‹ Mémoires sur les travaux publicsChapitre 73 sur 169 · EXPLICATION MES PROJETS PROPOSAS DE LA COMMUNICATION · texte numérisé non relu

EXPLICATION MES PROJETS PROPOSAS DE LA COMMUNICATION

DES DEUX JSBIA.

§ 1 . Du grand canal du Caire à Suez.

Sésostris , Nécos , Darius , Ptolomée , Adrien ^ le calife Omar ont , les uns entrepris, les autres ouvert le canal des deux mers , en partant du Caire et passant à Belbeys , en suivant la faeanehe Pélusiaque jusqu'à Bubastre , et de là à Phœmsa ^ Daphnm et Péluse ; fantre brandie de Belbeys passait à Thouy dans VOuadjr^ à ffiéro f suivant k fond d'une grande vallée; entrait dans les lacs amers ^ et des hd amers arrivait à Suez , où les vestiges du canal sont conservés , ainsi que dans la vallée de YOuadjr. .

Les ingénieurs français de Texpédition d'Egypte ont proposé de rétablir

lecanal.d'apdrèsi» deoiier tciûé » et 4e )e coDopl^ter en pecfiectioimant la navigation. daNil depuis le ^Glire jusqu'à Alexandrie.

Mais:le Caire .est encore à- 45. lieueiidjBia Méditerranée; la navigation entre le Caire ;et I98 posta d'Alexandde , Danûette, Rosette,, n'a lieu pour dfljs Wques de. 200 tonneaux que pendant cinq mois de Fannée, et les per- £ecûoooeuients ae peuvent être obtadus que psur beaucoup de travaux » de dépenses et surtout de temps , parce que les ouvrages doivent être combinés avec les^pcejels de dérivation et dfifrigatîon ^ dans toute la Basse- E^pte.

La- navigation entre Sues , ; le Caire et la Méditerranée , serait donc longue , incertaine, incomplète.

he canal du .Caire à Soez est^ sous tous, les rapports , le .plus essentiel à ouvcirt afin de procurer des eaux potables^ de fertiliser le sol et de rendre lesxivcB habitables sur tout son parcours^ et particulièrement au port de Suezj destiné à prendre une grande (^tension.

Lie Cairei, d'ailleurs , ville de Soo^ooo âmeai, le centre du commerce de TEgypte, jest destiné à devenir de nouveau l'entrepôt d^ échanges des marchandisesde trois continents 9 et surtout de fournir le coomiercedes productions variées de ces contrées fertiles.

Si le Nil , à l'étiage , pendant quelques mois est plus bas que le niveau de la mer Rouge, on ouvrira, à l'amont du Caire, une dérivation par une prise d'eau sur le Nil , en un point plus élevé que le niveau moyen de la nier Rouge, a£n d'-assurer constamment une navigation et un écoi}lement des eaux du Nil entre le Caire et Suez. Les dimensions du canal sont indiquées, par le profil de la carte jointe au mémoire.

Les dépenses des divers travaux ont été évaluées par les^ingénieurs français à 3p,ooQ,ooo fr.

. :I1 n'existe .pas .en Fnanceet en Europe un ouvrage de cette étendue et de cette dimension aussi facile à exécuter ;.la nature et leshommes ont tout dif|)osé pour diminuer le nombre ,, Féteudue et les dépenses des ouvrages.

X), ne resteà vaincre que.les obstacles du climat; 1^ ligne traverse., sur lesiroisquar^-de la longueur,. un désert ou il, est difficile de réunir beaucoup d*ou?pieiaB, dfi^Jesapprqviaionner d'eau, de vivres, et des m^térjiaus^ nécessaires aux constructions.

Le souvenir historique des cent vingt miUe hMsnies qui ont péri k cette entreprise sous Nécos, la grande mortalité qui r^pa , peut-être par la même cause y Tannée où le calife Omar fit recreuser ce canal , ont fait considérer ce travail, sinon comme impossible, du moins comme fiital , dans une contrée surtout où la population, sous Tinfluence du dimat , de k religion , et d'une domination changeante , est essentiellement disposée à accueillir des idées superstitieuses.

Toutefois le vice-roi , qui. a déjà signalé son administration par des ouvrages plus difficiles et aussi étendus , accomplirait en peu d'années cette grande tAche , si un motif politique s'unissait aux intérêts actuek et le déterminait à l'entreprendre.

Dans la pensée qui nous dirige , le canal du Caire à Suez est utile et indispensable même; mais comme voie commerciale, on peut le considérer comme secondaire , relativement à l'importance de^'autre ligne.

Le canal serait, pour ainsi dire, tout égyptien, et laissé à l'exclusive direction et discrétion du vice-roi , sauf la réserve de sa perpétuelle et régulière alimentaticm par des eaux du Ni} prises h l'amont du Caire et il un niveau plus élevé que celui de la-marée moyenne à Sues.

§2. Grand canal de Suex è PéluH.

Les nouvelles conquêtes des Européens dans les Indes , la colonisation et les prospérités de leurs anciennes possessions vont opérer une révolution prochaine plus favorable au commerce que la découverte de l'Amérique.

Au delà de l'Atlantique , il fallait détruire ou asservir une population sauvage, étrangère aux arts, conquérir des déserts, et attendre du travail des siècles des produits hors de proportions avec ies immenses sacrifices en argent et en hommes fiaiits par les Eurcqpéens.

Dans les Indes et en Chine, au contraire, b Faide d'un dimat fertile , et sous un ciel heureux, une population innombrable, façonnée au travail et & la servitude , produisant de tout abondamment et à bas prix , oflRre au commerce d'Europe un mouvement extraordinaire de marchandises k importer et à exporter.

Aibsî , quelque condamnables que soient le prétexte et le bat de Fin-^ vasioti de la Chine , la conquête probable des côtes chinoise» amènço^a la franchise des ports et des populations, et va rendre pliîs florissant le commerce d'Orient et des Indes.

Le nombre des nayires employés à la navigation entre TEurope et les Indes augmentant prodigieusement , l'ouverture directe pour les grands vaisseaux d'un canal entre la mer Rouge et la Méditerranée, devient une entreprise d'un intérêt européen et universel , et ce canal devrait être la base du droit public des nations^ selçn le vœu de M. Tott ( Mémoires sur les Turcs).

Le canal que nous proposons est plus facile encore que celui du Caire ^ à Sues, qui serait envisagé comme une branche de cette navigation artificielle.

Le canal projeté aux limites de l'Egypte , de la mer Rouge à la Médiierranée, suivrait la plus grande ppnte et la plus courte distance , et l'ancien lit du courant de la mer Rouge , tombant autrefois dans la Méditer* ranée^ serait indépendant du canal du Caire à Suez ; en voici les motifs :

1^ Si la branche des lacs Amers à Péluse était alimentée par le Nil, cette dérivation appauvrirait le fleuve et nuirait à la fertilité des provinces; pendant l'étiage du Nil, les eaux seraient peu abondantes, et la navigation languissante.

2^ Les eaux du Nil porteraient à la mer du sable et des vases qui formeraient les atterrissements et rendraient l'entrée du port difficile.

Z^ L'alimentation s'opérant par les eaux limpides de la mer Rouge, dont le volume est sans limites , on opérerait des chasses puissantes qui ouvriraient une passe profonde et l'entretiendraient en les renouvelant fréquemment.

4® Le bicz supérieur du canal à grandes dimensions étant rempli à chaque marée haute , serait employé à donner des chasses dans la mer Rouge , et à ouvrir un passage d'une assez grande profondeur pour l'entrée des grands navires.

S^ Ce canal étant indépendant de celui de Suez au -Caire, serait déclaré franc et ouvert aux bâtiments de toutes nations.

Le canal de Sues à Péluse et Tinéh^ de ao mètres de largeur de Tw. 2, sacr. n. 19

plafond 9 dt 1 o mètres de kiuteur do plafond aux digues » et de d mètres de tirant d'eau , avait à la surface de Fe^u 6o mètres, de largeur ; il pourrait recevoir les plus grands navires.

On pourrait encore porter le tirant d'eau à 9 mètres , les digues ayant deux mètres au-dessus deJa ligne d'eau.

Plus tard, en rediargeant les digues, et creusant encore le premier biee, on obtiendrait jusqu'à 12 et 1 4 mètres de tirant d'eau*

A ce canal viendrait s'embrancber, au-dessous du lac de Thaubastum , le canal du Caire à Suez., au-dessqus du premier sas, afin qu'au point de jonction les eaux du Nil soient plus élevées, et que celles de la mer ne puissent se déverser dans le canal du Caire à Suez, alimenté par les eaux du Nil , et les corrompre.

Le canal de Suez à Péluse , que nous appellerons maritime , est également facile , soit que la différence des deux mers ait 9 mètres , comme les ingénieurs français l'ont trouvé ; ou gq^t qu'elle se trouve réduite à 6 mètres ou 5 et au-dessous.

La marée ordinaire ayant s mètres à Suez, fournit, dans tous les cas , les moyens de donner des chasses puissantes au port de Tinéh de la Méditerranée , et à Suez ; seulement , il Êiudrait établir par des digues de plus astes bassins pour prolonger la durée et l'eflicacité des chasses.

Mais, plus la mer Rouge aura d'élévation sur la Méditerranée, et plus on disposera de chasses énergiques aux deux extrémités du canal.

Les rives du canal maritime étant arrosées par les eaux du Nil, du Caire à Suez, seraient défendues par une riche végétation contre les envahissements des saUes.

Dans le cas où les courants attaqueraient les parties trop sabknmeuses des talus, on les garantirait par un revêtement en briques cuites au soleil, qui coûteqt peu et qui résistent longtemps, comme l'expérience l'atteste, sur divers canaux d'Egypte.

I^ dépense évaluée , d'après le prix d'Europe , pourrait être portée à 13 millions y compris le canal latéral destiné à conduire les eaux potables du Nil à Péluse et dans le nouveau port , et des aqueducs construits dans les digues dans le même but dp fournir des eaux potaUe3 et de rendre les talus des digues fertiles et garajAtis d^ l'action des vents ; mais le; frais de

coftsInictioA dàm le déscnt eti triplent et en déctipilMt certirines dépetises. Là gMfide difficulté matëridle k Tainere pour ouvrir ce étinal est le «Banque d'eau I d^ovmiets y de matérianx ; le triicé parcourant , sar toute son étendue, un désert, OU serait forcé d^apporter, sur place, d'Alexandrie ou d'Europe, les portés des écluses toutes taillées, et de 6ire veiiir d'Europe les chefs ouvriers exercés aux ouvrages de cette nature.

§ 3. Z>u port de Tinéh^ en avant de Péluse.

Le canal de la mer Rouge à Péluse serait sans utilité, si on ne trouvait à son einbouchure , dans la Méditerranée, un port ayant au moins la même profondeur que le canal.

On sait que sur cette rive de la Méditerranée la plage s'allonge , et que

les vaisseaux ne peuvent approcher des bords.

Déjà , 48 aus avant J.-C, Pompée , fuyant en Egypte , ne put aboirder à Péluse ; il fut forcé de quitter son navire k une grande distancé de la rive et d'arriver en barque , et fut assassiné en débarquant k la vue de son fils et de ses soldats , trop éloignés pour le défendre.

Avec le temps , sans doute, les rives et la mer se sont de plus en plus envasées , et il faut aller au loin chercher un mouillage suffisant.

Telle est aussi la position des ports de Dunkerque et des Paya-Bas , ou Ton est parvenu à creuser des passes profondes , et k faire attiTer des Vaii^ seaux de douze cents tonneaux par le moyen de chasses heaucGfti|i moins énergiques que celles dont on pourra disposer en avant de PéloSéi

Loilsque par une clause d'un traité le port de Dunkerque fut cortéAé , tes négociants de celte place ouvrirent le canal maritime de Mardick , construisirent des écluses de diasse en ce point, et après quelque^ chasses , ouvrirent une passe assez profonde pour faire entrer dans le càHal des vaisseaux de mille tonneaux et des frètes armées.

Le port d'Ostende a été ouvert , et son chenal est entretenu avec le jeu des eaux lancées par des écluses de chasse qui agissent à près d'une demilieue en mer.

L'action des chasses serait bien plus puissante sur la plage de la Méditerranée , dont la marée est presque nulle et la vase du fond très-mobile.

Avec des jetées coffrées établies sur deux mille mètres de longueur en mer, et terminées par des écluses de chasse, en quelques semaines, on ouvrirait une passe profonde par des chasses , et on ferait entrer dans le canal de vaisseaux; de commerce de douze cents tonneaux.

Les chasses des eaux de la mer Rouge pourraient être même employées pour le creusement du canal ; le creusement étant fait jusqu'au delà du lac de Thaubastum , on construirait en ce point un sas pour racheter la pente , et des écluses avec portes de chasse pour creuser le lit du canal et éviter en partie la main-d'œuvre; plus tard , on élèverait des digues avec les déblais du sol des environs.

On marcherait ainsi en descendant vers la Méditerranée avec le flot des eaux de la mer Rouge habilement dirigées et servant de pionniers.

Le canal ouvert serait employé au transport des pierres tirées des montagnes vers Suez , d'une excellente qualité.

Mais ces travaux supposent qucr le canal du Caire à Suez est rétabli ; que les lafcs Amers sont remplis d'eau douce , et que ces contrées sont rendues habitables par l'abondance des eaux du Nil, qu'on peut d'ailleurs y faire arriver par des travaux de quelques mois de durée.

D'après cet exposé , on ne doit pas craindre , mais souhaiter, que la mer Rouge soit plus élevée et beaucoup plus élevée que la Méditerranée , puisque cette surélévation procurera des chasses d'une si grande énergie qu'on parviendrait , en lui donnant une autre direction , à couper les monticules de dunes de sable , à les pousser dans le lac Menzaleh , et à le combler en partie par des atterrissements.

On a donc la conviction que pour créer un excellent port en avant de Péluse, il suffirait de pousser en mer des jetées en sable bordées en pierres, assez larges pour y construire des magasins, et assez prolongées pour ouvrir une passe profonde par des chasses jusqu'au mouillage des navires.

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