‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 50 sur 61 · piastres, ou en francs · texte numérisé non relu

piastres, ou en francs

Le premier projet ou d'ensemble consistait :

l"" A établir au vieux Caire des bassins d'épuration près du fleuve;

2^ A établir deux machines à vapeur» près de l'aqueduc du vieux Caire, pouvant fournir la quantité d'eau voulue ;

S"* A réparer l'aqueduc pour y établir la principale conduite alimentaire jusqu'à la place Garameidan ;

A"* Établir sur cette place un réservoir, bassin de distribution, pouvant contenir le volume d'eau nécessaire à la consommation pendant quarante-huit heures des habitants de la partie haute de la ville ;

S"" De ce bassin des tuyaux de conduite suivraient les grandes rues du Caire, d'où d'autres desserviraient les rues moins im-^ portantes;

Q"" Du réservoir de Carameîdan une machine élèverait à la Citadelle l'eau nécessaire aux besoins journaliers de cette place;

7" Dans les carrefours principaux, on établirait des fontaines et des abreuvoirs ;

8' Une conduite partant du réservoir de Carameîdan devait porter les eaux directement à l'Abbascièh.

Le second projet, bien moins complet que celui-ci, consistait à prendre pour principale et unique conduite le Khalig du Caire ; dans son lit serait bâti un canal en maçonnerie pour servir d'égout.

Sur ce canal serait posée la conduite en tuyaux de fonte ; elle pourrait fournir l'eau aux parties basses de la ville. Le canal serait alors une rue dans laquelle, de distance en distance, aux endroits les plus larges, on établirait des fontaines et des bassinsabreuvoirs.

Le canal souterrain en maçonnerie pendant les crues serait rempli naturellement des eaux du fleuve, pour aller arroser les

terres qui les reçoivent aujourd'hui par le Khallg, et au moyen de regards les habitants pourraient encore prendre les eaux de ce conduit souterrain.

Deux machines à vapeur, placées à la prise d*eaa du Kbalig, fourniraient les eaux nécessaires à la conduite, où elles seraient comprimées et pourraient être répandues à droite et à gaudïe de la conduite.

Le troisième projet consistait à avoir un seul baasin-résenroir et de distribution sur la hauteur de Teîloûn, et de là des conduites approvisionneraient les quartiers bas de la ville.

Dans tous les cas, avant d'inti oduire Teau dans les tuyaux de conduite, elle devait être, sinon filtrée, au moins épurée, enU laissant reposer, afin qu'une grande partie des matières qu'elte tient en suspension pût être précipitée par un séjour d*aa motos vingt*quatre heures dans les bassins d'épuration.

Ces deux derniers projets étaient loin de remplir le but d'utilité générale que réclamait la ville du Caire ; aussi nous ne parlerons ici que des détails qui ont rapport au premier projet d'ensemble général.

Pour base de ce projet il fut admis que Ton devait prendre en considération, non-seulement ce qui se pratique ailleurs, sous d'autres climats, mais aussi les besoins impérieux nécessités par le pays et ses usages, comme, par exemple :

Le lavage fréquent des vêtements et des maisons.

Les ablutions à différentes heures,

L'arrosage des rues,

L'abreuvage des bêtes de somme, si nombreuses, employées au transport des hommes, des matériaux, des marchandises. Toutes ces raisons font que la consommation devait être considérablement augmentée, sous un climat aussi chaud. D'ailleors il fallait aussi prendre en considération qu'au Caire, en outre de la population sédentaire, il y a un grand nomkHre d'iodWîdus qui ne sont que de passage, avec leurs cbaraeaux, ines et chevaux, et cette population flottante, qui se renouvelle chaque jour, est considérable.

Il devenait donc difficile de déterminer d'une naaiôre exacte, d'après ce qui se fait ailleurs, ce qui devait être fût an Cairs, à

moins d'expériences très-longues et minutieuses; nous avons préféré prendre une moyenne de tout ce qui s'est fait jusqu'à ce jour. Malheureusement aucune ville d'Orient n'a de distribution d'eau régulière; il a donc fallu chercher, tout en imitant TEurope, à fournir au Caire assez d'eau pour tous ses besoins» et nous avons consulté pour cela les fournitures d'eau des villes les mieux approvisionnées :

 Paris on ne compte par individu que 20 litres.

Pour un cheval 75 —

Pour Tentretien d'une voiture 40 —

Pour Tarrosage d'un jardin par mètre carré. ... 1,50

Nous ne pourrions nous baser sur une donnée semblable, et pour déterminer sur des bases de ce genre ce qu'il faudrait donner d'eau au Caire, on aurait besoin d'une étude trop longue.

A Londres on donne par individu et par 24 heures. 80 litres.

A Manchester — — 44 —

ALiverpool ^— 48 —

A Glasgow 100 —

A Edimbourg 62 —

A Toulouse 80 —

A Besançon — 100 —

A Grey 100 —

ce qui donnerait une moyenne de 75 litres 1/4 par individu et par vingt-quatre heures.

D'après différentes considérations de climat, d'habitude, etc., nous donnerons pour le Caire, comme pour les villes les plus abondamment fournies de TEurope, 100 litres par individu et par vingt- quatre heures; d'autant mieux que beaucoup de mai-sons ont des puits et d'autres, plus grandes, des norias ou sakiéhs pour leurs jardins et les besoins domestiques.

La ville du Caire, d'après les derniers recensements, avait 260.000 habitants fixes, mais il y avait aussi une population flot-^ tante considérable, et nous compterons 300.000 habitants.

Le volume d'eau à fournir était donc de 30 millions de litres ou 30.000 mètres cubes en vingt-quatre heores.

Comme la partie la plus élevée de la ville est celle qui entoure la place de Garamrïdan, c'est sur ce point que les eaux

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devaient être conduites pour être ensuite distribuées. U est à 29 mètres au-dessus des étiages ; ainsi de ce point les eaux pouvaient être facilement conduites dans les quartiers les plus éloignés, et jusqu'à TÂbbascièh, dont l'emplacement du Palais est à la cote 16-, 33.

On choisissait, pour conduire les eaux du Mil à la place de Garameïdan, l'aqueduc existant au vieux Caire, qui aujourd'hui conduit les eaux à cette place, au pied de la Citadelle, par un conduit souterrain qui commence à l'entrée de Faqueduc dans la ville (i). De la place de Carameïdan les eaux sont élevées aujourd'hui au moyen d'une sakiéh puisant dans le souterrain de l'aqueduc, à 9 mètres, pour entrer dans un autre souterrain les conduisant au pied des murs de la Citadelle, où se trouve uoe autre sakiéh dans un lieu nommé Arab-Issa. Celle-ci élève encore les eaux à une hauteur de 18 mètres pour les faire entrer dans un troisième souterrdn, creusé dans le rocher, ayaot 300 mètres de long et conduisant les eaux sous le puisard qui est à la Citadelle, à gauche de la grande rue qui conduit à la place. Là les eaux sont encore élevées à la hauteur de 39-, 50 par d'autres sakiéhs.

Quant aux eaux nécessaires à la Citadelle, une machine devait être établie au bassin de Carameïdan pour les refouler jusqu'au point culminant, à la mosquée de Méhémet-Ali, élevée de 83 mètres au-dessus des eaux d'étiage à l'aqueduc et de 87- ,06 aux sakiéhs (2).

La différence 3e 83-,06 à 9A-,50 provient de ce que Ton n'a pas tenu compte de la pente de l'aqueduc et des souterrains et que l'on a additionné toutes les hauteurs, qui ont donné 94",50.

U avait donc été décidé que les eaux élevées dans la cuvette de déversement de l'aqueduc, à 28 mètres au-dessus del'étiage, seraient conduites, sur l'aqueduc, à la place de Carameïdan, où se trouvait le principal bassin de distribution pour la ville, et de cette place de Carameïdan à la Citadelle, à une hauteur de 68 mètres, par une machine spéciale.

(4) Voir planche lY, n' 6.

(2) Id.

Une difficulté qui se présentait était celle de savoir si les eaux devaient être filtrées et épurées avant de les élever à l'aqueduc pour aller au bassin de Carameïdan, ou bien laissées avec leur limon.

Pendant l'époque des basses eaux, celles-ci sont assez claires ; mais pendant les crues, elles sont beaucoup trop chargées de limon pour être envoyées ainsi : d'abord à cause des conduites qui se combleraient, malgré la pression que l'on pourrait y exercer et qui ne pourrait établir continuellement une vitesse assez grande sans beaucoup de perte d'eau et de travail, ensuite parce que le bassin de distribution se trouverait bien vite comblé ; effectivement, d'après de nombreuses expériences, on a reconnu que, pendant les crues, le limon qui était en suspension dans l'eau était de 0,008, ce qui aurait fait pour la quantité d'eau à fournir par vingt-quatre hem-es un cubage de 240 mètres cubes de vase, dont il faudrait se défaire pendant les crues.

On a été porté à conclure tout naturellement, d'après ceci, qu'avant d'être introduites et élevées dans les conduites et réservoirs, les eaux du Nil devaient au moins être épurées, et pour plus de facilité pour ce travail, cette opération devait être faite près du Nil lui-même, afin de pouvoir rejeter dans le fleuve le limon déposé et pouvoir faire passer les eaux destinées à l'usage des habitants dans des filtres ou dans des galeries d'épuration. On étudia tous les systèmes de filtrage, d'épuration, de déposage, etc.

Les filtres artificiels formés découches alternées de sable et de charbon, qui produisent environ en vingt-quatre heures 3°'^,2 par mètre carré, ne pouvaient convenir ; il aurait fallu une trop grande surface filtrante, et c'eût été trop coûteux comme entretien.

L'eau du Nil, même au commencement de la crue, quand elle apporte des plantes en décomposition , ce qui la rend verdâtre à la vue, n'occasionne aucun inconvénient aux personnes qui en boivent, et cela parce que l'eau, depuis le Soudan, où se trouvent ces plantes en décomposition, parcourt un long trajet pendant lequel elle est fouettée, battue , éventée à son passage à travers les nombreuses cataractes ; dnsi le charbon employé comme désinfectant est inutile. Les autres filtres

par lits de cailloux nous ont paru peu applicables dans ce os.

Les filtres au moyen de feutre et de laine tODtîsse. dont ud & fait peu d'usage jusqu'à ce jour, semblent être les meilleurs, car ou prétend qu'Us donnent par mètre carré à peu près 60 à 80 luètrès cubes d'e-au filtrée; mais, outre que jusqu'à ce jour on o'a pas fait de grandes expériences sur l'usage de ces filtres, ils semblent demander encore beaucoup trop de smos, d'ealretien, poor être employés ici.

Après toutes espèces de considérations, nous nous sommes arrêtés à des bassins d'épuration près de l'aqueduc, et qui seront divisés par galeries où l'eau élevée du fleuve parcourra uû long trajet avec une très-petite vitesse, pour arriver au liea d*où on rélèvera dans la cuvette de l'aqueduc. Les eaux dépos^ ront leur limon dans ces réservoirs-galeries, et pour leur donner le temps voulu pour ce dépôt, on fera trois réservoirs séparés; ainsi ces eaux pourront rester au moins quarante-huit heures à se dépouiller de leur limon. Afin que ces eaux ne soient pas altérées par l'action ardente du soleiU ces galeries devront être couvertes ainsi que le réservoir de distribution.

Il serait inutile de donner les calculs pour les machines, pour les constructions des réservoirs, des galeries d*épunaion et des tuyaux de conduite; ce sont ceux de tous les travaux de ce genre; d'ailleurs je ne fais ici que l'historique de ce tra?adl d'utilité publique.

Lorsque le projet touchait à sa fin et que déjà des marchés s'établissiûent pour la fourniture des machines et du matériel Je reçus un ordre du Vice-Roi qui me prescriv^ût de ne faire les commandes que pour un tiers de la fourniture totale de la conduite. 11 était assez difficile de partager machines, conduites et constructions en tiers, mais pendant que cela se faisait, je dus m' absenter pour des inspections dans les provinces; je laissai tout le travail à un ingénieur, M. Boudsot, afin qu'il continuât et le projet et son exécution, si cela se pouvait; mais on ne fit que des éludes de nivellement, des plans de rues et des calculs techniques. Le Vice-Roi avait abandonné cette affaire, et les habitants du Caire continuèrent et continuent encore jusqu'à ce jour à se pourvoir d'eau comme par le passé. j

Ce projet en était resté là, M. Boudsot était parti pour l'Eu* rope et le travail demeurait en portefeuille, lorsqu'en 1856, le di janvier, je reçus de M. Sabatier une lettre par laquelle il me recommandait fortement son ami M. Cordier, et me demandait mes bons oOices et mon concours pour une affaire dont le Vice- Boi Saîd-Pacha, sur sa demande, voulait bien le charger : il s'agissait de la distribution des eaux pour la ville du Caire, et pour ce projet, M. Cordier avait besoin de mes conseils, des)>lans et nivellements que je possédais, etc. , etc.

Ne demandant pas mieux que ce projet de distribution des eaux dans la ville du Caire arrivât à un résultat positif, car Futilité d'un pareil travail était éminemment démontrée et le Vice- Boi y paraissait porter intérêt, je remis à M. Cordier tout le travail qui m'appartenait et lui fis aussi confier ce qui était au . ministère.

M. Cordier dressa un projet ; mais ce fut longtemps après qu'il eut un commencement d'exécution, et lorsque la distribution d'eau pour la ville d'Alexandrie fut elle-même terminée.

La distribution des eaux pour le Caire, je crois, devait se faire par une Compagnie dont le Gouvernement avait le plus grand nombre d'actions. On commença par établir une machine à vapeur au nord de l'aqueduc et du canal du Caire, dans un emplacement parfaitement choisi. Une conduite provisoire fut établie sur une petite dimension jusqu'au sud de la Citadelle, où l'on fît un bassin-réservoir, puis une conduite allant de là à un autre bassin construit au nord-est de la ville, près de la mosquée du Sultan Barkoûk. Ces travaux étaient provisoires afin de faciliter, sous le rapport de.s eaux, la construction des deux grands réservoirs projetés pour les bassins de distribution, dont l'un au nord de la mosquée du Sultan Barkouk est en construction.

Cette conduite provisoire par laquelle on distribue aujourd'hui de l'eau dans quelques quartiers de la ville se trouvant sur son parcours, ne manque pas d'apporter de grands soulagements aux habitants, et prouve combien il est utile de faire la grande distribution pour le bien-être de toute la population de la ville ; mais les travaux, commencés depuis si longtemps,

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sont loio d'avancer aussi vite que tout le monde le désirerait.

Une autre partie de distribution des eaux s'établit aussi par la même Compagnie, pour en fournir à la partie basse de la ville et surtout aux jardins. Les machines sont établies sur la route de Boulak, près du Canal d'eau douce d'Ismaêliëh ou de Suez, point de la prise. On ne fournira pas d'eau filtrée ni même épurée, mais on pense que, malgré cela, les dépenses occasionnées pour les établissements, celles d'entretien, ferooi que, pour que la Compagnie chargée de la distribution pubse couvrir ses frais, elle devra tellement élever le prix de ses eaux que peu de personnes pourront y avoir recours pour l'arrosage.

L'histoire de cette nouvelle affidre de distribution des eâoi pour la ville du Caire ne m'est pas assez bien connue, depuis qu'elle est passée entre les mains d'une Compagnie, pour que je puisse en parler plus en détail; mais, d'après l'activité que l'on déploie sur les travaux et d'après le désir persévérant que le Ebédive manifeste de faire jouir promptement les babitao^ du Caire du bienfait d'avoir une abondante distribution d'eau, on peut être certain qu'avant peu ces travaux d'une si grande utilité publique seront terminés et fourniront un grand sujet de plus à la reconnaissance des masses envers le Vice-Roi.

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