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DE LA PUISSANCE FRANÇAISE

Nous supposerons que la l^slation et les mesures proposées ont été adoptées et sont en vigueur : alors les associations, encouragées par la perpétuité y ont entrepris , pour une somme de plusieurs milliards , des travaux destinés à établir des réseaux de chemins de fer et de canaux complets , embrassant tous les départements y reliant les mines, soit aux ports de mer et des grandes rivières , soit aux villes de commerce.

Alors y plus de deux cent mille familles françaises , ayant pour chefs les personnes les plus éclairées, les propriétaires et capitalistes, les ingénieurs, les mécaniciens, les plus habiles artisans , ont pour toujours leur existence incorporée dans ces entreprises, et leurs intérêts liés à perpétuité entre elles et aux destinées de l'Etat.

Ce beau spectacle donné par un grand peuple, oubliant ses dissensions intestines pour coopérer à la réparation des malheurs du passé et fonder une prospérité impérissable , appellerait du dehors dans son sein les capitalistes les plus capables , les plus prévoyants ; la France leur offrirait plus de sécurité , plus de chances de bénéfices , que toute autre con-

trée du monde , et une participation k ses antiques gloires , que les associations renouvelleraient dans toutes les carrières. ^ Le gouvernement lui-même trouverait aussi un gage de durée séculaire dans l'organisation proposée. Les associations à perpétuité , images de la nation entière , seraient appelées non-seulement à le seccuoider . par les bienfaits de leurs découvertes et de leurs travaux , mais à rendre tout immuables : les institutions, les familles, et Tordre établi, par Tinfluencede la paix et de Taisance générale.

Les associations, de plus en plus multipliées par Fattrait de la perpétuité, embrassant , dans leurs investigations actives , les améliorations diverses , feraient entrer presque toute la population dans les sociétés anonymes , et appliqueraient leur fécondité prodigieuse à développer les branches de toutes les industries agricoles , manufacturières, commerciales.

Par une extension du système honoré des associations , les habitants éclairés , exercés et enrichis par elles , érigeraient à leurs frais , et à perpétuité , des établissements d'instruction , de prévoyance , de bienfaisance et de charité ; ils en confieraient Tadministration gratuite aux personnages les plus recommandables désignés par les héritiers des fondateurs et des actionnaires conformément aux clauses respectées des donataires gêné, raux.

L'étranger , en entrant en France , apercevrait une transition heureuse ; nos départements auraient des conununications plus nombreuses , plus rapides et meilleures que les Etats voisins ; la population française serait aussi plus aisée , mieux logée, plus éclairée, mieux habillée.

Les voyageurs étrangers , séduits par le tableau du bonheur public de la France , voudraient y prolonger leur séjour , et y fixeraient même leur résidence. Ils adopteraient une patrie nouvelle pleine de prospérité et d'avenir , de préférence à leur pays natal , plus imposé , moins libre , et d'un climat moins heureux.

La France croîtrait en population , en puissance et en étendue même par les efforts spontanés de la prédilection de nos voisins en £aiveur d'institutions plus parfaites.

De telles conquêtes morales sont plus faciles et plus durables que les occupations de territoire obtenues par des victoires ou des révolutions , que

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le sort incertain de la guerre et des convulsions politiques peuvent de même ravir et avec des pertes incalculables. En étudiant l'histoire des émigrations des habitants des divers empires, on en trouve facilement les causes. L'homme intelligent n'est entraîné à quitter volontairement son pays que par des impôts excessifs ou des persécutions intolérables ; son imagination l'appelle sans cesse vers les contrées estimées les plus heureuses par la triple influence de la sécurité garantie , des travaux encouragés et bien rétribués, et de la modération des taxes; de tels pays bien réglés s'enrichissent de l'émigration de tous les peuples opprimés ou trop imposés.

Comparons , d'autre part , les Etats qui ont, depuis un siècle j des destinées contraires, les uns dépouillés par la conquête où la révolte de leurs importantes possessions d'outre-mer; les autres stationnaires , d'autres enfin s'étendant sur tous les points du globe par de peipétuelles agglomérations ; et nous reconnaissons que ces résultats ont leur origine dans l'administration plus ou moins défectueuse ou parfaite des provinces de ces États.

Dans les gonvemements d'une centralisati(m absolue , les habitants n'ont entre eux d'autres liens que les chaînes administratives, qu'ils sont impatients de briser, même par des secours étrangers. Sous les gouvernements stationnaires, les habitants restent dans leurs habitudes de torpeur, exposés aux chaH[ices des événements malheureux du dedans et du dehors.

Dans les derniers, le peuple, éclairé, laborieux, ambitieux de progrès, habitué à coopérer à des travaux mémorables , veut se signaler dans des contrées lointaines par de nouveaux ouvrages dignes de gloire; il ne semble songer qu'à réaliser ses projets de fortunes privées , et il étend et féconde les conquêtes de sa patrie , et lui montre un dévouement héroïque dans les occasions périlleuses.

Chaque gouvernement est* donc maître de ses destinées : absolu , administrant par ses agents , avec des armées permanentes nombreuses , avec des impôts excessifs , il ne commande qu'à des mécontents ou à des esclaves , tous impatients de secouer un joug insupportable et de tendre une main suppliante à tout libérateur. Il se met à la discrétion des partis , des am-^ • bitieux dissimulés, ou des conquérants étrangers qui promettent tous ia liberté et apportent tous une servitude plus afireuse.

Lorsqu'un gouvernement est au contraire paternel , prévoyant, il se confie dans Tafiection des populationaf d'ailleurs peu imposées et heureuses par de parfaites institutions ; il honore les associations , les convie, et par son appui il les rend capables d'enfanter des prodiges , de créer des travaux utiles plus productifs , plus inépuisables que des mines d'or et de diamants, et acquiert par leur concours une puissance immense, toute bienfaisante au dedans , et formidable au dehors.

Dans la comparaison des nations , on peut dire que le peuple uni par mille associations diverses ressemble à ces cristaux de roche dont chaque atome est lui-même un cristal parfait , d'une existence séculaire et croissant chaque année dans sa géode. Le peuple, au contraire, sans liens d'association , peut être comparé à ces amas de sable que les vents et les eaux déplacent incessamment, et qui ne produisent que poussière.

Dans la lutte entre les nations , les populations unies par les mille liens des associations ont sur les populations rivales la suprématie qu'exerce une armée réglée, disciplinée, expérimentée, sur des peuples mal organisés.

En définitive , le système des associations à perpétuité pour travaux publics, introduit en France , augmenterait rapidement la puissance de notre grande nation , et la préserverait de révolutions nouvelles.

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