CHAPITRE XXL
LA LIBERTÉ DE LA PRESSE IMPOSE L'oBLIGATION d' ADOPTER LE SYS- TEME DES ASSOGUTIONS ET DE MODIFIER LA CENTRALISATION AD- MINISTRATIVE.
La centralisation administrative , fille et mère du pouvoir absolu , se complaît dans un état de somnolence , et passe plus de temps è s'admirer dans ses œuvres projetées et commencées qu'à les continuer et à les accomplir.
La presse, Fécho et Torgane du pays, enregistre les fautes de Tadministration que signale le public, nirTeillant attentif et incorruptible de tous leÈ actes. La presse donne de l'éclat aux critiques des contrées sacrifiées , et associe les populations du royaunaie% aux plaintes fondées , quelquefois exagérées, des victimes.
U existe donc , de nécessité , une lutte ardente entre la centralisation administrative, qui veut être absolue et infaillible^ et le public, mieux informé et inexorable , représenté par la presse.
Le gouvernement, forcé de soutenir toujours la centralisation administrative , se met incessamment en hostilité avec la presse ou le public , qui tout à la fois paye et se croit plus capable de juger et d'agir. De là des dissensions, sources de dangers et de convulsions politiques.
D'après les fictions administratives qu'un pouvoir discrétionnaire fait naître , ignore ou tolère , l'administrateur général des travaux publics , succombant sous les détails de bureau , doit être le moins expérimenté et le moins capable des ingénieurs sous ses ordres ; il doit être incurable et incrédule, parce qu'il ne peut ni savoir ni apprendre. Sans avoir jamais fait exécuter un pontceau , une éclusette , il est appelé à décider en maître , et en dernier ressort, sur des projets importants, immenses; et chacun de ces actes d'approbation ou de rejet peut être une calamité pour une contrée , et la ruine de plusieurs communes , sans qu'aucune responsabilité puisse l'atteindre , sans que le pays ou des compagnies aient la chance d'obtenir la réparation d'un déni de justice.
Cet administrateur peut encore ajourner sans terme , sans donner de motifs, les entreprises urgentes, indispensables à la santé, à la sûreté, à la prospérité de nombreuses populations.
L'Angleterre , notre implacable rivale, aurait à imposer à la France un système d'administration des travaux publics destructeur de la nationa* lité , elle n'aurait rien à inventer ni à changer à l'organisation actuelle.
L'administrateur en chef s'étant attribué la répartition des impôts consacrés aux travaux publics , il se croit en droit d'en ordonner , sans règle fixe et arbitrairement , la distribution , ce qui fait surgir des plaintes générales qui remontent jusqu'au gouvernement et le rendent impopulaire» 2 10
Oa comprend qu'un administrateur en chef de la capitale , ignorant les localités éloignées 9 où il est représenté par des agents étrangers , sans intérêt et sans responsabilité, qui n ont pas eu eux-mêmes le temps d'étudier les départements où ils commandent , ne peut ni oixlonner ni faire diriger un travail comme les notables de la contrée dont le sort est attaché aux résultats d'une entreprise exécutée sous leurs yeux et à leurs frais.
Toute intervention de la centralisation administrative ne peut être qu'un préjudice général, et dès lors une faute politique. La presse libre, toujours avertie et courageuse, obtient donc, au jugement du pays, un triomphe facile dans ses discussions journalières et inévitables avec la centralisation administrative. Il y a évidemment incompatibilité et lutte à outrance entre ces deux pouvoirs, représentant l'un le gouvernement, l'autre le public. L'usurpation de l'administration ou la liberté de la presse doit succomber.
Mais le public a , en définitive , plus de lumières , plus d'expérience , plus de force que le plus grand ministre , et finit par avoir raison : de là les fréquents changements de cabinet.
Les associations, au contraire, étant bien constituées, se composent des notabilités , des capacités du pays ; elles travaillent pour le public , avec son concours, sans en exiger d'impôts. La presse devient de nécessité l'auxiliaire de toutes les associations recommandables ; elle enregistre avec bonheur leurs succès et leurs découvertes, et prend leur défense contre l'envie , ennemie de toute supériorité et de tout succès.
Une association appelée à étendre, à ses frais et périls, la prospérité des contrées voisines des travaux, inspire aux populations de la reconnaissance et du dévouement pour le gouvernement , qui' s'est fait le protecteur et souvent le promoteur de ces entreprises nationales.
Ainsi les associations contribuent, par la presse, à populariser le gouvernement, que la centralisation administrative compromet par ses fautes nombreuses, inévitables, par ses débats avec le public et avec la presse, son organe.
Enfin la presse libre, ennemie née d'une centralisation administrative absolue chaînée des travaux publics , étant obligée de prouver chaque jour qpe ce système est désastreux, doit être poursuivie, opprimée et enchaînée
par le pouvoir ; ou bien elle doit obtenir la législation des associations , sources de prospérités et de puissance nationale.
Les chambres ne sauraient sans danger ajourner l'examen et la réforme de la législation des travaux publics.