‹ Memoires sur les prisons. Tome premier second Tome premier, contenant Les mémoires d'un détenuChapitre 9 sur 35 · MÉMOIRES DE RIOUFFE · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DE RIOUFFE

malice, remplissait parfaitement l’idée qu’on se fait d’ un diablotin, tandis que l’autre, en arrêt, avait l’air d’un béat aux prises avec lui. Le moine offrait ses souffrances à Dieu , et se montrait d’autant plus endurant , qu’il espérait bien qu’à la fin il en convertirait au moins un ou deux. Pour répondre à ses étemels semions , et las d’argumenter, nous imaginâmes d’élever autel contre autel. Nous eûmes bientôt un culte, des hymnes et des chantres. Alors le saint-père désespéra vraiment de notre salut. Il lorgnait quelques-uns d’entre nous , comme de meilleure pâte, et plus faciles à convertir ; il n’espéra plus rien quand il les vit tous rangés sous les drapeaux dilbrascha (i) , c’étail le nom de notre dieu. Ce qui acheva de lui navrer le coeur , t:e fut l’aventure suivante : L’Espagnol , à cette epoque , était à l’agonie ; le moine rôdait autour de lui comme autour d’une proie chérie. Ramener un Espagnol au giron de l’Église , quelle béatitude ! Mais l’Espagnol mourant ranime ses forces et crie : Vive Tbrascha ! Le moine était hors de lui-même.

Tl feignait de dormir au moment où nous commencions notre office ; mais il ne pouvait se con- • tenir long-temps. Aussitôt que notre grand-chantre avait entonné, le moine furieux se levait en sursaut , chantait De prqfundts à tue-tête ; sa voix

(') Voyez à la fin de la lettre la reIia;ion d’Ibra. cha.

( yo/e de l’auteur. )

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