CHAPITRE XIII
réfAtation des objections contre le projet du canal maritime
$ 1. Le$ tables du disert encombleraient le canal.
Après treize siècles , les vestiges de l'ancien canal ont été conservés sur beaucoup de points, et on reconnaît plus facilement la ligne de l'ancien canal du Caire à Suez que les traces des canaux commencés en Europe , il y a quatre ou cinq siècles , et depuis lors abandonnés.
Un grand canal , avec digues en sable , exige de l'entretien , et s'il reste à sec il se comble facilement. Les pluies rares , mais très-fortes en Orient, tombant sur des talus rapides , entraînent le sable dans le fond, et comblent le canal , avec le temps , comme ailleurs.
Les sable^ du désert sont salins par le sel de l'eau de mer que les vents impétueux portent au loin pendant les tempêtes ; il a donc plus de consistance que dans les pays où l'évaporation n'est pas aussi instantanée que dans les brûlants déserts d'Arabie.
A l'appui de cette observation , on peut citer un autre fait digne de remarque.
Les ingénieurs français de l'expédition d'Egypte, ayant été forcés par la présence d'un parti arabe d'abandonner leurs opérations, cherchaient vainement après un délai de quatre mois les derniers piquets du nivellement au milieu d'une plaine de sable ; ils retrouvèrent les traces de la
chaîne traiiiée sur le sable pour mesorer les distances , et arrivèrent ainsi h leurs piquets.
. Le sable du désert n'a donc pas la mobilité qu'on suppose, puisque les vents n'avaient point effacé , après Un long temps, la trace l^ère d'une chaîne.
Le grand canal du Caire à Suez a été creusé et maintenu ouvert pendant 1 40 ans par les Sarrasins , qui ne connaissaient pas les écluses à sas. On ne peut donc mettre en doute qu'une compagnie , avec la protection des grandes puissances maritimes d'Europe , et dans l'état d'avancement de la science hydraulique, ne soit capable d'exécuter de nos jours un semblable ouvrage , et en deux ou trois ans seulement.
S 2. 7/ paraît impassible d'exécuter un aussi grand travail dans un désert de 35 lieues
de longueur et d'um largeur indéfinie du côté de l'Arabie,
Cette contrée est en réalité un désert dans toute Facceptiôn du mot ; mais elle a été habitée et peuplée. A l'extrémité du canal, Péluse était la clef et l'ornement de l'Egypte , et de mémorables combats ont constaté l'importance et ie nombre des habitants de cette cité renommée.
Après le creusement du bras du Nil qui - suivra la ligne du canal et débouchera à Péluse, les rives de cette navigation nouvelle seront fertiles, et la liberté promise aux habitants attirera, de tous les Etats voisins, une grande population.
Lorsque Alexandrie fut fondé par Alexandre , ce nouveau port, bientôt peuplé et depuis célèbre, n'avait pas les mêmes éléments de prospérité que le nouveau port de Péluse..
Après l'ouverture du grand canal maritime, Péluse, recevant les grands navires des Indes et d'Europe , attirerait les habitants de tous les pays par les chances de fortune que donne un mouvement extraordinaire de conunerce entre cinq cents millions d'habitants'.
Après quelques mois de travaux , les eaux du Nil alimenteraient les environs de Péluse , les lacs seraient desséchés et les environs deviendraient plus fertiles et plus salubres que Damiette , Rosette et Alexandrie.
Les Orientaux trouvant à Péluse et sur les rives du canal la protection
et la liberté garanties par d'exœllentes institutions et par les puissances d'Europe , préféreraient ce séjour à toutes les villes d'Orient et aux autres rives de la Méditerranée et de la mer Rouge.
En un an , la compagnie concessionnaire parviendrait à dessécher les lacs de Mensaleh et àiAhueliar^ et à transformer ces marais pestilentiels et désolés en campagnes fertiles sous le plus heureux ciel.
Les émigrants des Pays-Bas ont exécuté avec bonheur des entreprises plus difficiles , sur un sol plus malsain, sous un ciel plus brûlant, à Java, à Sumatra , au Cap et sur le littoral de l'Atlantique. Ils ont porté dans ces pays lointains leur génie dans l&s travaux hydrauliques, et les belles institutions de leur patrie ; la compagnie de la colonie d'Orient saurait appeler les habiles charpentiers et constructeurs du Rhynlande , et ferait construire dans les ports d'Amsterdam et de Rotterdam les portes d'écluses des canaux de navigation et de dérivation , et tous les ouvrages en charpente du canal maritime de Suez à Péluse , que des vaisseaux des Pays-Bas transporteraient soit à Suez , soit à Péluse.
On construirait de même en Europe et en charpente les premiers logements des employés et ouvriers qu'on asseniblerait et établirait en quelques jours.
La passion de la guerre a appelé dans ces contrées désertes et désolées des armées nombreuses de tous les peuples. Perses, Grecs, Romains, Arabes, Sarrasins , Turcs , Français , etc. ; plusieurs centaines de mille hommes ont péri de soif, de faim , de maladies , etc. ; l'amour de l'humanité ne pourrait-il pas inspirer un dévouement plus utile , et déterminer quelques milliers d'hommes k consacrer quelques années au succès de l'entreprise la plus mémorable par les bienfaits procurés à toutes les nations ?
S 3. Le$ parts de Suez et de Péluse ne seront pas accessibles aux grands vaisseaux
des Indes.
Dans le cas même où le courant des chasses journalières ne creuserait pas, en avant des ports, un mouillage suffisant, on aurait encore la possibilité d'ouvrir, sur les deux mers , des ports où pourraient entrer les vaisseaux du plus fort tonnage.
Des cartes , récemment publiées , donnent les sondages officiels des rives de la Méditerranée et de la mer Rouge.
On remarque que près de j&/-^/ricA » la Méditerranée auprès de la • côte , I :) à 1 3 brasses ou de 19 à 33 mètres de profondeur.
On peut donc ouvrir une branche de canal de Péluse vers EUrAIrich , et établir en ce point un port dont Tentrée aurait 1 3 à 1 3 brasses de profondeur.
Cette branche de canal suivrait le littoral de la mer et des lacs desséchés.
Sur la mer Rouge , on aurait plus de facilité encore d'atteindre le même résultat.
On prolongerait le grand canal depuis les ruines d'Arsinoé ou Cléopatris, jusqu'au Raz-MésaUe, et on y construirait un port dont l'entrée aurait de j6 à 20 brasses de profondeur, ou ^4 à 3o mètres de tirant d'eau.
Le succès complet de l'entreprise ne dépendrait donc que du capital à consacrer à ces dépenses.
L'entreprise de grands travaux , au milieu des déserts , où les seules traces du séjour des hommes ne sont plus signalées , depuis deux mille ans , que par des ruines , semble eflBrayer les plus nobles courages.
Mais le monde entier est intéressé au succès de la nouvelle communication ; il faut aflBranchir les marins d'Europe allant dans l'Inde , et à leur retour, de trois mois d'une navigation ruineuse ; il faut garantir l'Europe des dangers de la peste ; il faut établir des relations promptes et &ciles entre les 3oo millions d'habitants de l'Asie et les 300 millions de l'Europe.
Jamais plus grands résultats n'auront été obtenus avec moins de dépenses; puisqu'une seule guerre, entre divers peuples rivaux , qu'on éviterait , coûterait plus de sacrifices d'honunes et d'argent , que le grand ensemble des ouvrages du canal destiné à enrichir, à perpétuité, les na lions diverses de l'univers , et k prévenir une conflagration générale entre les puissances.
ToH. % Skt. II. S4