CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE ROYAUME PES, PATS-RAS
Le voyageur attentif qui yisite les Pays-Ba$ , admire ce rdjjraume comme le chef-d'œuvre du génie de Thomme.
Le sol est conquis sur la mer et sur les fleuves, repoussés et domptés.
Les vents asservis emploient leur puissance coinme des agents à gage, et au gré de la volonté des mécaniciens et des agriculteurs fort habiles.
Mille canaux de dimensions variées , et de niveaux quelquefois à^érents, embrassent , coinme un réseau, toutes les contrées, s'étendent jusqu'aux fermes, circulent comme les rues dans les villes, et portent les vaisseaux des Indes au pied des magasins, et les barques des j^oul-' tcurs près des marchés des villes.
Les habitants d^une oommune , unis entre eux comme une &miUe « par les liens de Fassodation , sont administrés par les notables avec éco<^ nomie , vigilance et fermeté.
Ils établissent , à côté de chaque danger, une surveillance qui prévient les dégradations et une force qui répare immédiatement les désastres.
Chaque canal, chaque route, diaqùe polder, it^aque digue a son association oi^nisée , et ses revenus.
Le gouvernement, lui-même, est le résumé parfait, la tête et Tàme des associations. Sa force conservatrice au dedans, constitue et étend sa puissance au dehors. H existe ainsi une harmonie parfaite entre les diverses institutions agricoles , provinciales et politiques.
Uassociation locale a une action immédiate , indépendante , pour conserver, réparer et perfectionner.
Les élus de la province administrent sous la haute surveillance du gouvernement.
Le souverain , au dedans , avec les conseils et le concours des délégués du pays, gouverne et règne; au dehors , il défend les intérêts et maintient les droits du royaume par l'heureuse alliance des libertés locales réservées^ et de l'hérédité consacrée ; la sécurité et les prospérités intérieures sont assurées, et la paix est garantie par la renommée antique de l'énergie et de l'héroïsme des Pays-Bas dans la défense du territoire.
Les institutions politiques ont été perfectionnées avec autant de sagesse et de prévoyance que les travaux hydrauliques ont été dirigés. La loi du temps était devenue impérieuse.
Les Pays-Bas, tenant en main la clef des grands fleuves du continent , placés aux limites des empires qui enveloppent le monde, et à quelques journées de leurs capitales par la nouvelle navigation, appelaient des rivalités par les prospérités de leur commerce , et devaient se prémunir contre les desseins de l'étranger.
Depuis le remaniement de l'Europe, beaucoup dXtats ont été rayés, ou reformés dans un même but : les empires nouvellement agrandis pèsent sur leurs voisins de leur puissante influence.
Il fallait aux Pays-Bas, pour conserver leurs forces relatives , le concours
d'une agrégation ioteUigente 9 plus énergique, et des alliances étrangères, naturelles et indissolubles.
En possession maintenant de teb avantages , les Pays-Bas reprendront leur rang maritime dans des circonstances probables , sinon prochaines.
Dans les derniers siècles de guerres générales ^ la conservation de la nationalité était déjà, pour un Etat de deux à trois millions d'habitants, un titre glorieux ; elle a été le prix de Théroisme héréditaire de la &niille r^nante , et de l'énergie persévérante d'une nation qui s'est rappelée ses aïeux.
Mais ce n'est plus assez de se maintenir et de croître en prospérité et eh richesses; en présence de nations qui donnent à leur marine un développement extraordinaire, les Pays-Bas, qui les avaient devancées de plusieurs siècles, et les ont éclairées par leurs exemples ou leurs leçons, se trouvent conviés à réconquérir leur puissance . commerciale et politique relative.
Le gouvernement marche dans cette voie avec une haute sagesse qui fait présager de mémorables succès.
Pendant que d'autres peuples se précipitaient avec engouement dans de vastes entreprises de chemins de fer, et préparaient, par la ruine des finances , une perturbation générale , le souverain des Pays-Bas examinant avec discernement les fautes et les succès , a ordonné le réseau de chemin de fer le plus habilement coordonné à la situation du pays.
Ce réseau , liant Arnheim , Amsterdam , Haarlem , Leyde , La Haye , Rotterdam , Utrecht , Arnheim , formera , pour ainsi dire , de toutes ces villes une seule cité , dont les habitants pourront communiquer entre eux , en quelques heures.
Ces chemins de fer , favorables à l'agriculture ^ au conunerce , à la dé-r fense, à l'attaque, ne pourront servira l'ennemi, parce qu'ils sont entourés par la mer et par des fleuves.
Les Pays-Bas ne seront point un obstacle à l'extension des relations des peuples d'Europe; mais ils ne provoquent pas, ils n'attirent pas le passage de la foule des voyages qui , par le frottement perpétuel , enlèvent avec le temps à une nation , pour ainsi dire , son caractère , en corrompant les institutions et les mœurs.