DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Le perfectionnement de la l^slation et de l'administration firançaises des trayauz publics, et, comme conséquence, l'accroissement des prospérités et de la grandeur du pays , étant le but de ces mémoires , nous ne donnerons pas, comme ingénieur, une description minuékmse des beaux ouvrages exécutés en Suisse depuis cincjuànte années; ces détaib se trouvent consignés dans les manuels nombreux publiés pour les touristes delà
Nous avons déjà rappelé les beaux travaux et la prospérité qu'avait produits Tadministration éclairée et paternelle de la province de LanguedoCy et souvent exposé l'heureuse inQuence des édits sur les travaux publics de Henri IV, ce roi législateur.
Si nous retrouvons, sur un sol et sous un ciel diflférents , sous un gouvernement politique supposé contraire , une inéme législation , une semblable administration, les mêmes et admirables résultats , ne peut-on pas déjà présumer que le système administratif et la situation du pays sont liés comme les eflfets aux causes, et que la même législation et la même admi* nistration des travaux publics conviennent à tous les Etats, quelles que soient d'ailleurs la dénomination et la forme du gouvernement politique?
De même qu'un agronome éclairé , cultivant selon les meilleurs principes d'assolement, d'amendement, rend sa terre plus productive que le domaine négligé d'un grand propriétaire éloigné ; de même aussi , les notabilités locales, zélées, indépendantes ^ chargées, avec des pouvoirs suffisants, de l'administration gratuite d'une contrée, savent mieux que des agents étrangers, indifférents,. en assurer la sécurité et la prospérité sous les divers régimes politiques, réguliers et paternels, ou absolus et révolutionnaires.
On peut déduire de l'étude des faits des théorèmes économiques.
Une administration paternelle, gratuite, confiée au pays, rend les nations heureuses, riches, et les gouvernements puissants et séculaires.
Une administration locale , réservée à des étrangers soldés, mobiles, est stérile , chère , ruineuse , et engendre des convulsions et des révolutions.
Les mêmes propositions peuvent être encore ainsi présentées :
Une excellente administration locale compense quelquefois ou atténue du moins les calamités engendrées par un mauvais gouvernement.
Une administration locale imprévoyante, oppressive, amène de nécessité la destruction d'un gouvernement même glorieux et national.
Pour apprécJMr l'influence des systèmes différeots d'administration des travaux publics , nous mettrons en parallèle la situation de diverses populations voisines , ayant parfaite conformité d'origine , de religion , de langage, habitant un sol semblable^ sous le même ciel, sur les deux
versants des mêmes montagnes , sur les rives opposées ou rapprochées des
mêmes lacs.
Si, les principes dVdministration intérieure étant différents dans des contrées voisines , tout est contraste et opposition dans les résultats , ne doit^-on pas croire à l'action irrésistible du régime administratif?
Pour mieux vérifier ces conjectures, nous comparerons encore chacun de ces pays à lui-même , après une période de cinquante ans ; et si l'influence opposée de deux administrations contraires, Tune locale et paternelle, et Tautre absolue, s'est manifestée invariablement partout, les doutes se changeront en conviction ; et c'est avec l'autorité des faits et des enseignements irrécusables qu'on reproduira en France la demande d'institutions tutélaires justifiées par le bonheur des peuples et la durée des gouvernements.
Des circonstances particulières m'ont permis de faire ces diverses comparaisons.
Envoyé en Suisse en 1800, conune l'un des ingénieurs de la route du Simplon, en résidence en été pendant huit ans sur le sommet des Alpes , j'ai passé les six mois d'hiver, pendant l'interruption des travaux, à visiter la Suisse , le Tyrol , le Piémont, l'Italie ; habitant le Valais, avant la réunion à la France, nonuné bourgeois de la république et châtelain d'une vallée, j'ai eu , dans ces diverses positions , occasion d'étudier les mœurs et les institutions des peuples , k une époque où «elles étaient soumises aux plus grandes épreuves.
Avant ce temps, la guerre générale et les divisions intestines à chances variées avaient , pour ainsi dire , nivelé les conditions des diverses nations voisines par une commune infortune; l'avenir était incertain, toute amélioration suspendue; les ressources séculaires des Etats économes se trouvaient épuisées , les dettes des gouvernements prodigues liquidées par la banqueroute ; la parité était complète.
Plus tard , la réunion de plusieurs des cantons suisses à la France , de Genève, duVabis, deNeuchàtel , le protectorat de la ConfééKration Suisse , la concentration des pouvoirs et delà vie gouvernementale de l'empire dans la capitale, appelaient à Paris, par devoir, les délégués de cetf contrées, et y attiraient par Tattrait des faveurs et de la gloire militaire ou scienti-
fique la jeunesse ambitieuse ou laborieuse. D'autres notabilités , en Suisse, fuyaient le spectacle de leur patrie soumise , ou du triomphe de leurs ad* versaires politiques.
Paris 9 la capitale efièctive du continent scientifique, s'enrichissait ainsi des célébrités des universités suisses; mais Genève, Lausanne, NeuchAtel f n'avaient plus leurs illustres professeurs ; les écoles de cea villes étaient en décadence.
« Encore quelques années de réunion k la France , me disaient avec anxiété MM. Pictet de Genève, et notre cité ne sera plus qu'une de vos villes de province , dépouillée des institutions académiques ; nous serons même forcés de renoncer à notre agriculture perfectionnée , que votre loi sur la vaine pâture rend impossible. »
La Suisse, avant 1789, n avait encore ni grands travaux, ni ingénieurs; préoccupée de la haute pensée de défendre son indépendance , elle voulait conserver des sentiers difficiles , inaccessibles à la cavalerie et surtout à Tartillerie de l'ennemi, et semblait défier par là l'invasion des puissances voisines.
Vaine précaution ! des troupes de toutes nations ont franchi les Alpes, ont traversé la Suisse dans les diverses directions, et signalé leurs passages par des batailles sanglantes et des villes incendiées et en ruine.
A la paix générale, les armées étrangères se sont retirées de la Suisse désolée , comme FOcéan rentre dans son bassin après un cataclysme qui a inondé et dévasté les plaines riveraines.
Les Suisses , affiranchis de l'étranger, ont repris leurs habitudes et leurs institutions ; l'amour de la patrie a rappelé dans leurs villes les notabilités que les événements en avaient éloignéies.
Une ère nouvelle a commencé : les jeuhes gens attachés en France aux fonctions scientifiques, civiles et militaires, qui avaient visité l'Europe et manié le pouvoir, ayant la volonté de se rendre utiles et la possibilité du succès , sous une administration tutélaire , ont signalé leurs talents par de mémorables travaux.
La grande route du Simplon , appelant le commerce entre l'Italie et la France par le Valais et Genève , fut la preuve de la pos^bilité d'établir de grandes communications par les Alpes, et en même temps une occasion
de louable rivalité entre les cantons , et ausai la cause première des belles routes ouvertes en Suisse dans tous les cantons.
Après un intervalle de trente-cinq ans , j^ai visité les mêmes lieux ; j'ai été frappé comme autrefois du grand spectacle des glaciers , des montagnes , des forêts viei^es , que les siècles respectent ; j'ai retrouvé , dégradée , mais en place , la grande route du Simplon , que des révolutions du globe ne détruiraient pas complètement ; j'ai revu les clialets que j'ai habités , les mélèzes conservés qui les entourent ; mais , comme Epiménides , je ne retrouvais plus une personne de connaissance : la génération de cette époque n'était plus !
En parcourant les divers cantons , et comparant mes souvenirs k la réalité j la Suisse ,. embellie depuis la guerre et enrichie par la paix ^ ma présenté le spectacle enchanteur des prairies des hautes Alpes se couvrant de fleurs spontanément , à la fonte des neiges , aux premières journées de mai.
Au lieu de sentiers étroits et rapides dans les passages des montagnes, et de chétifs mulets qui les traversaient , je trouvais de grandes routes bordées de garde-fous et des berlines élégantes; au lieu de médiocres hôtelleries, de vastes palais; sur les lacs, des bateaux à vapeur; des ateliers de tissage , de broderie , dans les chalets réservés autrefois aux bergers. Je visitais, à la chute des lacs et sur les torrents, de nouveaux et grands ateliers de construction , où le Suisse , économe et habile mécanicien , importe d'Angleterre les outils, la fonte; delà Prusse , la houille; et exporte ses machines en Allemagne à des prix modérés qui luiassurent le monopole de la vente.
Le monde entier, Fltalie surtout, sont maintenant tributaires des étoffes tissées, imprimées et brodées en Suisse, dans ce pays qui ne produit pas de matières premières; mais les Suisses, parles bienfaits d'institutions libres et (f une administration parfaite, sont de tous les peuples les moins imposés , et cependant les mieux gratifiés de moyens d'instruction et d^éducation.
Ces transformations presque miraculeuses sont , dira-t-on , les fruits inévitables d'une longue paix et s'aperçoivent partout. Vains rêves des personnes sédentaires et heureuses , disposées aux illusions de bonheur l
J'ai parcouru également les Etats limitrophes de la Suisse , qu^ j'avais visités au trefoisy les rives allemandes et piémontaises des lacs de Constance, de Bellinzone, de Genève, les Alpes d'Italie et les flancs du Jura ; partout , hors de la Suisse , les populations , les routes , les habitations , tout m'a paru presque stationnaire depuis mon dernier passage en 1808.
Eln entrant dans ces Etats , à quelques lieues de distance des limites et hors des cantons , on aperçoit un contraste frappant : au lieu de grandes habitations élégamment décorées, on voit des châteaux en ruine et de misérables maisons; au lieu d'admirables routes, des chemins défoncés; au lieu de belles forêts, des parcours stériles; partout enfin les traces du malheur, de la misère , et enfin les funestes effets de l'impôt et de son mauvais emploi.
En Suisse, au contraire, le touriste est sous le charme de la satisfaction et d'un bonheur communicatif , à l'aspect des chalets entourés de fleurs , de ces costumes frais et même élégants , et d'un paysage riche de récoltes abondantes et de beaux troupeaux.
En Suisse, il voyage avec la même liberté et la même sécurité que dans son pays; il n'a point à produire de passe-port, à ouvrir ses malles, à fermer ses appartements; la puissance d'une loi prévoyante, invisible, veille, avec mystère, à la sécurité de tous. Partout le voyageur trouve généralement mieux que sa demeure , et pour convives les personnes souvent les plus remarquables dans les arts , les sciences, et les lettres.
La Suisse , dira-t-on , doit à ses glaciers , à ses lacs , à ses cascades , l'afHuence des nombreux et opulents voyageurs ; aux dépenses des étrangers, la grandeur et la beauté des auberges , les bateaux à vapeur, les équipages élégants , les routes superbes , enfin les fabriques prospères.
Mais le Piémont possède comme la Suisse des glaciers, des lacs, des cascades; cependant les voyageurs n'y affluent pas, n'y séjournent pas : on dirait qu'ils ont hâte de le traverser comme une terre étrangère et souvent inhospitalière.
Horê des routes, dans les campagnes et dans Fintérieur social d'un chef-lieu de canton ou d'une ville de même grandeur des Etats voisins , les diflférences sont encore très-frappantes.
En Suisse, des terres sablonneuses, presque stériles, sont arrosées ou bien
cultivées et couvertes de riches récoltes; on voit des vignes fertiles sur des pentes de rochers escarpés et divisés en gradins par des murs ; partout des chalets él^nts avec fontaines et vergers.
Genève y Neuchàtel, Berne, Saint-Gall , Zurich , Lucerne , etc., possèdent des universités, des collèges, des musées, des arsenaux, des hôpitaux remarquables par leur magnificence extérieure et leurs excellentes ordonnances intérieures. Os ont pour directeurs et administrateurs les héritiers des généreux fondateurs , habitués , conmie leurs ancêtres, à employer leur temps, leurs talents, et à sacrifier leur fortune au bonheur de leurs concitoyens.
La population des cantons est instruite, laborieuse, armée et habillée militairement aux jours de revue , et fort exercée au maniement des armes ; nulle part on ne rencontre de mendiants.
La sollicitude bienfaisante que Finstruction morale conseille, que Fai* sance générale permet , prot^e l'enfant du malheur avant sa naissance. Une mère pauvre trouve toujours un asile ouvert, et pour consolation et pour appui les personnes les plus vénérées qui se donnent mission de les visiter et de les soutenir.
Les enfants pauvres, à tous les âges, sont reçus dans des institutions gratuites, où des maîtres, les premiers dans les sciences, leur donnent de réducation et de Finstruction, et savent développer les germes d'intelligence et de génie qu'ils discernent.
Les vieillards, les infirmes, et tous les malheureux ont aussi des refuges réservés , où chacun trouve mieux, que sa demeure et sa famille.
La population entière de la Suisse, instruite et enrichie par les inépuisables trésors d'un travail intelligent, fécondé par le génie de la liberté et parla modération des impôts, met son bonheur dans la bienfaisance, et y trouve une récompense ineffisible.
Les patriciens ne réclament que le privilège de donner plus de temps et de contributions volontaires pour amâiorer le sort de leurs concitoyens ou pour embellir et enrichir leur cité.
Si quelques cantons hospitaliers , ayant admis dans l'association , et comme concitoyens, des étrangers enthousiastes d'oiganisation politique de formes absolues, sont exposés k qudques perturbations , ces agi- ToM. 2y sicT. 11. 31
talions transitoires signalent plutôt la vigueur du corps social qu*un principe de dé80i^nisation. En cas de périls du dehors, il j aurait union, unité, et un énergique dévouement.
Les institutions nombreuses établies librement et par associations généreuses, unissent les habitants d'un canton par mille liens, comme une seule famille , et donnent au pays une force générale d'agrégation que nulle puissance du dehors ne saurait dissoudre ni affaiblir.
La confédéiâtion suisse ressemble, dans sa structure, à ces géodes, à ces beaux groupes de cristaux de roche transparents, trésors des cavités granitiques des rochers alpéens. Les aiguilles cristallisées de diverses grandeurs sont invariablement liées entre elles, et chaque atooie est un cristal parfait , d'une extrême adhérence; le groupe tout entier est destiné parla nature à croître progressivement avec les siècles.
Telle est aussi la puissance d'agrégation et de progrès du groupe fédéral des cantons ; il s'étend, s'accroît, s'élève depuis cinq siècles et demi ; période qui a vu se renouveler, se transformer ou périr tous les empires d'Europe et presque du monde.
Hors de la Suisse, le voyageur, à l'aspect du pays, en aperçoit la détresse et en apprend les causes des habitants , enclins , dans l'infortune , aux confidences de leurs peines.
On lui dit que les administrateurs, collecteurs, percepteurs, recruteurs et soldats sont étrangers à la contrée , payés par elle , et la plupart de nation et de langage différents ; que , chaque année , les impôts enlèvent presque le revenu net, et doivent être acquittés, quelque mauvaises que soient les récoltes; que chaque année encore on enlève pour le service militaire les jeunes gens les plus robustes, quelquefois les seuls soutiens de parents Âgés et infirmes.
Le pays, épuisé par les charges, devient la proie de l'usurier. Le malheur commun multiplie les pauvres, chasse les riches. Le bourgeois déserte les campagnes désolées; le commerçant émigré.
La population laborieuse, abandonnée, sans appui contre les agents étrangers, sans éducation, sans instruction, est réduite par le r^ime administratif et par l'exagération des charges au sort des pays conquis. Le pays tombe dans un état de décadence que tout signale. Les grandes
rouies sont n^lîgées, les anciennes résidences se démolî$sent| les ruines même des monuments disparaissent.
Les arbres sont abattus par des nécessités impérieuses du fisc ou du malheur; la culture est négligée et la population décroit.
Si nous nous portons aux capitales de ces provinces soumises par une centralisation administrative absolue, et par Tezagération des impôts, à la détresse de la misère, nous apercevons les causes et les résultats de Texploitation impitoyable des contrées éloignées.
Dans ces capitales , les chefs suprêmes des agents éloignés , collecteurs^ percepteurSi receveurs, etc., ont, au compte des contribuables, des palais, des équipages et des serviteurs nombreux ; leurs antichambres sont inondées de solliciteurs d'emplois et de faveurs.
On remarque , dans ces capitales , des quais superbes , des ponts ^ des édifices immenses, des monuments fiistueux , élevés aux finis des provinces puisées.
Ainsi, délaissement^ oppression et misère dans les provinces, prodigalité et luxe dans les capitales , sont les conséquences forcées de la centralisation administrative absolue.
Les divers peuples, comparés sous le rapport de leur organisation municipale opposée , montrent encore un esprit difierent dans les convulsions politiques ; les cantons suisses , comme les pays en possession d'une administration locale tutélaire , procèdent par des réformes, pour ainsi dire légales : après le triomphe, et malgré l'agitation des esprits et la violence des moyens employés, ib se montrent encore prévoyants.
En Suisse , lorsque , après des luttes politiques et des dissensions religieuses , les couvents sont supprimés, on ne vend pas à vil prix, on ne détruit pas les bâtiments et les propriétés sacrées louées par des âmes pieuses pour le soulagement des malheureux , l'éducation et l'instruction des enfants pauvres.
Ces Raidissements et ces biens sont religieusement conservés et réservés aux villes , chefs-lieux de canton , et ils reçoivent des autorités locales la même destination avec supplément de ressources , et une organisation plus parfaite.
Au contraire, dans les pays de centralisation absolue, lorsque Fexcès
des maux produit le désespoir , les populations se précipitent avec frénésie dans les innovations , sans en calculer les issues ; impatientes d*un avenir différent du passé, les espérances de réforme étant ravies , elles se jettent en aveugles dans les révolutions , livrent leur patrie et leurs fiimilles à des chances inconnues, s^exposent par la défaite k une ruine ccmiplète, et par le succès aux mêmes abus d'une administration, souvent plus impitoyable encore.
Ainsi, dans ces États d'administration absolue , après une révolution , les couvents ont été aussi supprimés , mais les bâtiments vendus sont démolis , les biUiothèques dispersées et détruites ; les biens des pauvres , des malades , des écoles, leur ont été enlevés en violation des dispositions des testateurs, et les malheureux n'ont pour ressources que l'aumône qui humilie et flétrit le pauvre et enorgueillit et corrompt le riche*
La centralisation administrative absolue, avec ses agents multipliés, étrangers aux localités , avec les impôts exagérés, croissant , dépensés au loin , transforme les propriétaires agriculteurs en fermiers du trésor ; elle ôte aux classes ouvrières les chances d'aisance par le travail ; elle ne laisse d'espoir abx prolétaires que les hospices ou l'aumône} elle chasse des campagnes et des petites villes la jeunesse intelligente; elle &it descendre les populations à ce degré d'ignorance qu'à peine un habitant sur cent connaît l'histoire de son pays à un siècle de distance.
Malgré l'insuccès probable , du moins immédiat , du travail que nous avons entrepris ; malgré les avertissements prudents d'amis éclairés , nous poursuivrons notre tâche commencée , avec la persévérance inflexible que conseille un devoir à remplir, avec le dévouement qu'inspire l'espoir d'adoucir des millions d'infortunes.
Une voix intérieure , providentielle , nous avertit que dans une prochaine période, les souverains, éveillés par les vœux du public, écarteront l'intrigue qui exploite le pays et le gouvernement , et qu'ils voudront doter les provinces d'administrations locales , paternelles , telles qu'elles furent instituées en Languedoc , et perfectionnées par Henri le Grand , telles qu'elles sont généralisées en Suisse , et réclamées par les hommes d'Etat de tous les pays.
Les améliorations administratives et la législation des travaux publics
que nous rédamonft , canyieDiient à tous les gouvernements , aux empires conune aux républiques ; elles sont encore plus indispensables & une grande monarchie comme la France , où les abus de la centralisation provoquent des convulsions périodiques que Fétranger souvent a fait éclater par des intrigues mystérieuse».
La centralisation administrative absolue de France a produit sept révolutions en cinquante ans ^ et en engendrerait de nouvdles.
La Suisse, au contraire, en prospérité et heureuse , procède par des réformes régulières , sur quelques points tumultueuses , mais ravinent ensanglantées.
Le tableau suivant indique la puissance progressive de l'association fédérale , depuis i3o8 jusqu'en iS^i f pendant 533 ans.
On sait que les héros de Grutli , Guillaume Tell, du canton d*Uri ; Werner Stauffacher , du canton de Schwytz , qui a donné son nom à la Suisse ; Arnold de Melchthal , du canton d'Unterwalden , ont délivré leur pa js du joug de l'Autriche ^ en 1 3o8.
Successivement d'autres cantons et des républiques isolées se sont unis ou alliés à la première confédération.
Toutes les guerres soutenues par la Suisse ont eu en définitive pour résultats d'accroître l'étendue , la population et la puissance de la G)nfédération.
Charles-Quint , qui enveloppait la Suisse par les vastes Etats de son empire, comprenant l'Allemagne, la Flandre, la Franche-Comté et l'Espagne, et qui avait à conquérir les cantons soulevés autrefois contre l'Autriche, n'a point tenté l'invasion de cette république nouvelle , soit prudence politique de ce souverain, soit habileté des cantons suisses.
Charles-EjBmanuel , duc de Savoie, roi de Chypre, surnommé le Grand , n'est point parvenu , pendant un long règne guerrier, à s'emparer même de Genève , alliée de la Confédération. H a ^ au contraire, rendu le gouvernement fédéral plus respectable et respecté par la profonde intelligence des che& et le courage héroïque de leurs soldats dans leur constance à défendre les Genevois, leurs alliés.
Charles-Emmanuel , à sa mort , en 1 63o , a laissé , comme la plupart des princes guerriers, ses Etats héréditaires occupés et rumés par quatre
armées de nations différentes , française, espagnole , allemande , piémontaise et savoyarde.
Après deux siècles de vicissitudes politiques , de guerres avec chances variées et presque toujours glorieuses , là Suisse , plusieurs fois envahie , est sortie plus étendue et plus puissante de la conflagration générale , et plus capable à l'avenir de défendre ses indtitutiona et ses libertés.
Cest par la trahison d'un gouverneur que la Franche-Comté n'a pas été réunie à la Suisse au 17* siècle* Ce nouveau canton eût presque doublé l'étendue et la force de la Gonfédéi^tion.
Cette tendance de la Suisse à s'étendre au dehors , selon les vœux des populations voisines, est déjà le plus bel éloge de la Confédération.
TABLEAU DES as GANTONS DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE.
Épo^u$ dti auociationi , tUUaneeê , daeantons ^ élmdve»,poputatiotu, rwtmu,
contingmU fédéraux et den canton» en 1S42.
(1) Vitmiae do MOMn d« Bilc-CimpigM cil comprits dini Mita iHlv-