La grande digue et le canal de ceinture
4* Le dessèchement du lac au moyen de machines hydrauliques.
i"" Le canal de décharge , aux écluses de Katwjk , passant à Leyde , et i^'ayant que de petites dimensions , n'écoulait qu'une faible quantité d'eau. Ce canal a été recreusé en 1840, à une profondeur de 2^.20; il a 40 mètres de .largeur à la surface de Peau , et 3 l'^.So de plafond.
Le canal de Katwyk, creusé en 1806 , et ouvert jusqu'à la mer, sera élargi, ainsi que les écluses; la laideur du canal au niveau des eaux sera de 52 mètres.
2"" La machine à vapeur de Sparendam, la nouvelle écluse de ce nom, et le canal qui y conduit seront achevés en 1843 , ou dans les premiers mois de i843.
Cette machine n'étant pas destinée à élever les eaux à une grande hauteur , sera employée à £iire mouvoir des roues à palettes qui les chasseront à travers les écluses.
y L'ouvrage le plus considérable est la digue et le canal navigable ^e ceinture du lac.
On sait qu'on procède ainsi dans tous les dessèchements.
Le canal de ceinture recevra les eaux de pluie et des moulins qui arrivaient auparavant dans le lac.
Si la navigation , par le canal , doit être plus longue que par le lac , elle sera plus sûre. Il y aura donc compensation.
Sur 5o,ooo mètres de développement du canal de ceinture , le canal et la digue sont entrepris sur 38,ooo mètres , et seront achevés dans le courant de 1842.
En tenant compte du temps qu'il a fallu employer en travaux préparatoires, au règlement des indenmités de terrains à payer, on reconnaîtra que l'entreprise du dessèchement marche assez rapidement , et qu'elle sera achevée en peu d'années.
Nous rapporterons quelques données recueillies qui serviront k ré* soudre le problème et qui sont d'un haut intérêt , parce qu'on sait d'ailleurs que les ingénieurs des Pays-Bas ont une expérience consommée ^ une supériorité incontestable dans les travaux de dessèchement et l'emploi des moulins à vent, et qu'on peut compter sur les résultats de leur expérience éclairée.
La superficie totale du lac de Haarlem , y compris ses extrémités appelées Spiering-meer et Kager-^meery est de i8i millions . de mètres cubes ; la profondeur moyenne étant de 4 mètres » le volume d'eau à e(^* lever est de 724 millions de mètres cubes.
Les observations recueillies pendant 98 années ont constaté que la quantité moyenne d'eau de pluie ^ déduction faite de l'évaporation ^ est, par niois, en ajoutant les eaux de source de fond, de. . • o".i657
évaluées à ., . o".o343
Ensemble o".aooo
La quantité d'eau introduite dans le lac sera donc , par mois, de 0,20^ 181,0.00,000 mètres cubes, ou de. . • . 36,aoO|00o
Les moyens d'épuisement . doivent donc être calculés pour enlever ce volume dans un temps court, afin que le séjour prolongé des eaux ne nuise pas aux terres et aux prairies du fend du bassin.
On s'est assuré, par un grand nombre d'expériences, qu'un moulin à vent élève 60 mètres cubes à un mètre de hauteur par minute , et que dans le courant d'une année il ne travaille que 60 jours.
n élèvera donc, dans une année, 5, 184^000 mètres cubes d'eau à la hauteur d'un mètre.
Mais pour prévenir les inondations, et. t^nir compte des éventualités, on est dans l'usage de ne compter que trente jours efi*ecti(s de travail d'un moulin à vent pendant 24 heures » pour toute l'année.
Ainsi l'e&t utile d'un moulin à v«nt par an est estimé à 3 millions de mètrescttbes d'eau, élevés à une hauteur d'iypL mètre.
D'après les résultats de l'expérience , on serait certain d'opérer ledessécheoient complet 9 en enaployant on nombre de moulins à vent d^teroMné par le calcul cîrdessus. .
Ces observations répondent à l'objection souvent reproduite^ et renouvelée en 1827 par M. Blanchet. Dans son ouvrage publié à Amsterdam en 1 827 , cet écrivain a prétendu que le dessèchement du lac avait toujours été ajourné , parce qu'on avait jugé que les machines hydrauliques connues n'avaient pas assez de puissance , ou parce que leur emploi était trop cher, et que dès lors on ne pouvait espérer le succès avec économie on bénéfices.
Cette supposition n'est pas admissible. Dans un pays où l'on est parvenu a^essécher tant de milliers d'hectares de marais et de lacs, on ne pouvait être arrêté par les difficultés et les dépenses de dessécher encore un autre polder de 18,000 hectares, en employant les mêmes machines hydrauliques y mais en plus grand nombre.
On a déjà signalé plusieurs des causes qui ont fait ajourner l'entreprise, n en est d'autres, et de toute nature, qui ezpliqueiit les délais, et particulièrement la divergence des opinions sur les moyens à employer, les intérêts opposés à concilier, enfin de fréquentes perturbations politiques en Europe et dans les Pays-Bas.
Maintenant les travaux ont été déterminés, sont eôtrepris et poussés avec une très-grande activité; personne ne peut oiettre en doute leur prompt achèvement , et pour la somme qui a été fixée par le devis de la conunission composée des personnes les plus recontmtiandables et les plus éclairées.
§ 3. Fùrce motrice des machines hydrauliques d employer au dessèchement
du lac de Haarlem.
Par arrêté royal du ai novembre 1840, il a été statué que l'on ferait usage de machines à vapeur pour le dessédiement du lac.
Les calculs dont on a donné les éléments ont constaté qu'une force de 1 ,300 chevaux de vapeur était nécessaire pour opérer, en temps critique , l'épuisement des eaux de pluie , de source et de filtratîon qui arriveront au fond du lac après le dessèchement.
Par temps critique , on entend la saison des pluies , c'es^à-dîre ordinairement la fin de Tautomne et de l'hiver, époques où les machines
d'épuisement I soit mouKos à yeiit, ou madbines à vapeur, sont à peine suflSsantes pour extraire les eaux des polders; tandis qu'en été, aucune ettracUon d'eaa n'est souvent nécessaire pendant des mo» entiers.
La force de'i,300 chevaux de vapeur est fixée comme étant nécessaire, non-seulenâent pour mettre le lac à sec, mais pour ipaintenir constamment le dessèchement; c'est ainsi qu'on xulcule dans tous les dessèchements. On conserve toutes les machines du premier dessédiement pour maintenir toujours à sec les nouveaux polders. <
Seulement, pour opérer le premier dessèchement, on fiiit travailler jour et nuit les moulins à Tént , lorsque le vent souffle, et pour^maintenir les polders k sec , on ne fait marcher les moulins qu'en temps de pluie. »• = '
On conçoit la nécessité de n'employer, pour opérer le dessédiement, que la fo^ strictement nécessaire , également calculée pour maintenir ensuite le terrain à sec. Si on augmentait, par exemple, cette force primitive de moitié ou du double , l'excédant de force deviendrait inutile après le dessèchement primitif du nouveau polder ; il fendrait donc enlever et détruire les moulins excédant les besoins , ce qui entraînerait dans un supplément considérable de dépenses.
On a vu plus haut que ta plus grande hauteur où les eaux dmvent être élevées pendant le dessèchement dn fond du lac à la mer, ainsi que la hauteur constante après l'opération pour maintenir le polder à Mc, étut de 4 mètres 3/4 à 5 mètres ; cette di^née montre que l'on ne doit pas élever l'eau d'une seule fois, pu, selon l'expression technique, dune seule lestée , au moyen de roues à palettes ou de vis d'Archimède.
Dans ces conditions , la construction de ces machines deviendrait , à cause de leurs grandes dimensions, si difficile, qu'on ne parviendrait pas , sans dépenses excessives , i' garantir leur solidité ni leur bon usage.
L'emploi des pompes prévient ces inconvénients.
On avait d'abord à examiner quel parti était le plus avantageux ( toutes choses égales d'ailleurs), d'élever l'eau en deux reprises, soit pardes roues à palettes, soit par des vis d'Ardûmède , ou d'élever l'eau en une foi||;^ d'un seul jist, par des pompes.
Dans l'un et Fautre système, on étabUrait toujours les machines k épui-
ser SUT trois points du lac , savoir, au Zmdersparsn^ au Lutkermeer et au Nagermeer.
En employant les roues à palettes , ou les vis d'Archiméde , il y aurait quatre machines sur chaque point , dont deux seraient à la station supérieure , et deux à la station inférieure.
Mais en se servant de pompes ^ il n'y en aurait que deux seulement à chaque point , et on les placerait toutes deux à la station supérieure.
On a donc compris que, dans le premier jcm^ il faudrait en tout d«uze machines de cent chevaux chacune , et dans le second cas, six machines seulement de deux cents chevaux de force.
La commission étant convaincue que des pompes aspirantes très-bien construites rempliraient le but qu elle se propose, elle ne manquera pas de donner la préférence à ce dernier système.
Gomme il est d'ailleurs démontré que six machines à vapeqr de la force de deux cents chevaux coûteront moins d'achat et de frais d'établissement et d'entretien que douze machines de cent chevaux , elle fera choix des machines d'une plus grande puissance.
La conmiission a encore fixé son attention sur une question fort importante.
Lorsque des machines à vapeur sont destinées à faire mouvoir des machines hydrauliques rotatives, telles que roues à palettes, vis d' Archimède, les machines à vapeur doivent être établies d'après un système difierent , et elles dépensent plus de combustibles , pour un même effet utile , que des machines ^ vapeur employées à faire mouvoir des pompes.
Par exemple, les machines à feu pour épuisement, dans les inines de Cornouailles , qui sont à haute pression et à expansion, ne consomment que i^^-.2 de houille par force de cheval et par heure.
Ce fait a été constaté par les membres de la commission du dessèchement , qui ont été visiter les machines de Cornouailles, en Angleterre.
La commission a reçu des modèles d'un grand nombre de machines à épuiser; mais aucune ne lui a paru offrir les avantages des simples pompes aspirantes mises en mouvement par des moteurs comme ceux de Cornouailles.
Si les machines qu'on emploiera , et dont on fera d'abord l'essai , ré> pondent à Fattente , comme tout donne lieu de l'espérer, le dessèchement du lac sera efifectué dans un délai de moins de deux ans , à dater du moment où les machines seront établies et fonctionneront.
Dans le nombre des machines de deux cents chevaux n'est pas comprise celle de Sparendam , qui n'est pas destinée à élever l'eau par des pompes, parce que la différence du niveau du canal de dessèchement et de la mer étant peu considérable, il est préférable, et même nécessaire, d'y appliquer des roues à palettes qui chasseront l'eau du canal dans la mer.
Ces détails donnent une idée générale de l'immense entreprise du dessèchement du lac de Haarlem , et en font présager un prompt et glorieux succès qui méritera la reconnaissance des populations actuelles et de la postérité*