SUR LA. VIE DE RIOUFFE
autres celle de l’Épître d’Héloïse à Abélard , en vers français, moins tendres et moins harmonieux peut-être, que ceux de Colardcau, mais plus nerveux, plus concis, plus fidèles, plus rapprochés de l’original, et surtout plus profondément empreints de celte mélancolie sombre, de ce délire de l’amour au désespoir que le poète a peint de si vives couleurs. Un des livres favoris de Rioull’c était le roman de Werther. Il le lisait, le méditait, le commentait; car en dépit de sa gaieté naturelle, si vive, si franche, si soutenue ; malgré ce feu de saillies étincelantes qui ne languissait jamais, et qui fit le charme des Girondins , pendant qu’ils fuyaient la proscription dans le Calvados , Rioufi’e était , par accès , rongé d’une mélancolie noire, qui changeait ses traits, altérait son humeur , le rendait inégal , capricieux , bizarre , et dénatiiraît son caractère au point de faire presijue oublier ce fonds de justice et de bonté (jui en formait l’essence , et tjue Rioufl'e n’oubliait jamais. De-là sont nées , pour la plupart, les injustes préventions dont il a été l’objet, comme l’expliquent clairement ses commentaires sur le singulier livre de Goethe. Mais ce quelles manuscrits de Rioulfe renferment de plus précieux, ce sont les iradxiclions des trois dialogues de Platon , intilidés 1 Apologie de Socrate , le Crilon , et le Phédon. Il est douteux que jamais traducteur ait reproduit avec un talent plus vrai, le naturel, la simplicité, la richesse, l’onction pénétrante, l’harmonie, l’élévation de son modèle. Et quel modèle ! et quel sujet! La vertu persécutée jiar les lois, trahie par la Providence, abandonnée, Ii\rée par elle h rinu[uilé des hommes, llétiie par le dernim supplice’; et du milieu de tant d'horreurs, bénissant la Providence , proclamant l iiumoi lalilé de l ame, jxrcnant