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CHAPITRE VI

DB8 BARRAGES DU NIL POUR ASSURER LA NAVIGATION DE «8 BtÊB ^ LES IRRIGATIONS DES CABfPAGNES ET LA SALUBRITÉ DES JUTR8 DE LA MEDITERRANEE.

$ 1. ÉÊnUactuel des bras du Nil ^ etde kur embouchure dant la Méditerranée ,

et ewMéqatnees de cet état,

La Basse-Egypte, le delta du Nil, forme un demi-cône renversé, allongé, dont le sommet est au dire, à la pointe de la dernière montagne. Sa forme ressemble au dépôt des torrents des Alpes , qui roulant des pierres, les dépose à leur embouchure dans les vallées principales, lorsque les eaux s'étendent , se divisent et perdent leur vitesse et leurs forces.

La Basse-Egypte , d'un sol mêlé de sable et d'argile , n'a ni ruisseaux , ni sources. Partout où le Nil n'arrivé pas, le terrain est stérile et inhabitable comme le désert ; la fécondité commence à la ligne des inondations, et s'accroit selon leur intensité et leur durée. Le Nil est la providence de l'Egypte.

Les travaux des dérivations du Nil , qui remontent à la plus haute antiquité , ont été conçus avec ensemble et habileté.

Sept branches principales, partant au-dessous du Caire, embrassaient * le Ddta par mille rameaux , faisaient arriver, circuler les eaux du fleuve , comme le sang dans le corps humain.

Mais les invasions fréquentes des divers conquérants*, des guerres intestines et la servitude, ont souvent entraîné l'abandon des ouvrages. La disette , la fiimine et la mortalité détruisaient promptement la portion des habitants que le sol reconquis par le désert ne pouvait nourrir.

Dans les temps de la meilleure administration de l'Égyte, les écluses à sas n'étant pas encore découvertes , les ouvrages exécutés ne pouvaient

donner qu'une irrigation encore limitée, et surtout qu'une navigation incomplète.

Les campagnes y près des embouchures des bras du fleuve , furent en partie telles qu elles existent encore ; de vastes marais tour à tour recouv4lteptfr les eaux du Nil pendant les crues , et par les flots delà Méditerranée fiendant les tempêtes ; les eaux taiitôt salées et tantôt douces , à quelques mois de distance , faisaient périr les plantes et les poissons soit de mer ^ soit d'eau douce , et engendraient , comme ils occasionnent encore, des maladies pestilentielles , lorsqu'ils se séchaient dans les mois d'étiage du Nil.

Pendant les crues, le Nil impétueux, déplaçant, refoulant l'eau de la mer, se conserve pur et reste potable à une grande distance en mer; dans les temps d'étiage et par les tempêtes , les flots de la Méditerranée remontent les bras du fleuve d'un faible vohime, et en rendent les eaux saumàtres et insalubres.

Telle est la principale cause des maladies épidémiques , pestilentielle^ qui désolent l'Egypte, et qu'on doit considérer oomme l'une de ses grandes plaies.

Sur le cours du Nil , le fleuve et les canaux de dérivation étant en général fort encaissés , on était forcé d'employer, 'et on emploie encore maintenant , plusieurs milliers de bœufs , dans chaque province , pour élever les eaux du fleuve sur les terres adjacentes, lue Nil ne recouvre naturellement le terrain qu'à quelques lieues des prises d'eau , lorsque le sed s'a* baisse au-dessous de son niveau.

Les coupures des dérivations du Nil appauvrissant le fleuve , la navigation n'a lieu , pendant six mois, que pour des barques d'un faible tonnage, et le halage par chevaux n'est possible que sur de bibles loi^gueurs.

$ 2. Barrages mr les bran(Aes eu ML

Les barrages projetés sur le Nil doivent satislaire , par leur cnsenible , à trois conditions principales :

i*" Empêcher l'invasion des eaux de la Méditeiranée *àams Itsslacs du littoral et dans les bras du fleuve.

a* Conduire tes eaux du Nil sut tout le sol égyptien , plus ïm qw le niveau des grandes inoudationa» et augmenier ainsi Téteodue dea teenôns fertiles.

y Perfectionner la navîgatioa dea branches du Nil , la leardropenaMir* nente , régulière et facile pour les plus, gros navires. -0

Nous expliquerons le projet qui remplirait ces divers bute en prenant pour exemple la branche de Rosette.

Il serait établi , près de Tembouchure de ce bras à la mer , on barrage édusé avec double sas pour le passage des navires de diverses graurdeurs , et avec des bassins et écluses de chasse latérales à portes tournantes pour approfondir le chenal. Ce barrage empêcherait Tinvasion des eaux de mer , donnerait à Tamont un tirant d'eau suflSsant au Nil pour le passage des grands navires , et permettrait l'arrosage des campagnes v(Hsines.

Chaque barrage créant une chute, on emploierait la puissance des eaux du Nil à &ire mouvoir des machines hydrauliques destinées, soitii dessécher les lacs et k les rendre à f agriculture , soit à procurer une force motrice à des moulins à blé et à diverses autres usines.

A l'aval de Fembouchure du canal de Rhamdnieh à Alexandrie, on construirait un second barrage ayant la même destination et les naémes avantages.

Elntre Rhamdnieh et le Caire, on établirait deux autres barrages pour racheter la pente du fleuve ; le premier serait placé à Benoûfut et le second à Terranéh.

La pente du fleuve du Caire à la mer, à T^tiage, étant de 5».i i, serait rachetée par les quatre barrages édusés, en donnant à chacun une chute moyenne de i«.33.

Si, à côté de chaque bttrrage, on construisait un déversoir fixe, ayant deux fois la laigeur du fleuve , et son couronnement k l'^.So au-dessus de la ligne d'étiage , les grandes crues ayant au Caire i ani.69 au -dessus de la Méditerranée , recouvriraient les 'déversoirs des barrages fixe^, le niveau des inondations n'éprouverait aucune surélévation appréciable par l'effet des barrages, et dont les villages à Tamont pourraient souffrir^

Par ces divers travam exécutés sur chacun des bras du Nil, plusieurs des conditions du problème général seraient déjà remplies ; la mer ne rem6n« terait plus dans leç bras du Nil ; le chenal de chaque port serait approfondi; le littoral de la mer serait cultivable; les branches du fleuve auraient partout, pendant Fétiage, i*.23 de plus de tirant d'eau, qui, ajouté à celui de Fétiage , donnerait un mouillage suffisant pour recevoir , en toute saison , des navires de 600 tonneaux.

Ces barrages serviraient aussi à donner à tous les canaux de dérivation un tirant d'eau de i".23 de plus, ce qui permettrait d'arroser directement beaucoup de terrains maintenant incultes.

Pour satisfaire à la dernière condition , la plus importante , l'arrosage direct des campagnes , on élèverait le couronnement des écluses au-dessus des plus grandes crues , afin d'assurer en tout temps le passage des navires; et on établirait sur les barrages fixes dont il a été fait mention , un barrage mobile, afin de soutenir les eaux du Nil à un niveau déterminé, qu'on élèverait à volonté , même jusqu'au niveau des grandes crues.

Après la canalisation des branches principales du Nil , on entreprendrait sur les autres dérivations des barrages semblables , qui procureraient les mêmes avantages , savoir : le refoulement des eaux de la mer , le creusement des petits ports , le dessèchement des lacs du littoral , leur fertilité et leur salubrité, le perfectionnement de la navigation , la création da beaucoup d'usines ayant pour forces motrices des roues hydrauliques ; enfin et surtout l'arrosage direct et continu de toutes les campagnes de l'Egypte , maintenant en partie envahies par les sables du désert.

Nous avons confiance dans le succès de semblables projets parce que nous avons fait construire des ouvrages analogues, non sur un fleuve comme le Nil, mais sur l'Escaut, la Sambre, etc., rivières où les difficultés étaient aussi grandes , et où le but qu'on se proposait^ été complètement rempli avec des dépenses modérées.

$ 3. Du mode de construction et des dépenses des barrages du NiL

Les auteurs d'ouvrages remarquables, et qui font autorité dans les lettres et les sciences, ont publié, sur les barrages nouveaux entrepris sur le

Nil, des documents qui donneraient à penser, comme ces écrirains, que ces travaux doivent être d^une dépense excessive et d'un succès fort incertain.

Après une longue étude de projets de barrages, de canalisation et de dérivution du Nil, nous ne partageons pas leur pressentiment.

Nous avons sousles yeux le profil du Nil dans la vaHée de Sjout^ audessus du Caire, où les eaux du fleuve sont réunies dans nn seul lit. Pendant l'étiage, le fleuve a 38o mètres de largeur, 700 mètres de section, et donne 670 mètres cubes par seconde, en supposant une vitesse de I mètre; ou 1,000 mètres cubes par seconde, avec une vitesse de 1 mètre 35 centimètres par seconde, qui parait trop forte d'après le calcul des pentes et de la surfiice.

Il est à remarquer, toutefois, que le temps du pi us bas étiage est très-court.

A 1 ,000 mètres cubes par seconde, le volume des eaux dépensées en 34 heures est de 86,400,000 mètres cubes. Ce volume n'est que moitié de celui de la Seine dans le temps de ses grandes crues, et les dépenses des barrages à construire sur le Nil ne s'élèveraient pas i trois fois la dépense des barrages sur la basse Seine.

Le Nil serait réparti de nouveau entre ses sept liranches principales, anciennes, recreusées et endiguées , pour vivifier toutes les provinces du Delta, et reconquérir sur le désert les vastes terrains cultivables qu'il a envahis depuis Fensablement des canaux. Les barrages à construire sur chaque branche sont des travaux aussi faciles, aussi peu coûteux que ceux de l'Escaut et de la Sambre, en France, et des bras du Rhin dans les Pays-Bas.

Toutefois, en Egypte, des dispositions nouvelles, justifiées par l'expérience, doivent être adoptées pour diminuer les frais de construction, et augmenter la solidité des ouvrages.

Ija Basse-Egypte et toute la vallée du Nil dans la Haute-Egypte, et le lit du fleuve, étant formés d'alluvion, d'un limon mêlé de sable, des travaux hydrauliques fondés sur pilotis coûteraient des sommes excessives, et n'auraient pas une sullisante solidité. H faut, surtout en Egypte, éviter les ouvrages d'art , qui exigent l'emploi d'ouvriers très-exercés, très-rares, même en Europe, et demandent des matériaux de choix, extraits de carrières éloignées et d'un prix excessif en raison des frais de transport. ToH. S, sicr. II. SO

On épargnerait une grande partie des dépenaet d'argent et de temps^ en fondant Iqs barrages sur béton, au moyen de dragages dans le limqn el sans épuisement. On donnerait aux fondations beaucoup d'empâtement, pour prévenir les aflfouillements.

L'Egypte fournit abondamment tous les matériaux nécessaires k ces constructions, que les ouvriers du pays, bien dirigés, exécuteraient avec économie. La couche du béton coulé embrassant tout le lit, serait élevée jusqu'à 5o centimitras en contre-^bas de la ligne d'étiage, et couronnée par une maçonnerie générale en pierres de taiUe, s'élevant à i mètre a3 centimètres au-dessus de l'étiage.

Dans cette maçonnerie serait encastré le barrage mobile, fermant avec des vannes ou poutrelles , et destiné à soutenir les eaux jusqu'au niveau fixé et môme jusqu'à la hauteur du Nil.

On doit faire remarquer: i* que le Nil ne gèl^ jamais, qu'il ne charrie point de glaces, et qu'ainsi les poteaux montants des barrages mobiles ne seraient point exposés k des avaries dans les crues; a* que la longueur des barrages étant double de la largeur du Nil , on peut fonder le barrage presque à sec, en cooimençant les ouvrages hors du lit actuel ; 3"* que les inondations artificielles seraient r^lées et renouvelées à volonté.

Chaque barrage ainsi construit ne coûterait pas au delà d'un million de firancs, terme moyen; les plus grands, deux millions , et les plus nombreux , 200,000 francs; mais le choix des emplacements , fort important, ne peut manquer d'exercer une grande influence sur les résultats et sur les dépenses I et il exige une expérience consommée des travaux hydrauliques.

Avec les barrages successifs proposés, le système d'arrosage ancien ne serait point changé , on n'aurait pas à creuser des dérivations nouvelles y on profiterait de tous les canaux existants, on ferait le curement des anciens canaux , qui distribueraient les eaux du fleuve sur toutes les campagnes; on n'occasionnerait aucune perturbation; enfin ^ et surtout, on mettrait à profit la totalité des eaux du fleuve.

Les barrages du ^il, dans la Haute-Egypte, Font plus faciles encore à exécuter que sur les bras du Nil dans la Basse-Égypte. Les matériaux étant

sur place et de la meilleure qualicé, les barrages, construits d'après le même système , auraient aussi poui; i!é$ultat$ ^ doubler Tétendue des ter>rains cultivables arrosés.

Les emplacements les plus convenables pour établir des barrages éàa^ ses y sont déterminés par la nature et par les sinuosités du fleuve.

On ouvre une dérivation entre deux points rapprochés des coudes du lit ; on établit k sec les ouvrages en maçonnerie de prise d'eau , et la moitié du barrage écluse, dont le radier est descendu au niveau du fond du lit. Le travail achevé , on fait passer le fleuve pendant Tétiage dans ce nouveau lit suffisamment élai^ , et ensuite on établit avec fiicilité le barrage dans le lit principal, qui n'a plus qu'un faible tirant d'eau.

On remarquera de nouveau que, près de chaque barrage, les chutes d'eau donnetft une puissance hydraulique conisidérable, qui peut servir dé moteur à des moulins à blé et k un granfl nombre idTusines, dont l'Egypte manque absolument.

Ces ouvrages, en outre, élevant directement lee eaux, permeltiaiènt de supprimer les cinquante mille hoBùk on ânes employés k monter ks eaux des petits canaux sur les terrains k arroser.

Les productions de l'Egypte doubleraient , et sa population , naaintenant de trois millions d'âmes , pourrait s'élever k six millions^ comme aux >époques de la plus grande prospérité de ce royaume.

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