DE CA.HOM BEAUHARCUAIS
— Je le préviendrai de tout cela , dit mon ami , je vais lui parler au jardin. >»
Je le vois arriver à moi , la figure pâle et défaite; il me fait son triste récit. « INIon pauvre ami, dit-il , qu’allez-vous faire ? — D’abortl ce que je dois à l’ami qui me donne hospice : quitter votre maison pour qu’elle ne soit pas pillée. Si l’on vient me chercher ici, dites qu’on est venu me prendre; que je suis parti pour Paris. Adieu. Gardez mes gens et ma voiture ; et moi je vais aller à ma mauvaise , fortune. Ne disons pas un mot de plus; retournez au salon ; n’y parlez plus de moi. » 11 m’ouvre une petite grille ; et me voilà marchant dans les terres labourées, fusant tous les chemins. Enfin, dans la nuit , par la pluie , ayant fait trois lieues de traverse , je trouvai un asile chez de bonnes ^ gens de campagne , à qui je ne déguisai rien , et dont je fus accueilli avec une hospitalité si touchante et si douce , que j’en étais ému aux larmes. Par eux, à travers vingt détours, j’eus des nouvelles de Paris. Les massacres duraient encore
J’écrivis au ministre Lebrun.
Je ne sais si ce furent les grands mots que je répétai dans ma lettre , de « mémoire à l’Assemblée nationale , où je repousserais les torts sur ceux qui s’en rendaient coupables, » qui me valurent enfin , le 6 septembre , ce billet j des bureaux , aù nom de M. Lebrun : « Le ministre des aflaii’es étrangères a l’honneur de prier M. de Beaumarchais, de venir, demain vendredi, le matin, à
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neuf heures , à l’hôtel de ce département , pour terminer l’affaire des fusils. Le ministre désire que le tout soit réglé avant dix heures du matin ))
Par les. détours qu’il fallait prendre pour arriver à moi, sans que je fusse dépisté, ce billet ne m’y vint que le lendemain à neuf heures , c’était celle du rendez-vous que M. Lebrun me donnait, ce qui le rendait impossible , étant à cinq lieues de Paris , ne pouvant m’y rendre qu’à pied , seul , à travers les plaiues labourées , pour n’y arriver que la nuit.
Une chose me frappa surtout dans ce billet : il se pouvait qu’on se fût bien douté , qu’étant caché hors de Paris, je ne viendrais pas en plein jour m’exposer à me faire tuer; et qu’aloi’s on dirait que c’était bien ma faute si l’affaire n’était pas finie , ayant manqué le rendez-vous qu’on me donnait pour la terminer.
Je répondis sur-le-champ à M. Lebrun , que je le priais de Changer l’heure de la conférence , et de la fixer à dix heures du soir , pour que je pusse arriver avec moins de danger de perdre la vie qu’en plein jour.
Ma lettre fut remise;, et le ministre fit répondre verbalement par son suisse , . qu’il m’attendrait •'le lendemain samedi à neuf heures précises du soir.
Je calculai qu’il me fallait quatre heures pour me rendre à Paris , à travers -les terres labourées.