C. M. Trudaine , 28 ans , né à Paris , même , qualité
J. V. Micault , 57 ans , né à Paris , conseiller au ci-devaut parlement de Dijon , rue Taitbout.
P. F. Demaché , 52 ans, né à Croisy , ^p:-noble , rue Porte-Foin.
une seconde fois U vie ; il descend , il est conduit à la Conciergerie. ,
» Il y reçut l’acte d’accusation dressé par arreté du comité du salut public , et motivé conspiration de prison.
» Cet acte portait le nom de LoizeroUes fils.
» Le lendemain , le père parait à l’audience avec ses vingt-cinq compagnons d’infortune.
» L’acte d’accusation, qui est joint aux pièces, porte Frapçois- Simon LoizeroUes fils , âgé de a a ans.
» L’énoncé du jugement , dressé d'avance sur l’acte, portait les mêmes désignations. Le greffier se contenta d’effacer le nom de François , et d’y mettre au-dessus celui de Jeau.
» Enfin , les questions soumises , pour la forme , aux jurés , et dressées d’avance sur le même acte d’accusation , contenaient les noms et la désignation portés dans l’acte d’accusation. Mais lors de l’appel, Coffinhal se contente d’effacer le nom de François pour y substituer celui de Jean , d’effâcer le mot fils pour y substituer celui de père. II surcharge grossièrement les deux chiffres, et det 33 il fait 61 , et il ajoute l’ancienne qualité du père , dont l’acte d’accusation ne parle point.
» Et Jean-Simon LoizeroUes , contre lequel U n’y avait point d’accusation , a été mis à mort le 8 thermidor !
» Et ce père respectable a gardé le silence ! quel atroce assassinat! quel sublime sacrifice ' »
( Note des édit. )
s66 TABLEAU HISTORIQUE
J. Beausset , 45 ans , né à Pondichéry , ex-capitaine de la garde du tyran , ex-vicomte.
L. J. Dervilly , 45 ans , né à Paris , épicier , rue Mouffetard.
C. F. Dorival , 53 ans , né à Bivenne, ex-hermite , cloître Saint-Benoît.
C. S.X. Défossé , 5y ans , né à Paris , ex-constituant ,*à Compiègne.
M. Chefer, 33 ans , née à Draguignan , femme Défossé.
P. Blanchard , 56 ans , né à Mesle , ex-commissaire-général de l’armée des Vosges.
E. Biquet , 5o ans , née à Toulouse , femme Cambon , ex-président du parlenoentde Toulouse , rue Neuve-Saint-Marc.
M. B. A. Jastud , 27 ans , née à Bichemont , femme Butler , américain , ex-noble.
M. H. Sabine Vériville , 5i ans , née à Paris, femme de l’ex-comte de Périgord , rue de l’Université. ^
C. A. Brogniard , 44 né à Mouchette près Arras , ex-curé constitutionnel de Saint-Nicolas-du- Cbardonnet , rue des Bernardins.
P. Broquet , 80 ans , né à Coutances , prêtre , rue Bergère.
C. Auger , 45 ans , né à Paris , ex-otRcier de paix , rue Neuve-Égalité.
' M. P. Jozeau , ® Chartres , ex-chef
des bureaux de la mairie , cloître Saint-Benoît.
‘ .y GoOJ^Il
DE LA MAISOH LAZARE
A. J. Boucher , 36 ans , né à Paris , ex-secrétaire de Bailly , rue Avoine.
A. D. Viotte , 45 ans , né à Besançon , intendant de l’ex-princesse de Monaco , rue des Filles- Thomas.
F. Hilaire , 45 ans , sans état , rue des Marais.
Tous ayant subi le même jugement que les précédens.
A. D. J. B. F. Duclot , 38 ans , né au Cap , exmilitaire , rue Neuve-Egalité.
N. P. L. Prampain , 34 ans , né à Caen , exprofesseur de mathématiques , co-accusés , ont été acquittés et reconduits à Lazare où ils étaient détenus pour autre cause.
Périne- Jeanne-Marguerite Leroux, veuve Maillé, fut emmenée de Saint-Lazare le 8 à minuit ; on ignorait sa destinée.
Le retour triomphal de Pépin et de ses consorts , la victoire complète que Gagnant avait remportée sur le citoyen Loizevolles son ennemi , qui venait d’être condamné à mort , furent annoncés dans la maison. Jeaubert et les siens, jaloux de partager leur bonheur, se rendirent auprès d’eux pour applaudir à leur courage et à leurs vertus. Il se tint un conciliabule dans la chambre de' Pépin , entre les élus; il fut prononcé sur le départ du lendemain 8, et le conclave ayant fini ses pénibles travaux, la .séance fut levée.
Pépin tout glorieux du crédit qu’il avait acquis au tribunal révolutionnaire, l’annonçait ouverte-
268 TABLKAü HISTORIQUE
ment à tous les détenus; il cherchait à leur persuader que son témoignage seul faisait absoudre ou condamner, et que Semé concierge, appelé pour déposer dans cette même affaire, avait eu l’humiliation de n’ètre pas entendu.
lies listes de proscription ne pouvaient plus être • révoquées en doute, car Robinet, secrétaire de Jeaubert, les communiquait assez facilement. Joli, musicien de l’Opéra , en avait lu une sur laquelle il était inscrit, et d’où il était parvenu à se faire rayer pour une bouteille d’eau-de-vie qu’il donna à Robinet.
Plusieurs des prisonniers de Lazare avaient aussi racheté leur vie de Jeaubert, mais à un prix plus cher ; car on estime qu’un individu a donné quatre cents louis pour lui et sa femme.
Chacun de nous comptait être du voyage du 8.
Pépin avait annoncé qu’il en partirait soixantequatre ce jour-là, et sa prédiction s’accordait avec la liste copiée par Robinet.
Le calme qui régnait dans la maison annonçait plutôt l’asile de la mort que la demeure de sept cent quatre-vingts vivans ; tous étaient dans une profonde consternation, et n’attendaient que le coup qui devait les frapper.
Le morne silence du réfectoire était effrayant; personne rie songeait aux mauvais diners de Perinal : son vin et ses mets toujours plus mauvais, étaient reçus sans murmure. La femme Semé qui présidait à nos repas, frappée de cette stupeur.
DE LA MAISON LAZARE. 26g
chercha à nous distraire , et nous dit : « Mes chers » enfans , mes amis , mangez , mangez ; les chariots » ne viendront pas aujourd’hui ni demain, et la )) maison, avant quinze jours, sera vide et à louer. » La prédiction de la femme Semé s’accomplit; les corbillards ne parurent ni le 8 ni le g, mais nous n’en fûmes pas plus rassurés, parce que leS Robespi erres , jaloux de perpétuer la terreur, annonçaient que la scène tragique devait se renouveler le lO. '
Les deux jours que nous passâmes dans l’attente de notre sort, furent deux jours d’agonie perpétuelle; un deuil universel couvrit notre asile, nos yeux rencontraient partout les corps palpitans des victimes de Robespierre et de la scélératesse de ses agens, le repos nous abandonna, la mort planait sur nos têtes , et la maison ne fut plus qu’une mer de sang sur laquelle nous avions fait naufrage. Si quelque roseau s’offrait à nos débiles mains pour nous ramener au port , des requins dégouttans du sang de nos malheureux compagnons, venaient avec leurs dents meurtrières nous déchirer les flancs et nous précipiter de nouveau dans l’abime du malheur.
Rien ne pouvait égaler le désespoir des détenus de Lazare , leur douleur était à son comble ; le fer assassin en avait déjà moissonné quatre-vingts ; la mère pleurait son fils , la femme son mari , le fils son père, et la jeune personne, eftcore sans expé-
270 TABLEAU HISTOHIQOK
rience, sa tendre mère, si nécessaire à son bonheur.
Dans cette affligeante position , nous ne voyions de salut que dans la mort; et quelque effrayante qu’elle paraisse naturellement, nous la trouvions trop lente à venir , nous l’invoquions en regrettant de n’avoir pas été du nombre des premières vicjimes. Lorsque, vers dix heures du soir du 9 thermidor, on répandit dans la maison que Robespierre était décrété d’accusation , celte nouvelle apportée du dehors par trois nouveaux détenus, inspira de la défiance , et tenait trop du miracle pour qu’on osât y croire.
Cependant la précaution qu’avait eue l’administrateur Bergot de consigner les porte-clefs qui étaient de sortie ce jour-là, et l’empressement de Verney concierge , à fermer , pour la première fois , et presqu’au moment de celte noutelle, les guichets intermédiaires des corridors, fit soupçonner quelque chose d’extraordinaire.
En effet, peu de temps après, on entendit de toutes parts les tambours battre la générale et des rappels, et toute la nuit se passa dans des craintes et des incertitudes.
Le lendemain matin, vers sept heures, la défaite de Robespierre et de la municipalité fut annoncée de nouveau ; on aimait à y croire , mais chacun craignait d’en parler , tant était grande la stupeur des déténus.
DE M MllSON DA.ZARK. ' ay I
Enfin la nouvelle se confirma, vers midi, d’une manière si positive et si circonstanciée, qu’il ne fut plus permis d’en douter.
On doit facilement se persuader quel changement subit s’opéra dans la maison de Lazare ; les détenus commencèrent pour la première fois , depuis le 5 , à y respirer un air plus frais ; leur ame si long-temps comprimée prit un nouvel essor, leur front se dérida, ils recouvrèrent l’usage de leurs sens, les apprêts de la mort se dissipèrent; et s’il leur eût été possible d’oublier l’assassinat de leurs compagnons, ils eussent tout-à-fait perdu le souvenir de leurs malheurs.
La mort de Robespierre et ses, noirs attentats donnèrent lieu à une épitaphe qu’un particulier écrivit sur la muraille ; elle peint trop vivement ce monstre pour négliger de la rapporter ici.
n s’abreuva du sang d’un million de victimes ,
’ ‘ n parht de vertus , et commit tous les crimes.
ÉCLAmCISSEMENS HISTORIQUES
ET PIÈCES OFFiaELLES.
Noie ( A ), [Hige 48.
Ci’est un iiuaiéro bien remarquable que ce numéro i3 ; on y jouait jusqu’au tribunal même. Dix-huit lits attenant les uns aux autres , étaient sépares par de hautes planches, entre lesquelles chaque individu isolé était comme enseveli : sur chaque lit siégeait un juré. L’accusé, monté sur une table , les avait en face de lui ; le greffier et l’accusateur public remplissaient le parquet. C’était ordinairement à minuit que commençaient nos séances , lorsque , sous nos verroux et sous nos tristes voûtes, nous étions presque certains de n’être plus troublés. L’accusé était toujours condamné ; cela pouvait-il être autrement, puisque c’était le tribunal révolutionnaire? Une fois condamné, l’horrible appareil se développait ; les mains étaient attachées , et le patient venait sur la barre d’un lit recevoir le coup du glaive qui s’abattait sur sa tête. Par un de ces événemens très-ordinaires en révolution, l’accusateur public devient accusé lui-même , et par conséquent condamné. Il subit son jugement; mais tout-à-coup il revient couvert d’un drap blanc, nous effrayer par le tableau des tortures qu’il éprouvait aux enfers; il nous lit l’énumération de ses crimes, prédit aux jurés ce qui leur arriverait : Qu’ils seraient promenés dans des tombereaux de sang , enfermés dans des cages de fer, et qu’ils épouvanteraient le monde par l’horreur de leurs supplices , comme ils l’avaient épouvanté par leurs cruautés inouies. lly avait dans notre chambre un nommé Lapagne, le Pampin du numéro i3. Il avait été maire d’Tngouville , faubourg du Havre , où il avait été envoyé par les jacobins ,
ET PIÈCES OFFICIELLES
et à cette époque il était bien digne de les servir, puisqu’il avait été chef de voleurs , et condamné à être rompu pour assassinat , sous l’ancien régime. Notre revenant va le saisir au collet, et lui reprochant tous ses forfaits avec des imprécations affreuses , il l’entraine aux enfers. Lapagne ! Lapagne! Lapagne !... criait-il lamentablement. Lapagne le suivait, interdit , épouvanté; sa terreur rendait plus pittoresque cettj scène , éclairée paÈ une seule bougie qui laissait les ténèbres régner paisiblement sur les deux tiers de notre cachot. Ce revenant, c’était moi... C’est ainsi que nous badinions dans le sein de la mort, et que,' dans nos jeux prophétiques , nous disions la vérité au milieu des espions et des bourreaux. ( Note de Rioujfe. )
Note ( C ) , page 5o.
J.-P. Brissot à Barrere , député de la Convention.
ATAbbaye, ce 7 seiuembre, l'an II de Urtfpubliqse une et indivisible. ^
Le peuple vous demandait du pain , vous avez promis mon sang ! Ainsi vous ordonnez ma mort , avant même' que je sois traduit devant un tribunal ! Ainsi vous insultez au peuple , à qui vous prêtez le goût du sang , et aux tribunaux que vous supposez être les instrumens de vos passions ! Ah ! si mon sang pouvait amener l’abondance et éteindre toutes les divisions , je le verserais moi-même tout à l’heure.
Pour excuser cette phrase sanguinaire , vous supposez que je conspire dans ma prison ; vous supposez. que j’ai dit: jivant que ma tête tombe, il en tombera dans le sein de la Convention.
C’est une calomnie nouvelle , imaginée pour irriter les esprits contre moi. Je vous défie de citer un seul témoin , une seule preuve de cette conspiration et de ce propos. J’abhorre le sang , je ne demanderais pas même celui de ^
3^4 ÉCtAlRCISSEMEN HISTORIQÜES
mes persécuteurs qui voudraient boire le mien. La philosophie , la justice , l'ordre et l’humanité , voilà les vrais fondemens des républiques ; et l’on sait bien que tout mon crime est de n’en avoir pas voulu d’autres. Voilà ma conspiration , celle que je continue dans ma prison. Oui , je conspire avec mes triples grilles èt mes triples verrous ; je conspire seul ou avec les philosophes de l’auliquité , qui m’apprennent à supporter mes malheurs , pour la liberté dont je serai toujours l’apôtre. Voilà le complot qu’il faut ajouter à !a liste de ceux qu’on m’impute, et dont on cherche en vain les preuves, puisqu’ils sont tous imagiqaires. Mais on veut des victimes... Frappez donc; et puissé-jo être le dernier républicain qu’immole l’esprit de parti !
Note(C), page Si, <
Pabxi les députés de la Conciergerie , Ducos est un do ceux qui ont montré le plus d’hilarité. Voici un pot-pourri qu’il a fait, quelques jours avant sa mort, à l’occasion de l’arrestatiaU) du d.éputé Bailieul à Provins.
Au : ün jour de, eet Automne.
Un jour de cet Automne ,
De Provins revrnant...
Quoi .' sûr l’air de la Nonne ,
Chanter mon accident ! ' -
Non , non, mon honneur -m’ordonne D’être grave et touchant.
Au : Det Folies d’Espagne.
Peuple français, écoutez-moi sans rire;
Je vais narrer un grand événement :
Comme je fus toujours de mal en pire,
De point en point , de Provins revenant.
Au : Je ne saurais danser.
L’ezorde est fini 3e vais entrer en matière ;
> ET PIÈCES OFFICIELLES
L’exorde est fiai ,
J’en suis quitte , Dieu merci.
Cicëron cadet , , •
Je me pique d'éloquence ,
Cicéron cadet.
Mieux que lui je vais au fait.
Aia : Des Guillotinés, ci-dexant des Pendus.
L’autre jour la Convention Décréta d’arrestation Ma personne , sans dire gare.
Pour me sauver de la bagarre '
Je résolus , fort à propos,
De prendre mon sac sur le dos. ’
Aie : Du Haut en bas.
Clopin , dopant.
Je chemmais dans la campagne ,
Qopin, dopant,
D’horreur et d’elTroi palpitant ;
Maudissant un peu la Montagne',
Je m’enfonçai dans la Champagne,
Clopin, dopant.
Aia : Ausâtât que je taperqqU.
Un mal auquel je suis sujet M’attaqua sur la route;
(Car la peur changeait chaque objet,}
Et je n’y voyais goutte!....
Je prenais , le long du chemin,
Un âne pour nn jacobin , '
Un âne {bis) pour un jacobin.
U est de plus lourde méprise ;
La peur fait bien d’autres sottises;
Chaque jour l'on voit Quelqu’un s’y tromper de sang-froid.
Aia : JUa'lb'rough s'en va ien guerre.
Enfin , sans perdre baleine ,
Mironton , etc. ,
La fortune inhumaine Me condnit à Provins.
(bis)
(1er.)
ayô ÉCLAIBCISSEMEHS HISTORIQÜES
O honte! affreux destina!
C’est là que , dans l’auberge ,
Portant mon sac et ma flamberge ,
En paix je me gauberge ,
Vient un municipal,
Lequel , d’un ton brutal ,
Air : De la Carmagnole.
Dit : Citoyen , vous ave» tort ( bit )
De voyager sans passe-port. (bis)
Pour punir cet oubli,
Il vous faut aujourd’hui Danser la Carmagnole
Au bruit du son, (bis)
Danser la Carmagnole Au bruit du son du violon (i).
Air : Du V audeville de tigaro.
Ah I je suis inviolable ,
Repris-je avec dignité;
Si j’ai l’air d’un pauvre diable.
C’est que je suis de'puté ;
Citoyens , daignez à table Vous asseoir à mon côté;
Buvons à la liberté. ( bis )
Air : Des Marseillais.
Malgré votre habit sans-culotte.
Vous êtes, dit-il, nn suspect;
Vous irez siffler la linotte ,
Mon cher député, sauf respect. (bis)
Entendez-vous , dans la cuisine ,
Le bruit qu’y fait maint citoyen.
Criant : Haro sur ce vaurien !
On vous a jugé sur la mine.
Aux armes , Citoyens ; saisissez ce grimaud ;
, Marchez (bis) , les fers aux mains, qu’on le mène au cachot.
(i) On appelle violon, à Pari», une prison pour enfermer ceux qu’on arrête la nuit , et qui sont le lendemain interro|e'i.
F,T PIÈCES OFFICIELLES. 377
Am : Que ne suis-je la t'ougkn.
Hélas! voudra-t-on le croire?
11 le fit comme U le dit.
Je voulus faire une histoire ;
Maie je fus tout interdit.
De frajreur perdant la tête ,
Durant ce conflit soudain ,
Je passai pour une béte;
Et c’est mon plus vif chagrin.
Aia : Ois allez-vous, M. [Abbé?
Quand j’eus gémi suffisamment ,
Et réfléchi patiemment , ’
Mon homme, enfin, m’accoste':
Eh bien !
A Paris, par la poste, '
Vous m'entendez bien.
Air : On doit soixante mille franes.
Dans un mauvais cabriolet
On me jette comme un paquet ;
Sans pitié pour mes larmes, Vers les lieux d’où j’étais venu.
On me ramène confondu
Entre mes deux gendarmes.
(bis. )
Air : Je suis lÂndor.
De mes malheurs telle fut l’Iliade ;
Et les railleurs, pour aigrir mes dbagrins,
Vingt fois le jour me parlent de Provins.
Hélas ! j’ai fait une belle ambassade.
Note (b) , page 5Z.
La romance dont Nicolas Montjourdain , ci-devant commandant de bataillon de la section Poissonnière , composa les cinq- premiers couplets avant sa condamnation , et les trois autres après, a étonné et attendri tout Paris; la voici r.
Air ; du f^audeville de la Soirée orageuse.
L’heure avance où je vais mourir ,
L’heure sonne , et la mort m’appelle ;
éCLAIBCISSEMEHS HISTÔrIQTTES
Je n’ai point de lâche désir;
Je ne fuirai point devant elle.
Je meurs plein de fui, plein d'honneur; IMais je laisse nia douce amie Dans le veuvage cl la douleur ;
Ah ! je dois icgrcllcr la vie !
Demain mes yeux inanimés Ne s’ouvrivonl plus sur les charmes;
Tes beaux yeux , à l’amour fermés , Demain seront noyés de larmes.
La mort glacera cette main Qui m’unit à ma douce amie;
Je ne vivrai plus sur ton sein;
Ah ! je dois regretter la vie.
Si dix ans j’ai fait ton bonheur ,
Garde de briser mon ouvrage ;
Donne un moment à la douleur , Consacre aux plaisirs tou bel âge. '' Qu’un heureux époux, à son tour, Vienne rendre à ma douce amie Des jours de paix , des nuits d’amour; Je ne regrette plus la vie.
Je revolerai près de toi
Des lieux où la vertu sommeille ;
V Je ferai marcher devant moi Dn songe heureux qui te réveille.
Ab .’ puisse encor la volupté Ramener à ma douce amie L’amour an sein de la beauté ;
Je ne regrette plus la vie.
Si le coup qui m’attend demain n’enlève pas ma tendre mère ;
Si l'âge , l’ennui , le chagrin n’accablent point mon triste père ;
Ne les fuis pas dans ta douleur :
Reste i leur sort toujours unie;
Qu’ils me retrouvent dans ton emur ;
Ils aimeront encor la vie.
ET PIÈCES OFFICIEIXKS.
Jt Taii vous quitter pour jamais ;
Adieu plaisirs, joyeuse viej Propos libertins et vins frais ,
Qu'avec quelque peine j’oublie!
Mais j’ai mon passe-port : demain Je prends la voiture publique;
Et vais porter mon front serein
. Sous 1» faulx de la république.
Mes tristes et chers compagnons.
Ne plenrei point mon infortune;
C’est dans le siècle où nous vivons Une misère trop commune.
Dans vos gaîtés, dans vos ébats.
Buvant, criant, faisant tempête.
Mes amis, ne m’avez-vous pas Fait quelquefois perdre la tète?
Quand au milieu de tout Paris,
Par un ordre de la patrie , i
On me roule à travers les ris D’une multitude étourdie.
Qui croit que de sa liberté Ma mort assure la conquête;
Qu’est-ce autre chose pcn vérité.
Qu’une foule qui perd la tête ?
iVôle (E) , page 60.
J’ai connu dans cette maison un homme très-singulier et très-original ; il s’était si fort dégoûté de la vie , qu'il ne parlait jamais que de mourir, dans toutes ses conversations, et cependant cette envie ne lui fit jamais perdre un fonds de gaieté qui était à toute épreuve.
Ce prisonnier se nommait Gosnaj. Il pouvait avoir vingtsept ans ; il avait été autrefois grenadier dans le ci-devant régiment d’Artois; il avait depuis servi dans les hussards de fierchiny ; il était à la Conciergerie, comme 'prévenu d’émigration : c’était Ronsin qui l’avait fait arrêter à Cfaâlons-sur-Saône , et traduire à Paris.
38o éCLAIRCISSEMBNS HISTORIQUES
Ses manières affables et joviales lui avaient attiré les bonnes grâces d’une jeune et jolie personne qui venait régulièrement à la Conciergerie, rendre des soins à son oncle asthmatique. Après avoir rempli ce devoir pieux , elle allait passer trois ou quatre heures auprès de son cher prisonnier ; c’était pour elle un plaisir inexprimable de pourvoir à ses besoins , et même à ce que l’on appelle ses menus plaisirs.
Gosnay était sensible à ses procédés généreux; il avait promis de l’épouser lors de son élargissement ; mais le malheureux nourrissait toujours dansson ame le désir de mourir.
Lorsqu’on lui apporta son acte d’accusation , il le prit froidement, le roula dans ses mains, l’approcha d’une lumière, et en alluma sa pipe. Cependant ses camarades lui firent observer que c’était une folie de courir à la mort à son âge , lorsqu’il avait des moyens de défense aussi péremptoires que les siens.
Gosnay pprut céder à leurs sollicitudes; mais, intérieurement , il voulait toujours mourir.
Avant de monter au tribunal , il but du vin blanc , mangea des huîtres avec ses camarades , fuma tranquillement en s’entretenant avec eux sur la destruction de notre être. « Ce n’est pas tout, leur dit-il , à présent que nous avons bien déjeuné, il s’agit de souper, et vous allez me donner l’adresse du restaurateur de l’autre monde , pour que je vous fasse préparer pour ce soir un bon repas. »
Lorsqu’on lui lut son acte d’accusation au tribunal , il dit affirmativement que tous les chefs articulés contre lui étaient parfaitement vrais; et son défenseur ayant voulu observer qu’il n’avait pas la tête à lui, il répondit : «Jamais ma tête n’a été plus à moi que dans ce moment , quoique je sois à la veille de la. perdre. Défenseur officieux, je te défends de me défendre ; et qu’on me mène à la guillotine !
Condamné à mort , il traversa la cour, et salua ses camarades avec sa gaieté ordinaire, et sans qu’on vit sur son visage la moindre altération. .
ET PIÈCES OFFICIELLES. a8l
• Arrivé dans 1» salie des condamnés , il but, mangea avec . appétit , et se montra tel qu’on l’a toujours vu.
En montant sur la charrette, il adressa la parole à un des guichetiers avec qui il avait eu une sorte de familiarité.
« Mon ami Rivière, lui dit-il , il faut que nous buvions un .. verre de kirsch-waser dans ta tasse, sans quoi je t’en voudrais jusqu’à la mort. » Rivière apporta la liqueur, et Gosnay parut la boire avec plaisir. En traversant la cour du Palais , quelques personnes le poursuivaient par des huées. Il leur répondit froidement : « Lâches que vous êtes,' vous m’insultez ! eh ! iriez-vous à la mort avec autant de courage que moi ? »
Arrivé au pied de l’échafaud , il s’écria : « Me voilà donc arrivé oh j’en voulais venir ! » Et il livra tranquillement sa tête à l’exécuteur.
Note {F), page
(Les notes sur le jugement de Cusfine Jih , renvoyées par erreur à la lettre F, ae O trouvent p. 127.)
.... Suivons la marche d’Hébert et de ses acolytes pour soulever le peuple contre les maisons d’arrêt.
Dans le courant de nivôse, ils imaginèrent de faire , avec grand appareil , en plein jour, des transfèremens de deux cents personnes à la fois dans les maisons d’arrêt, deS maisons d’arrêt dans les prisons. Lentement traînés de rue en rue , sur de longs chariots , liés , garottés deux à deux , les malheureux que l’on avait choisis étaient exposés aux huées et aux injures du peuple , à qui on persuadait qu’ils étaient des brigands de la Vendée. On affectait d’arrêter, des heures entières, les chariots dans' les places de marché ; les gendarmes avaient ordre de tuer le premier qui se plaindrait ou qui ferait mine de se délier. Dans le nombre de ces victimes , ou voyait des vieillards , des enfans , des femmes. PlusieuES, accablés de faiblesse et de lassitude, anéantis sous le poids de l’humiliation 'ef de la honte , tombaient en défaillance ; émues à ce tableau déchirant , des
a8a ÉCLAiRCisssiiERs historiques
femmes de sans-culottes accouraient aussitôt leur chercher quelques gouttes de vin ou d’eau-de-vie ; elles leur pré* sentaient ces faibles secours avec l’expression franche de la nature et du sentiment : soudain le cerbère municipal, à qui ces femmes compatissantes cherchaient à ravir le plaisir de savourer les souffrances du malheur, s’élançait furieux , les accablant d’injures, il leur ' arrachait le verre de la main ; il brisait ce verre sur le pavé , et faisait reculer, à grandes bourrades , celles qui avaient osé l’offrir , qui avaient commis le crime de se rendre humaines et sensibles. Quelques-unes même de ces bonnes citoyennes ont été punies de leur bienfaisante pitié.
On transféra de Bicêtre à Saint-Lazare deux cents brigands condamnés aux fers , afin de persuader que Saint-Lazare ne contenait que des brigands. Dans cette maison , assez fermée pour des hommès qui ne veillent devoir leur liberté qu’à la loi , mais très-peu sûre pour des êtres accoutumés à tous les crimes, on espérait que ces scélérats se révolteraient et emploieraient tous les moyens possibles de s’évader. Pour les exciter à se liiYer à des excès , on porta la rage dans leurs âmes : on les jeta pêle-mêle dans le réfectoire, sans lits, sans sièges , saris paille, sans bois pour se chauffer, sans même leur donner de nourriture ; ils rugissaient , ils remplissaient l’air d’imprécations et de cris. La salle du réfectoire était entourée d’une boiserie artistement faite; bientôt elle fut brisée et brûlée. L’inquiétude et la terreur circulaient dans la maison et aux environs; les voisins tremblaient, chaque instant leur présageait une irruption de contre-révolutionnaires et d’assassins. Alors, monté sur son Bucéphale, à la tête de la force armée, Henriot attroupe le peuple , il entre dans la cour : « Citoyens , s’écrie-t-il , s’adressant à la garde et montrant les fenêtres des détenus, les hommes qui sont dans cette maison sont des scélérats que la mort attend f 'iis ne rêvent que forfaits et contrerévolution. Si un seul osait élever la voix , ou faire mine
ET PIÈCES OFFICIELLES
de s’évader, faites feu sorloi ; nous vous les livrons tons...» A ces paroles sangninaires, nn*cri d’indignation part des fenêtres où les détenus étaient 'gronppës ; Henriot parait déconcerté : cependant il se remet , et reprend i « Il est possible qu’il se trouve peut-être parmi ces conspirateurs un ou deux patriotes; s’il s’en trouvait, vous lenr accorderez secours et protection. <• Après cette scène , en caracolant, et se félicitant intérieurement de l’impression défavorable qu’il avait laissée contre les détenus , il sortit de la cour.
Témoins de cette conduite révoltante, les détenus n’envisagèrent plus que Iè mort, et la mort la plus affreuse; ils ne doutèrent plus que l’on ne voulût renouveler l’Lorrible boucherie du 2 septembre ; ils résolurent, si l’on venait les égorger, d’user, pour se sauver, de tous les moyens qui seraient en'leur pouvoir. En conséquence , ils se tinrent sur leurs gardes ; quatre dans chaque corridor furent char-* gés de passer les nuits, de faire sentinelle , et d’avertir leurs compagnons d’infortune en cas d’événement. Une seule chose les rassurait un peu ; c’est que le citoyen Naudet, alors concierge , était un homme humain , sensible , qui avait pour les détenus tous les égards que l’on doit au malheur, et qui leur procurait tous les adoucissemeqs qu’il pouvait, sans compromettre son devoir.
Tandis que ces tristes victimes étaient ainsi en proie à des alarmes insupportables , par les ordres hypocrites qu’il faisait imprimer dans tous les journaux , Henriot aliénait de plus en plus l’opinion contre les maisons d’arrêt. Ses mouchards, ceux de l’administration de police, couraient tous les lieux publics ; ils y répandaient les calomnies les plus perfides et les plus noires. Mais la première arrestation de Bonsin et de sa clique ayant eu lieu à cette époque, le massacre fut ajourné. Alors les voleurs de Bicêtre y furent reconduits , et les pauvres lazaristes commencèrent à respirer un peu. ^ ,
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Cependant les mesores n’en furent pas moins rigoureuses ; les sentinelles qui nous gardaient n’en eurent pas moins la persuasion que nous étions des brigands, des conspirateurs ; plusieurs fois même elles tirèrent sur des détenus qui se mettaient aux fenêtres ; et l’on remarqua, que celles qui se permirent ces actes barbares contre des hommes paisibles , étaient de la section d’Hébert (i).
Dans ces momens d’elfroi , trois citoyens dont la détention avait dérangé les affaires , et qui se voyaient privés de correspondre avec ceux qui étaient chargés de leurs intérêts au dehors, perdirent la tête et se jetèrent successivement par la fenêtre. Ces trois malheureux avaient bien servi la révolution : l’un était Étienne, ancien notaire; l’autre, un ami de Marat, dont j’ai oublié le nom, et le troisième un Belge patriote.
Ce n’était pas assez, au gré de nos persécuteurs, de nous
(i) La consigne que l’on donnait aux sentinelles qui nous gardaient , était effrayante; il leur était défendu , sous peine de mort, de nous parler, de nous répondre, de nous faire le moindre signe : aussi faisait- elle une impression si terrible sur la plupart des sentinelles, que, dès qu’ils nous apercevaient A une fenêtre , ils pâlissaient de crainte que l’on ne crût qu’ils s’entretenaient avec nous. Plusieurs auxquels la peur de la guillotine embrouillait le cerveau , nous couchaient tout bonnement en joue pour que nous nous retirassions; trois ou quatre fois elles tirèrent , et heureusement manquèrent leur coup. Ces incidens jetèrent le trouble dans la maison ; nous frémissions d’indignation de nous voir ainsi traités , et il fallut toute la sagesse du concierge Naudet pour remettre le calme. Ces pauvres sentinelles étaient la plupart excusables d’avoir si peur : un gendarme avait été guillotiné pour s’étre chargé d’une lettre qu’une femme écrivait à son mari détenu è Sainte-Pélagie. Cependant j’en ai vu quelques-uns qui se sont hasardés à me dire quelques mots de consolation, en se promenant droits comme on 1, sans me regarder. Je me ressouviendrai toujours d’un gros homme, sur le visage duquel la bonté était peinte ; il eut le courage d’écrire sur le mur avec sa pique ; Pauvres détenus, prenez patience, le temps de la justice arrivera bientôt.... Bon citoyen ! si je te rencontre jamais, qu’avec plaisir je presserai ta main consolatrice!
ET PIÈGES OmClELLES. 285
avoir ravi le plaisir d’embrasser quelquefois nos femmes , nos amis ; il fallait encore nous enlever la consolation de les apercevoir de loin et de leur envoyer des baisers. N’obtenant plus de permission pour entrer dans la maison , ces objets si cbers et qui seuls retiennent à la vie , vénaient dans la première cour ; là , nous les voyions de nos fenêtres ; nous les voyions d’assez près pour lire sur leurs traits l’expression de la tendresse, de l’inquiétude et de la douleur; ils pouvaient nous entendre leur dire : Nos coeurs ne connaissent de jouissance que celle d’être à vous ; les liens qui nous unissent nous donnent seuls la force de supporter le fardeau de nos peinetf'. Nous pouvions laisser couler quelques larmes sur nos enfans que leurs mères élevaient dans leurs bras ; la bénédiction paternelle pouvait descendre jusque sur la tête de ces innocentes créatures. Mais, souvent témoins de ces scènes de sentiment, les bourreaux qui torturaient nos âmes ne les virent qu’avec envie, qu’avec rage, et bientôt défense fut faite d’entrer dans la cour : la porte fut fermée , et ce lieu où nos regards avaient plané si délicieusement sur ce que nous chérissions le plus , ne nous offrit alors qu’une triste et noire solitude. Que ceux qui aiment à savourer les pures expressions du sentiment et de la nature, jugent de l’état d’abattement et de langueur dans lequel cette privation cruelle nous plongea.
D’un autre côté, rien ne présageait un terme à notre captivité ; chaque jour ou amenait parmi nous de nouvelles victimes , et nous ne voyions sortir aucun de nos frères infortunés ; nous n’entendions parler que de la terreur répandue dans Paris et dans les départemens ; nous apprenions que personne n’osait plus se risquer à solliciter pour nous. Nous nous croyions abandonnés de la nature entière; nous voyions la société nous accabler de son mépris et de sa haine, et nous en étions au point de défendre, même à nos femmes, de demander justice pour leurs époux opprimés. . ,
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Comme nous nous nourrissions à nos frais , nous et nos camarades indigens , on n’avait pu nous ôter la facnltd d’écrire, du moins pour faire venir ce dont nous avions besoin. Des commissionnaires, avoués par le concierge, entraient dans les guichets; là, nous communiquions avec eux. Mais cette facilité pouvait faire transpirer au dehors la connaissance des vexations que nous éprouvions , et nous donner lieu d’étre informés des calomnies que l’on répandait à la journée contre nous ; nos oppresseurs la jugèrent donc nuisible à leur projet , et ils résolurent de nous l’ôter encore.
Le moyen qui leur parut le plus efficace, fut de nous isoler, de nous resserrer tellement qu’ils pussent tout se permettre , sans redouter que nos réclamations et nos plaintes parvinssent jamais au peuple et à la Convention nationale. Ils persuadèrent donc aux anciens comités de salut public et de sûreté générale , de prendre un arrêté ordonnant que nous serions nourris en commun , et que la nation paierait notre nourriture ; l’administration de police nous signifia même que nous serions blanchis, et que toute espèce de correspondance nous serait interdite.
Mais l’humanité de Naudet, concierge, ne s’accordant pas avec de telles mesures , il devint suspect à celte administration ; elle saisit l’occasion d’un petit désagrément qu’il éprouva , pour le destituer et le remplacer par un autre concierge , le citoyen Semé, brusque et ponctuel exécuteur des ordres oppressifs qu’on lui donnait , cependant honnête homme et incapable de vexer de son chef. Cet homme ne paraissait pas encore décidé à tourmenter les détenus et à amonceler contre eux de fausses dénonciations ; il éprouva le même sort que son prédécesseur, et l’on mit à sa |dace un être entièrement dans le goût de l’administration , une brute féroce, qui semblait ne s’alimenter que de nos souffrances : avec un tel cerbère, on avait bien la certitude d’être secondé chaudement , lorsqu’il s’agirait de travailler à notre destruction.
ET PIÈCES ORICIELLBS.
Une précaution restait à prendre à nos bourreaux : nous avions des couteaux, des rasoirs, des ciseaux, dont on craignait que nous ne nous fissions des armes pour nous défendre, si l’on venait nous égorger. Plusieurs, selon leur fortune, avaient réservé des assignats pour leurs dépenses courantes , leurs besoins à venir, et les secours qu’ils répandaient fraternellement sur leurs camarades pauvres ; avec ces assignats , nous pouvions , disait-on, corrompre nos gardiens, et faire passer au dehors le récit de nos maux. On trouva donc expédient de nous enlever tous ces objets ; on trouva expédient d’hériter de nous avant notre mort , et de nous mettre hors d’état de penser à la moindre résistance.
En conséquence, un beau matin, nous recevons l’ordre de nous tenir dans nos chambres , avec défense d’en sortir sous aucun prétexte; les corridors sont fermés, plus de communications entre nous; nous nous demandons à nousmêmes ce qui peut avoir motivé cet ordre ; alors nous voyons entrer des commissaires suivis de la force armée. Comme on croit faoHement ce qu’on désire , nous nous arrêtons quelques instans à l’idée que c’est la commission populaire, cette commission , dans laquelle nous avions mis notre espoir, et qui n’était qu’un leurre, un moyen de nous assassiner plus sûrement , imaginé par Robespierre et ses complices : Elle vient nous délivrer, nous écrions-nous!.... Quelle erreur est la nôtre! hélas, bientôt nous serons détrompés !
La visite commence , les corridors sont remplis de gardes auxquels il est défendu de nous dire et de nous répondre on mot ; accompagné d’un officier de paix , suivi du concierge et de deux guichetiers , un administrateur de police vient dans chaque chambre, par ordre de numéros, et il n’en sort qu’après avoir exercé la plus sévère et la plus indécente inquisition , qu’après avoir lu tous vos papiers , retourné toutes vos poches, vos porte-feuilles, fouillé jusque dans vos culottes, ■iotre chemise, vos matelas ; cou-
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teaux , ciseaux , canifs , rasoirs , assignats , bijoux sont saisis ; les montres même , regardées ordinairement comme meubles utiles , sont de bonne prise; on consent pourtant à faire la grâce, à ceux à qui l’on a pris de l’argent, de leur laisser jusqu’à la concurrence de cinquante livres.
Trois jours et trois nuits, sans désemparer , dura cette visite inquisitoriale (i). Que l’on juge de l’inquiétude de ceux d’entre nous dont les corridors furent les derniers à passer; et quand elle fut terminée, quand nous pûmes nous retrouver, quelles conjectures effrayantes nous dûmes en tirer !
Bientôt après arriva le jour où il fut défendu de laisser entrer d’aucune espèce d’alimens dans notre prison , et où le réfectoire commun fut établi. t
Crainte que nous ne fissions quelques provisions, on se garda bien de nous avertir de ce jour; ce fut à l’improviste, le 24 messidor, que disparurent les commissionnaires , que l’entrée du guichet nous fut interdite, et que l’on nous signifia que , pour ne pas mourir de faim , nous devions nous décider chacun à emporter d’assaut une place au réfectoire.
Je ne parlerai pas des deux mortelles heures que l’on était forcé de passer à la porte de ce réfectoire, se coudoyant, se pressant , s’étouffant les uns les autres ; je dirai seulement que, pour nourrir des vieillards, des femmes délicates et faibles , des malades , on nous donnait pour vingtquatre heures, à chacun , deux harengs pourris, de la
(i) n serait difiicile de rendre la brutale grossièreté de l’administrateur Bergot, en procédant à cette visite : je l’ai vu pousser le raffinement de la barbarie jusqu’à vouloir enlever à un détenu une tabatière sur le couvercle de laquelle était le portrait de son épouse. Ces Messieurs , disait-il, se consolent, avec ces portraits, d’étre privés des originaux;
et ils ne s’aperçoivent plus qu’ils sont en prison Le monstre ! mais
il a porté la peine de ses forfaits , mis hors de la loi avec la Commune rebelle , il a subi le même sort ! '
ET PIÈCES OFFICIELLES. 3,89
merluche empoisonnée , et une chupine d’une composition de litharge , de betterave et de bois d’Inde , etc. , que l’on appelait vin (i). Les premiers jours, Bergot fit la visite des tables , non pour avoir l’oeil sur ce que nous fussions bien et suffisamment nourris , mais pour enlever les couteaux à ceux d’entre nous qui avaient eu l’adresse de soustraire le leur à sa vigilance farouche. Si nous nous plaignions de la nourriture détestable que l’on nous donnait, il se mettait en fureur : « C’est encore trop bon , disait-il , pour des b.... que l’on va guillotiner. » Puis il disait au cuisinier : « Ne t’avise pas d’écoutcrces b. ..-là ; s’ils ne veulent pas manger ce que tu leur sers , qu’ils se couchent à côt4 •>
Périnal , c’est le nom de ce nouveau Mignot à qui s’appliquent si bien ces vers de Boileau :
Périnal, c’est tout dire, et dans le monde entier Jamais empoisonneur ne sut mieux son métier.
Le cher homme ! 11 secondait à merveille les intentions de son commettant , et il ne répondait à nos plaintes que par ces mots : «Si j’écoutais l’administration de police, vous seriez encore plus mal. >•
Je dois dire pourtanU^ à sa justification, qu’il était en quelque sorte forcé, par les sacrifices qu’il avait faits, de
( 1 ) Ap rès le g thermidor, le bon Périnal se trouva pri.s comme dans un tréhiichct. Un matin, il faisait entrer deux tonneaux pour la provision devin : ne voilà-t-il pas qu’au beau milieu de la cour la voiture renverse ; et les tonneaux de rouler â terre , de s’enfoncer, et d’exposer aux regards des détenus, qui observaient des fenêtres, deux rivières : l’une, d’une boue rouge, au milieu de laquelle ou distinguait, dans toute leur intégrité, et le bois et les autres drogues qui la corn posaient j l’autre était tout bonnement de l’eau claire. iMalheureusement, un des nouveaux commissaires de la commission de la police se trouvait l.à, elles plaintes que nous lui avions faites étaient fraîches dans son souvenir. 11 envoya M. IVrinal en prison; mais qiiehpies jours après nou.s le vîmes reparaître. •
Digil^od by GoogU
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nous traiter ainsi. Nous ne savions pas le secret; nous l’avons su depuis. En passant son marché , l’administration de police avait exigé de lui , pour qu’il eût le droit exclusif de nous empoisonner , une somme de quatre-vingt mille livres de pour-boire, car cette administration aimait beaucoup à boire, à en juger par Bergot , qui ne paraissait jamais que le visage tout enlumine du jus de Baccbus , et qui s’enivrait avec les porte-clefs , les commissionnaires euxmêmes. Un jour, il ne marchait qu’en traçant des S, et ne parlait que par hoquets ; il voulut entrer dans cet état : la garde de la maison refusa de le reconnaître ; on l’arrêta. 11 fallut toute \,’éloquence du concierge, pour engager l’officier qui commandait le poste, à rendre ce pourceau,
surtout pour qu’il promît de n’en pas faire un rapport.
Quelque peu difllcile que tu sois, tu juges, cher lecteur, que deux harengs pourris et un peu de merluche empoisonnée , dans l’espace de vingt -quatre heures, n’étaient pas très-propres à nous restaurer l’estomac; si tu considères aussi que nous étions dans la canicule , époque où, de tout temps, cette sorte d’alimens salés a été proscrite par des réglemens de police, tu redoubleras d’indignation contre les scélérats qui traitaienl*aiiisi des hommes, des citoyens dont un grand nombre valait mieux qu’eux.
Il y avait parmi nous des vieillards infirmes, qui avaient besoin d’un peu de bon vin pour se soutenir; des femmes malades ou enceintes; plusieurs étaient au lait : ch'bien ! ces secours leur furent impitoyablement refusés. Le citoyen Giambone , banquier, était moribond; sa femme, dévorée par un cancer au sein : le premier demanda , comme une faveur insigne , qu’on lui permît de faire entrer quelques sirops et autres choses qui lui étaient ordonnées ; la seconde quelques gouttes de lait : Non , f. . . Telle fut la réponse de notre cerbère ; ils insistèrent : Non , f. . . , vous dis-je.
Quoique la lecture des journaux nous fùt.refusée , quel-
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ques nouvelles perçaient cependant dans notre prison (i). Nous interrogions les nouveaux venus; et le tribunal révolutionnaire, le nombre des guillotinés étaient toujours l’objet de nos questions; nous frémissions de terreur au récit du nombre des victimes dont la tête tombait chaque jour ; nous entendions parler de la conspiration du Luxembourg et des autres maisons d’arrêt , et nous ne pouvions concevoir comment une poignée de détenus , sans relations, sans ressources , sans armes, avaient pu ourdir dépareilles trames; nous jugions des autres maisons d’arrêt par la nôtre , où le plus grand ordre, la plus’ grande soumission régnaient, et ou nous étions tous plutôt retenus par notre respect pour la loi que par les verroux.
Nous nous applaudissions de ne pas avoir eu parmi nous d’hommes capables de former des projets d’évasion , ni assez audacieux , assez scélérats , pour conspirer du fond de leur prison conlre la représentation nationale. Ilélas ! nous Ignorions que la foudre grondait sur notre tête ; que , dans le moment même, on était à imaginer un roman de cons- .piration pour nous l’appliquer; qu’à la même table que' no® se trouvaient des monstres chargés de ce soin , et de celui ‘de désigner les infortunés destinés à porter la peine d’un forfait qui Yi’existait que dans l’imagination infernale de leurs vils dénonciateurs.
(i) Cette diîfense de laisser entrer les jobrnaux dans notre prison en nous tenant dans l’igooranco des êvénemens du dehors, donnait lieu i certains hommes, dont l'imagination ne pouvait être oisive, de faire circuler chaque jour, parmi nous, les nouvelle, le, plus extraordinaires tantôt effrayantes, tantôt favorables. Ainsi, sans cesse on nous faisait passer de la terreur à l'espoir, de l’espoir à 1a terreur. Les riches savaient souvent à quoi s'en tenir ; à force d’argent ils se procuraient le, journaux. J ai vu payer un seul numéro du Journal du soir, ou du Courrier républicain, a5, 5o et 100 livre,, encore le porte-clefs qui le procurait croyait faire une grâce d'autant plus grande, qu'il risquait sa tete, *
D^* . by C-Kiglt
2()2 ÉCLAIRCISSKMENS IIISTOKIQÜES
Un noiuiué Alanini , Italien , liomiiie connu depuis la révolution pour Un dénonciateur el un mouchard , el cjui n’avail fait d’autre métier dans les différentes maisons d’arrêt où il avait été détenu , fut l’inventeur de la fable ; il s’accoupla à un serrurier nommé Coquery, irabecille qu’il avait subjugué , ou par des ])romesses ou par des menaces. Ce Manini , un beau jour, dénonça donc plusieurs individus détenus à Saint-Lazare, comme ayant offert seize mille livres au serrurier, pour scier un barreau de la Seule fenêtre du premier où il y ait des barreaux, et ce afin de s’évader, pour aller ensuite égorger les membres des comités de salut public et de sûreté générale, notamment Robespierre, à qui, disait-il, Alain, (jeune homme, fils d’une fruitière, lequel était toujours seul et ne parlait presque à personne ) devait arracher le cœur et le manger.
Cette fenêtre donne sur une espèce de terrasse du jardin de la ferme, mais une distance de vingt-binq pieds la sé^ pare ; immédiatement au-dessous est la guérite d’une sentinelle. Le barreau enlevé, on devait, selon Alanini , passer * une planche qui aurait formé un pont de la fenêtre à la terrasse; c’est à ce pont étroit et fragile que les préteftus conspirateurs auraient confié leur destinée, et sans doute (ju’ils eussent eu l’art d’endormir la sentinelle qui se serait trouvée au-dessous, ainsi que les sentinelles voisines ; sans cette précaution , elles auraient tout vu, tout entendu , et l’on doit croire qu’elles. ne se seraient pas prêtées aux désirs des déserteurs.
Tel fut le chef-d’œuvre de l’imagination de Alanini , suivi de Coquery. Cette dénonciation accueillie, comme elle devait l’être , par Robespierre et son cher Fouquier-Tinville , ils dépêchèrent Herman, ministre de la justice, à Saint- Lazare, pour ordonner à deux autres de leurs agens dans la prison , d’englober dans cette conspiration tous ceux qu’ils pourraient. 11 est bon que mes lecteurs connaissent le moral des deux individus que le doux Herman chargeait
ET PIÈCES OFFICIELLES
(le ses pouvoirs. Le premier, uommé ÏÏeauberl , est uiiüelge r(îfagié qui, depuis qu’il est en France, n’a fait que de- Doucer ses compatriotes. Après avoir fait banqueroute dans sa patrie, il devint aide-de-cainp et confident intime du féroce d’Alton , ministre sanguinaire des barbaries de Joseph II dans la Belgique; de d’Alton , qui faisait éveiitrer les femmes enceintes et écraser les enfans contre les murailles. Personne ne servit plus activement ce monstre horrible que Jeaubert ; personne plus que lui, lors de la révolution de la Belgique, ne persécuta les patriotes; il les épiait, les arrêtait, les conduisait lui-même à la potence. Aussi mérita-t-il que son maître le recommandât particulièrement à Joseph II; par contre-coup, pour reconnaître ce bienfait, après la mort de d’Alton , Jeaubert ht imprimer son éloge, et il s’attacha à prouver, en dépit de mille faits atroces, qui tous déposaient contre le caractère féroce et barbare de ce satellite d’un tyran , que jamais l’huinauilé et la liberté n’eurent un plus courageux ami. Lors de l’entrée des armées françaises dans la Belgique , Jeaubert cabala de toutes ses forces pour croiser les opérations de nos commissaires , et pour empêcher les réunions ; il est fort soupçonné d’avoir été complice de la trahison de Dumourie; ; comme tel , il avait été arrêté à Lille , mais le conspirateur Lavalette le ht remettre en liberté. Depuis il vint à Paris , où il ne travailla qu’à dénoncer ses compatriotes réfugiés , tous convaincus qu’il n’est qu’un espion de l’Autriche. 11 fut arrêté de nouveau , et , de sa prison, il ne cessa plus d’assiéger les comités de dénonciations et de projets. Détenu avec Ronsin , Clootz, Péreyra , Desfieux , etc. , il fut leur intime tant qu’il crut qu’ils l’emporteraient; mais dès qu’il leur vit le dessous, il les dénonça : voilà l’homine que Robespierre établit arbitre de la vie et de la mort de huit cents citoyens ; voilà l’homme qui se dit le meilleur républicain qui existe , et qui nous appelle dés gens timides en révolution.
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Quant à Robinet, il est Français, marié depuis Icyiglemift à Bruxelles; à l’entendre, personne n’a mieux servi que lui la révolution française dans la Belgique. Ses aventures sont un roman qui n’a persuadé personne; du reste , enlièrenient asservi à Jeaubert, qu’il regardait comme un oracle, il faisait gloire d’être son scribe et de lui obéir en tout.
Pour donner à ces deux coquins plus de facilité à dresser les listes qui leur étaient demandées, Herman et les administrateurs de police ordonnèrent qu’ils eussent la liberté de compulser à volonté les registres des écrous , et souvent il venait passer les matinées à travailler avec eux.
J’allais quelquefois dans la chambre de ce Robinet , parce que sa fenêtre donnait sur la porte d’entrée : de-là je pouvais apercevoir un instant ma femme , et lui souiller un baiser lorsque celte porte s’entr’ouvrait.
Un jour j’étais chez lui : «Tu es un bon patriote, me dit-il ; je vais te faire une confidence, mais à condition que tu n’en parleras à personne : si tu disais un mot, tu serais perdu. » Il continua ainsi : « Nous sommes chargés, Jeaubert et moi, par les comités de salut public et de sûreté générale, de faire la liste de tous les aristocrates et de tous les contre-révolutionnaires qui sont dans cette maison; aussitôt que nous aurons fait cette liste , tous les patriotes sortiront. » Je frémis à ces paroles. Voyant mon air interdit : « Il faut que tous ceux qui ne se sont pas montrés ardens révolutionnaires y passent, » me dit-il , en faisant de sa main le signe de couper la tête. Il me montra ensuite une liste de quatre-vingt-deux individus, parmi lesquels s’en trouvaient que je connaissais pour bons citoyens, et sur lesquels Jeaubert et lui avaient mis des notes vagues et fausses. Je ne pus m’empêcher de lui observer combien il était délicat d’accuser aussi légèrement , et quelles funestes couséquences'pouvaicnt en résulter : «Nous n’avons rien à craindre, répondit-il, il est décidé qu’il
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faut que toutes ces têtes-là tombent ; nous sommes bien soutenus : d’ailleurs remarque ces mots qui sont au bas de la liste. Nous observons que nous ne dénonçons pas ; nous nous bornons à émettre notre opinion sur les individus cidessus, ainsi qu’elle nous a été demandée. En cas, ce qui n’arrivera pas, qu’ou veuille nous inquiéter,' ces mots-là nous sauveront. »
Je ne puis rendre toute l’horreur dont je fus saisi à ces paroles barbares, qnc cet inf.àme prononçait d’un air gai , et dont le refrain était : Vive la république I Je racontai ce que j’avais vu à quelques-uns de mes malheureux compagnons, et, le cœur partagé entre la crainte , les alarmes, et l’espoir que peut-être de tels gredins ne seraient pas crus sur parole, nous attendions l’événement.
Dans cette attente pénible , plusieurs jours s’écoulèrent pendant lesquels JeauLert et Ilobinet se conduisirent avec ' l’impudence de scélérats sûrs de leur coup; ils disaient, à qui. voulait l’entendre, qu’ils faisaient dos listes ; ils inspiraient une si grande terreur, que l’on était à leurs pieds; si quelqu’un n’était pas de leur avis, ils le menaçaient de l’envoyer à la guillotine. Jeaubert obtint les faveursde plusieurs femmes en les effrayant de la crainte d’être inscrites sur sa • liste si elles le refusaient; une de ces infortunées n’en a pas moins été guillotinée du fait de ce fourbe exécrable. Tous deux ils taxaient les riches, et ils les inscrivaient malgré cela avec des notescalomnieuses; ils n’épargnèrent pas même •ceux qu’ils appelaient leurs amis; « ün révolutionnaire, disait Jeaubert , n’a point d’amis. » Sollicité parle citoyen Jolly , canonnier, d’effacer le nom de sa maîtresse , et du citoyen Giambone et de sa femme , qui , disait ce jeune homme , n’avaient donné que des preuves d’attachement à la révolution : « Tais-toi, répondit-il, ou je t’y mettrai toi-même. « Un détenu était mécontent de son compagnon de chambre :« Veuxtu que je te débarrasse de cet homme-là, lui dit Robinet, je le mettrai sur ma liste, et son affaire sera bientôt faite. «