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CHAPITRE XXXIX

DANGEREUSE PROPOSITION DE SUIVRE y EN FRANCE , l'eXEMPLE DONNÉ PAR L'AUTRICHE d'eXÉGUTER LES CHEMINS DE FER AUX FRAIS DE

l'État.

On sait que le but principal d'un bon gouvernement représentatif est d'assurer l'aisance et la prospérité des classes laborieuses, par l'emploi le plus intelligent et le plus équitable des impôts publics; et il est reconnu que les associations, seules capables de procurer ces résultats, ne sont possibles que dans les empires libres et parfaitement réglés.

En Autriche, la plupart des provinces ont, il est vrai, plus de franchises, et une administration réellement représentative et plus indépendante qu'en France; mais le pouvoir gouvernemental étant moins limité, des traités ne sauraient y donner les mêmes garanties que dans les Pays-Bas y l'Angleterre, les Etats-Unis, et dès lors les associations n'y ont pas autant de sécurité, de hardiesse et de ressources.

En Autriche, comme en France , les premières concessions de chemins de fer ont été données à des financiers étrangers aux connaissances spéciales indispensables ; ces riches et hardis spéculateurs , sans connaître le montant des dépenses et des frai^ d'exploitation, avaient compté sur l'empressement et l'engouement du public à se rendre actionnaire , et à leur procurer d'inmiédiats et énormes bénéfices. Dans leurs illusions, ils avaient accepté , en Autriche , des clauses onéreuses , les droits de rachat , et diverses autres chaînes moins exorbitantes qu'en France, mais

encore très-funestes. Plusieurs de ces financiers abusés ont failli , d'autres ont seulement perdu des sommes considérables.

Le souverain, dans sa sollicitude auguste et paternelle , a voulu sauver tant d'intérêts engagés à la légère, et s'est mis aux lieux et places des compagnies , avec leur adbésion et sur leurs vives instances.

Mais une haute pensée, nationale en Allemagne , conseillée par l'Angleterre, en haine de la France, dominait la question. Il faut aux puissances d'Europe, toujours alliées contre la France, il faut à la Grande- Bretagne, l'âme de toutes les ligues, une voie de chemins de fer continue de la Manche à la Méditerranée, et destinée à établir une communication prompte et sûre , pendant la guerre , entre Londres , la Méditerranée et les Indes, par l'Allemagne et l'Egypte , et en évitant la France.

Mais, sur la direction la plus directe et la plus courte entre Londres et Trieste par l'Allemagne , est placée une nation , faible en nombre , mais puissante par ses belles institutions et son caractère énergique, et gouvernée par un souverain belliqueux. L'Angleterre doit à cette nation des défaites, sa dynastie, de belles colonies, les premiers et les meilleurs exemples de manufactures, de commerce, d'organisation intérieure, de colonisation et d'associations. L'Angleterre a reconnu l'impossibilité d'abuser et de dompter la brave et digne nation hollandaise ; elle a cherché une autre route eu Allemagne; elle a choisi la Prusse, qu'elle essaye de séduire et d'intéresser dans ses vastes projets.

L'Autriche , depuis des siècles tout anglaise , veut hâter, par l'emploi de toutes ses ressources , l'exécution des grandes lignes de chemins de fer s'étendant de Trieste à Vienne , à Hambourg , et sur divers points de la mer du Nord appartenant à la Prusse. Elle se montre donc encore fidèle dynaste de l'Angleterre; en réalisant le vaste projet politique de son

alliée protectrice. Alors les Etats d'Allemagne , unis par un grand réseau de chemins de fer, se défendront plus facilement des invasions de la Russie, agiront spontanément sur leurs voisins d'Occident; et l'Angleterre, procédant à la conquête de la grande route des Indes par la Méditerranée, contribuera à enrichir les villes d'Allemagne desservies par un chemin de fer exécuté en dehors de la France et à son détriment.

Ces considérations, sans doute, doivent déterminer l'exécution, dans le

plus court délai , d'un grand réseau de chemins de fer en France ; mais ce n'est point par des lignes seulement , allant du centre aux extrémités qu'on le rendra efficace ; il faut les compléter par d'autres lignes longeant les frontières , et unissant entre elles les places de guerre.

C'est moins encore en constituant un gouvernement absolu, en annulant la Chambre des députés , comme le souhaitent quelques partisans avoués d'un pouvoir sans limite , qu'on arriverait à créer un ensemble complet de lignes de chemins de fer.

En proposant de suivre l'exemple de l'Autriche, on ne tient pas compte de beaucoup de circonstances importantes.

En Autriche , les dettes et les impôts ne s'élèvent pas au quart des dettes et des contributions de la France. Le pays , sans être surchargé de taxes nouvelles y peut donc employer des sommes considérables aux entreprises de chemins de fer, L'Angleterre a promis son appui , sinon son concours , à ces améliorations plus utiles encore à l'Angletenie qu'à l'Allemagne.

L'Autriche y qui n'a ni canaux ni fleuves d'une navigation facile , exécutera tout à la fois des lignes de défense favorables au commerce intérieur et maritime. Le souverain payera la plus grande partie de la dépense par des économies sur l'armée et par l'emploi des troupes.

D'ailleurs , reconnaissons la haute sagesse qui a dicté les décisions du gouvernement de l'empire d'Autriche.

La commission chaînée de la direction des chemins de fer est composée des premiers personnages de l'Etat. Cette commission ne sera soumise à aucun contrôle de la part des autres autorités administratives ; tous les fonctionnaires ont reçu l'injonction de seconder la commission dans ses travaux, et de proposer, dans les divers services publics y les réductions qui leur paraîtront nécessaires pour que l'Etat puisse procéder de la manière la plus avantageuse à la réalisation d'une entreprise qui est destinée à féconder les fabriques et l'agriculture de toute la monarchie , et à la doter du commerce d'Orient, sans augmenter les impôts.

Ainsi y l'Autriche veut réaliser de grandes économies sur l'armée et sgr

les dépenses publiques pour les employer aux travaux des chemins de

fer, et l'empereur a adressé des lettres autographes au baron de Kubeck ,

président de la commission y et au président du conseil aulique de gu erre, 2 19

pour leur recommander de coopérer, de tous leurs efibrts, à la réalisation de ces entreprises si importantes à la monarchie.

£n même temps , des ingénieurs et de grands capitalistes de Londres proposent en Allemagne d'exécuter des chemins de fer dans un intérêt anglais, et en assureront Tachèvement dans un prochain avenir.

Ou comprend maintenant la facilité, la certitude, la promptitude d'exécution des chemins de fer de l'Autriche et de l'Allemagne , dont toutes les autorités soumises à une seule volonté devront concourir au succès y et on conçoit l'accueil favorable fait aux décisions de l'empereur par les populations appelées à jouir et non à payer , puisque les travaux exécutés par les soldats seront acquittés au moyen des économies obtenues sur les dépenses publiques.

Mais en France > où la discussion des projets et des travaux entre le génie militaire et les ponts et chaussées, entre les ingénieurs des ponts et chaussées , entre les populations rivales , ont duré trente années à Besançon, pour le passage du canal du Rhin au Rhône ; soixante ans pour le bief de partage du canal de Saint-Quentin , cent vingt ans pour le bief de partage du canal de Bourgogne , etc.; en France où les impôts sont élevés aux dernières limites, peut-on espérer une aussi prompte et heureuse exécution des chemins de fer? £n France, où ces entreprises seront livrées aux incertitudes , aux lenteurs , aux débats des bureaux et aux influences des députations qui s'agitent pour obtenir des directions difiërentes et même entièrement contraires !

Le choix est donc à faire entre l'affaiblissement du gouvernement représentatif, avec réduction de la plus grande partie des dépenses et des impôts , et l'adoption des associations complètes , perpétuelles comme dans les Pays-Bas , l'Angleterre et les Etats-Unis , et surtout en France au XVIP siècle.

Dans l'isolement actuel de la France , et en regard de coalitions des souverains longtemps ennemis, et de l'envahissement des colonies par une puissance rivale, l'àme de toutes les ligues contre la France, tout conseille d'adopter le système d'associations organisé d'après la l^islation de haute prévoyance de Henri lY , et de prévenir le danger de laisser les dé putations des départements dans la Chambre se diviser, se mettre en hos-

tilité, pour obtenir une plus large part dans la répartition de plusieurs centaines de millions pour chemins de fer.

Une l^slation nouvelle conviant les associations aux entreprises de chemins de fer, ouvrirait une nouvelle carrière de prospérité à tous les départements; il y aurait entre eux généreuse émulation, sans rivalité, et sansanimosité; on ne dépouillerait plus les départements les plus pauvres au profit des plus riches; on n accablerait pas les campagnes d'impôts exorbitants pour Tunique avantage des grandes villes de commerce et de fabrique; on préviepdrait des luttes funestes au sein de la Chambre et du pays; enfin , par les véritables associations concessionnaires à perpétuité , la France serait rapidement prospère et plus formidable au dehors et au dedans.

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