CHEMINS DE FBB EN BELGIQUE
S !*'• CotaïKfMMOfu eommtreiates.
La 3elgi4p^ , riche et peuplée ; <f 4ui climat lempépé par le voisinage de la mer , d'un sol peu tourmenté , ayant des villes commençantes rapprochées y une population intelligente et laborieuse , beaucoup d'usines ii fer et surtout des ingénieui» expérimentés et de haute capacité , réunissait, plus qu'un autre pay^t les éléments de succès des cbemins de fer. Aussi I depuis longtemps le réseau de ces nouvelles voies serait achevé et bemicoup plus complet si le miiustère^ f^lus prévoyant , en eût confié l'exécution et l'exploitation il perpétqité à liea OKnpagnjes.
Lorsque les Chambres belges furent appelées à se prononcer sur le choix des systèmes contrains de l'exécution de ces entreprises par le gouvernement , ou par des associations , des représentants , versés dans rétude des sciences économiques , discutèrent avec talent et supériorité ces graves questions dans des réunions particulières où nous fûmes invité à assister par des membres de nos amis. Dans aucun autre royaume on ne compte des hommes d'Etat plus expérimentés et plus éclairés ; mais leurs propositions sages , défendues avec éloquence dans les Chambres , furent écartées , conmie ailleurs , par des considérations commerciales et de localité. Le ministère trioH^a de la raison et de l'espérienoe.
Les représentants d'Anvers, de Malines, de Louvain , de Liège et de Verriers , en majorité dans le ministère et dans les Chambres , soutinrent que pour conquérir le transit des marchandises coloniales d'Anvers à Cologne j U fallait ouvrir une ligne de chemin de fer au compte de l'Etat , afin de n'établir qu'un tarif très-bas, et de procurer, par cette route,
des transports à meâletir marché qtte par la voie flaviale d' Ansterdani' et de Rotterchm k Cologne.
Les oompagnies qui se présentaient fiifMf doM écartées , et le prcjet, confié an ministère , flit dressé sons Finspiration d'arriver dT Angers à Liège et à Cologne par la direction la plus courte , la plus rapide et la moins chère pour le transport des voyageurs et des marchandises.
Les ministres belges , revêtus » comme une association en Angleterre , de tout pouvoir de choisir les tracés , dé détei'mtner les projets et d'en' acquitter les dépenses y jugèrent nécessaire,* avec raison, (f affranchir lies directeurs des travaui des entraves administratives ; mais au lieu de confier les entreprises aux ingénieurs belges , justement renommés, autrefois employés en France , ils préférèrent des élèves et des emf^oyés pris dam les bureaux de ces savants ingénieurs , et les émancipèrent de tout con-^ trôlè de leurs chefs.
Les tracés ont été déterminés, et les* travaux dirigés* et exéoutés exclusivement par ces élèves et ceii emplbyés jusqu'alors en sous^mh^.
Plus tard le service a été rendu aux habSes ingénieurs connus par hrur science et les grands et beaux travaux ordonnés, avant i83o, par k roi Guillaume et exécutés sens leur direction , soit par dbs compagnies , aoit par l'Etat , et avec les secours considérables àa souverain , qui avait hprévoyante inspiration de fonder et de développer l'esprit d'association.
Les lignes principales d^ Anvers à Malines, d'Ostendeà Malines, et de MaKnes à Liège , à Yerviers , et an delb en* Prusse par Aix^la-^apelle et Cologne, sont ouvertes et en* exploitation. Plusieurs autres Kgnes^ duréseau belge sont terminées ou s'achèvent , et particulièrement celles de Bruxelles à Namur , à Mons et à la frontière française vers Valendennes^ et ceUes de Gand à Courtrai , k la frontière de France et à Tourna;jri etc.
Maintenant on peut déjà apprécier l'influence de cesr oonmmnications nouvelles , sous le rapport oonuaiercial et sur le déplacement des indus-* tries locales.
D'après les rapports annueb du ministre dbs travaux publics, et les comptes rendus publiés par trimestre , on serait tenté de conisidérer Faocroisseraent rapide du nombre dès voyageurs sur les chemins de fer , conmie la mesure de l'extension de la prospérité génândë. Il est diffidlé*
qu'un voyayeur , même instruit, et dans une tournée agréable et rapide sur tous les chemins de fer de la Belgique en un ou deux jours , ne rap* porte pas une impression semblable et &vorable , et ne conclue y avec les ministres belges, que tout gouvemenqient doit ordonner, exécuter et exploiter les chemins de fer sur les fonds du trésor et s'en conserver la direction et la propriété.
L'observateur attentif ne juge pas sur parole , veut étudier autrement l'influence absolue des chemins de fer; il visite les routes parallèles; il consulte les populations déshéritées ; il compare l'état du commerce avant et depuis l'ouverture des lignes , et cherche à prévoir les conséquences ultérieures de ces nouvelles voies , ouvertes en Belgique jet dans les États voisins. Nous citerons des faits recueillis sur les lieux ou certifiés par des personnes éclairées , indépendantes et impartiales.
1 ^ Matines ayant été imprudemment choisi comme ^ point de croisement des grandes lignes., dans le but de la conquête du transit d'Anvers au Rhin, les voyageurs débarqua à Ostende et à Anverft, en destination pour Aix-la-Chapelle , et les villes des bords du Rhin de la Suisse et de l'Allemagne , ne passeront plus à Bruxelles.
M Le tarif étant bas , et les AAty^î^ft de fer belges ne rendant que deux pour \ au plus des capitaux dépensés ; les étrangers ne payeront réel lement pas les irais de leur transport.
3o En raison de la commodité , de la rapidité et de la continuité des parcours, ces voyageurs ne s'arrêteront plus à Bruges, à Gand» à Matines^ à Louvain , ni même à Li^e ; aussi on remarque que les aubeiges de plusieurs de ces villes sont désertes , et que le commerce perd de plus en plus de son ancienne prospérité.
k^ Par les mêmes causes , les marchandises anglaises arrivant plus vite et à plus bas prix dans les villes de la Belgique, font une concurrence plus dangereuse, aux produits de ce royaume.
5<^ Les commerçants belges pouvant aller en moins de temps et avec moins de frais en Angleterre , s'approvisionner des étoffes étrangères , en importent chaque année des quantités plus considérables.
Ces diverses pertes qui avaient été prévues ne sauraient être compensées par les avantages préconisés du transit qui paraissent illusoires. — Si un
tonneau de denrées coloniales était transporté plus rapidement » et dans ce moment à plus bas prix , d'Anvers k Cologne , que d'Amsterdam et de Rotterdam dans la même ville, les négociants de ces deux places qui eipédient les marchandises sur le Rhin par vaisseaux à voile et à vapeur, bais* seraient les prix du fret au-dessous des tarifs des chemins de fer de Belgique , et ne feraient le sacrifice que d'une partie de leurs bénéfices actuels^ Les Belges pourraient encore réduire leurs tarifs ; mais alors ils pren* draîent à leur charge la presque totalité des frais de transport des denrées coloniales; le transit leur serait donc dé&vorable , et plus il deviendrait considérable , plus il réaliserait de pertes pour ce royaume.
D'ailleurs, sur les chemins de fer, les transports de marchandises encombrantes exigent plus de frais de surveillance , et occasionnent plus de dé-» penses de chargement , d'assurances , que par la navigation à la voile ou à la vapeur.
En fut-il autrement, Amsterdam et Rotterdam continueraient le chemin de fer d'Arhneim par deux branches , jusqu'à Maestricht , Aix-la-Qiapelle et Giologne , et conserveraient le monopole de la fourniture et des transports des denrées coloniales en Allemagne.
En cas de guerre , parce que les chemins de fer et les machines appartiennent à l'Etat, l'armée d'invasion en Belgique , champ de bataUle choisi par l'étranger en raison de la position des lieux et de la richesse des habi* tants , où depuis des siècles se décide le sort des empires , s'emparerait par droit de conquête et comme propriété du gouvernement, des machines, des rails même, pour que l'ennemi n'en profitât pas.
En général , les cheniins de fer de la Belgique , parce que le gouvernement a repoussé les associations, et a voulu se charger seul de la direction et de l'exploitation , ont transformé ce royaume en province cosmopolite au profit des étrangers; les .voyageurs la franchirontsans s'y arrêter, sans rembourser même les firais du transport. Les &brique8 du pays soutiendront plus difficilement la concurrence avec les manufactures d'Angleterre; Amsterdam et Rotterdam, conserveront ou reprendront en peu de temps le monopole du conunerce de transport avec l'Allemagne et la Suisse. On ne verra plus les nombreuses familles étrangères voyager en Belgique lentement de viUe en ville, visiter les monuments de Gand, de
Bruges, d'AnTers, s^approrisiooiief de produke beiges» et eiaifiekir ceer conlrées par leur séjoBr prolongé.
Dans le système contraire, des associations , coneessionoaires h perpé^ tuitë de ces entreprises , les auraient conçues , et sauraient les exploiter avec plus d'intelligence et d'habileté ; dles auraient fait rayonner les lignes de divers points de la capitale, sana établir de eommoincations directes entre dles. Le voyageur étranger aurait été forcé de sttÉionner et de séjourner à Bruxelles.
Les tarifs étant élevés comme en ikigleterre, lès passagers «iraient procuré des bénéfices aux compagnies et au pays^
Les marchandises importées plus imposées parles tarifs n'auraient pas fait une concurrence aussi dangereuse aux produits belges.
En cas de guerre, Fennenai aurait respecté des propriétés privées, dans la crainte de soulever contre lui des populations nombreuses , très-guerrières , intéressées à la conservation des ouvrages , représentant leur patrimoine.
Les populations des routes parallèles maintenant presque désertes , et celles des villes délaissées n'auraient nul motif de faire remonter au gouvernement leurs mécontentements; elles s'occuperaient des moyens de s*assurer une prospérité nouvelle par des embranchements de chemins de fer que le système gouvernemental leur interdit maintenant.
N est-on pas en droit de supposer que le gouvernement belge semble s'être donné ce problème de faire franchir les voyageurs et les marchandises de l'étranger, d'une frontière à l'autre du royaume, dans le moins de temps , et avec le moins de dépenses , et en très-grande partie aux frais des populations belges.
Les cantons Suisses, par une autre doctrine, ne permettent pas aux diligences ordinaires d'aller la nuit et te dimanche ; les magistrats dans ce même but , n'ont point établi de poste aux chevaux ; tous souhaitent que les étrangers s'arrêtent dans tes villes et les enrichissent par leur séjour.
L'avenir fera connaître quel est le meilleur des deux systèmes contraires sous le rapport du commerce , des prospérités, de l'indépendance et de la puissance nationales. '
Nous avons dû constater et exposer les inconvénients et les dangers de
riDtervefllion directe du gottveniemeDt belge dans FeiécutîoB des cfae^ mins de fer, parce qu*€n Frande 408 publiciales qui n'ont comu ka réaiil* tats des chemins belges que dans une tCMumée rapide , et sur la parole de rainiatres des travaux publics» enthousiastes de la puissance'qu'ils exercent, et heureux de l'influence qu'ils donnent, prétendent nous rendre aervîles imitateurs de ce royaume, et veulent que la France renonce k de glorieux et antiques précédents adoptés depuis et scrupulaisement suivis en Angleterre , pour la prospérité €t la gloire de cet empire.
•Des associations chai]gées de ces travaux , avec le concours des autori^ tés des villes, auraient eu sans doutedes combinaisons plus habiles et plus fàvouaUes aux populations : nous les iodiquerons.
Bruaelles aurait eu six têtes de chemins de fer , particulières , indépendantes , sans communications «entre ^es , dirigés sur Anvers , Gand , MonSy Charleroi , Namur et Lâ^e , et confiés à six associations spéciales. Les villes de Gand, de Li^e, de Kamur et de Mons, auraient été aussi des stations particulières pour les diverses lignes , et embranchements exécutées par des con^Mgoies distinctes.
La marche des voyageurs et des marchandises eût été plus lente , mais plus productive pour les populations belges.
Ces nouvelles voies n'auraient pioduit ni augmentation d'impôts , ni rivalités , ni perturbations dans le royaume.
Vingt compagnies , propriétaires à perpétuité des lignes , auraient réuni les habitants en associations nationales, puissantes parleur nombre «t leur agglomération , et d'cfù seraient sortis des afkniniatiiatentfs habiles , des hommes d'État supérieurs.
Par ces divers motifs , le système d'exécution par TÉtat , adojpté exclusivement en Belgique , doit être considéré comme favorable seulement aux points de départit d'arrivée ; «omme vuisible aux villes de Bruxelles, de Malines , de Gand , de Bruges , de Liège que la ligne de diemin de fer ne fait que toucher; comme ruineux pour les villes secondaires et pour les campagnes éloignées , délaissées et imposées. Ces chemins de fer mettront , à la longue , les ministres chargés de l'exploitation en hostilité avec le pays; ils favorisent le commerce de F Angleterre au détriment de celui de la Belgique ; ils ouvrent les frontières à toutes les in-
yasions; ils attireront, par le bas prix des transports , une plus grande foole d'étrangers, qui effaceront le caractère de nationalité; ils provoqueront les émigrations de la population , qui sera comme entraînée par le prestige des voyages dans des contrées lointaines en un ou deux jours. La Belgique ne sera plus , comme les autres États , un pays à part ; ayant ses mœurs , ses fabriques , son industrie spéciales , appelant le séjour de l'étranger par la beauté du pays et Turbanité des habitants; les voyageurs nombreux , attirés par le bas prix des transports, traversant la Belgique, n'étant qu'à une journée des grandes capitales » continueront leur routCé Le contact perpétuel de tant d'étrangers efiacera l'empreinte du caractère national. Les manufactures locales , ne pouvant soutenir une cODComsnce imprudemment encouragée, se fermeront, et le royaume de Belgique deviendra un comptoir du commerce de l'Angleterre.
Résumé et corséqoekcbs de la législation des chemins de fer en Belgique.
lo Le gouKoemement t'est attribué exeltuivement VexécuUUm dee grmnAeê lignée de ehemim de fer.
2" // a repûusêé les aseociations , en leur refusant les concessions à perpétuiiéj en leur imposant des charges excessives y la confiscation, etc.
3» Les tarifs trop bas mettent les transports des voyageurs et des marchandises à la charge des contribuables belges.
4o Les chemins de fer en Belgique nuiront aux fabriques^ aux villes intermédiaires de ce royaume.
5» Le gouvernement empêche tout ce quHl ne fait pas.
6<» La législation adoptée deviendra funeste à la Belgique.
T La Belgique ne sera plus qu'un relais de poste d* Aix-la-Chapelle à Ostende, à Anvers ou à Calais , que les voyageurs franchiront sans s'arrêter.
S'* A la veille d'une guerre, plusieurs milliers de soldats déguisés f conduits par leurs officiers , peuvent arriver de tous points et se réunir le même jour dans les places fortes ouvertes aux chemins de fer^ et t^en emparer comme les Anglais ont pris Gibraltar en temps de paix et pendant les vêpres.
9<> Mieux valait ponr la Belgique n'avoir pas de chemins de fer qu'en avoir d'exécutés par le gouvernement , sous le double rapport du commerce et de la politique.
S 2. Longueun et dépenses des chemins de fer en Belgique en 1840.
INDICATIONS
LIORB DB l'BST.
LOnGUEORt
en kilomètres.
kU. a.
DÉPENSES
des
chemiDS
de fer
le matériel.
DÉPENSES
par kilomètre.
De Malines à LouTain^ à
Tirlemont, k Ans , liéte, l < .i» «£« Verriers et la frontièreVie ( **^»^^ Pmsse.
Lt€IfE DU NORD.
De Malines a Anrers.