CHAPITRE XLN
DES LIGNES DE CHEMINS DE FER LES PLUS IMPORTANTES ET LES PLUS INDISPENSABLES A LA DÉFENSE ET AU DEVELOPPEMENT DE TOUTES LES PROSPÉRITÉS DU ROYAUME.
Nous proposons d'adopter les ligues suivantes comme les plus nécessaires à la France.
i^ De Paris à Dijon et à Chalons et à Lons-le^aunier.
Cette ligue, longeant des canaux et rivières navigables, passant' près de mines abondantes de houille, coûterait beaucoup moins à -exécuter et à exploiter; elle serait aussi plus productive, parce qu elle traverserait des contrées très-peuplées. — Elle conduirait directement au Simplon et en Italie, et serait très-fréquentée par les voyageurs et le commerce de ces £tats. — Elle servirait à porter des troupes sur nos frontières de la Savoie, les plus exposées aux invasions. Elle serait employée aux transports des mines de sel gemme de Montmorot qui fourniraient de sel l'Europe pendant des siècles.
3* De Strasbourg à Marseille par Mulhausen , Besançon y Chalons , Lyon , f'^alence , etc.
Cette ligne assurerait la défense de nos frontières sur deux cents lieues de développement. — Elle porterait sur le Rhin les produits du Midi , de rOrient et des Indes. — Elle recevrait des houilles des mines abondantes de Saône-et-Loire, de la Loire, d'Alais, de Marseille, et enrichirait par le commerce vingt départements qui viendraient s'y embrancher par des rameaux.
y De Paris à Compiègne , Saint-Quentin , Cambrai , avec embranchement sur Valenciennes j Douais Lille , Dunkerque et Calais.
Cette ligne servirait à la défense de notre frontière Ja plus vulnérable; elle conduirait les troupes de l'intérieur sur les bords de la Sambre et de
la Meuse, à Maubeuge, à Fleurus, à Denain, Malplaquet, Fontenoi, 011 se décident depuis des siècles le sort des empires. — Elle recevrait ses approvisionnements de charbon des riches mines de Douchy, d'Anzin et de Fresne. — Elle mettrait en communication les places de guerre avec les ports de Dunkerque, de Gravelines, de Calais; les seules de nos côtes d'où l'on puisse faire partir des expéditions maritimes avec des chances presque certaines de succès contre nos puissants et implacables rivaux.
4° De Strasbourg à Lille , par Nancy , Toul , Ferdun , Sedati , Reims y Soissons y Compiègne^ Saint-Quentin j f^alenciennes y Dunkerque.
Cette ligne , qui se joindrait à la précédente à Compiègne , servirait à garantir toutes nos frontières de l'Est d'une invasion. — Dans la même journée des troupes du Nord et de l'Est seraient assemblées dans l'une de nos places, et agiraient en corps d'armée sur les points menacés , ou se porteraient dans les Etats ennemis, qu'ils envahiraient avec facilité.
5° U Orléans à Tours et à Nantes,
Cette ligne desservirait tous les départements des bassins secondaires de la Loire , et recevrait les charbons de l'Allier et de la Loire. — Elle faciliterait le commerce maritime entre Nantes et Paris.
Ces cinq lignes seraient approvisionnées directement , abondamment et à bas prix des houilles que l'on doit considérer comme l'élément de force et de prospérité des chemins de fer et des fabriques.
D'après ces mêmes considérations , on doit regarder les lignes de Paris à Lille , par Amiens et Arras , et la ligne directe de Paris à Strasbourg , comme d'intérêt secondaire , parce qu elles sont moins utiles au commerce et à la défense des frontières. Comme elles ne traversent pas de bassins houillers, les transports seraient beaucoup plus chers.