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CHAPITRE XIX

INFLUENCE DES MÊMES ASSOCIATIONS SUR LE MAINTIEN DE LA PAIX GÉNÉRALE ET LA DISSOLUTION DES COALITIONS ENNEMIES.

Rome fut toujours victorieuse, et s'était agrandie comme la France, lorsqu'elle n'eut à soutenir que des guerres successives et contre une seule puissance; mais elle ne put résister aux attaques simultanées de toutes les nations qui inondèrent à la fois ses provinces , comme les alliés contre la France pénétrèrent en même temps sur toutes les frontières en i8i3 et i8i4-

Les puissances sont conviées à se liguer par des sentiments communs de crainte, d'envie, de haine, de vengeance, etc., que leur inspire un voisin puissant, entreprenant, ambitieux : alors elles oublient leurs rivalités respectives qui se révèlent plus ardentes au iporaent du triomphe de la ligue.

Avant Louis XIV, si la France a dû combattre des coalitions ennemies, elle était soutenue par des ligues amies, comprenant au moins la moitié des souverains et des peuples de l'Europe.

Si le triomphe d'une coalition la brise incessamment, en soulevant les rivalités assoupies , les revers tendent b la cimenter en inspirant aux puissants vaicues plus d'unité, d'abnégation et de dévouement. Une nation qui a soulevé contre elle des coalitions générales est en face d'un danger immense et permanent et doit chercher k les dissoudre.

Sion remontée l'origine des ligues générales organisées contre Louis XIV, on reconnaît que ce souverain , ayant usurpé les pouvoirs des provinces et de la nation , disposait sans contrôle des forces et de toutes les ressources du pays; il était maître d'en abuser au dedans et au dehors, et

céda à rentrainement irrésistible de Tabus d'une autorité discrétionnaire. Il persécuta pendant trois ans , de 1 685 à 1 688 , les religionnaires ; chassa de son royaume cent mille familles, après la révocation de Tédit de Nantes ; et inspira aux princes et aux peuples coreligionnaires la volonté , les moyens et Tespérance de les venger. Cest en 1 687 que se forma contre Louis XIY la célèbre ligue de toutes les puissances qui devint si fatale à la France pendant la vieillesse du grand roi.

La convention ayant, comme Louis XIY, usurpé un pouvoir sans bornes , disposant de même souverainement des forces du pays , proscrivit aussi cent mille familles et inonda de sang les villes et les provinces. Les puissances voisines, dominées de nouveau par la crainte et la haine , cédant aux promesses des réfugiés, se coalisèrent encore , et n'ont cessé d'être secrètement liguées jusqu'au jour de leur triomphe.

Napoléon, vainqueur et absolu, provoqua la ligue des souverains d'Europe , toujours vaincus , et toujours plus ardents à renouer* des ligues secrètes jusqu'aux derniers jours de l'empire.

Les coalitions des souverains ne peuvent être combattues avec un succès infaillible que par des coalitions conti'aires des peuples , qu'il dépend d'un gouvernement habile de susciter et de cimenter; mais cette ressource, immense sans doute , appelle la guerre , ses chances incertaines , ses désastres inévitables.

Le même but peut être rempli par une organisation parfaite du pays qui le rende formidable contre toutes invasions , sans inspirer aux étrangers ni crainte, ni haine, ni espérance de factions et d'appui, ni aucun des sentiments hostiles , sources des ligues ennemies.

Des associations nombreuses chargées à perpétuité des travaux publics peuvent seules, selon nous , conduire à ce résultat.

Ce système admis et généralisé , des millions d'habitants auraient leur fortune et leur avenir liés aux destinées du royaume; l'union et la paix régneraient partout. Les administrateurs, les hommes d'état nombreux, habiles et indépendants, domineraient dans tous les conseils; perfectionneraient les institutions locales ; ôteraient aux ministres ambitieux la possibilité d'entreprendre des expéditions aventureuses, des guerres ambitieuses et injustes ; le gouvernement , n'étant plus absolu , n'aurait plus la

faculté de proscrire, d*exciter des révoltes, de se jprécipîter inopinément sur des voisins faibles; les troupes permanentes seraient réduites; les milices nationales exercées et armées très-nombreuses; les contributions diminuées ; les populations voudraient une paix perpétuelle.

La France, ainsi instituée, ne provoquerait pas plus les coalitions ennemies que la Hollande, la Suisse, les Etats-Unis, F Angleterre, etc. La crainte, les haines politiques et religieuses n*ayant plus d'aliments, les rivalités entre les souverains voisins seraient de nouveau éveillées et briseraient les derniers liens des anciennes ligues.

U est à remarquer que chaque association pour travaux publics n'unit pas seulement, dans une grande famille, les souscripteurs nombreux appartenant à toutes les classes sociales; elle appelle et reçoit des capitalistes de tous les pays qui s'identifient et s'incorporent dans l'entreprise , et servent d'intermédiaires amis pour rapprocher les nations et les éloigner de guerres nouvelles.

On comprend même difficilement comment on pourrait établir des tarifs élevés de douanes, et mettre en hostilité deux empires traversés par un grand nombre des mêmes canaux et des mêmes chemins de fer, appartenant en commun aux populations voisines des deux nations, se niêlant à chaque heure par des voies nouvelles si rapides.

Mais, au lieu d'associations , supposez le gouvernement absolu, seul entrepreneur de ces ouvrages., le prestige disparaît ; le souverain devient plus redoutable à ses rivaux ; il les pousse à des coalitions nouvelles, par cette pensée que maître de jeter sur un voisin des armées nombreuses par ces voies admirables, un prince moins puissant ne pourrait résister à une attaque instantanée.

Il faut donc adopter l'institution des associations chargées exclusive ment de toutes les grandes entreprises pour atteindre le but de la dissolution des coalitions ennemies et du maintien prolongé d'une paix

générale.

En définitive, ces associations resserrent, par mille liens, toutes les classes, les enrichissent, les éclairent et leur donnent la volonté et la force d'empêcher les guerres de conquêtes et d'invasion ; elles diminuent les armées permanentes; elles rapprochent entre elles les populations des états voi-

sins par des relations commerciales plus fréquentes et par des intérêts communs. Alors le gouvernement n*ayant pl.us à se préparer à la guerre , consacrerait les ressources publiques à des travaux productifs ; les association^ plus certaines d'une longue paix , étendraient le champ de leurs entre-> prises; les nations voisines, n'ayant plus de dangers à conjurer, n'envibageraient plus les frontières comme des bannières ennemies , et voudraient s'associer à un ^uple en possession des plus parfaites institutions , et par elles d'une prospérité extraordinaire et d'une puissance formidable.

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