CHAPITRE VIL
OeSSéCHBMENT DES LACS DU LITTORAL DE LA MER. — ASSAINISSEMENT
DE l'Egypte. — culture des polders égyptiens.
§ 1 . DetêéchemeiU des grandi lacs d'Ég^te.
Le 8' mémoire, sur les beaux travaux de dessèchement de la mer dé Haarlem, donne , sur les entreprises de cette nature, des renseignements fort importants recueillis par des savant ingénieurs néerlandais les plusexpérimentés dans cette spécialité.
n faut dabord envelopper le lac à dessécher d'un canal de ceinture avec ses deux digues , plus hautes que le niveau le plus élevé des eaux environnantes. On évite ainsi l'introduction des eaux de pluie, des bras da Nil et des Ilots de la mer.
Le canal navigable de ceinture est destiné à transporter les produits du sol j et surtout à fournir des eaux du Nil pour l'irrigation des terrains desséchés , et pour les besoins des habitants des nouveaux villages qui seront établis dans l'enceinte des polders égyptiens.
Sur le littoral de la mer on se bornera à construire une seule digue ayant un couronnement plus élevé que les flots et d'une largeur de 2S mètres.
Sur le couronnement régnera un petit canal d'irrigation de 5 mètres de largeur pour assurer une perpétuelle végétation sur les digues qui seront plantées et mieux défendues contre les vagues et les vents.
Les digues longeant la mer donneront passage à des canaux de dessèchement fermés par des écluses avec double paire de portes busquées , pour empêcher l'irruption des eaux de la mer , pendant les tempêtes , et servir à l'écoulement des eaux des polders dans les temps favorables. Les grands lacs seront divisés par des digues intérieures longitudinales-
(Tt tfansTemles , pour former » par des compartimeato , des poldens di|^ tiocts et non solidaires , et prévenir un désastre général dans le cas de la j^ rupture d'une "digue.
Le sol de la plus grande étendue des lacs étant au-dessus du niveau de la mer, sera desséché par les canaux d^écoulement tombant dans la mer et fermés par des écluses.
Les parties basses des lacs n'étant en contre-bas du niveau de la mer que o"*.3o, et au plus i mètre et i".aO| seront desséchées à l'aide de ma-* ^
chines à feu.
La force d'un cheval de vapeur élève à i mètre 75 kil. par seconde , ou seulement 5o kil . eflet utile , et déduction des pertes par frottement et autres.
Une machine à feu de 100 chevaux élèvera donc 5,ooo kil. ou 5 tonneaux d'eau par seconde , et en vingt-quatre heures 86,400 x 5 =: 43a,ooo tonneaux ou mètres cubes.
Puisque la hauteur d'eau à épuiser est moindre d'un mètre, çp peut compter un mètre de hauteur totale. Ainsi , en un jour la machine à feu de f 00 chevaux desséchera 43 i/5 hectares , et en un an i5>768 hectarel , ou près de i o lieues carrées de 4»ooo mètres.
1° Le lac Mahdych ou d'Aboukyr, n'ayant que i4»ck)0 hectares , serait desséché en moins- d'un an, et par une seule machine de loo chevaux.
2"" Le lac Maryout , ancien lac Maréotis , serait dessécha par le soleil en une année. Le sol de ce lac a été longtemps cultivé ; on y comptait plus de cent villages. L'armée anglo- turque , faisant le siège d'Alexandrie , rompit les digues en 1801 , et depuis ce temps le terrain est inondé. ,
3® Le lac d'Ëdkou a son sol généralement plus élevé que le niveau de k mer , il est alimenté par les eaux du Nil. Après l'établissement d'un canal et d'une digue de ceinture , il serait à sec en moins d'un an , par l'écoulement des eaux et l'évaporation si rapide sous le ciel sans nuage
et brûlant de l'Egypte : sa superficie est de 34»ooo hectares.
4* Le lac Bourlos , qui s'étend entre deux bras du Nil sur a5 lieues de longueur, a 1 12,000 hectares de superficie.
Après l'établissement du canal et des digues de ceinture et des canaux écluses d'écoulement, il ne resterait que le quart à dessécher par des
lyvchines; on en oomtrairait trois de la force de loo cbera'uz chacune
5* Le lac de Menzaleh, dont le dessëelienient se lie avec le projet du canal de Suez à Pélusc, est le plus étendu. Il va de Damiette jasqu*aux ruines de Péluse ; il a 849OOO de longueur sur aa^ooo, et sa surface est de 184,000 hectares. Le sol est généralement plus élevé que celui de la mer, et le dessèchement serait opéré sur la presque totalité en une année, au moyen du canal avec digues de ceinture , qui empêcherait à volonté les inondations du Mil , et h Taide des canaux intérieurs écluses d*écou* lement.
Cependant, pour plus de garantie et de promptitude, on construirait quatre machines à vapeur de la force de 100 chevaux , pour l'épuisement des parties basses.
6* L'étang des Dattes, Birkalr^l-Balak ^ est plutôt un marais quNm lac , qu'on peut mettre à sec en l'isolant du lac Menzaleh, qui lui déverse ses eaux dans le temps des crues du Nil; sa surface est de i3,ooo hectares. Le dessèchement s'opérerait par l'évaporation , et en quelques mois , après l'exécution des travaux d'endigageet d'éeoulement des eaux.
* 7"* Le lac Sebakah Bardoual , autrefois le lac Sirbbn , est situé ii l'est des ruines de Péluse , et dans le voisinage d'El-Ârisch , le long de la côte maritime.
Ce lac se nomme aussi Barathrum , qui veut dire abtme , parce que la croûte de la surface a quelque solidité apparente; mais au-dessous la vase est profonde , et les voyageurs qui s'exposent à le traverser périssent ordinairement
Une machine de la force de 100 chevaux serait construite pour dessécher complètement le lac, et rendre salubres les environs de Péluse.
D'après ce qui précède , on pense qu'avec des canaux de ceinture , pour garantir les irruptions , dans les polders , des eaux du Nil et de la mer, et des canaux d'écoulement , et avec huit ou dix machines à vapeur de la force de 100 chevaux, on opérerait dans un an le complet dessèchement de tous les lacs d'Egypte longeant la mer. On obtiendrait ainsi une surface cultivable et fertile cinq fois plus étendue que le Rhynlande , oii Ion compte les villes les plus commerçantes du continent et près d'un million d'habitants.
$ 2. De$ machine* à feu pour Npuisement des eaux dtf laes.
La différence de niveau entre le fond des kcs à dessécher et le niveau
de la mer, n*étant pas même d'un mètae , il est préférable d^employer
des roues à palettes , que les machines à feu font mouvoir. La perte de
foit:e n*est pas alors ^ comme on Ta supposé, d'un tiers , mais seulement
. d'un quart.
Les machines seiaient conservées et seraient employées à enlever les eaux du Nil, qu'on ferait entrer dans les polders pour dissoudre Jes sels cristallisés de la surface , et rendre plus tôt féconds les terrains desséchés»
$ 3. j499edm89emeni de rÉgypie.
Le désert et la Haute-Egypte sont très-sains , et on a constaté que 1^ maladies de poitrine y sont inconnues, et que les poitrinaires étran^^ qui
viennent à temps habiter la Haute-Egjrpte guérissent.
Mais près des marais, l'air est vicié par l'intermittence des inondations du Nil et de la mer, et du dessèchement qu'opère un soleil brûlant.
Dans cette alternative, les plantes oiarines et les plantes d'eau douce périssent également et corrompent l'air k une grande distance. De là ' naissent les maladies endémiques, la fièvre jaune, la peste.
Lorsque le niveau des eaux des marais est invariable , les abordMont sains; mais, dans un climat aussi chaud , cette uniformité ne pourrnt être maintenue que par une alimentation constante. U y aurait alors , pour obtenir ce résultat , uQf. grande dépense des eaux dn Nil sans produit* A est préférable de mettre à sec tout le sol des lacs, et de l'arroser par des canaux, comme dans la Hante et Moyenne-Egypte , et dans les j^ovinoet de la Basse-Egypte se rapprochant du Caire.
§ k. Culture de$ polders égyptiens.
Les lacs sont supposés enveloppés de canaux et de digues de ceinture , ^ et coupés par des canaux , les uns d'irrigation , les autres d'écoulement.
teo
ïje aol est partout salubre et fertile comme celui des provinces ilde la Moyenne-Egypte.
Pendant les crues du Nil on fait arriver un volume du fleuve suflfîsant pour détremper le terrain h une grande profondeur; ensuite ces mêmes canaux amènent des eaux pour 4'irrigation des terrains cultivés et les besoins des villages.
Pour assurer le succès de ces entreprises , il faudrait donner la concession des lacs et des abords à des compagnies européennes , qui feraient venir des ouvriers hollandais , les plus habiles dans les travaux de desséchemept et de <:ulture des polders.
Les terrains des lacs desséchés seraient les plus précieux de FEgypte , en raison du voisinage de la mer, de la facilité des transports et de la fertilité du sol; les arrosages étant mieux assurés que dans les parties |>lus élevées , où la pente étant plus forte , les eaux du fleuve s'écoulent avec plus de rapidité.
Le«>l de l'Egypte convient aux plantes oléagineuses, dont les récoltes abondantes donnent de grands bénéfices.
Les colons des Pays-Bas parviendraient en peu d'années à r^idre ces contrées désolées les plus belles et les plus riches du littoral de la Méditerranée; mais on ne pourrait les décider à s'y établir qu'en leur accordant des garanties , sans lesquelles on ne peut espérer ni sécurité, ni prospérité^ m émigration.
-Qujdque brûlant que soit le soleil dans ces contrées , de laborieux et intelligents cultivateurs des Pays-fias sauraient féconder ces marais comme ceux des îles de Java et de Sumatra.
Le succès du dessèchement , de l'assainissement , de la culture des lacs d*Egypte exige donc des institutions analogues à celles des Pays-Bas ; «t l'importance européenne que va prendre l'Egypte , comme principale route des Indes , doit donner ces résultats.
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