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CHAPITRE XXXIV

LA CENTRALISATION ADMINISTRATIVE , RUINEUSE POUR QUINZE CENTS CANTONS , EST DESTRUCTIVE DE LA CENTR.VLISATION POLITIQUE , SOURCE PRINCIPALE DE PUISSANCE ET DE GLOIRE NATIONALES.

La centrulisation politique donne à un grand peuple rorgauisation admirable d'une armée disciplinée , prompte à se réunir, formidable dans Fattaque, glorieuse par des triomphes éclalants et certains; mais le pouvoir qu'elle consacre au souverain, devient un instrument de tyrannie au dedans, et d'invasions et de conquêtes au dehors, lorsque des institutions puissantes et inviolables n'en règlent pas l'usage.

Les administrations locales indépendantes ont , chez les peuples libres , ce noble but, de tout accorder au gouvernement pour le salut de l'Etat , et de s'opposer aux entreprises fastueuses, aventureuses et ruineuses, avec une autorité providentielle et souveraine.

Dans les Etats bien réglés , lorsque dans les conflits entre les populations et le ministère , les délégués du pays prononcent en dernier ressort , le gouvernement institué dans un intérêt national conforme à ses vœux légalement exprimés.

S'il arrive que les administrations provinciales, par usurpation ou par corruption, ne sont plus qu'une émanation delà centralisation politique; si le souverain a conquis le pouvoir absolu , les peuples subissent des convulsions fréquentes et presque périodiques, qui passent comme des fléaux , décimant les populations, et bouleversant les fortunes privées et publiques.

Armé de la centralisation administrative al)solue, Louis XIV persécute et pix)scrit cent mille familles; soulève contre sa puissance tous les souverains; les pousse a se coaliser; et éprouve et fait subir à la Fi-ance de longs désastres dans sa vieillesse; par cette centralisation, tous les droits des provinces et des villes furent violés; les abus croissant toujours, la révolution de 1789 éclata et triompha.

Par cette centralisation administrative discrétionnaire, la convention promena sa faux ensanglantée dans les villes, couvrit la France de deuil , souleva contre elle les populations généreuses, et périt par l'instrument sanguinaire de sa création. Par elle, le directoire naquit et mourut par des coups d'état; par elle encore, Napoléon put s'élever à une immense gloire, et dut tomber par une chute aussi éclatante.

La centralisation administrative absolue recèle donc dans son sein , k la naissance de chaque règne , des éléments de triomphes glorieux , et des germes plus tardifs de désastres aussi infaillibles, et de révolutions générales.

Mais triomphes ou chutes, le peuple est incessamment accablé de réquisitions , de conscriptions , d'impôts dépassant toutes limites et préparant par les excès des convulsions nouvelles.

Averties par l'expérience , les populations alarmées attribuent maintenant leurs malheurs à la centralisation politique, et reportent leurs pensées et leurs espérances aux époques éloignées, antérieures à l'usurpation de leurs franchises.

La centralisation administrative absolue, il faut enfin le reconnaître, tend , par ses excès inévitables , à briser les liens qui unissent entre elles les provinces à la capitale; à détruire la nationalité d'un grand peuple; à préparer l'émancipation et même à provoquer, par les divisions intestines, la conquête.

On peut donc considérer le système administratif de centralisation non pas seulement comme le plus grand obstacle aux améliorations intérieures; mais comme un puissant élément de dissolution nationale , et la principale cause de toutes les calamités.

Ainsi , dans le but de conserver et de fortifier la centralisation politique, il est indispensable d'enlever à la centralisation administrative, son autorité arbitraire, et sa faculté de livrer aveuglément les ressources en hommes et en argent au gouvernement qu'elle entraine au pouvoir absolu , et plus tard au suicide.

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