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par ici; ils se sont informés bi Vuus aviez déjà traversé la frontière. » Sur ma demande, on me répondit que c'était l'ambassadeur de France et son secrétaire, M. de Belleval. Je ne fis aucune réflexion, mais, soupçonnant quelque perfidie, je pris mes précautions. Arrivés ensuite dans une petite ville, 'iy logeai la nuit dans un hôtel rempli d'ofiîciers polonais réfugiés. Le lendemain, nous continuâmes notre voyage Les Polonais n'avaient quitté cet endroit qu'un jour après nous : ils nous rejoignirent néanmoins parce que mon compagnon marchait lentement. Tous ensemble alors, nous fîmes la route jusqu'à Hoff, où ils me persuadèrent de rester avec eux au même hôtel. Un de ces officiers m'engagea à louer ime voiture jusqu'à Nuremberg, où une société s'était formée en faveur des Polonais fugitifs, me promettant de rdy rembourser ce que j'aurais payé pour le transport. Deux autres officiers montèrent avec nous, et le trajet s'effectua rapidement. Dans cette dernière ville, je liai connaissance avec un négociant nommé Dreckfler, qui me sollicita beaucoup de lui dire qui j'étais, prétendant que je n'étais pas ce que je voulais paraître. J'ignore qui pouvait lui inspirer des soupçons : toujours est-il que k chef de la société de Nuremberg me traita avec une haute bienveillance et me permit de voyager sur les frais de la société, ainsi que les Polonais, jusqu'en France. J'acceptai cette proposition pour me soustraire à la vigilance de l'ambassadeur français, et me croyant dorénavant assuré des moyens de parfaire mon voyage, je partageai avec les Polonais l'argent que j'avais économisé. Ces fugitifs étaient commandés par un prêtre qui s'appelait Domprowski, dont le docteur d'un régiment polonais, notre compagnon, me prévint qu'il fallait me méfier, parce qu'il projetait de me faire du mal. A Heilbronn, nous vîmes un grand nombre de bourgeois de cette ville qui, réunis dans un hôtel, attendaient les étrangers dans la compagnie desquels je marchais. Pondant le dîner, Domprowski leur parla longuement et, à la fin du repas, on porta plusieurs toasts en criant : « A bas le tyran! A bas les
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traîtres ! » et en même temps tous tombèrent sur moi comme des furieux, vociférant que j'étais un espion. Je ne saurais me rendre compte comment Domprowski, prêtre de l'Eglise catholique, que je n'eusse jamais soupçonné capable d'une pareille conduite, avait pu se douter que je portais sur moi la lettre de bourgeoisie de Brandebourg. Il eut la bassesse d'envisager cette pièce comme un faux passeport, et, dans le dessein de me nuire, ce misérable me l'avait enlevée furtivement; je présume qu'il en effectua la soustraction durant un nuit qu'il coucha avec moi, dans la même chambre. Lors de la querelle que des insensés irrités par le prêtre m'avaient suscitée et pour la faire cesser, je m'étais retiré chez moi. Ce fut alors que Domprowski, après avoir jeté dans les latrines ma lettre de bourgeoisie^ m'accusa à Heilbronn d'être porteur de faux papiers et, à l'appui de sa dénonciation, il allégua qu'il m'avait surpris les jetant au fond des latrines. Sur des données aussi vagues, je fus arrêté et mis en prison. Le lendemain, conduit devant le juge d'instruction, il me demanda pourquoi j'avais mis ce prétendu faux passeport dans les lieux d'aisance. Je requis qu'on amenât mon accusateur en face de moi, afin de montrer que c'était un imposteur qui avait joué cette intrigue dont je ne devine pas la source, a La chose est impossible, m'objecta-t-il, parce que ces Polonais sont déjà partis.
a Eh bien ! repris- je, de quoi m'accuse-t-on ? d'être porteur d'un faux passeport? Ne savez-vous pas lire et comment pouvez- vous prendre pour un faux passeport une lettre de bourgeoisie d'une ville du royaume de Prusse? C'est une grande calamité chez vous, a joutai- je, de faire arrêter un honnête homme sur la plainte d'un délateur que vous ne connaissez pas et que vous avez laissé échapper à une juste punition. »
Il me reprocha cet événement comme la conséquence de mon imprudence à me trouver dans la compagnie de pareilles gens. Je fus rendu à la liberté et je retournai à mon hôtel où je payai mon dîner si cher que je ne conservai
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pas un sou. Néanmoins je ne perdis pas courage, et seul je continuai ma route, me confiant à la Providence.
Que le lecteur ne s'imagine pas que la malice du prêtre polonais ait produit le résultat fâcheux qu'il en espérait : bien au contraire. Cet homme a été l'instrument de la Providence et, en essayant de me nuire, il m'a, contre son gré. rendu un service signalé. J'ai su depuis que les prisons sur les frontières de France m'attendaient. Je pourrais raconter de nombreuses anecdotes qui me sont arrivées, dont les détails, je n'en doute pas, seraient d'un piquant intérêt de curiosité, mais je n'écris pas pour amuser : je me restreins aux faits substantiels et justificatifs de mon histoire. Je n'avance rien dont je n'aie les témoignages les plus décisifs à ma disposition; et quand viendra le jour des débats judiciaires, toutes les incertitudes disparaîtront devant mes preuves, car il en est que je ne dois pas livrer à la publicité avant le temps, qui démontreront l'évidence aussi clairement que la lumière du soleil en plein midi. Je laisse à la famille de Prague le soin de publier, si elle veut, le contenu des papiers envoyés par moi à la duchesse de Berri, lors de son séjour dans la Vendée; car elle en a également reçu des copies conformes. A cette époque, étant en France, la trahison m'obligea de me retirer en Suisse. Je fus trompé encore à Genève et persécuté jusqu'à Berne où l'on me tint arrêté pendant six semaines à la suite d'une lettre écrite à Madame la duchesse d'Angoulême, et envoyée par l'ambassadeur, M. le comte de Bombelles. Je n'impute point à cet ambassadeur les causes de mon arrestation : je ne lui avais point confié qui j'étais; je me plais au contraire à proclamer qu'il m'a fait du bien et que c'est à son intervention que je dois ma mise en liberté; mais je n'ai pu me soustraire à la persécution qu'en quittant la Suisse pour me rendre sous un autre nom à Paris, où j'arrivai le 26 mai 1833.
Je ne saurais non plus m'empêcher de faire mention que des Suisses m'ont soutenu dans mes malheurs, quoique ne me connaissant pas. Peuple hospitalier! Je ne peux pas
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oublier tes compatriotes qui ont été si généreux à mon égard ! Toutefois, le temps de ma reconnaissance publique n'est pas venu; mais je me rappelle tous tes bienfaits et jusqu'à la pauvre servante qui veillait nuit et jour auprès de mon lit lorsque j étais malade, à Berne.
En 1834, ma sœur était malade à Dresde. Déjà j'avais envoyé auprès d'elle à Prague; je voulus tenter une seconde démarche dans le but unique d'éclairer sa religion; mais mes amis, trompés par les ruses de mes adversaires, me refusèrent les fonds nécessaires, ce qui me fit perdre un temps précieux dont profitèrent mes persécuteurs. M. Morel de Saint-Didier qui, une première fois, avait obtenu une audience de Madame la duchesse d'Angoulême, fut encore chargé de la même mission, et pour lors il était accompagné de M- de Rambaut qui, depuis le jour de ma naissance jusquen 1792, fut constamment attachée à ma personne
S^rf ^'r'\^ ^ ^'^''^^' ^^ 5 ^^^^ '^34, Il était trop tard. M de Rambaut et M. de Saint-Didier ont été jusqu'à Prague. M°^« de Rambaut a vainement sollicité une entrevue avec Son Altesse Royale; on lui a répondu par écrit que Madame la duchesse d'Angoulême ne pouvait fas croire que M^' de Rambaut, à son âge, eût fu entrependre ce voyage; et dans les vingt-quatre heures elle a été contrainte de repartir. M. Morel de Saint-Didier avait été reçu la veillema sœur lui a déclaré qu'elle ne voulait pas me recevoir et quelle était convaincue maintenant que j'étais un intrigant, mais très habile. Le résultat de cette dernière tentative de ma part a été entièrement inefficace, parce que Sa Majesté le roi de Prusse s'était laissé persuader par des intrigants d'aller mcognito à Toeblitz. Ma sœur lui raconta de bonne foi et sans déguisement ce qu'on lui avait suggéré et Frédéric III, le Juste, voulut bien assurer Madame la duchesse d'Angou-' leme que j'étais un homme en démence, qui s'imaginait être le fils de Louis XVI, et que j'appartenais à une basse famille de son pays. Ainsi, que le public concilie, s'il le peut, cet état de démence avec le raffinement d'un habile intrigant.
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Ceà faits sont de la 'plus rigoureuse exactitude! J'invoque pour garantie et Sa Majesté le roi de Prusse et Madame la duchesse d'Angoulême elle-même. Pour réfuter ces mensonges et ces calomnies lancés contré^ moi par différents journaux, je dépêchai directement M.' Lapradé, l'un de mes avocats, au président des ministres de Sa Majesté le roi de Prusse. On1ui répondit que tous les rapports faits à Sa Majesté me désignaient comme un individu taré et couvert de crimes. C'est' ainsi que, dans l'ombre, une politique machiavélique a èrltassé, pour me perdr , une masse d'impostures que mes ennemis n'ont jamais osé préciser. Des combinaisons ténébreuses, de criminelles faussetés de la part de sujets puissants investis de tout crédit près de leur souverain, ont constamment égaré la conscience du monarque, et le monarque n'a pas su découvrir les traces de tant d'actes scandaleux, les auteurs de tant de coupables félonies! Les persécutions et un flagrant déni de justice m'ont enveloppé dans tous les Etats où j'ai fait entendre mes plaintes légitimes. Pourchassé des terres étrangères, j'avais foi dans l'hospitalité de ma patrie. Dès que, sous le beau ciel de France, j'avais un lit pour reposer ma tête, je me suis mis aussitôt sous la sauvegarde des lois et de la magistrature. Je ne demandais rien que mon héritage, mon état civil une patrie et un tombeau dans la terre de mes pères. Les pouvoirs du jour qui, mieux que personne, savent qui je suis, redoutant la manifestation légale de la vérité, m'ont placé hors la loi, arrêté sans cause, détenu dans leurs prisons, et bajini du territoire français. Ces hommes de l'autorité ont, par un calcul méchamment astucieux, répété fastidieusement que j'étais né Prussien. Je les ai sommés d'en produire les preuves : ils se sont bien gardés de livrer le secret de leurs intrigues, car la vérité, par son attitude majestueuse et toujours uniforme, brise tout ce qui n'est pas elle. En vérité, on ne peut pousser la fourberie plus loin ; car si l'on pensait que je fusse un imposteur, on ne m'eût pas empêché de me démasquer moi-même devant les tribunaux. Que
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n'ai-jé pas fait que je n'aie dû faire pour convamcre les esprits droits?- Les mille et une* considérations d'un égoïste intérêt ont étouffé ma voix et travesti toute ma personne. On m'a chassé du sanctuaire de la justice, qui est le droit du plus petit comme du plus haut personnage. De quel front vient-on donc encore ressasser toujours les mêmes mensonges, toujours les mêmes absurdités? C'est en vain que, par haine contre le dernier fils de France, on a transgressé les lois de mon pays et abjuré le sens commun. Les peines qu'on s'est données pour tromper le peuple plus facilement produiront des fruits bien amers pour leurs auteurs Les pouvoirs changent vite, et déjà les ministres de Louis- Phihppe qui ont essayé de m'écraser ont perdu la confiance de leur maître et celle de la nation. L'aveuglement du peuple a pu, dans un moment de délire enthousiaste, proclamer des héros; mais la vérité de l'histoire à chacun' assignera sa place; et ceux qui se sont crus grands deviendront la honte de leur siècle. Quant à moi, je pourrai mourir victime de la vérité; n'importe. Je n'appréhende ni la mort, ni la malice des hommes. Prince, j'ai été trompé, mes concitoyens l'ont été avec moi. La justice du Ciel ici-bas ne sommeille pas toujours, et la Providence, tôt ou tard, sait, même sur la terre, faire éclater le triomphe de l'immuable vérité.
' Ici je m'arrête. J'aurais encore bien des choses à raconter, bien des choses à dire : les temps ne sont pas propres; la confiance et la bonne foi ne sont goûtées que dans un pays où la vérité n'est pas l'objet de la risée publique, et là où régnent des lois justes, sans politique. Ce pays, je suis encore à le chercher. Bien des gens, dans ma chère patrie, se sont tournés contre moi, et ont grossi la somme de mes persécutions par des accusations irréfléchies, avec im langage peu mesuré. La piété de Madame la duchesse d'Angoulême est le seul argument qu'ils opposent à l'histoire trop vraie de quaraiite-six années d'infortune. Ils ont égaré ma sœur, ils ont empêché la vérité de parvenir jusqu'à elle, et ils se
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vantent d'être de ses amis : les amis de la famille exilée; comme si les vrais amis de Madame la Dauphine ne devaient pas ardemment désirer sa réunion avec son frère! C'est ainsi que cette ûlle royale, dont on n'a pas respecté les malheurs, est devenue le pomt de mire de pénibles réflexions, par suite des faussetés que de misérables mercenaires, soldés par mes adversaires, ont vomies sans preuves contre moi. Qu'on ne s abuse pas, et ce sont mes dernières paroles à mes compatriotes : ceux qui m'ont calomnié ont été de tous temps les ennemis secrets de la famille de Charles X, et les instruments d'une politique hostile aux Bourbons à l'effet d'anéantir la royauté. Louis-Philippe lui-même a été la dupe de ses prétendus partisans, et un moyen mis en avant pour parvenir à leurs uns. Il a été le jouet d'un parti qui mine sourdement l'œuvre des trois Journées et veut se débarrasser de toute autorité monarchique. Je suis prêt à prouver en face des souverains de l'Europe réunis les faits que j'avance hautement. Je le répète en finissant : quiconque propage des calomnies sur mon compte, ce sont des fourbes; quiconque ajoute foi sans en exiger les preuves, ce sont des esprits taibles, dénués de toute espèce de bon sens. Quant à moi, je pardonne à tous mes ennemis politiques. La plupart se sont laissés maladroitement entraîner contre moi. Je plains ma patrie ; toutes mes espérances, mon unique consolation reposent dans le sein de la Providence qui, seule, peut la sauver. Si je succombe pour rendre témoignage à la vérité je me soumets et je di.s : que la volonté de Dieu se fasse! J ai perdu des amis qui m'ont été fidèles jusqu'à la mort, et que le poignard ou le poison de mes persécuteurs m'ont ravis. Quel sort serait le mien sans la protection d'en haut? Lorsque Dieu voulut sauver Jérusalem, il lui envoya des prophètes qui furent massacrés. Néanmoins, la miséricorde de Dieu permit que son Fils unique descendît du ciel. Alors les princes des prêtres, les Pharisiens, ces maîtres du peuple, crièrent que la religion était en péril, et par leurs menées insidieuses le fils de Dieu fut crucifié. Qui donc d'entre
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les hommes oserait prétendre échapper aux décrets impénétrables de l'Eternel (i)?
Charles-Louis,
Duc de Normandie.
De 1795 à 1810, le récit que Naundortf fait de sa vie ebt, aux yeux mêmes de ses amis, d'une invraisemblance ridicule. Ils ont compris que, par là, tout l'édifice imaginé par Naundorff e^ par eux croulait. Ils ont, et M. E. A. Naville encore tout récemment, essayé de combler, au moins en partie, cette lacune de la vie de NaundorfF. Ayant découvert une vieille demoiselle qui avait gardé une mémoire obscure de récits faits par des parents ou par des amis, récits d'ailleurs sans liens, M. Naville a cru qu'il pouvait, à l'aide de ces étranges témoignages, établir que le Dauphin, évadé du Teniple, avait d'abord été recueilli en Suisse.
Si l'on considère les dépositions de Mlle Leschot telles que les a recueillies M. Naville, on en arrive à une conclusion toute différente.
Il existait à Genève un horloger, Jean-Frédéric Leschot, qui, ayant fabriqué des automates, vint les montrer à Paris et notamment à la cour. Leschot est autorisé, par Marie-Antoinette, à embrasser le duc de Normandie que ces mécaniques avaient sans doute distrait. Durant son séjour à Paris, il se lie avec Charlotte Robespierre dont un certain nombre de lettres auraient figuré dans les papiers de Leschot, aujourd'hui perdus. Comment se lie-t-il à Paris, avec M"« de Robespierre qui, à cette date, 1788, est à Arras ? Comment n'est-il point question de Leschot dans les Mémoires de la sœur de l'Incorruptible ? Mystère. ^ Au temps de la Révolution, Leschot, sous le nom de Lebas, favorise le passage, à travers la Suisse, des émigrés. Un jour de 1797, un vieillard, habillé en mendiant et accompagné d'un enfant, se présente chez Leschot, y passe la nuit, et ne dit point son nom. Leschot aurait été frappe dis la ressemblance de l'enfant et du Dauphin, mais Ife vieillard ne lui fit point de confidence ; il Ifes conduit en Valais et les perd de vue. C'est précisément chez son beau-père, le D' Himly, à Neuveville, qu'on aurait caché cet enfant qui n'était autre que le Dauphin. Pourquoi ? C'est, suppose M. Naville, parce qu'un des neveux du docteur, ancien officier aux régiments suisses, a indiqué ce refuge. Vers 1800, le docteur mort, c'est son neveu, le pasteur Himly, qui recueille l'enfant devenu jeune homme, lequel, à ce qu'on croit, est un jour arrêté par la police et disparait. Tout cela est aussi invraisemblable que nébuleux. La suite le devient davantage encore.
if.
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Le fils de Leschot, Frédéric, a dû se lier durant les séjours faits chez son grand-père avec le jeune inconnu, il lui a voué un véritable culte. Il faudrait qu'il ait su et qu'on lui ait confié que cet inconnu était le Dauphin. Etrange confidence faite à un enfant de neuf ans et qu'on ne fait point partager, en tout cas, à ses parents. A une certaine date qui peut bien correspondre à celle où fut arrêté le jeune inconnu, la vie de Frédéric devient étrange, il fait des fugues, est absent plusieurs mois ou plusieurs années, revient, pour repartir encore. M. Naville, d'après les souvenirs de Mlle Leschot, a essayé de fixer les dates de ces fugues et s'efforce de les rapprocher d'incidents de la vie de Naundorff qui, on le devine, ne serait autre que l'enfant inconnu, le Dauphin fugitif, qu'abrita une nuit la maison de Leschot. C'est pour aller au secours de son ami que Frédéric disparaît ainsi, et pour tirer des prisons et des griffes d'ennemis redoutables l'auguste personne du Dauphin de France. C'est ce que suppose M. Naville. La famille de Frédéric tient plus simplement qu'il mène une vie déshonoré, que, du jour où il a rencontré Naundorff, il a vécu en aventurier, subi des arrestations et des poursuites sous les chefs d'accusations les plus divers. Or, s'il se' tire de ces mauvais pas, c'est par l'intervention de sa famille, parce qu'on tient compte de l'honorabilité des siens. Ainsi, ces mêmes parents, du fait de leurs démarches pressantes, sont mis en relations avec les magistrats qui instruisent, les avocats qui occupent pour leur enfant, et ils n'ont, à aucun moment, le moindre soupçon que leur fils est un héros. Voilà une chose impossible à admettre.
Ce qui semble se dégager du travail de M. Naville, c'est d'abord que, si Naundorff et Frédéric Leschot ont été en relation, c'est qu'ils ont fait partie ensemble des troupes du patriote Schill et ont été mêlés à ses intrigues pour soulever l'Allemagne contre Napoléon ; c'est ensuite que rien ne permet d'établir un lien entre Naundorff ot l'enfant inconnu qu'on suppose avoir été caché chez le D^ Himly. Sans doute, au reste, à ce moment, Naundorff luimême n'avait point songé à imaginer son histoire.