MACADAMISAGE, PAVAGE, DALLAGE. ÉCLAIRAGE
QUARTIER ISMAILIËH.
Lorsque Méhémet-Ali devint définitivement Vice-Roi d'Egypte et lorsqu'il commença tous les travaux d'utilité publique dans la ville d'Alexandrie, on ne faisait encore rien pour rendre praticables les mes et les chemins; quelquefois même on jetait dans les rues des plâtras provenant des démolitions des maisons et quelques mauvaises pierres.
Cependant les fortes pluies qui tombent chaque hiver à Alexandrie faisaient de toutes les rues des cloaques affreux et infects ; il y avait des mares de boue puante où Ton courait risque, en enfonçant, de disparaître, comme d'ailleurs il en était encore ainsi il y a deux années dans quelques parties, surtout aux abords des deux ponts sur le canal ; il était certainement dangereux, on peut le dire, de passer en cet endroit, car les voitures enfonçaient jusqu'aux essieux, quelquefois versaient, et l'on prétend même qu'un individu, qui y tomba, fut asphyxié dans cette boue.
Les réparations des rues, il y a même encore fort peu de temps, quand on en faisait, car elles étaient rares, consistaient à jeter des pierres d'une mauvaise qualité, sablonneuses et sans consistance sur la voie ; elles étaient grosses comme des bombes mêlées à de plus petites; on jetait avec cela des débris de poteries recueillis dans les monticules de décombres qui entourent la ville et on laissait aux charrettes, aux chevaux et voitures le soin de briser et tasser le tout. Heureusement que la pierre était très-friable; mais bientôt le tout était pulvérisé, excepté les trop grosses pierres; cela formait des trous et des hauteurs. Pendant les sécheresses, c'était une poussière comme on ne peut s'en faire une idée, puis, pendant l'hiver, des trous remplis de boue.
Un gouverneur d'Alexandrie, auquel on se plaignait de l'état des rues et auquel on demandait des réparations, répondit : « Que voulez-vous que nous fassions? Est-ce que nous pouvons empêcher que l'hiver ne vienne, nous apporte du mauvais temps
et de la pluie? Non, n'est-ce pas? Eh bien ! puisque c'est le boQ Dieu qui nous envoie cela, que voulez-vous faire contre sa volonté?»
Au Caire, ce que l'on faisait et ce que l'on fait même encore aujourd'hui pour les anciens quartiers, mais non pas avec autant de soin qu'anciennement, c'était d'enlever de temps eo temps une couche de terre et d'ordures faisant fumier qui recouvrait le sol des mes, puis d'égaliser un peu le sol de ces rues.
On conçoit qu'avec ce système, lorsque des pluies tombaient, chose heureusement fort rare, il n'était plus possible, comme aujourd'hui encore, de circuler dans ces rues : on y enfonçait jusqu'à mi-jambe et une odeur infecte vous suffoquait
Au Caire, où pour ainsi dire tout était à faire comme amélioration des voies de circulation, on se borna à redresser les rues et à les élargir quand une maison menaçant ruine devait être rebâtie. La seule rue qui fut élargie, redressée, fut celle dite au Mouské, et ce fut une affaire dont la décision demanda fort longtemps; on proposait de faire la rue de 12 mètres, pufs d'établir de chaque côté une galerie de 3 mètres sur laquelle chaque maison aunût eu, au premier étage, une jolie terrasse ornée de fleurs. Qn ne voulut pas de galerie, pas même de trottobs, et l'on ne donna que 10 mètres de largeur d'une maison à l'autre ; on trouvait même que c'était énorme.
On proposa de faire, au moins, une place au milieu du quartier juif, avec un marché ; on ne voulut pas y consentir. Un des grands personnages qui avait même été en Europe, quand on parlait de faire une place sur la longueur de cette rue, disait : Hais je ne sais ce que l'on veut dire, je n'ai jamais vu en Europe de places dans des rues; et les places ne se firent pas. Seulement un particulier trouvant qu'une place traversée par une rue était une bonne chose, fit cette place dans son propre terrain. Elle était circulaire et servait, à l'occasion, de marché ; c'est la seule qui existe sur toute la longueur de la rue.
A Alexandrie, Méhémet-Ali fit faire premièrement une grande voie de communication et la fit macadamiser : c'est celle qui de 1^ Porte de Rosette ou Bab-Chergièh va jusqu'à Ras-el-Tine, en passant par la place Méhémet-Ali. On employa pour le macada-
cnisage de cette voie le grès rouge de la Moqtagne du Caire nommée Gebel Armar et aussi Gebel Dahab. Maïs cette pierre étaxit fort dure, très-sèche, présente des aniges fort aigus, des arêtes très-tranchantes, et ne fait jamsds corps entre les différents morceaux formant le macadamisage ; ils ne sont jamaislié? entre eux, et par le roulement des voitures se meuvent tous'. Le sable que Ton met pour remplir les vides descend, les pierres remontent et les plus grosses reviennent à la surface.
On fit remarquer cet inconvénient à Méhémet-Ali, qui aima mieux faire de suite, il est vrai, une plus forte dépense, mais avoir une bonne route bien confectionnée qui n'aurait pas besoin d'être continuellement en réparation et n'aurait pas les inconvénients que la qualité de la pierre donnait. Alors il fit faire toute la route avec du mortier de chaux et de la pouzzolane artificielle l'our relier ensemble les pierres, ce qui produisit un massif homogène magnifique, qui dura fort longtemps sans que Ton eût besoin d'y faire de réparations. On peut encore en voir des restes, du côté de Ras-el-Tine surtout. Ce fut là le premier macadamisage fait à Alexandrie.
Toutes les autres routes et les boulevards qui furent exécutés depuis dans Tenceinte de la ville, soit en dehors des murs, en même temps que les fortifications et comme routes stratégiques, ne furent empierrées qu'avec de mauvaises pierres et des débris de poterie. L'entretien en est fort négligé encore aujourd'hui, et, excepté quelques voies principales qui sont en bon état, toutes présentent d'assez mauvais chemins.
Pendant le temps qu'Abbas Pacha resta au pouvoir, aucune amélioration dans les voies de communication ne fut apportée, si ce n'est au Caire, à la rente conduisant de Bab-el-Husseiniéh au palais d'Abbas Pacha appelé Abbasciéh, route qui fut empierrée. Nous avons déjà parlé de l'empierrement de la route du Caire à Suez qui fut fait du temps d'Abbas Pacha, travail très-bon, qui est encore aujourd'hui en parfait état et dont une partie, qui, depuis, n'a point été réparée, conduit au palais de Son Altesse le Khédive dans le désert, près du tombeau de Melek-el-Odil.
Les travaux de la place d'Alexandrie furent faits par la Direction de la distribution des eaux d'Alexandrie au temps de Saîd-
Pacha, telle qti'on la voit aujourd'hui, avec ses arbres rabougris, étiolés, ses trottoirs, ses chatoea suspendues à des bornes, ses i)aDCS en marbre et ses deux basslos ronds aux extrémités.
Cette place, qui certainement, est un grand embellissement pour la vilie d'Alexandrie, est pouhtant sujette à des critiques qui tie manquent pas de raisonnement
La question àes arbres est la principale ; ceux qui ont planté l'espèce que Ton y voit n'avaient point l'expérience du pays; car Tacatta nilolicus demande à être placé dans des terrains bas et dans le limon même du Nil. Jamais il ne réussit bien dans les mauvais terrains et en plein vent, mais dans les terrains imprégnés de sel il reste toujours rabougri et étiolé.
C'est ce qui est arrivé pour cetfe place.
Celle-ci ensuite est beaucoup trop longue» et quand on est au milieu d'un des côtés, il faut faire, si l'on est en voiture ou à cheval, la moitié de son circuit pour aller vis-à-vis de l'endroit où l'on se trouve ; elle aurait dû être partagée en trois parties par le prolongement des rues qui viennent y aboutir. Les chaînes qui l'entourent sont d'une grossièreté monstrueuse ; elles ressemblent à celles d'un gros navire, et Ton croirait qu'on les a trouvées de rencontre.
Les bornes auxquelles sont suspendues ces chaînes sont affreuses à voir avec cette boule en fer surmontée d'une pointe trës-aigûe de 25 centimètres de long ; pourquoi cette armature pour ornement?
Les bancs en marbre semblent de véritables pierres tumulaires. Ceux-ci, avec les pointes en fer surmontant les boules des bornes, ont fait dire à un voyageur témoin des massacres de Damas, que si la civilisation, en Egypte, n'était pas aussi avancée qu'elle l'est réellement, et que l'on fût encore à l'ancien temps, s'il arrivait à Alexandrie des événements comme ceux de Damas, on verrait toutes ces pointes servir à empaler d^ victimes qui, assises sur les boules, croiradent voir leurs tombeaux. Quand on connaît l'idée de ce voyageur, il n'est pas gai de se promener sur cette place.
Un projet avait été soumis à Méhémet-Ali au sujet de la place ^ c'était de la diviser en trois parties, d'élever le terrain de 8 mètres, au-dessus des rues, de faire à l'en tour un mur de soutènement
avec des escaliers pour arriver à cette hauteur et de planter cette terrasse, où toutes les espèces d'arbres et d'arbustes d'agrément auraient prospéré dans une bonne terre rapportée, avec des orangers, des lauriers, des jasmins, etc. On eût fait une de ces délicieuses places ou promenades comme on en voit si souvent en Espagne. On devait aussi à l'extrémité de la place, vers le nord-ouest, vis-à-vis l'ancien palais Tozissa, faire du petit îlot qui existe en cet endroit un théâtre, la Bourse et un Casino; des influences diverses dues à des intérêts personnels firent que ce projet n'eut pas de suite.
Une des premières choses que le Khédive actuel fit comme travaux d'utilité publique, fut d'ordonner de s'occuper du pavage des rues d'Alexandrie et. des égouts. Le Ministère des Travaux-Publics d'alors fit faire dans toutes les rues d'Alexandrie les nivellements nécessaires aux travaux d'écoulement des eaux, soit par des égouts souterrains, soit par les ruisseaux à ciel ouvert ; toutes les rues furent remplies de repères, et les projets furent étudiés. Maison 186A, les personnes qui avaient étudié la question ne furent même pas consultées pour les contrats que des administrations étrangères aux travaux publics dressèrent et signèrent avec des entrepreneurs.
On commença un pavage avec de gros pavés de pierre froide de Trieste. Ce pavage est bon pour les voies de gros roulage et fut assez bien exécuté; il a l'avantage de tous les pavés de ce genre de pouvoir être relevé et réparé facilement, qualité trèsbonne partout, excepté ici, où les réparations sont toujours négligées et où l'on devait, si cela était possible, faire des travaux qui n'eussent jamais besoin d'aucun entretien.
Les premières rues pavées furent celles qui conduisaient à la douane et celle qui longe le port depuis l'Arsenal jusqu'à la Porte-du-Bain, puis celle contiguë à celle-ci, allant au Pont de r Écluse, au Canal, et ensuite au Chemin de fer, ce qui en total fait à peu près 3 kilomètres sur une moyenne de 10 mètres.
On macadamisa aussi la rue circulant autour de la place avec la pierre rouge du Caire ; mais ce travail toujours mauvais fut continuellement dans un triste état : les pierres ne se liaient pas ; pendant les pluies elles étaient toutes à découvert, et pen-
d&Dt l'été Tarrosage convertissait la poussière en une couche de boue qui recouvrait le macadam.
La grande et belle voie nommée Chahra-t-Saba Béuatte (oa Rue des Sœurs), communiquant directement de la place Héhémet-Ali à la gare en traversant le Canal sur un beau pont tournant, fut percée au milieu de décombres et de jardins par one . tranchée, et cette belle rue fut immédiatement garnie de beaai trottoirs et macadamisée ; ici on employa un système plus coûteux, il est vrai, mais bien meilleur que celui de la place; le macadam fut placé sur du ciment reposant sur le sol, ce qui demandait moins de réparations, il est vrai, mais lorsque la couche de ciment viendrait à s'effondrer, les réparations à faire seraient très-grandes. Néanmoins c'était un beau travail et une voie de circulation des plus utiles, puisqu'elle conduisait directement du centre de population de la ville à la gare du Chemin de fer. Mais, aujourd'hui cette rue est partout effondrée.
Après ce travail et lorsque l'on eut créé une espèce de municipalité à Alexandrie, on laissa de côté pavage et macadamisage pour faire du dallage comme dans les villes d'Italie, à Messine, etc., etc.
Ce dallage est superbe, les voitures y roulent parfaitement; ce sont aussi des pierres d'Italie. Le tirage est facile quand ce dallage est assez piqué pour que les chevaux y trouvent un point d'appui, ce qui ne peut être dans les joints des dalles comme dans les pavés Les réparations sont aussi bien plus difficiles pour les dallages que pour les pavés, et par conséquent l'entretien coûte plus cher. Quant à l'établissement du dallage ou du pavé, les dépenses ne peuvent différer de beaucoup, les pierres venant du dehors pour Tun comme pour l'autre.
La première rue dallée fut celle de Chérif-Pacha, partant de la Place et remontant à la route qui conduit à la Porte de Rosette; mais aujourd'hui beaucoup d'autres rues se dalleuL Celle qui conduit à Miniet-el-Bassal l'est déjà, ainsi que tout le Bazar arabe; et celle qui entoure la place Méhémet-Ali va l'être si cela continue. Bientôt la ville d'Alexandrie profitera largement d'un des travaux d'utilité publique le plus indispensable pour lequel le Khédive a eu beaucoup de sollicitude et a
dépen&é beaucoup d'argent. Mais aussi la nouvelle Alexandrie n'aura rien à envier» sous ce rapport, à Tancienne dont on voit, d'après les fouilles, Tancien dallage.
Une belle route qui vient aussi d'être terminée est celle de la Porte de Rosette à Kamlëh sur le tracé de l'ancienne route; mais elle a été redressée, les pentes qui existaient ont été diminuées au moyen de tranchées, et elle est munie d'une conduite d'eau; elle n'est empierrée qu'avec de mauvaises pierres et des débris de poteries.
Cette route offre certainement un grand agrément aux habitants d'Alexandrie qui ont là une belle promenade ; elle a même été continuée sur la digue du petit lac El Khadra. Il faudrait que les bords du Canal fussent aussi transformés en une bonne route avec un parapet pour qu'il n'y ait pas de danger pour les voitures, et alors les promenades des environs d'Alexandrie seraient des plus agréables.
Si depuis l'avènement du Khédive au pouvoir, il existe à Alexandrie une aussi grande amélioration, ce que l'on ne peut méconnaître, cela est au moins aussi remarquable pour le Caire où des boulevards, des places, des rues, des quartiers ont été percés, embellis et macadamisés avec trottoirs.
Il serait trop long de faire ici la description de chaque boulevard, de chaque rue et celle du nouveau quartier: il faudrait des plans, ce qui augmenterait trop l'Atlas de cet ouvrage ; nous parlerons seulement des principaux.
Le boulevard d'Abdine est le premier qui ait été commencé; il prend de l'ancienne place de l'fisbékiéh, près de la mosquée 6iamat-el-Khéyé et conduit directement à la place du Palais du Khédive ; il a été percé dans un quartier de petites maisons, de ruelles, d'impasses et au travers de jardins dont le sol très-bas a nécessité de grands terrassements pour y établir les chaussées des rues, et, quant aux constructions, de profondes fondations pour arriver au niveau des chaussées, ce qui a occasionné de grosses dépenses, puisque ici les sous-sols ne peuvent servir pour ainsi dire à rien.
Ce boulevard est aujourd'hui bordé de belles maisons avec de beaux trottoirs ; il est bien habité.
Dû autre boulevard du même genre commence près de la place d'Abdine au boulevard dont nous venons de parler, et va jusqu'au Mouski, vis-à-vis le palais du Prince-Héritier, servant aujourd'hui aux ministères et anciennement nommé Attabat-el- Ahdra. C'était un palais fait par Abbas-Pacha pour sa mère. A l'embranchement des deux boulevards dont nous venons de parler est un beau corps-de-garde fort bien bâti, bien conçu, et de ce point part encore un autre boulevard allant directement au pont construit sur le grand bras du Nil, entre Gasr-el^'Nii et Geziréh.
Nous nous dispenserons d'énumérer tous les boulevards et \& rues du nouveau quartier d'Ismaîliéh et de Tanden EsbéUéh. Nous nous bornerons à dire que de belles mais(ms se construisent partout sur ces boulevards nouv^ux et que THippodrome est un superbe monument qui embellit aussi le quartier»
Je citerai encore deux boulevards t
Le premier est non-seulement d'une grande utilité pour la circulation, mais il l'est énormément pour l'hygiène; il traverse le quartier Gophte, depuis le pont du Chemin de fer jusqu'à l'hôtel Coulomb ou d'Orient. Remplaçant un amas de vidlles maiscms avec des ruelles et des impasses de 2 mètres de largeur an plus, sans air et toujours infectes, il rendra ce point un des plus sains duCsûre.
Il y a aussi un boulevard extérieur qui existe depuis le pont du Chemin de fer, où il y a un beau corps-de-garde, comme celui du boulevard d'Abdine, et va, en formant autour de l'uideDne mosquée de Daher, dont on a fait une caserne, une place la^ de AO mètres, jusqu'à la porte de Husseiniéh, où il rencontre la route de l'Abbasdéh.
Ce boulevard, dont les trottmrs sont déjà dessinés par des bordures en pierre, et qui est planté d'arbres d'un bout à Pautre, a été empierré par un autre macadamisage que celui des rues du Caire. C'est une promenade fort agréable, qui est la cause que beaucoup de promeneurs abandonnent la route de Choubrah afin de respirer un air plus pur et plus frais, sur l'ancienne route qui conduit à Coubbé, nouveau pàtàB du Khédivet
Le Vice-Roi a voulu, avec raison, que non-seulement les bas quartiers de la ville, où sont- pour la plupart les Européens, pussent seuls jouir des travaux dont nous venons de parler, mais il a fait faire aussi au pied de la Citadelle de grands travaux.
Les places de Roumélièh et de Karameydan ont été entièrement transformées ; des places bordées de trottoirs, plantées d'arbres et bien disposées ont été créées, et au lieu d'amas de décombres et de ruines, il y a des places avec deux grands bassins ; des arbres et de jolies maisons déjà construites bordent une partie de la place de Karameydan; ce sera bientôt aussi un très-beau quartier. On peut compter que depuis environ quatre années on a fait une longueur totale de rues, de routes et de boulevards macadamisés d'environ 25 kilomètres avec bordures de trottoirs en pierres des deux côtés et presque entièrement plantés d'arbres, ce qui fait une superficie macadamisée d'en* viron 85.000 mètres carrés, sans compter un faible empierre* ment fait avec des débris de carrière sur la route de Ghoubrah.
Tous ces boulevards, toutes ces rues sont presque entièrement éclairés au gaz et avec une telle profusion de becs, môme da n les parties qui ne sont pas encore habitées, que si chaque bec donnait la lumière réglementaire» aucune ville ne serait mieux éclairée que la partie du Caire qui possède le gaz.
Voici donc des travaux exécutés par les sobis et la volonté du Khédive qui certainement sont d'une utilité publique reconnue.
Gomme toute chose, quelle qu'elle soit, présente toujours on côté où la critique la moins malveillante peut s'exercer, ce qui nT^te d'ailleurs rien au mérite d'avoir exécuté cette chose, mais ce qui peut servir à faire mieux une autrefois, c'est pour ainsi dire une obligation de faire cette critique.
Quant à l'espèce de macadamisage fait dans les rues et les boulevards du Caire, nous répéterons encore ce que nous avons dit. Ce genre de pierre ne convient pas; on ne peut circuler sur ce macadam qu'à la condition (qui existe il est vrai) qu'il y aura toujours dessus ime couche de booe formée par>la poussière et l'eau des arrosages, ce qui, quand on l'enlève entièrement en nettoyant les rues, laisse à découvert les pierres; alors elles se détachent du corps du macadam et roulent à droite et à
gauche. Lorsqu'il vient à pleuvoir» ainsi que nous Tavons vu, les pierres restent à découvert et bougent comme au moment où l'on vient de les poser en laissant à nu les ordures qui se trouvent entre elles, ce qui forme un fumier infect dans les rues,
A côté de cela» la route qui conduit du pont du Chemin de fer à la route de TAbbascièh est faite avec du calcaire et des débris de carrières ; elle n'est pas parfaitement exécutée, tant s'en faut ; c'est pourtant encore le meilleur travûl. Le tout fait corps, pas une pierre ne sort de son alvéole, on dirait un masâf de ciment Si la pluie vient à tomber, l'eau glisse à la surface et coule dans les ruisseaux sans pénétrer dans le corps du macadamisage. Les réparations ne nécessitent que très-peu de travail ; il suffit de jeter seulement un peu de débris de carrières dans les trous et de damer dessus. Cet empierrement est bien moins coûteux que l'autre, son entretien aussi, et les voitures y roulent comme sur un tapis.
Les trottoirs sont certainement assez larges ; mais les essences d'arbres qu'on y plante, qui sont à grandes branches s'étendant horizontalement, c'est-à-dire le lebak ou acacia niloticus et le sycomore, boucheront bien vite les fenêtres des maisons qui sont au plus à 6 mètres de la bordure du trottoir dans les plus lai^ rues et à A^^SO du tronc de l'arbre. Pour avoir de l'ombre du côté de la rue, on les laissera peut-être pousser davantage, mais alors les maisons manqueront d'air au premier étage. Les choses ne peuvent ici être faites comme à Paris. Il faut prendre en considération les exigences du climat et les habitudes du pays.
Par exemple, dans des boulevards tels que ceux d'Abdin et du quartier cophte, qui sont orientés l'un du Nord au Sud, l'autre du Nord-Ouest au Sud-fist, le soleil darde ses rayons de dix heures à deux heures du matin dans toute leur longueur. En été, avec de hautes maisons élevées de chaque côté, ils sont transformés en fournaise. Les arbres ne couvriront pas entièrement la rue, et peut-être en viendra-t-on à regretter les anciennes rues où l'on marchait à l'ombre.
N'aurait-il pas mieux valu, dans les rues et boulevards qui ont ces directions, donner, d'un trottoir à l'autre, une largeur
de 20 mètres, en laissant au milieu un trottoir de 6 mètres plantés d'arbres qui étant de la même essence que ceux qui ont été plantés auraient recouvert la chaussée de chaque côté jusqu'aux trottoirs ? Ceux-ci n'auraient alors plus besoin d'avoir 5 mètres, 3 suffiraient; la voie entière d'une maison à l'autre aurait 26 mètres au lieu de 20 qu'elle a aujourd'hui en général, ou même la même largeur que d'autres. Il y aurait de l'air devant les maisons, les branches d'arbre en seraient plus éloignées, on aurait moins de moustiques. La circulation se ferait à Tombre et le trottoir, coupé de distance en distance, ne gênerait en rien la circulation des voitures tout en étant des plus agréables pour les piétons. Il est probable que pour les grands boulevards que le Khédive a l'intention de percer encore, on suivra ce système dont il a eu l'idée.
La place de Rouméliéh a un grand défaut : la partie ronde devant la porte de Bab-el-Azâb, où se trouve le bassin pour l'eau, est fsdte en pente suivant à peu près celle de la place, et le bassin naturellement est de niveau; cela fait que d'un côté il est à 60 centimètres au-dessus du sol et de l'autre à 2 mètres environ, ce qm produit un très-mauvais effet qu'il est cependant facile de modifier. Il suffit pour cela d'élever davantage le mur de soutènement de la partie ronde du côté de l'ouest, afin de rendre horizontale la place qui entoure le bassin.
C'est ce que Ton a fait pour le bassin de la partie sud de la place de Karameydan, qui est à peu près dans les mêmes conditions.
L'intention du Khédive a été de percer un grand boulevard partant du palais Atabat-el-Khadra, allant directement à la Mosquée du sultan Hassan et à Rouméliéh, un autre partant du même point, allant à la porte de 6ab-el-Felouk, le premier ayant en perspective la belle mosquée de sultan Hassan et l'autre la belle porte de 6ab-el-Felouk, qui serait dégagée des constructions qui l'entourent.
Tous ces grands travaux, d'une grande utilité pour la population, peuvent pourtant avoir aussi un grave inconvénient pour les gens du dehors si l'on abat pour le percement des boulevards et des rues une trop grande quantité de maisons avant que
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d^aatres m soient racoDstrmIes, car ils ne trooTefaiest ph» à te loger. Je n'ai rien à dire sur ce point qui n'intéresse pas direo tement la partie des travaux d'utilité publique» qui est le principal sujet (pie je traite dans cet ouvrage.