jusqu'aux terres cultivées les plus au nord, sur les limites des marais ou des terres incultes avoisinant dans la province de Béhéré l'ancien lac Mariout, et ceux d'Aboukir et d'Etko ; pour la province de Garbiéh, ceux avoisinant les marais et le lac Bourlos ; et pour leDaccaliéh et le Cherquiéh, les marais avoisinant le lac Menzaléh et ce lac même.
La pente de ces canaux séfi est moindre que celle des eaux du fleuve pendant l'étiage ; aussi les recettes d'eau par le moyen de ces canaux, malgré leurs dimensions, sont elles trës-minimes quand les étiages sont très-bas.
On conçoit que la pente de ces canaux soit moindre que celle du fleuve ; puisqu'ils ont pour but, non-seulement de donner des eaux dans les localités éloignées de ses bords, mais surtout d'arroser le plus de terrains possible sans avoir besoin de machines élévatoires, et seulement à Tsdde de simples saignées aux berges. Alors il faut, au moyen de barrages sur le cours de ces canaux, élever les eaux sur toute la partie en amont des barrages ; l'avantage est celui-ci : que plus on s'éloigne de la prise d'eau, moins sont grandes les hauteurs jusqu'où il faut élever les eaux des canaux sur les terrains.
Ces canaux ont, à la prise d'eau, 8", 50 de profondeur; plus on s'éloigne du fleuve et moins cette profondeur est grande, et elle va toujours en diminuant, au-dessous du sol, jusqu'à la fin des canaux oà alors Jes eaux pourraient affleurer et même déborder sur les terrains.
Ces canaux ou grandes artères d'irrigation, qui se divisent sur leur parcours en beaucoup de dérivations, sont : Pour la province de Béhéré :
Le canal Khatatbé et le canal Mahmoudiéh. Le premier a sa prise d'eau entre le village de Bénésalamé et celui d'Abou-Néchabé sur le Nil ; son parcours est de 123 kilomètres; il porte ses eaux jusque dans le canal Mahmoudiéh ; il donne des eaux dans toute la province de Béhéré pendant les crues et les inondations coaime pendant l'étiage.
Ses principales dérivations sont: le canal d'Emin-Aga et surtout celui d'Abou-Diab ; mais seulement pendant les crues, autrement elles reçoivent bien peu d'eau.
Sur ce canal de Khatatbé sont construits plusieurs barrages, qui se ferment successivement pour élever les eaux en leur amont afin de pouvoir arroser les terres.
Les cultivateurs établissent aussi de petits barrages de distance en distance avec quelques mottes de terre mêlée de paille de riz ; et quand on les ouvre pour laisser couler les eaux dans des parties plus basses, ces mottes de terre sont entraînées jusque dans le canal Mahmoudiéh, ce qui malheureusement contribue beaucoup à l'envaser.
Pendant les crues, le Khatatbé apporte aussi dans le canal de Mahmoudiéh beaucoup de limon.
Le canal Mahmoudiéh emprunte directement ses eaux au Nil, à TAtfé, un peu plus bas que la ville de Fouâ ; elles coulent vers rOuest jusqu'à Alexandrie en arrosant tous les terrains qui sont sur ses bords; ce canal a un parcours d'environ 72 kilomètres.
Lorsqu'il fut creusé, il empruntait ses eaux, pendant l'étiage comme pendant les crues, directement au fleuve, car il était creusé assez profondément pour cela ; mais plus tard, lorsqu'il fut en partie comblé, que sa profondeur ne fut plus suffisante pour la navigation, que le curage fut d'ailleurs devenu difficile avec les moyens que l'on avait, et que le fond s'exhaussait toujours, on a fini par établir à la prise d'eau des machines à vapeur élévatoires. Ces dernières entretiennent le canal pendant les basses eaux, tant pour la navigation que pour l'irrigation des terrains et la distribution de l'eau dans la ville d'Alexandrie.
Dans la partie de la Basse-Egypte comprise entre les deux branches du Nil, celle de Rosette et celle de Damiette, composés des provinces de Ménouffiéh au sud et celle de Garbiéh au nord, tous les canaux séfi ont exclusivement leur prise d'eau dans la Branche de Damiette, à cause de l'élévation des eaux de cette branche au-dessus de celles de l'autre branche ; ce qui provient de ce que la Branche de Damiette a un plus long parcours à cause de ses sinuosités et par conséquent moins de pente.
Les canaux séfi dans ces provinces sont, en descendant le fleuve du sud au nord :
Le Sersawé.
Le Bagouriéh.
Le Bahr Ghibine.
L'Atf.
Le Messid-el-Rhradr.
Le Békérem.
Le Sersawé, le canal de l'Atf, celui de Messid-el-Kradr et le Béhérem sont creusés de main d'homme, mais le Bagouriéh et le Bahr Ghibine sont d'anciens cours d'eau naturels ; ce dernier est même une des anciennes branches du Nil, la Sébennytique.
Le Bagouriéh a ceci de particulier, qu'il est très-rare qu'on ait besoin de le curer, quoiqu'il soit à peu près dans les mêmes conditions que les autres, et même que sa prise d'eau se trouve perpendiculaire au cours du fleuve, dans un fort remou occasionné par un coude du Nil, ce qui corrode l'entrée du canal.
Le Bahr Ghibine au contraire, qui est un large cours d'eau et qui semblerait mieux disposé à sa prise d'eau, dans le fleuve, que le Bagouriéh, se comble pourtant beaucoup chaque année ; la cause en est exposée dans l'article concernant le système d'irrigation de la Basse-Egypte, mais nous y reviendrons plus tard.
Ge cours d'eau du Bahr Ghibine était encore navigable, pendant l'étiage du fleuve, il y a trente années, pour les barques assez grandes, aujourd'hui il ne Test plus que pendant les hautes eaux ; et tous les ans pour alimenter cette ancienne branche afin d'arroser les terres, on est obligé de faire un grand travail, qui demande de 60 à 60.000 hommes ; on creuse dans son lit, qui peut avoir une largeur de 100 mètres en moyenne, une rigole de 30 à AO mètres dans le sable à une profondeur de un mètre au plus, et les déblais n'étant pas portés sur les berges, quand reviennent les eaux des crues, ils retombent entièrement dans la partie creusée.
Lorsque par suite du nouveau système d'irrigation ce Bahr Ghibine se fut ensablé et qu'il ne donna plus assez d'eau, on établit en amont, sur le fleuve, une nouvelle prise d'eau nom-
mée Mit Affifi, du nom d*un village voisin ; mais bientôt aussi celle-ci fut encombrée par des atterrissements considérables, et des lies se formèrent dans le Nil qui avait changé son cours en se détournant à une assez grande distance ; tous les ans» il fallait creuser un nouveau canal du fleuve à la prise d'eau de Mit Affifi en traversant les derniers atterrissements, et quand revenaient les crues, ce travail était comblé et à recommencer à l'étiage suivant, ce qui a fait qjie cette prise d'eau a été abandonnée.
Tous ces canaux séfi des provinces de Menouffiéh et de Garbiéh portent leurs eaux par différentes ramifications jusqu'aux limites des terres les plus éloignées vers le nord ; et lorsque pendant les crues, ils se trouvent remplis au niveau des inondations, leur trop plein, ainsi que les eaux d'écoulement des terres submergées se répandent dans les terrains incultes qui bordent les marais et les lacs de Bourlos ; cette partie se nomme le Berné (sauvage) .
Dans les provinces qui sont à Test de la Branche de Damiette : le Calioubiéh, le Cherkiéh et le Daccaliéh jusqu'à Damiette, les canaux séfi sont :
Le Ghercawé,
Le Bessoussiéh,
Le Bahr Moèze,
Le Mityahéche,
Le Donded,
Le Boukiéh,
Le Mansouriéh qui se décharge dans le Bahr Serayer,
Le Ghercawé pour Damiette.
Le Bahr Moèze n'est pas un canal creusé de main d'homme; c'est un cours d'eau naturel, l'ancienne Branche Tanitique; celle de Péiuse se trouve plus à l'est dans l'ancien cours d'eau nommé aujourd'hui Àbou tArdar.
Ce cours d'eau, comme le Bahr Ghibine, était, il y a environ trente-cinq années, navigable toute l'année, et c'est par suite du nouveau système d'irrigation qu'il s'est également comblé.
Le Ghercawé, qui a sa prise d'eau en aval de Ghoubra, est le canal le plus méridional de tous et celui qui donne une quantité
d'eau supéiieure à celle des autres ; sa section est pourtant moindre que celle du Bagouriéh et du Khatatbé ; mais sa pente est plus considérable parce qu'il se rend directement dans la partie basse, près du désert, où comme on la vu il se trouve toujours une grande dépression; puis sa prise d'eau est jusqu'à présent parfaitement située, sans avoir à redouter que les attérissements le viennent obstruer.
Ce canal porte ses eaux, en se divisant d'abord en deuxbranches à Chitine el Canater, jusqu'au canal qui va de Zagazig àl'Ouadée; il arrose donc toute la province de Calioubiéh et va fournir l'eau nécessaire au canal d'eau douce de Ismaïliéh et de Suez ; puis encore, en traversant le canal de l'Ouadée, va plus au nord jusqu'à Horbeit, Salhiéh^ et aux marais environnant le lac Henzaléh.
Un canal séfi, dont j'ai omis le nom dans la liste de ceux des provinces de Galioubié, Cherkiéh et Daccaliéh, parce que aujourd'bui il n'est plus directement alimenté par sa prise d'eau qui est dans le Bahr Moèze à Zagazig, c'est le canal de l'Ouadée, qui aujourd'hui est alimenté par le canal de Chercawé, par celui de Bessoussiéh et par une prise d'eau provisoire du canal de Suez creusée nouvellement de Ghoubra à Nenuîé où il se perd dans le Kbalig Zaffranne, qui doit devenir le canal d'eau douce de Suez.
Ce canal de l'Ouadée fut creusé il y a quarante-cinq années spécialement pour la partie de la province de Cherkiéh que l'on nomme Ouadée Toumilat ou la vallée de Toumilat; elle présente une assez grande dépression relativement aux autres terrains de la province de Cherkiéh, et est encaissée entre des collines sablonneuses et des dunes qui forment le désert.
L'entrée de cette vallée à l'ouest, ainsi que son extrémité vers Test, sont plus élevées que le milieu; aussi les eaux des crues qui autrefois y arrivaient en grande quantité par les canaux venant de la partie supérieure du Cherkiéh et par ceux de la province de Calioubiéh y séjournaient trop longtemps dans les bas fonds après les inondations pour permettre d'ensemencer les terres. On faisait bien écouler par le haut de la vallée dans le lit de l'ancien canal de Suez jusqu'à Abou-Balah et au lac
Timsah, les couches d*eau supérieures; mais le canal d'écoulement n'étant pas assez profondément creusé, il restait toujours beaucoup d'eau qui disparaissait par évaporation et infiltration seulement.
D'ailleurs pendant l'étiage on ne pouvait rien cultiver dans rOuadée faute d'avoir de l'eau.
Méhémet-Ali fit faire des digues pour empêcher les eaux d'écoulement de la province de Cherkiéh d'arriver dans l'Ouadée sans nécessité, et ensyite pour les faire écouler par de nouveaux canaux dans le lac Menzaléh; puis il fit creuser le canal dit de l'Ouadée directement à partir du barrage de Zagazig pour y porter les eaux d'étiage provenant de Babr Moèze qui, à cette époque, avait de l'eau en abondance toute l'année. Ce canal donna la vie à l'Ouadée, qui auparavant était un pauvre pays ; ou y cultiva du coton, mais surtout du riz, et l'on fit beaucoup de plantations de mûriers pour y élever des vers à soie. Dans ce but, Méhémet-Ali fit venir des Syriens qu'il établit dans rOuadée, et ce petit district devint un des plus florissants de l'Egypte. Il est à regretter que plus tard ces Syriens, dégoûtés de leur séjour, soient retournés chez eux et que l'on ait déraciné les mûriers pour abandonner les terres aux cultures de l'orge et du blé qui sont bien moins productives.
Aujourd'hui , comme nous l'avons dit , le Bahr Moèze ne donnant plus d'eau pendant l'étiage, TOuadée ne manque pourtant pas d'eau, puisque le canal d'eau douce de Suez la parcourt dans toute sa longueur, et que celui-ci est alimenté par le Chercawé, le Bessoussiéh, et aussi la nouvelle prise d'eau provisoire tout près de Choubra pour le canal Zaflranne destiné, comme nous venons de le dire, à être le canal d'eau douce de Suez.
Les autres canaux séfi de ces trois provinces : le Galioubiéh, le Cherkiéh et le Daccaliéh, vont porter leurs eaux vers le nord. Le Mityahéche est pour les terrains entre Semballawène et le Bahr Moèze ; celui de Donded et celui de Boukiéh pour Semballawène, Telbani, Choubra-Kor et pour les terrains en parties incultes qui sont entre Sâne et le Bahr Serayer.
Le Mansouriéh arrose tous les terrains jusqu'à Mansoura et
fournit de Feau au Bahr Serayer pour les cultures jusqu'à Henzaléh.
EnGn celui de Ghercawé fournit de Teau pour les rizières depuis Mansoura jusqu'au nord de Damiette même.
Tous ces canaux séfi, cicepté le Bahr Moëze, ont à leur prise d'eau des barrages régulateurs pour les recettes d'eau pendant les crues. Le Bahr Moëze a ce barrage loin de sa prise d'eau à Zagazig, et en outre il y en a d'autres sur leur parcours.
Comme les étiagesdu fleuve sont bien différents chaque année, les recettes des eaux varient également; et c'est justement pendant les années même où ils donnent le moins d'eau pour les iiTigations, depuis avril jusqu'au commencement de juillet, que la population travaille le plus pour le curage des canaux; car plus les eaux sont basses, plus il faut creuser profondément pour en avoir dans les canaux. Souvent ce n'est qu'au moment où les eaux commencent à monter que l'on cesse le travail de curage et que les canaux séfi peuvent conduire leurs eaux sur les terrains désignés pour être arrosés par eux.
Nous avons vu plus haut à l'article des crues les quantités d'eau qui étaient apportées par le fleuve-, maintenant nous allons voir celles qui arrivent pendant les étiages.
Ces recettes varient beaucoup d'une année à l'autre selon que le fleuve baisse plus ou moins, et il y a des étiages où, quelques jours avant le commencement de la crue, le Nil ne charie plus qu'une quantité d'eau insignifiante comparée à celle qui coule pendant les crues.
Ainsi, en 1840, au plus fort de l'étiage la recette des eaux, observée avec beaucoup de soin, a été trouvée par 24 heures seulement de 35.918.726 mètres cubes.
D'après d'autres opérations faites en 1834, on avait : 150.809 171 mètres cubes; selon une autre : 58.424.544. Quoique pour déterminer la quantité de feddans que Ton peut cultiver à l'aide de ces canaux séfi il suffise de prendre pour base la plus petite de ces trois recettes, nous prendrons leur moyenne, et nous aurons: 81.710.813 mètres cubes.
Les canaux séfi, dont nous avons donné la nomenclature.
donnent les recettes suivantes avec un étiage moyen dont recette du fleuve est celle du chiffre ci-dessus :
^.^. , iLe Khatatbé 484.504) .^, ^^,
I Sersawé 172.000]
, .., IBagouriéh 518.400
!! BahrChibine ^'^^^-O^^^U oi^ q^A
u «Al, W 472.800 r-^*^-^^^
**^^^^®^^- Messid-el-Khradr 201.660
I Békérem 149.760 ,
/Chercawé 496.000\
'iBessoussiéh 259.200
Galioubîéh,iBahr Moèze. I
Cherkiéh JMityahèche 197.360!
et \Donded 107.360/
Daccaliéh. JBoukiéh 107.36oi
|MaDSouriéh 311.040]
\ Chercawé 134.000/
Total mètres cubes 5.490.184
D'après les expériences multipliées faites par plusieurs ingénieurs on a reconnu que dans le Delta, pour les différentes cultures, selon les localités et selon les différents genres de culture, il fallait, par feddan et par 2A heures, un maximum pour les rizières, par exemple, de 24 mètres cubes, et pour les cultures demandant moins d'eau 16 mètres seulement ; ce qui, par conséquent, ferait journellement une moyenne de 20 mètres par feddan.
Ainsi les eaux apportées par les canaux séfi dans une bonne condition ne pourraient suffire à l'arrosage complet que de 274.609 feddans; et Ton sait qu'il y a dans la Basse-Egypte environ 950.000 feddans de cultures séfi; mais il y en a une partie qui se fait en arrosant à l'aide de Sakiéhs établies sur les bords du fleuve ou sur des puisards alimentés par les infiltrations du fleuve, et d'ailleurs tous les feddans cultivés ne nécessitent pas autant d'eau que nous l'avons indiqué.
Par exemple, pour le coton baàlè, il est seulement arrosé à l'endroit même où Ton a semé sa graine ; cet arrosage se fait par deux fois, et l'on attend ensuite que la crue vienne lui donner
de Teaa en abondance. Ces semences restent donc depuis le commencement de mai jusqu'à la moitié de juillet au moins sans eau ; aussi les cotons qui en proviennent ne donnent-ils pas de belles récoltes.
Beaucoup de plantations, surtout en coton, sont médiocrement arrosées jusqu'au commencement de la crue, et ainsi ces canaux séfi qui ne peuvent suf&re qu'à un nombre de feddans limité, ne sont que censés servir pour un bien plus grand nombre.
Il arrive aussi que les plus forts, les plus puissants accaparent souvent à leur profit les eaux pour les terrains qui leur appartiennent, et que les fellahs, qui ont creusé les canaux, sont obligés d'arroser leurs plantations d'été avec des eaux de puisards, élevées au moyen de sakiébs ou de cbadoufs, moyens très-coûteux pour eux ; et cela jusqu'à ce que le commencement de la crue vienne remplir les canaux séfi.
Si ces fellahs, au lieu d'aller curer ces canaux séfi, qui ne leur profitent que très-médiocrement, restaient dans leurs villages à cultiver et arroser leurs champs plantés en coton ou autre produit d'été, jusqu'à ce qu'ils eussent des eaux par suite du commencement des crues, ils y trouveraient un grand avantage. Ainsi donc les résultats satisfaisants que l'on peut obtenir de ces canaux séfi, ne sont profitables qu'en très-petite partie aux cultivateurs ordinaires.
Admettons que l'on puisse donner par les canaux séfi, au fort de l'étiage, la quantité d'eau nécessaire pour l'irrigation complète, de manière à avoir de belles récoltes du nombre de feddans désignés séfi dans la Basse-Egypte; il faudrait alors 19.000.000 de mètres cubes par jour ; dans un étiage moyen la recette du Nil est de 81.170.813, nous faisons abstraction de Févaporation : cela emploierait donc la quatrième partie des eaux du Nil.
Ceci me rappelle deux faits : quand Méhémet-Ali voulut faire dresser le projet des grands barrages, il basait ses calculs sur les immenses avantages qu'il pouvait en retirer ; il voulait entre autres choses cultiver toute la Basse-Egypte en produits séfi, dont un million de feddans en riz.
Or dans la Basse-Egypte il y a environ 2.600.000 feddans, pour lesquels il eût fallu 52.000. 000 mètres cubes d'eau journel-
lement; le Nil nedonnaDt enmoyeDDe à Tétiage que 81.710. 81B, la quantité restant dans les deux branches du Nil pour la navigation devenait alors insuffisante» et ces branches étaient pour ainsi dire à sec.
Il était donc impossible de cultiver un million de feddans en riz, sans mettre en ligne de compte que pour irriguer ce million de feddans il aurait fallu journellement 2â. 000. 000 mètres cubes d'eau et que pour cela, il aurait fallu détourner plus du quart des eaux du fleuve ; on doit de plus remarquer que la récolte du riz , qui se fait en septembre et octobre , doit être faite promptement sans quoi le riz se gâte, et elle exige environ 20 personnes par feddan ; où aurait-on pu trouver la population nécessaire? À ce propos Méhémet-Âli donnait de mauvaises raisons; mais le fait est que les ingénieurs chargés du projet des Barrages, d'après ses ordres formels, durent calculer les dimensions de^ trois grands canaux alimentaires d'après ces données, et c'est pour cela qu'ils furent commencés avec 100 et 80 mètres de largeur, sans aucune utilité.
Le second fait est celui-ci : lorsque M. Mougel fit examiner son projet de Barrage au conseil des ponts et chaussées à Paris , il fut dit : <( le projet de Barrage de M. Mougel , de même que tout autre projet qui aurait pour résultat de dévier au profit de l'irrigation du Delta la totalité des eaux du Nil à l'étiage, ne peut être exécuté sans compromettre gravement la salubrité du pays et la navigation du fleuve. Pour ne compromettre ni l'un ni l'autre de ces intérêts , il ne devrait être consacré à l'irrigation du Delta qu'une faible partie du Nil à l'étiage. »
Tout ceci prouve que la culture des produits séfi doit avoir une limite, et que l'on ne doit pas prendre pour les arrosages pendant les basses eaux plus d'un tiers des eaux du fleuve, ou en moyenne 27.236.937 mètres cubes par jour, mettons la moitié ou 40.855.406 mètres cubes, cela suffirait pour l'irrigation de 2.042.770 feddans arrosés séfi; mais il faut se rappeler qu'il y a des étiages maxima où la recette des eaux n'est que de 35.918.726 mètres cubes , et en prenant dans cette circonstance la moitié même des eaux, on n'aurait que la quantité suffisante pour 897.963 ; ceci doit faire réfléchir afin de ne pas faire
creuser inutilement des canaux séfi et de ne pas établir une trop grande quantité de ces cultures.
Nous ne parlerons pas en détails du cubage énorme dedéblsds qu'il a fallu faire pour creuser tous les canaux séfi, ce qui est fabuleux; le total est d'environ 110.000.000 de mètres cubes seulement pour les canaux séfi principaux et leurs ramifications.
Annuellement le curage de ces canaux peut être ainsi calculé, sans compter les ramifications que chaque village intéressé établit en dehors du grand travail.
Province de Béhéré :
Le Khatalbé i. 800.000 m. c.
Le Mabmoudiéh 2.500.000
Total 4.300.000
Province de Menouffiéh et Garbiéh :
Sersawé 120.000
Bagouriéh 114.000
Bahr Chîbine 7.000.000
Messid-el-Khradr 360.000
Békérem 125.000
Total 7.719.000
Caloubiéh^ Cherkiéh et Daccaliéh.
Le Ghercawé 260.000
Bessoussiéh 100.000
Mityahèche. 150.000
Donded 150.000
Boukiéh 150.000
Mansourléb 288.000
Le Ghercawé 200.000
C'est donc un total général par année de 13.S17.000 mètres cubes.
Jusqu'à présent il faut que des hommes viennent, très souvent, extraire à force de bras cet énorme cubage de déblais dansTeau, le sable et la boue, et le transportent sur leur dos à une dis-
tance de 60 à 60 mètres, et à une élévation maximum de 16 mètres.
Un homme ne peut faire, au plus, par jour qu'un demi mètre cube, c'est donc un nombre de journées de 27.404.000; les travaux durent, en moyenne , deux mois ou 60 jours, il faudrait donc 456.733 hommes pendant ce temps ; et c'est effectivement ce qui doit être exécuté chaque année.
Par le curage de ces canaux , le cultivateur éprouve donc un tort considérable; il est obligé de s'éloigner de son village; si sa famille n'est point à Taise et peu nombreuse elle s'éloigne avec lui, il est mal nourri , pendant ce temps il ne peut soigner son champ s'il en a un , et c'est dans la population une perturbation considérable ; c'est d'ailleurs un motif, en faisant une faveur d'exemption de cette corvée, pour extorquer de l'argent à ceux qui peuvent en donner.
Un homme restant donc sur ces travaux , qui sont pour presque tous des corvées , car fort peu en retirent un profit direct, donne de son temps, de son travail, soixante journées effectives sans compter celles qu'il perd pour se préparer, pour se rendre sur les lieux des travaux, et pour s'en retourner chez lui.
En mettant la journée seulement comme dépense pour lui à 75 centimes, son travail pour 60 journées représente donc 45 fr.
Voyons donc quel serait le moyen , tout en conservant les cultures séfi, à l'aide de ceux de ces canaux existants aujourd'hui, de ne point grever autant le cultivateur, tout en obtenant la véritable quantité d'eau voulue aux époques fixées.
D'après ce que nous avons dit plus haut et pour beaucoup de raisons, ayant rapport, soit à la population, soit aux terrains mêmes qu'il ne faut pas trop appauvrir par ces cultures séfi continuelles, nous admettrons que l'on puisse cultiver un milUon de feddans séfi , ce qui est environ le tiers de la totalité des terrains de la Basse-Egypte , Giséh compris, afin que les terrains ne soient cultivés séfi qu'une fois en trois années.
Pour arroser un million de feddans il faut 20.000.000 mètres cubes par jour , auxquels nous ajouterons pour l'évaporation 32,559 mètres cubes par jour ; l'on devra donc avoir une recette d'eau de 20.032.559 mètres cubes.
Au lieu de curer les canaux séii à environ un mètre plus bas que les étiages, ils ne devraient plus Têtre qu'à un mètre au dessus de ces étiages; ce serait donc supprimer d'abord le travail le plus fatiguant, le plus contraire à la santé, celui qui se fait dans la boue, au fond d'une fosse où la chaleur est si intense ; de plus on peut encore faire ce curage des principaux canaux séfi, creusés à un mètre au-dessus de l'étiage, par des moyens simples et primitifs comme on le fait aujourd'hui puisque l'on pourrait curer ces canaux à sec.
Pour élever les eaux dans ces canaux séfi à 2". 50 et avoir une couche d'eau de l'^yôO sur le plafond du canal laissé à un mètre plus haut que les étiages, il faut une force de 7729 chevaux vapeur.
En admettant, comme nous le disons encore ailleurs, 1000 francs par chevalet autant pour les accessoires, l'établissement, le montage, on aurait à débourser un capital de 16.458.000 francs ; ce qui est bien peu de chose comparativement à d'autres dépenses de travaux qui ne sont pas comme ceux-ci de la pre* mière nécessité pour l'utilité publique.
Quant à l'entretien de ces machines, il faut compter sur 150 jours seulement de roulement par année; et l'on aurait pour la consommation du charbon, en l'évaluant dans de larges proportions, lA.OOO tonnes pour le nombre de chevaux désignés.
On aurait donc par conséquent :
Pour le charbon, à peu près 8.440.000 fr.
Administration, personnel, réparations et entretien, i. 689.000 Intérêt du capital k iO p. iOO et de Tamortissement du
capital de 15.458.000 1.559.087
Ce qui donne pour total de la dépense annuelle. . . . 11.688.087
En faisant une répartition de cette somme sur le nombre de feddans, ce serait 11 fr. 60 c. pour chacun par année.
Quel est le propriétaire qui perdant d'abord &5 francs par ses journées de travail employées pour le curage des canaux séii qui lui rapporte si peu, et qui n'aurait plus même, en travaillant encore au curage, qu'à faire ce travail pendant moins de la moitié du temps et dans de bien meilleures conditions, ne don-
neraitpas ces H f. 60 c, s'il était convaincu d'une juste et équitable répartition des eaux? Ne se trouverait-il pas bien heureux de la suppression des moyens d'irrigation toujours si précaires et si dispendieux qu'il possède aujourd'hui?
Il donnerait encore davantage pour être bien certain qu'après avoir ensemencé son champ et préparé ses moyens d'arrosage l'eau ne lui manquerait pas et si au contraire elle lui arrivait toujours à l'époque voulue eten quantité suffisante pour ses cultures.
Une compagnie, ou le gouvernement lui-même , qui se chargersdt d'une semblable opération, aurait encor un autre revenu, celui de la navigation sur les principaux canaux et le péage, aux écluses, des différents biefs que l'on établirait lorsque l'on serait bien convaincu qu'on ne manquerait pas d'eau dans les canaux séfi.
Il faut donc chercher le progrès en ceci, pour le pays où il s'en fait déjà tant, et dans lequel, par une sage prévoyance on étudie tant de projets utiles pour l'avenir, il faudrait penser sérieusement à établir une administration régulière, indépendante et toute-puissante, afin de faire sur une grande échelle ce qui a déjà été fait dans la province du Fayoum; et pour alléger aux fellaks le travail obligatoire, il est vrai, du curage des canaux séfi, question qui, étant bien étudiée, ne peut manquer de donner des résultats satisfaisants.
Aujourd'hui il existe tant de différents moyens à employer pour élever les eaux, surtout à de petites hauteurs comme il le faut pour l'alimentation des canaux séfi, qu'il ne faudrait probablement pas d'énormes dépenses pour atteindre le but désiré, et alors on pourrait changer en travaux plus lucratifs ceux du curage des canaux séfi qui ne remplissent pas toujours le but que l'on souhaite.