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ses dents y emporte le chandelier y et me laisse dans une pro fonde stupé faction .
La méfiance, depuis cette aventure, s’empara de mes geôliers; ils me donnèrent le même jour trois compagnons Hongrois, et prisonniers de guerre, un officier, un trompette et un hussard. Tous parlaient allemand, l’officier et le trompette savaient le latin i Nous parvînmes à nous entendre dans cet idiome.
Cette nouvelle société apporta quelques adoucissemens à mon sort. Le malheur rend les hommes confians et sensibles. Après quelques ouvertures mutuelles sur les causes de notre détention, ces militaires compatissans , plus occupés de mes maux que des leurt, s’empressèrent de me prodiguer tous les soins qui dépendaient d’eux. Ils m’aidèrent à nettoyer mon grabat des ordures et de la vermine qui l’infestaient ; ils se chargèrent même de servir d’appui à ma faiblesse , jusque dans ces besoins dcgoûtans où la nature défaillante se répugne à elle-même. Les services que j’ai reçus de ces hommes généreux seront toujours présens à mon souvenir.
Cependant mon état empirait de jour en jour ; déchiré par des souffrances aiguës , je demandai un médecin qu’on me refusa; on voulut bien, pour .tout remède , m’accorder un morceau de bois de réglisse, dont je me composai une tisanne froide; le feu me manquait pour la faire bouillir , et la pru-
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dence impitoyable de mes geôliers n’aurait- pu se ployer à m’accorder ce léger secours.
Il y avait à pçu près dix mois que je luttais ainsi contre la mort , et que les tristes restes d’une santé robuste s’épuisaient daps cette longue agonie, lorsqu’une nuit, à deux heures du matin, nous entendons ouvrir à grand bruit , la porte de notre cachot, et nous voyons entrer quatre gendarmes, le sabre nu à la main, une cohorte de guichetiers venaient ensuite , et après eux quelques hommes se disant officiel municipaux î avec leur écharpe. A cette apparition terrible , nous crûmes qu’une nouvelle septembrisation allait commencer et que nous touchions à notre dernière heure. Le jeune trompette se jette à genoux sur son lit, les niains jointes , et demandant grâce. L’officier et le hussard se lèvent sur leur séant , et moi , revenu de ma première émotion , cherchant à recueillir le peu de forces qui me restaient, je me mets en état de défense. Mon sang bouilloimait dans mes veines; j’étais déterminé à vendre chèrement le souffle de vie qui m’animait encore : mais que pouvait un malheureux, sans armes, affaibli par la maladie, contre dix ou douze sbires, armés, auxquels il n’échappait point de mouvement, point de regard qui ne portât la terreur et la certitude de la mort ? Mon attitude hostile les intimida cependant de telle sorte, qu’en une minilte ils disparurent tous. Un instant après, un municipal $e hasarda d’entrer. Il avait eu la précaution de se décorer de spn écharpe. Son
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premier soin fut de me rassurer , en m’annonçant qu’on n’en voulait qu’à mes assignats. Je jetai mon porte-feuille avec humeur et me recouchai. Il fallut signer sur je ne Sais quel registre. Je sollicitai inutilement une reconnaissance des assignats et des effets* On me promit seulement de prélever sur mon argent une somme de cinquante livres par décade que je toucherais avec exactitude. Les cinquante livres et le porte-feuille sont encore attendus.
Quelques jours après cette scène , un huissier vint me chercher pour me conduire au Palais où je devais subir mon premier interrogatoire. J’arrivai devant le juge ; il m’interpelle sur mes nom , prénom âge et qualité. Mes réponses le convainquirent que je n’étais point l’accusé qu’il avait à interroger. Il allait me renvoyer à l’Abbaye. Mais je fis des instances si vives, j’exposai d’une manière si énergique, et mon état, et celui de l’affreux cachot que je venais de quitter , que j’obtins par grâce d’être conduit à la Conciergerie. Hélas! j’ignorais que je changeais un tombeau contre un tombeau!
En descendabt le grand escalier du Palais , je voulus engager l’huissier qui me conduisait à me faire donner place parmi d’honnêtes gens, cet homme , avec une froide naïveté , me répondit que rien n’était plus facile que d’exaucer ma demande, tous les détenus qui se trouvaient dans cette prison étant d’honnêtes gens. (( Comment? lui dis-
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je, et l’on en guillotine tous les jours ! — Ah ! cela est vrai ; mais l’on guillotine ici pour les opinions.
Les fripons et les voleurs sont à la Force. » J’allais me répandre en nouvelles questions; mais le fatal guichet s’entrouvre, et je suis précipité dans ce nouveau gouffre.
Un sombre cacliot m’y était encore destiné; j’obtins, avec beaucoup de^ peine, d’être admis dans une espèce de salle moins horrible, appelée le chaiiffoir. On me donna, moyennant vingt-cinq livres , un lit de.sangle et un -matelas , au pied duquel était un baquet destiné à recevoir les excrémens de vingt personnes. Mon état de faiblesse m’a • forcé de rester couché jusqu’au moment de ma translation.
De quel spectacle, 'grand Dieu ! j’ai été le témoin , pendant les trois jours et demi que j’ai passés dans cette prison ! A l’Abbaye , je buvais sans mélange la coupe de ma propre infortune ; ici favais à dévorer encore le spejctacle journalier de celle des autres. J’ai vu des malheureux entassés pêle-mêle sur de la paille ppurrie , en proie à la vermine , aux rats et aux souris qui venaient dévorer jusqu’aux souliers de leurs, pieds ; et tout .cela, pour ne pouvoir payer cinquante écus, un lit de sangle et un matelas , qui . souvent ne servaient qu’une nuit. Quelques-uns de ces infortunés ont expiré, sous mes yeux, victimes d’un traitement si barbare. Il fallait bien se garder de les plaindre. La peine de mort était prononcée contre quiconque
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aurait osé leur donner la plus légère marque de
compassion .
Le soér, ori distribuait, par un soupirail, les actes d’accusation aux victimes destine'es à l’holocauste du lendemain. Les distributeurs , ^dans les épanchemens d’une gaieté féroce, appelaient cela le . journal du soir. Souvent il était impossible aux accusés d’en prendre connaissance , faute de lumière. Qu’était-il besoin , au reste , de les lire? En voir un, c’était les connaître tous. La foràiule , les chefs d’accusation et 'les témoins , étaient les mêmes pour chacun. Le nom seul de la victime lui était particulier. L’embarras était ensuite de faire parvenir les extraits mortuaires aux défenseurs officieux. Les guichetiers exigeaient jusqu’à quinze livres pour les leur remettre. Si par hasard il se rencontrait identité de nOm, on ne se donnait point la peine de chercher l’individu qu’on avait eu dessein d’accuser. Bon , bon , disait-on aux malheureux à qui sa mauvaise étoile faisait échoir un tel cadeau, prends tou jours; que ce soit aujourd’hui ou demain, il faudra bien que tu y passes. Un monstre femelle gouvernait ce sombre repaire dont- les murs dégouttent encore du sang des victimes des 2 et 3 septembre. Malheur au prisonnier qui déplaisait à cette mégère , ^ou refusait de se laisser dépouiller par elle! On m’a assuré que , liée de commerce avec Fouquier , elle lui payait douze mille livres par décade sur le produit des pirateries et des vols sans pudeur auxquels les malheu-
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reux détenus étaient soumis. Si le fait est vrai,' on aura une idée de ce que les autres prisons devaient rapporter à Fouquier.
Après quatre jours et trois nuits, je fus transféré à l’hospice hational (l’Hôtel-Dieu ). Je n’eus besoin que de quelques heures pour apprécier au juste ma nouvelle demeure. Des grilles, des verroux, des guichets, des maçonneries propres à obstruer l’air, la transformaient en une Bastille menaçante. Il me fut aisé de juger que l’hypocrisie avait seule décoré du beau nom d’Hospice national, cet asile dégoûtant de la misère. Chaque jour la mort y moissonnait cinq à six personnes. J’ai vu des gens se bien porter la veillé , souper avec appétit, et le lendemain gissant sur leur lit de mort. On me plaça dans une salle où, en moins de dix heures, trois infortunés expirèrent sous mes yeux. Il eût fallu plus que de l’indulgence pour attribuer tous ces événemens à des causes naturelles. L’idée de poison se présenta soudaiû à mon imagination et la remplit des plus noires terreurs.
Le matin , il me fallut essuyer la visite des médecins de la maison. Quoique bien résolu de n’exécuter aucune de leurs ordonnances , je ne pouvais me dispenser de me soumettre à cette formalité. Ils me tâtèrent le pouls. Je crachais le sang; une oppression de poitrine m’empêchait de respipirer et même de me tenir t^ouché : ils me prescrivirent la saignée, la diète et la tisane. Dieu sait
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l’effet qui serait résulté tle l’exécution d’une telle
recette. ’ »
J’avais , la" première nuit de mon entrée , lié connaissance avec un officier de santé, dont la physionomie douce appelait la confiance. Ce brave homme que je m’empresse d’offtir à l’estime publi- ' que , se nomine, Bayard , chirurgien-major de la section de l’Indivisibilité , rue Louis , au Marais. Il avait , dans l’hospice , ce qu’on appelait un département, c’est-à-dire une salle de malades sous son ^-^nspection ; je m’adressai à lui dans la cruelle anxiété où m’avaient j été l’ordonnance et la visite des médecins. Je lui fis part du régime qu’ils m’avaient imposé. Il ne voulut pas me porter le coup mortel en me révélant le danger que je courais d’exécuter ce qui m’était prescrit. Il se borna à me faire placer dans son département. Tous les soins alors me ‘ furent pi'odigués; il me visitait trois ou quatre fois le jour et très-souvent la nuit. Je restai longtemps dans un état qui lui fit craindre pour mes jours. Dès qu’il eut saisi quelque espoir de me rendre à la vie, jl m’avoua que j’eusse été perdu , si l’ordonnance du médecin, relative à la saignée, eût eu son exécution. Il me conseilla de me procurer quelques sirops qu’il m’indiqua , et qu’on ne trouvait point à l’hospice ; je n’osais, pas d’abord lui avouer que j’étais sans argent. Sa bonté toute fois me rendant moins timide , je hasardai cet aveu. Je lui déclarai que je n’avais aucun moyen de faire tenir mes lettres; que le geôlier de l’Abbaye,
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prison où j’avais essuvé le plus rigoureux secret pendant dix mois entiers , jétait venu une nuit , avec une escorte armée, m’enlever mon portefeuille. Je le priai de m’indiquer la marche à suivre pour le recouvrer ; il se chargea avec bonté de cette commission. En attendant, il me fit offre de toutes les avances qui m’étaient nécessaires et employa toute la délicatesse imaginable pour ne pas effaroucher la mienne , et m’engager à accepter. Il parvint, peu de temps après, à me faire remettre un paquet que ma malheureuse épouse m’envoyait au hasard ; car il y avait plus de quatre mois qùe je me voyais dans l’impossibilité de lui donner de mes nouvelles; mais quelque adresse qu’il employât, il ne put parx'enii’ à me procurer la rentrée de mon porte- feuille et d’une partj.e de mes effets , restés entre les mains de la geôlière de ma première prison. ’
Sur ces entrefaites, cet homme que les circonstances me rendaient si précieux , quitta l’hospice , victime de quelque manœuvre odieuse. Sa retraite me laissa dans l’abandon le plus absolu. Je ne parlerai point de ma douleur et de mes regrets; tous mes compagnons d’infortune les partagèrent. De convalescent que j’étais, je retonibai dangereusement malade. Ma rechute fut encore plus terrible que- ma première maladie ne l’avait été. On me parla de nouveau de me faire saigner. Les aveux de Bayard m’avaient rendu pjus que suspecte cette opération; je refusai sans balancer. Cependant,
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comme omme menaçait de me garroter pour me la faire subir, et que j’avais vu exercer envers quelques autres cette barbarie, la crainte du même sort me fit prendre le sage parti 'd’entrer en négociation avec mon chirurgien. C’était un détenu, comme moi, qui s’était chargé volontairement de panser les malades, sans autre récompense que celle d’être utile ; je l’engageai à m’apposer au bras une ligature teinte de sang. Ce sensible jeune homme qui savait que j’étais inscrit sur la liste de * proscription , ne fît aucune difficulté de se prêter à mon stratagème. Le lendemain , à la visite , le médecin, persuadé que j’avais été saigné, ne manqua pas de trouver chez moi un mieux sensible (i). Il prononça qu’il fallait encore me rouvrir la veine, et ne pa^ra’épargner une opération dont les résul- tats étaient si heureux j on observa que j’avais alore une transpiration si abondante , que les infirmiers furent, pendant huit jours consécutifs, obligés de me changer toutes les heures, de chemise, de draps et même de matelas : tel était le mieux sensible que mon médecin avait remarqué en moi depuis ma prétendue saignée.
(i) Voici un exemple de l’intérêt qu’on prenait à la santé de ces malheureux , et du regret qu'excitait leur perte ; « Un jour, à la Conciergerie , le docteur en chef s’approche d’un lit , et tâte le pouls du malade. « Ah! -dit-il, il est mieux qu’hier. — Oui, ci- » toyen" docteur, répond l’infirmier ; mais ce n’est pas le même ;
» le malade d’hier est mort , et celui-ci a pris sa place. — Ah !
» c'est différent : eh bien , qu’ou fasse U tisane. »
( Note des édit. )
Je ïne rétablis cependant peu à peu; je fus redevable de cette espèce de miracle à mon tempérament robuste ; il me fallait en effet toute l’énergie de la nature , pour résister si long-temps à des maux sans nombre , joints à l’horrible puanteur des cadavres qu’on ne suffisait pas à enlever; des mourans, des femmes enceintes ou accouchées depuis vingt-quatre heures. On eût dit qu’on avait pris plaisir à accumuler ainsi, dans cette étroite M enceinte , toutes les images terribles de la mort. On venait à chaque instant enlever celles des vicmes désignées pour le sacrifice du jour. On les jetait sur des civières et on les portait ainsi au tribunal. Les chaleurs de l’été triplant encore le nombre des malades, on résolut d’en transférer une p^ie dans un autre hospice qui servirait comme de supplément au premier. On choisit pour cet établissement la maison du ci-devant évêché. A peine les premiei’s arraugemens furent pris , qu’on y entassa à la hâte ceux d’entre nous qui purent supporter le trajet. Je fus de ce nombre. On y amena bientôt quelques détenus de la Conciergerie , atteints d’une maladie épidémique qui s’y était manifestée. Des l'èglemens sages avaient d’abord été dressés pour arrêter les progrès de la contagion. Ils furent exécutés, dit-on, les premiers jours. Mais quelquç profusion qu’on ait mise à en tapisser les coins des rues de Paris , je suis témoin qu’ils cessèrent bientôt de l’être.
On nomma aussi des officiers de santé. Théry,
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membre du comité de santé , créature de Hobespierre , son compatriote et son fidèle coopérateur , fut mis à leur tête. Le meilleur remède qu’on pût attendre de ce nouveau docteur, était sans contredit d’être privé des siens. Heureusement son règne ne fut pas de longue durée. Nommé, par le crédit dé son exécrable protecteur, secrétaire du comité, il fut obligé d’abandonner l’hospice. On doit être bien persuadé qu’il n’emporta aucun regret.
Le second officier fut Naury , homme ignorant, saigneur impitoyable, d’une avidité effrénée; au reste, ami de Fouquier, et membre épuré des jacobins, il pouvait marcher de front avec son collègue Théry. Enfin , le troisième fut ce Bayard qui avait déjà acquis tant de droits à ma reconnaissance. Ma joie fut inexprimable de me voir encore une fois sous la direction de cet homme sensible. Il était en effet l’ange tutélaire des détenus. Sa femme et ses filles le secondaient. On m’a assuré qu’elles prodiguaient aux prisonnières malades les soins les plus assidus , et versaient sur leurs plaies le baume des plus douces consolations.
Théry ayant décidément abandonné l’hospice, le jour qui suivit sa sortie fut un jour de fête pour les détenus. La Providence les avait délivrés d’un de leurs premiers bourreaux. Effectivement il est prouvé que , dans l’espace de deux mois , soit ineptie, soitscélératesse, plus de soixante individus, la plupart cultivateurs , ont péri dans les mains de ce misérable. Ses malades ne s’élevaient guères
qu’à^ ce nombre. Mais à mesure que la mort en enlevait , ils étaient sur-le-champ remplacés par d’autres tirés de diverses prisons de Paris. Par ce moyen Théry trouvait toujours son compte.
Ceux que leur heureuse étoile porta dans le département de Bayard, éprouvèrent un sort bien différent. Je puis dire que , pendant cinq décades, il n’est point venu à ma connaissance qu’il y ait péri un seul individu. La mort n’avait confié sa faulx qu’à Théry. Je né suis pas le seul qui rende cette justice à Bayard. Plusieurs détenus, dans des mémoires imprimés pour leur justification , se se sont plu à consacrer son nom et leur reconnaissance.
De jour en jour l’hospice'de l’évêché prenait des accroissemens considérables, par la multitude de malades que l’on tirait de la Coqciergerie et des autres prisons. Fouquier nomma, pour remplacer Théry, un nommé Enguchard , chassé de plusieurs hôpitaux, et notamment de celui de Compiègne. Sa figure, sa manière de se coiffer, son maintien, tout, aux moustaches près, annonçait un de ces hussards qu’on expose quelquefois sur nos théâtres à la récréation publique. Ce coupe -jarret avait indubitablement le mot d’ordre pour exécuter^ les empoisonnades , comme Carrier les noyades j Collot les fusillades. La grande recette de celuici était la saignée , encore la saignée, et toujours la saignée Ce fut lui que je trompai à l’hospice national avec une ligature teinte de sang. •'
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Cet Enguchard et Naüry se liguèrent bientôt pour faire éliminer Bayard , dont l’humanité contrastait si fort avec leur barbarie. Ils s’associèrent à cet effet l’apothicaire Quinquet , autre jacobin à face jésuitique, bien digne de figurer dans ce sanguinaire triumvirat. La grande cause de leur > haine contre Bayard était l’attention qu’ils lui voyaient prendre à ce que ses malades ne se gorgeassent point de drogues avant qu’il les eût examinées. Il prenait même une espèce d’autorité pour leur prescrire cette précaution. C’est ainsi qu’il eiLa usé plusieui's fois à mon égard. On voit que les griefs de ces scélérats étaient bien légi- . times.
Tous les joure des actes d’accusation arrivaient dans ce sépulcre anticipé. La mort y était à l’ordre du jour , sous tQutes les formes et de toutes les manières. Bayard refusait souvent de livrer aux messagers du crime les victimes que le tribunal réclamait. Il s’y transportait lui-même pour y certifier leur malheureux état et l’impossibilité absolue où elles se trouvaient d’arguer un seul mot pour leur défense. Sur cent exemples que je pourrais citer des malheureux qui devaient leur vie à Bayard, je choisis celui-ci comme plus frappant. La municipalité de Sedau , composée de dix-sept pères de famille , ayant plus de quatre-vingts enfans , chefs, pour la plupart, des premiers ate-* liers de la ville , fut guillotinée sans exception , le lo prairial. Le procureur de la commune était à '
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l’hospice, on l’envoja cliercher cinq fois de suite. La civière était devant son lit , la dernière fois, pour le porter à l’ccliafaud ; Bayard sui^vint , refusa de livrer son malade, et dans le pourparler, il s’e'cria : Si l’on est si altéré de sang, qu’on me guillotine moi-même. Le citoyen dont il s’agissait se nomme Veyrier, il est actuellement en liberté. J’ai vécu long-temps avec lui , nous nous sommes voué une amitié réciproque.
Voici un second fait qui n’intéressera pas moins les bons cœurs eu faveur de Bayaixl. Le sexe fait pour dompter la férocité des plus farouches , ne trouvait point de grâce devant Fouquier. Les femmes enceintes, ces objets si respectables aux yeux, des nations, étaient également entraînées à ce tribunal de sang. Un jour on vint pour exécuter un arrêt de cette nature en présence de Bayard ; cet liomme courageux se lève, s’y oppose, et court plaider lui-même au conseil , avec toute l’énergie du sentiment, la cause des infortunées qui allaient subir leur sort. 11 prouve, appuyé des autorités de tous les collèges de médecine, qu’une femme qui se déclarait enceinte devait être crue sur sa parole, et que les olbciers de santé ne pouvaient prononcer définitivement sur son état de grossesse qu’après quatre mois et demi, cinq mois révolus. I.c conseil est forcé de prendre un arrêté conforme à la décision de la faculté.
Il ne fut pas exécuté long-temps. Les calomnies des trois monstres ayant produit leur effet , Bayard
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