‹ Mémoires sur les travaux publicsChapitre 16 sur 169 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LES ASSOCIATIONS CONCESSIONNAIRES A PERPÉTinTÉ DE GRANDS ET NOMBREUX TRAVAUX PRODUCTIFS PEUVENT SEULES RÉSOUDRE LES QUESTIONS SOCIALES, ET LES DIFFICULTÉS ENTRE LES MAÎTRES ET LES OUVRIERS, ENTRE LES PROPRIÉTAIRES ET LES PROLÉTAIRES, ETC., ET PRÉVENIR DE NOUVELLES CONVULSIONS POLITIQUES ET SOCIALES.

Le malaise général , les troubles.qu'il engendre , les sociétés secrètes qui se forment pour chercher, par la violence, des remèdes à la misère, sont les résultats de la rareté des grandes entreprises productives dans les départements, de la multiplicité des travaux fastueux dans les grandes villes, et des impôts excessifs, établis pendant la guerre, continués pendant la paix , pour payer les dépenses de luxe.

Les contributions des contrées éloignées , n'étant rappelées aux extrémités par aucune force centrifuge compensant la force de la centralisation , les populations agricoles souffrent , et les ouvriers des campagnes les désertent pour les travaux des villes. La jeunesse studieuse, ou solliciteuse

d'emplois, est également attirée dans les grandes villes, où se trouvent réunis les établissements universitaires , où se dépensent les trois quarts du budget , où se distribuent tous les emplois publics. Ainsi , par l'exagération d'une centralisation administrative imprévoyante , les capacités , les ambitions, les infirmités sociales sont concentrées et restent oisives dans les villes , y fermentent et font craindre des convulsions politiques. Le gouvernement, efirayé, se trouve entraîné à construire des casernes, des prisons, des hôpitaux » des forteresses, etc.; à augmenter les garnisons, les impôts ; et par là il multiplie de plus en plus le nombre des indigents , des mécontents, les dangers des troubles et les chances des révolutions.

De grands travaux proposés dans chaque département, confiés à des associations, peuvent seuls remédier à de tels désordres et tarir pour jamais les sources des malheurs publics.

Les deux cents associations que nous proposons étant constituées, exigeraient la résidence , dans les campagnes , d'au moins quarante mille jeunes et savants ingénieurs, mécaniciens et artisans, maintenant sur les bancs des écoles et inquiets de leur avenir. Ces entreprises emploieraient en outre , quatre cent mille ouvriei^ de tous métiers qui encombrent les villes, passent, chaque semaine, deux et trois jours à solliciter du travail pour les quatre autres , et se corrompent par l'intempérance et la débauche , que la misère et le désespoir conseillent , que l'aisance seule prévient.

Par ces diverses entreprises, il y aurait plus de maîtres demandant des ouvriers, que d'ouvriers réclamant du travail; les ouvriers, recherchés partout, fixeraient, pour ainsi dire, eux-mêmes le prix des journées, et ne le subiraient plus; ils obtiendraient des salaires plus élevés. Gomme les entreprises seraient nombreuses , il s'établirait une moyenne de prix par la libre et double concurrence des travaux et des ouvriers. Maîtres et ouvriers se trouveraient satisfaits de leurs conditions respectives; tous seraient en prospérité , et par cela seulement, vivraient en parfaite harmonie.

Les ouvriers, toujours occupés à des travaux bien rétribués, feraient des économies et deviendraient bientôt propriétaires dans leur résidence ; ils auraient du moins la faculté de posséder.

Par les mêmes causes, les familles des ouvriers , ayant réalisé des économies, ne tomberaient plus dans la misère; le nombre des indigents

diminuerait graduellement; alors il ne faudrait plus ouvrir, à grands frais, des ateliers de charité , toujours improductifs , élever des monuments fastueux sous les noms d'hôpitaux , de prisons , etc., accroître les impôts et le nombre progresssif des malheureux pour acquitter un luxe d'architecture et d'administration.

Les ouvriers entassés dans les villes, qui s'y corrompent , étant rappelés dans les campagnes par des travaux productifs, trouveraient, même après l'achèvement des entreprises et pour leur exploitation , des emplois bien rétribués , selon Tinstruction et l'expérience qu'ils auraient acquises.

La paix intérieure serait donc garantie et défendue avec énergie par les nombreux ouvriers, alors disséminés, aisés et plus moralises par l'instruction spéciale complète et par le séjour à la campagne.

Le travail étant partout offert et bien rétribué et donnant l'attrait de la propriété et la liberté de satisfaire ce penchant inné, les ouvriers seraient les plus énei^ques défenseurs des droits des propriétés acquises par leurs honorables et pénibles travaux. Ils poursuivraient de leur énergique mépris les indigents valides, oisifs par dépravation ; ils parviendraient , par leur exemple et par leur influence , à guérir une plaie sociale dangereuse. La société, enrichie, multiplierait les maisons d'instruction, d'éducation pour les enfants des ouvriers, et transformerait les prisons en maisons d'asile et de bienfaisance pour les infirmes de toute catégorie. La famille d*un ouvrier, aisée dans le présent, pleine de sécurité pour l'avenir, serait dans cette position heureuse qu'une grande dame, plus célèbre encore par son esprit supérieur que par son haut rang et son immense fortune, jugeait préférable à la sienne.

Les entreprises productives, confiées à des associations responsables et respectables, ne doivent donc pas être considérées seulement comme des moyens de perfectionner les voies de transport et de satisfaire des intérêts mercantiles et matériels , si amèrement et si légèrement critiqués.

Les bienfaits permanents et la puissance séculaire que les associations nationales procurent furent le but des recherches des grands législateurs que les générations reconnaissantes ont appelés divins, lorsqu'ils furent assez heureux pour latteindre.

Les associations pour travaux publics rapprocheraient , uniraient , par

mille liens , les membres de la société , maintenant divisés par les révolutions, et que le premier vent de l'adversité agite et fait tourbillonner comme les trombes des tempêtes qui détruisent tout sur leur passage.

Dans une vaste entreprise, concédée à perpétuité , le grand propriétaire, le riche capitaliste, les ingénieurs , les directeurs, les mécaniciens, les employés directeurs , les entrepreneurs , les chefs ouvriers , tous actionnaires et intéressés au' succès , ne forment , pour ainsi dire , qu'une seule famille ; leur fortune est liée comme s'ils étaient à bord d'un vaisseau allant à une expédition lointaine : capitaine, pilote et matelots ont une même destinée et peuvent paiement faire sombrer le navire par de fausses manœuvres , ou le conduire au port par le concours de leurs talents et par leur courage. Cette communauté d'existence, de périls, de fortune et de gloire les lie à jamais les uns aux autres.

On montrera que dans une association de travaux publics parfaitement réglée et affranchie d'entraves administratives , chaque associé y trouve la protection et la justice que le gouvernement accorde à l'association entière , et que ce placement de fonds est le plus recherché.

Les administrateurs ont des chances de fortune et de gloire , et la certitude d'acquérir une expérience consommée , et par là une supériorité sociale incontestable. Les jeunes gens intelligents et laborieux apprennent un art bien rétribué. Les mécaniciens et chefs ouvriers ont une existence honorable et pour toujours assurée. Les ingénieurs, qui ont été les créateurs de l'entreprise , reçoivent , des jeunes gens , employés et enrichis par eux des trésors de la science, des témoignages de reconnaissance, des marques de satisfaction des actionnaires et dci populations appelées h une prospérité extraordinaire par d'importantes améliorations.

Tous les chefs ouvriers et entrepreneurs , étant actionnaires , sont plus intéressés au repos du pays et à sa prospérité que de très-grands propriétaires; ils ont plus d'aautorité sur le peuple pour repousser avec énergie toute perturbation , et ont plus d'influence pour détourner les ouvriers des séductions fatales des sociétés secrètes , et des systèmes désorganisateurs et destructeurs de la société.

Mais, par association ( il faut le redire encore), nous entendons une association libre, indépendante, où chaque souscripteur est admis aux

mêmes conditions , à raison de sa mise de fonds ou de ses intérêts. Si , au contraire y dans cette association, la centralisation administrative intervient d*une manière quelconque, alors les prodiges disparaissent; ce ne sera plus que divisions , procès j pertes incalculables.

La centralisation ne veut que des simulacres de compagnie ; il faut que l'association se modifie à son image ; qu elle se personnifie en banquiers spéculateurs, en protégés pufssants, à qui sont réservés des privilèges exclusifs et le droit de tout exploiter à leur profit, les actionnaires, les ingénieurs , le pays , et le gouvernement surtout.

Il est, sous tous les rapports, préférable de renoncer aux travaux les plus utiles que de les entreprendre par des compagnies administratives privilégiées. Elles tuent l'esprit d'association ; elles éloignent les véritables associations ; elles empêchent l'exécution des importants travaux qui , sans accroissement d'impôts, ouvriraient aux classes laborieuses un avenir de prospérité , et assureraient au pays le repos , la puissance et la grandeur, de plus en plus compromis par la centralisation administrative.

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