DES COLONIES
La France a conquis la plupart de ses importantes colonies par des associations de négociants, et les a perdues après Fenvahissement de la centralisation y et par les désordres d'une administration éloignée , absolue, nommant par faveur des gouverneurs temporaires , incapables, étrangers aux localités.
A peine le séjour de ces gouveneurs dans les colonies leur avait donne la connaissance de ces contrées , qu'ils étaient remplacés par d^autrès fonctionnaires inexpérimentés.
Comment , d'ailleurs , un gouvernement qui ne peut créer une parfaite organisation intérieure pourrait-il administrer des possessions à mille lieues de distance, avec plus de sagesse et de bonheur? et comment trouverait-il pour le dehors des hommes d'expérience qui lui manquen^ au dedans ?
Par ces causes, les immenses et importantes possessions du Canada, de la Louisiane, de l'Ile-de-France, etc., n'avaient fait quelques progrès, pendant la domination française , que par les efforts admirables mais isolés des colons. Nul canal , nulle grande route, aucun chemin de fer n avait étt^ exécuté pendant cette période , parce que ces entreprises exigent le concours et au moins la protection puissante et éclairée du gouvernement.
Mais à peine ces pays ont*ils été affranchis de la tyrannie de l'administration française , que la prospérité a été miraculeuse.
Dans la Louisiane, les Français livrés à eux-mêmes, d*abord embarrassés de leur liberté d'agir, comme des captifs échappés à une longue servitude, se crurent incapables de se gouverner eux-mêmes , et demandèrent à r Union des gouverneurs qui leur furent refusée. Bientôt enhardis, et sOus la direction des élus choisis parmi les plus capables y ils ont entre-
pris et achevé avec rapidité et bonheur de grands et beaux travaux par le concours des associations.
Dans le Canada et à rile-de-France , les Français , sous une administration plus libérale, quoique secrètement hostile au nom français, ont ainsi exécuté de belles routes neuves en plus grand nonSbre, en trente ans^ que pendant les siècles précédents sous la domination française ; anssi les produits ont triplé , et la population a augmenté rapidement.
Par FinfluenCe de cette même centralisation absolue, les colonies françaisesde la Martinique , de la Guyane , etc., sont pour ainsi dire stationnaires; nos conquêtes d'Afrique coûtent maintenant, par ap, cent millions et remploi de quatre-vingt mille hommes, la perte de dix mille hommes, l'élite de la France; cependant aucune garantie d'avenir n'est donnée et ne saurait être obtenue que par des associations nombreuses et puissantes.
Ainsi , dans les colonies comme k l'intérieur, la centralisation abscd ue met obstacle au développement des propriétés. Elle compromet la France après avoir perdu nos plus belles colonies. Partout elle empêche l'organisation des compagnies et leur intervention dans la gestion des affaires publiques.
On comprend qu en abandonnant l'avenir à la direction actuelle de l'administration , nulle réforme n'est à espérer ni à proposer ; les commis des bureaux, maintenant souverains, pouvant doter leurs parents, incapables, d'emplois bien rétribués dans les colonies, sauront repousser la demande des association qui évidemment ne voudraient s'adjoindre que des hommes laborieux , les plus instruits et les plus utiles..
Ainsi, dans l'intérêt de la conservation et des prospérités des possessions des coloniç$ , il serait nécessaire de constituer des associations à l'intérieur, de leur confier la concession à perpétuité des travaux publics , afin qu'elles procurassent dans les colonies les hommes et les ressources^ nécessaires aux améliorations pendant la paix , et à la défense pendant la guerre.
Mais avant de compter sur un tel succès, il faut que les associations encouragées aient presque épuisé les projets de travaux productifs à l'intérieur, que les capacités et les capitaux créés par les nombreuses et heujeusçs entreprises débordent , pour aiiw dire , au dedans , et soient forcés
d'aller chercher au dehors un emploi plus aventureux , mais en espérance bien plus avantageux.
Le gouvernement , par son concours efficace y est maître de hâter l'époque de jouissance en secondant les premières associations.
Il nous paraît démontré , par exemple , que dix colonies françaises en Afrique , confiées aux dix généraux les plus expérimentés , chefs d'associations puissantes, qui recevraient, chacune, chaque année, deux millions et le matériel nécessaire à un corps de trois ou quatre mille hommes, sauraient fonder des établissements perpétuels , étendre de proche en proche la civilisation et la domination française sur toute l'Algérie.
Mais avec des gouverneurs , des généraux et des soldats envoyés pour quelques années et quelques mois, on n'obtiendra qu'une occupation limitée, temporaire, qui fait craindre un grand désastre à la première guerre.
C'est par l'intervention des compagnies que les Anglais ont conquis les Indes et les possessions françaises en Asie, et qu'ils envahissent, pos* sèdent et organisent des îles et des empires sur tous les points du globe. Ces terres, nouvellement découvertes et exploitées par des associations composées d'hommes expérimentés et habiles, sont beaucoup mieux administrées que d'antiques royaumes du continent d'Europe soumis à une centralisation abolue.
Le système d'association , rétabli en France , étendrait bientôt son action civilisatrice dans les possessions les plus lointaines ; il unirait les populations diverses par mille liens communs..
Le sort des colons , à mille lieues de la mère patrie , ne dépendrait plus du caprice d'un commis, en possession maintenant d'envoyer un protégé incapable , avec pouvoir discrétionnaire de disposer de la fortune et souvent de la vie des colons.
Les colons , membres de Tassociation , choisiraient parmi eux les plus recommandables , et ne connaîtraient du gouvernement central que sa haute protection , ses bienfaits, et lui seraient plus dévoués par prévoyance et par reconnaissance.
Sans l'aide de ces associationsi les colonies continueront à être pendant 2 9
la paix des causes de dépenses , des instruments de ruine , et pendant la guerre des proies faciles offertes à Vennemi.