‹ Mémoires sur les travaux publicsChapitre 34 sur 169 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

INTÉRÊT ET FACILITÉ DU GOUVERNEMENT A DÉTERMINER LES GRANDS PROPRIÉTAmES A PRENDRE PART DIRECTEMENT AUX TRAVAUX DES COMPAGNIES CONCESSIONNAmES DE CANAUX ET DE CHEMINS DE FER.

Des convulsions politiques fréquentes, depuis un demi-siccle, effets et causes des abus du pouvoir absolu usurpé, ont fractionné une grande nation en partis nombreux , quelquefois plus hostiles entre eux qu'à l'étranger. Les frontières ont été ouvertes à l'ennemi , depuis quatre siècles ,

au midi , à Fouest comme au nord , el la France , par les guerres intestines , et les désordres administratifs depuis un siècle a perdu ses plus belles colonies et sa prépondérance maritime.

Des partis politiques nombreux, conservant religieusement leurs regrets et leurs espérances , pourraient exposer le pays à de plus grands désastres , dans le cas où de nouvelles conflagrations oiFriraient à chacun des chances de succès.

Le gouvernement , dans sa sollicitude prévoyante, doit chercher à concilier les esprits , en rapprochant , dans les mêmes associations , les hommes d opinions diverses qui veulent tous la prospérité et la gloire de la France par des systèmes politiques contraires.

Lorsque des actionnaires ont engagé leur fortune dans une entreprise confiée à leur sollicitude ; obligés d'abord par devoir de se réunir, de se concerter pour défendre leurs intérêts communs, ils ne tardent pas à perdre toute animosité personnelle. Bientôt la confiance, Feitime, Taffection même remplacent les préventions, les préjugés et les haines politiques, habilement inspirés et alimentés par les ennemis du dehors.

Mais pour obtenir le succès national de la conciliation des partis, il faut le concours habile et persévérant du ministère; il faut des encouragements dont Henri IV et ses successeurs ont donné les premiers et les plus mémorables exemples.

Ces souverains n'imposaient pas aux concessionnaires de canaux de dessèchement , de navigation , des droits de patente , des clauses menaçantes et ruineuses; ils accordaient au contraire aux associations et aux associés les plus grands privilég'^s.

Le ministère, par des mesures analogues, est maître de faire surgir dans chaque département des associations nombreuses, et de provoquer le concours des grands propriétaires et des capitalistes. La loi pourrait et devrait déclarer que tout administrateur, directeur et ingénieur, etc., d'un canal ou d'un chemin de fer, serait placé sur la même ligne que les présidents des conseils généraux et des cours royales, et les membres des académies, et qu'ils jouiraient également du droit d'être nommé pair de France , après trois ans d'exercice.

Il y aurait également justice et prévoyance à déclarer que Jes posses-

scurs de cent mille francs en actions nominales d'un canal ou d'un chemin de fer sont électeurs et éligibles; que les mécaniciens, géomètres attach'/s aux travaux sont, comme les ingénieurs, aftrancliis du service militaire pendant la paix; que les concessions de canaux , de chemins de

fer seront données à perpétuité et en toute propriété; enfin que l'Etat accordera à titre de prêt une somme égale à la moitié de la dépense totîde de l'entreprise, sans intérêt pendant douze ans, et avec un intérêt de 3 p. o/o et I p. o^o d'amortissement pendant trente-six ans.

Par ces mesures, le gouvernement non-seulement doterait la France (finnombrables améliorations; mais, ce qui est plus important, il effacerait les traces des divisions intestines, et reconstituerait, en corps homogène, un grand peuple que de profondes machinations, au dehors, ont pour but d'affaiblir par de nouvelles convulsions politiques que les impôts excessifs pour travaux improductifs tendent à provoquer.

Page 1