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CHAPITRE XIL

NÉCESSITÉ ET POSSIBILITÉ D'ENTREPRENDRE IMMÉDIATEMENT EN FRANCE DES CANAUX, DES CHEMINS DE FER ET AUTRES OUVRAGES PRO- DUCTIFS POUR UNE SOMME DE DEUX MILLIARDS QUATRE CENTS MIL- LIONS , A EXÉCUTER EN DOUZE ANS, A RAISON DE DEUX CENTS MIL- LIONS PAR AN.

La centralisation administrative a principalement contribué à opérer dans la population de France le classement suivant , qui explique les convulsions politiques! si fréquentes.

Nombre cTindividus salariés par l'État. 627,8^

Gomme conséquence de ce chiffre excessif :

Pensionnaires de l'Etat 154,875

Propriétaires de rentes viagères 38,305 r if^f^oAçi f l|138»ô03

Td. de rentes perpétuelles , en raison de la dette '

publique 213,168

Individus ayant un emploi exigeant un cautionnement. . . 104,325 Propriétaires, industriels, agriculteurs ^ commerçants, artisans, déduction faite des chiffres précédents * 23,861 ,497

Ouvriers non propriétaires , 7,000,000

Indigents 2,000,000

2 Total au 1" janvier 1842 34,000,000

Pour prévenir les malheurs inhérenlsi à œt état, social ». le but du législateur doit être, i"" de réduire au moins de moitié le nombre des employés salariés et des pensionnaires dont les appointements et rentes s*élèvcnt à plus de. 3oo,ooo,ooo fr.

2" D'économiser sur ôette dépense i5o,ooo,ooo

3"" De rendre propriétaires, chaque année, un nombre d'ouvriers non propriétaires, de 3oo,ooo

4'' De réduire chaque année le nombre des indigents , de i5o,ooo

Ces divers résultats ne sauraient être obtenus que par des travaux publics productifs, d'une valeur au moins de deux cents millions par an, sans addition d'impôts, et payés moitié par des associations et moitié par les économies snr les dépenses publiques.

On sait que larichesse d'une nation n'est créée que par les travaux utiles, et que les ouvrages improductifs n'augmentent pas plus le capital social qu'une ville incendiée rebâtie à neuf.

On sait encore qu'une demande extraordinaire d'ouvriers, s'élevant au dixième seulement des travailleurs , fait hausser aussitôt les prix de tous les salaires , et met dans l'aisance les diverses classes laborieuses.

Enfin , il est également constaté que lorsque les ouvriers de tous métiers, sont constamment employés et bien rétribués , leurs dépenses plus grandes font prospérer toutes les branches de l'industrie agric(^ et manufacturière.

Ainsi, une longue expérience des grands travaux nous a toujours confirmé que l'ouverture d'un grand canal , d'une dépense de 800,000 fr. par lieue , donné une vie nouvelle aux campagnes traversées ; les cultivateurs s'enrichissent comme les manœuvres , par les transports des matériaux et la vente de leurs produits sur place et à des prix plus élevés qu'autrefois. Dans ces contrées les délits de forêts, la contrebande , cessent; tous les revenus du trésor croissent rapidement ; les huissiers et les usuriers ont seuls il souffrir des progrès de l'aisance.

Si l'Etal exécute directement les travaux , les mêmes i^ésultats sur les bords des canaux et chemins de fer entrepris se réalisent sans doute , mais pour les payer, les impôts à prélever dans des contrées déjà épuisées et désolées, font beaucoup plus d'indigents et de mécontents que les travaux exécutés dans des localités riches , arbitrairement favorisées , ne satisfont d'ouvriers.

Le problème à résoudre consiste donc à trouver les 200 millions à dépenser par an , en ouvrages productifs , sans augmenter les contributions publiques.

La concession à perpétuité et avec des clauses protectrices des entreprises utiles à des compagnies exécutantes à leurs frais et périls, satisferait, selon nous , à ces diverses conditions. Nous en expliquerons le système.

Le gouvernement accorderait à deux cents associations, par exemple, un prêt de 100 millions par an, sans intérêt pendant douze ans, avec intérêt de trois pour cent et un pour cent par an d'amortissement et pendant trente-sept ans à partir de la douzième année. Par cet arrangement , l'Etat ne sacrifierait que des intérêts pendant douze ans , pour assurer l'exécution de travaux d'uue valeur de deux milliards quatre cents millions. Dans la suite , il pourrait même augmenter la masse des ouvrages à entreprendre, en suivant les mêmes bases.

Pour expliquer la facilité de remplir les autres conditions, nous supposerons que deux cents compagnies différentes ont entrepris les divers canaux et chemins de fer , ayant chacune un capital moyen de 1 2,000 000, y compris les 6,000,000 prêtés à chacune par le trésor.

Chaque compagnie aurait au moins mille actionnaires souscripteurs , dcmtla fortune se trouverait liée aux destinées de l'Etat; ce serait donc ensemble deux cent mille familles invariablement attachées au sol , au repos du pays et à ses prospérités. La force morale et matérielle donnée au pays, par ce grand nombre de propiiétaires, d'administrateurs, de mécaniciens habiles, apporterait au gouvernement un concours plus puissant que deux cent mille soldats; on pourrait donc diminuer considérablement l'armée, et faire sur le budget de la guerre, l'économie de tous les fonds prêtés aux compagnies; ainsi que l'Autriche vient d'en donner

l'exemple, il n'y aurait donc pas augmeotation des contributions publiques.

Il reste maintenant à réunir les cent millions par an des compagnies concessionnaires des travaux ; le succès dépendra encore du gouvernement, il lui suflira de le vouloir.

On peut compter que les propriétaires du sol , des carrières , des forêts, des usines, et les entrepreneurs, souscriront immédiatement pour les trois quarts de cette somme , si l'entreprise est considérée comme très-productive. L'autre quart serait fourni ou gagné par les chefs ouvriers charpentiers , maçons et les mécaniciens.

Chaque compagnie serait autorisée à employer cent jeunes gens charpentiers, serruriers , dessina teui's , et surtout mécaniciens; et ils jouiraient du privilège accordé aux ingénieurs des pou Ls et chaussées ,• leur service, sur les travaux publics leur serait compté comme service militaire pendant la paix; en cas de guerre, la moitié de ces chefs et ouvriers serait à la dispositions des ministres de la guerre et de la marine.

Les chefs ouvriers recevraient moitié de leur traitement en argent pour subvenir à leurs dépenses, et l'autre moitié en actions de l'entreprise.

Ainsi un jeune mécanicien, attaché à une association pendant dix ans, toucherait i ,5oo fr. par an en argent , et i ,5oo fr. en actions dans l'entreprise ; il serait donc intéressé pour la somme de i5,ooo fr. : par ce motif , il veillerait à la parfaite confection des travaux; il deviendrait habile ouvrier et se rendrait très-utile dans les arsenaux.

En cas de guerre, vingt mille mécaniciens, chefs charpentiers, serruriers, maçons, etc. , ayant travaillé dix ans è ces travaux, auraient en actions ensemble 3oo,ooo,ooo fr..

On ne doit pas oublier que l'Angleterre possède déjë mille bateaux à vapeur, que chaque année ce nombre augmente, qu'il faut pour fabriquer, réparer et conduire les machines de mille vaisseaux à vapeur, au moins dix mille mécaniciens; et que c'est seulement par les exploitations des chemins de fer qu'elle est arrivée à se procurer les hommes précieux , qu'on peut appeler les créateurs de l'industrie manufacturière, et les meilleurs instruments de guerre.

La France , qui aurait besoin au moins du même nombre de mécani-

cieDS , en peut compter à peine mille disponibles, assez exercés et capables de construire des machines de vaisseaux à vapeur, de locomotives , et , ce qui est plus difficile , de les réparer.

En France, aussi , les chemins de fer doivent être la pépinière des mé-* caniciens ; mais cette école ne sera féconde que lorsque ces entreprises se ront confiées k de véritables associations de propriétaires, ingénieurs, mécaniciens, concessionnaires à perpétuité à leurs frais et périls.

Nous avons proposé de fractionner les lignes de chemins de fer, parce que les faits attestent que des entreprises trop vastes ne peuvent être dirigés avec vigilance et économie. Si de grandes lignes ont été proposées , réclamées, appuyées, c'est uniquement par des financiers spéculateurs, ou par des personnes qui n'ont aucune expérience des travaux.

n est d'ailleurs indispensable que chaque département prenne enfin part aux améliorations intérieures, et qu'ils ne soient plus divisés en deux catégories, l'une qui reçoit au delà des impôts, et l'autre qui paye pour tout et pour tous , et qui ne reçoit qu'une faible partie de ce qu'elle paye.

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