III
3o6 MÉMOIRES
constance les droits qui en sont inséparables, n'hésita pas , quinze années après , de prendre du service sous l'empire du plus grand ennemi de cette même liberté. Mounier fut nommé préfet dllle-et- Vilaine par Bonaparte en .1802 , et conseiller d'état en i8o5. On connaît ses nom« breux ouvrages : son jéppel au tribunal de l'opinion publique du rapport de Ckabroud est une • médaille de la révolution, t Le style de Mounier, dit M. Berriat de Saint-Prix , se ressent de la na-^ ture des objets qu'il avait à traiter et de la précipitation avec laquelle il a presque toujours été forcé de composer. I^es discussions d'économie politique et de droit public sont peu propres à l'élégance et au choix des expressions. Cependant le style de Mounier a le caractère convenable aux ' sujets qu*il traite ; mais on y remarque de Fincorrection et du désordre. Celui de tous ses écrits ^ auquel il a consacré le plus de loisirs,, ses Rechercher sur rinfluence de la philosophie , prouve qu'il connaissait sa langue et savait écriise. »
' Entraîné dans l'émigration , il n'y eut que des désagréments i la plupart des hommes qu^l y rencontra , étrangers à tout ce qui s'était dit et fait , aux périls comme aux malheurs de la France, passant une vie oisive et obscure dans les cafés , les antichambres des grands ou les alcôves des
femmes, traitaient avec insolence et mépris ceux qui , comme Mounier , s'étaient fait connaître par des principes généreux et l'amour de la liberté.
Il n'en fallut pas davantage pour lui faire préférer le règne de Bonaparte à cette situation pénible. Revenu en France , comme je viens de le dire , il y mourut le 26 janvier 1 806 , à' un âge ( 47 ans ) où sa patrie pouvait en attendre des services. Nous avohs vu son fils , le baron Mounier , se montrer digne de lui dans des fonctions délicates , qu'il ne souilla point par la délation , l'injustice, ou des marques d'une basse obséquiosité.
Le témoignage de Mounier sur l'opinion qu'on doit prendre des intentions de Mirabeau , n'est pas le seul qu'on puisse citer ; plusieurs indices ont été révélés , qui montrent qu'à mesure que les choses se compliquaient , il se laissait allek* à l'espoir que le flot des événements pourrait porter le duc d'Orléans à la première puissance.
En eflFet , M. le marquis de Virieu , un des moins exagérés de la majorité de la noblesse, intefrpellé par le tribunal du Ghâtelet ' de décla-
■ Ce tribunal avait été autorisé à poursuivre et juger les auteurs des <irîines des 5 et 6 octobre.
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rer sous seriuent ce qu'il savait des 5 et 6 octobre , inséra dans s^ déclaration les faits suivants , faits qvHon ne voit poiat avoir été détruits dans le rapport de Chabrcjud sur la procédure dont il est question :
« Je crois , dit ce dé{^té , devoir rendre compte d'une conversation que j'eus ayec M. le comte de Mirabeau le soir du second jour de la discussion' qui eut lieu à l'assemblée nationale au sujet des droits de la branche de' Bourbon r^nante en Espagne à la couronne de France, dans le cas d'extinction de la branche régnante en France ' . Gomme il tétait nettçment prononce dans une opinion contraire à la mienne; quMl paraissait appuyer avec force celle d'ajourner simplement la question , ou de la décider en faveur de la maispn d'Orléans, je crus iniportant de chercher avec lui des tempéraments propres à concilier les esprits sans nuire à l'intérêt national, qui exigeait, suivant moi , qu'il fût prononcé, sans délai, soit son ajournement à l'époque où le cas se présenterait ; soit sa décision en Ëiveur de l'Espagne, que nous ne pourrions, sans le plus grand dang^ , armer contre nous , par une exclusion décidée dan§ oç. temps de détresse, où la solidité
' 16 septembre 1789.
SUR MIRABEAU. Sog
a de son alliance était notre seul appui contre les » entreprises de nos rivaux; soit enfin l'effacement • » total de la question, comme si elle n'eût pas été • élevée. Je crus devoir insister sur différents » moyens de conciliation; j'appuyai partîculière- » ment sur ce que rieîi ne nous engageait à nous »en occuper dans un temps où le plus grand » nombre dçs têtes existantes dans la famille royale » et leur âge nous mettaient à l'abri de craindre »de long-temps l'ouverture de cette dangerense .diffièulté.
» M. le ccynte de Mirabeau me répondit qu'elle » n'était peut-être pas aussi élo^néç, dans le fait, »tju^elle pouvait le 'paraître au premier coup » d'oeil ; que l'état pléthorique du roi et celui de » Monsieurs qui pouvait abréger leurs jours, fai- » sait à peu près dépendre la question de M. le » dauphin , qui n'était qu'un enfant. Je lui mart quai mon étonnement de ce qu'il oubliait M. le » comte d'Artois et ses enfants ; sur quoi il me » répondit que, dans le cas où l'événement se pré- » senterait d'ici à un temps peu éloigné , il fallait » avouer ,qu'on pouvait' regarder M. le cdmte » d'Artois comme fugitif ' , ainsi que ses enfants,
I On sait que ce prince avait quitté la France le 1 5 juillet précédent aye&*se$ enfants.
3io MÉMOIRES
9 et , d'après ce qui s'était passé , à peu près exlex
• pour au moins ou environ dix ans. Cette con- > versation ayant eu lieu dans un couloir, derrière B les colonnes , à la gauche du président, plusieurs » députés s'approchèrent de nous à diverses re- » prises , et furent à portée d'entendre une grande
• partie de notre conversation, qui fut très longue; fde ce nombre sont MM. le duc d'Havre, le 1 cpmte d'Egmont, si je ne me trompe , et le mar-
• quis d'Ambly .
» Quelques jours après , me trouvant dans le » vestibule de la salle de l'assemblée, qui donne » sur la rue des Chantiers , djms le cours de la a matinée, j'ai eu une nouvelle conversation avec
• le comte de Mirabeau. Nous reparlâmes encore
• de M. le duc d'Orléans , et de l'appui qu'il me « paraissait lui donner ; il s'en défendit un peu , » en me soutenant que ce prince avait trop peu » de caractère et de tenue pour qu'on pût réelle^ » ment en faire un chef de parti , et tenter de » grandes entreprises par son moyen ou avec lui ; » et, poiu* me donner un exemple de sa timidité, » il me dit, avec un ton mêlé de dépit et de dédain, » à peu près ces paroles : Sa timidité lui a fait tnan- » quer de grands succès. On voulait le faire lieu- 9 tenanU général du royaume; Un a tenu qu'à lui. nOn lui avait fait son thème; on lui avait préparé c&
SUR MIRABEAU. 3ii
» quil avait à dire. C'était à l'époque du 1 4 juillet, » continue M. de Virieu , lorsque la prise de la » Bastille avait jeté la cour dans la terreur et » l'embarras. Il devait se présenter à la porte du «conseil; s'y faire introduire pendant sa tenue, » se porter pour médiateur entre le roi et la ville »de Paris, et mettre pour condition sa nomina- » tion à cette place importante ; mais, au lieu de »cela, parvenu à la porte du conseil, il n'osa «pas y entrer, et se borna, après son issue, » à demander au roi la permission de passer en » Angleterre , si les affaires prenaient une tour- »nure fâcheuse'.»
Quels que fussent donc les projets des orléanistes , connue on les appelait , et sans adopter les absurdités répandues sur une immense conspiration tramée par leur chef*, il paraît donc hors de doute que Mirabeau avait donné les mains à des intrigues tendantes à ôter au roi sa couronne , ou au moins son pouvoir , par l'élévation du duc d'Orléans au premier poste ; mais tout porte
' Cent-quarantième déposition de la procédure du Ghâ-
telet.
^ cfliontfoie a écrit une histoire de la Conjuration d'Orwléans qui n'est qu'une compilation de faits apocryphes. » Biographie moderne de M. Michaud ^ auteur de la Biographie universelle, etc.
3i!i MÉMOIRES
aussi à croire , et la suite le prouvera , qu'indifférent sur le monarque qui régnerait , il eut de préférence favorisé Louis XYI, si de continuelles contradictions , la guerre secrète qu'on lui &isait , et Féloignement de la cour pour lui , ne Teussent forcé de se mettre de bonne heure k même de profiter des chances qui pouvaient lui faciliter les moyens de se ven^ de ses ennemis et de leur mépris. Où est l'homme puissant qui résista jamais à la' tentation de faire repentir un ministre ou une cour de l'avoir offensé, méconnu ?
On n'ignorait point chez le roi lés sentiments qui animaient Mirabeau et ceux du même parti ; on s'épouvantait des suites funestes qu'ils pouvaient avoir, et l'on était embarrassé du parti à prendre pour y couper court. Les débats entre les ordres échauffaient les esprits , et donnaient à Mirabeau de fréquentes occasions de déclamer contre la cour, qui soutenait l'obstination des nobles. On conseilla donc au roi de faire cesser ce sujet de troubles, se réservant, pour un autre instant , des mesures efficaces contre l'assemblée et le parti des communes, qui se fortîfiait chaque jour. Dans cette circonstance, le roi écrivit aux deux premiers ordres que son intention était qu'ils se réunissent dans la salle com-
SUR MIRABEAU. 3i3
mune, afin de s y occuper des objets pouf lesquels ils avaient été appelés '. * .
lia cour avait eu connaissance du projet de Mirabea^u , de proposer une violente adresse aux commettants, sur la conduite des ministres et les obstacles qu'ils opposaient aux tr^atlx de l'assemblée. C'était accroître l'incendie : la démarche du roi le prévint ; l'adresse xyetyiX pas lieu : mais Mirabeau ne manqua pas de IHnsérer dans son journal; de répandre ahisi les inquiétudes , et d'éveiller l'attentton des peuples sur les desseins des nobles et des ministres.
Cçpendant ceux-ci ^incertains et flottants, suivant les diverses impressions qu'ils éprouvaient, paraissaient se repentir , et la cour se repentait en effet, de la réunion des ordres en une seule chiimbre, qui venait ée s'opérer dans l'assemblée. Les communes en acquerraient une force irrésistible: on résolut de s'y opposer^ et d'employer des moyens violents , s'il n'était pas possible de réussir autrement Nous allons voir que , soit ignorance des faits , faiblesse ou illusion , la tentative de ce projet fit éclater la révolution du 1 4 juillet, à laquelle le parti populaire s'était préparé par toutes les voies que l'état des choses
' a^ juîo 1789.
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lui. o£Erait. Mais c'est du rôle qu'y joua Mirabeau qu'il doit être question ici : on a vu quelles étaient ses dispositions et son attente probable de cet événement ; il y contribua de toute son influence et de celle de ses adhérents.
La cour donc, vers le commencement de juillet, décidée à agir contre ses adversaires, ne doutait point du succès de ses moyens : cependant , elle vit promptement son erreur ; elle n'avait pas cru trouver tant de résistance , et surtout elle ne pendit pas que Paris, accoutumé à être contenu par un lieutenant de police et quelques compagnies de soldats, osât s'engager dans une insurrection aussi imprévue. Les ministres, les grands, les princes, ne s'apercevaient pas des changements survenus dans le peuple , et même dans toutes les classes de la société : la troupe elle-même était ébranlée par l'emploi déplacé qu'on en avait fait contre les rassemblements populaires dans les provinces : on fiit obligé de recourir à des régiments étrangers ; ce qui annonçait peu de ressource dans la partie militaire.
Mirabeau et ses amis agissaient en secret ; ils pratiquaient les principaux des électeurs de Paris, dont l'assemblée n'était point censée dissoute : ils étaient certains du succès de toute démarche
SUR MIRABEAU. 3i5
hardie contre une cour qui, faible, et substituant des défaites à une marche droite et conforme à l'apparence, s'aventurait au milieu des événements , sur la foi d'hommes passionnés et imprudents.
Il fut convenu entre Mirabeau et les princ^ paux chefs du parti populaire, qu'il demande-^ rait le renvoi des troupes qui, sous le commandement du maréchal de Broglie et du baron de Bezenval, étaient réunies pour contenir Paris , et dissoudre ou soumettre l'assemblée. On a une lettre de lui , écrite à un de ses amis , membre de l'assemblée des électeurs, où il dit*: «Les » ministres jouent gros jeu : ils compromettent » la personne du roi ; en menaçant Paris et l'asji semblée^ ils menacent la France. Toute réac- 9 tion est égale à l'action ; plus la pression sera » grande , plus je prévois que la réaction sera 9 terrible. Paris ne se laissera pas museler par un )» ramas de nobles désespérés de leur sottise; mais » ils en subiront la peine. Le peuple n'a qu'une » ressource, c'est dans une vigoureuse résolution ; y vous en connaissez les dispositions ; son sort 9 est dans ses mains. La liberté ou un dur escla- » vage , telle est l'alternative qu'on lui présente ;
' 5 juillet 1^789.
3i6 MÉMOIRES
» aidez-le de vos conseils , de votre puissance ; » Torage éclatera sous peu Il est en-
• tendu que je demanderai le renvoi des troupes; , «mais tenez -vous prêts ^à soutenir cette dé-
» marche , etc. >
^ Ce fut dans la séance du 8 juillet qu'il prit la parole sur cet important objet , et qu'il fit recevoir cette adresse si remarquable par les inquiétudes qu'elle accrut et l'art avec lequel elle fut rédigée. « Messieurs, dit-il, il m'a fallu, pour t me décider à interrompre l'ordre des motions » que l'on doit vous soumettre , une conviction » profonde que l'objet dont j'ai demandé la per-
• mission de vous entretenir est le plus urgent
• de tous les intérêts ; mais si le péril que j'ose »vous dénoncer menace tout à la fois, et la vpaix du royaume, et l'assemblée nationale, et ■ la sûreté du monarque , vous approi^verez mon » zèle. Le peu de moments que j'ai eus pour ras- > sembler mes idées ne me permettra pas sans » doute de leur donner tout le développement
• nécessaire, mais j'en dirai assez pour éveiller «votre attention, et vos lumières suppléeront à omon insuffisance.
» Veuillez , messieurs , vous replacer au mo- » ment où la violation des prisons de l'abbaye » Saint - Germain occasiona votre arrêté dur'
j»de ce mois '. En invoquant la clémence du roi ^> pour les personnes qui pourraient s'être ren- » dues coupables , f assemblée décréta que le roi » serait supplié de vouloir bien employer , pour le » rétablissement de Ç ordre, les moyens infaittiMes n de la clémence et de la bonté , si naturels à son » cœur], et de sa confiance y que son bon peuple mé- » ritera toujours.
» Le roi , dans sa réponse , a déclaré qu'il trou- »vait cet arrêté fort sage; il a donné des éloges B aux dispositions que l'assemblée lui témoignait , »et pridfëré ces fnots remarquables ; T^ni que n VOUS me donnerez des marques de votre confiante, •» j'espère que tout ira bien.
oJEnfin, messieurs, la letti;6>du roi àjVI. l'^- » chevêque de Paris , en date du 2 juillet , après » avoirexprimé les intentions patërneHesrde S. M. » à l'égard des prisonniers dont la liberté /suivrait 9 igimédiatement le rétablissement de l'ordre , 9 annonce quil va prendre des meures pour rame- » ner l'ordre dans la capiufUs et qu'il ne doute pas
^ Le duc du Ghâtelet aTait fait arrêter au Palais -Ao'y al deux soldats des gardes françaises, et les ay^it fait mettre à la prison de l'Abbaye. Une multitude de feunes gens et des hommes du peuple allèrent les déJirrer, et les ramenèrent en triomphe au Palais-Royal.
5i8 MEMOIRES
» que l'assemblée n'aUache la plus grande impor-
» tance à leur succès.
» En ne considérant que le$ expressions de la
«lettre du roi, la première idée qui semblait devoir s'offrir à l'esprit était le doute et Tinquiétude sur la nature de ces mesures , pour lesquelles il paraissait désirer l'approbation de l'assemblée. Aussi, dès ce moment, eussé-je proposé une motion tendante à ce but , si , en comparant ces expressions de la lettre du roi avec la bonté qu'elle respire dans toutes ses parties , avec les paroles précieuses qu'on nous a données comme l'expression affectueuse et paternelle du monarque , Je troiwe cet arrêté fort sage y je n'avais eru apercevoir dans ce parallèle de nouveaux motifs pour cette confiance , dont tout Français se fait gloire d'offrir des témoignages au chef de la nation.
» Cependant , quelle a été la suite de ces déclarations et de nos ménagements rçspectueux ? Déjà un grand nombre de troupes nous environnait ; il en est arrivé davantage , il en arrive chaque jour; elles accourent de toutes parts; trentcrcinq mille hommes sont déjà répartis entre Paris et Versailles. On en attend vingt mille; des trains d'artillerie les suivent'; des
' Le baron de Besenyal donne dans ses Mémoires le
«points sont désignés pour les battei^ies; on • s'assure de toutes les communications ; on in- » tercepte tous les passages : nos chemins , nos tt ponts , nos promenades, sont changés en -postes »militairq^. Des événements publics, des fîits «cachés., des ordres secrets, des contre^ordres «précipités, les préparatifs de la guerre, en un » mot, frappent tous les yeux, et rem'plissent d'in- » dignation tous les cœurs.
» Ainsi Ce n'était point assez que le sâlnctuaire » de la liberté eût été souillé par des troupes ! » ce n'était pas assez qu'on eût donné le spectacle «inouï d'une assemblée nationale astreinte aides «consignes militaires et soumise à une force » armée ! ce n'était pas assez qu'on joignit à cet « attentat toutes*les inconvenanèes^ , tous les raàn- «ques d'égards, et, pouv trancher le niot, la « grossièreté de la police orientale , il a fallu dé- « ployer totit l'appareil du despotisme et montrer «plus de soldats menaçants à la nation k jour « où le roi lui-même l'a convioquée pour Jui ^e- «mander des conseils et de$ secours, qu'unie in-
détail du mouyement de ces troupes , dont le maréchal de Broglie avait le commandement général. Ainsi les doutes qu'on avait éleyés sur leur nombre et leur destination sont dissipés.
tvasion de Tennemi n'en rencontrerait peut-
• être, et opUe foi£^ p^ de moyens qu'on n'en a . » pu réunir* pour secotirir des amis, martyrs de
• Iqut ^délité* envei^ nous.; pour remplir nos entgagem^ntsméméiespkiâ sacrés, pour (X)nseryer
• notre considération politique^,' et cette alliance I» des Hollandais, si précieuse, mais si chère- »ment conquise, et surtout si honteusement » perdue '.
» Messieurs , quand il ne s^agiraitlci que de » nous, qusisid la dignité de l'assemblée nationale » serait S0i|}6»bies8ée, il ne sarait pas moins con- » vaçabXarjuste,. nécessaire, iij^lportànt po^ le » roi luirméme , q«e jious fussions traités avec n décence , |iuisque enfin nous sommes les dé^vtés de^ ç^tte même nation qm seule fait sa »gl6)rQj qui seule coj^titue la splendeur du » trône; de cette nation qui rendra la personne »du roi «honorable, à proportion ae ce qu'il
• rhouprera plus luirméme. Puisque c'est à des a«boniii)e^ «fibres qa'il veut commander, il est »teni} da/air^ disparaître ces formes odieuses, » ces procédés insultants , qui perst^adçnt trop «facilement à ceux dont le prince est entouré,
' Voyee ce qui a été dît au liyre IV de l'invusion de la Hollande par les troupes prussiennes en 1787.
SUR MIRABEAU. 3ai
»que la majesté royale consiste dans les rap- » ports avilissants d'un maître à l'esclave, qu'un » roi légitime et chéri doit partout et en toute • occasion ne se montrer que sous Taspeçt des » tyrans irrités , ou de ces usurpateurs tristement » condamnés à méconnaître le sentiment si doux, » si hcNTiorable de la confiance.
» Et qu'on ne dise pas que les circonstances » ont .nécessité ces mesures menaçantes; car je vais » démontrer qu'également inutiles et dangereu- » ses^ soit au bon ordre , soit à la pacification des » esprits, soit à la sûreté du trône '^ Ipin de pou- » voir être regardées comme le fruit d'un sincère B attachement au bien public et à la personne »du monarque ^, elles ne peuvent servir que des » passions particulières , et couvrir des Vu^ per- » fides. » • . •
Ici l'éloquent orateur s'attache à prouver ces difféi*ents points , puis il ajoute :
<c Que les conseillers de ces mesures désaà- » treuses nous disent s'ils sont sûrs de conserver » daris sa sévérité la discîplïâe militaire , de pré- » venir tous Jes effets de l'éternelie jalousie entre » les troupes nationales et les troupes étrangères ; » de réduire les soldats finançais à n'être que de » purs automates, à les séparer d'intérêt, de pen- » sées , de sentiments d'avec leurs ^ concitoyens ? ni. ' 2 1
Saa MÉMOIRES
.QueUe-imprudence dans leur système, de les •rapprocher du lieu de nos assCToblées , de les >électrisw par le contact de la capitale, de les . intéressa- à nos discossions politiques! Non, mal- » gré le dévouement aveugle de l'obéissance mili- » taire, il& n'oublieront pas ce que nous sommes; » ils verront en nous leurs parents , leurs amis,
• leur famille occupée de leurs intérêts lespluspré-
• cieux ; car ils font partie de cette nation qui nous >a conûé le soin de sa liberté , de sa propriété, » de son honneur ;. non , de tels hommes , non , »d'es Français ne feront jamais l'abandon total de .leurs facultés intellectuelles ; ils ne croiront ja- »mais que leur devoir est de frapper sans s'infor- »mOT quelles sont les victimes...
.Enfin, ont-ils prévu, les conseillers de ces .mesures, ont-ils prévu les. suites qu'elles en- » traînent pour la sécurité même du ttoae ? ont-ils » étudié , dans l'histoire de tous les peuples , comiment les révolutions ont commencé, comment »eUes se sont opérées? Ont-ils observé par quel » Michaînement funeste de circonstances les es- .prits les plus sages sont jetés hors.de toutes les .limites de la. modération , et par qufelle impul- .sion terrible un peuple enivré se précipite vers . des excès dont la première idée l'eût fait £ré- ,mir? Ont-ils lu dans le cœur de notre bon roi ?
SUR MIRABEAU. Sao
> Connaissent-ils avec qtiellehorreur il regarderait
• ceux qui auraient allumé les flambeaux d'une » sédition , d'une révolte peut-être ' (je, le dis en 9 frémissant , maïs je dois le dire ) , ceux qui Tex- » poseraient à verser le sang de son peuple , ceux 9 qui seraient la cause première des rigueurs , f^ des violences , des supplices dont une foule de » malheureux seraient victimes ?
»Mais, messieurs, le temps presse; je me repro- » che chaque nioment que mon disqpurs pourrait » ravir à vos sages délibérations , et j'espère que » ces considérations , plutôt indiquées qiie pré- » sentées , mais dont l'évidence me parait irrésis- » tible , suffiront pour fonder la motion que j'ai » l'honneur de vous proposer.
» Qu'il soit fait au roi une très humble adresse, 9 pour peindre à sa majesté les vives alarmes a qu'inspire à l'assemblée nationale , à son royaujime, l'abus qu'on s'est permis depuis quelque » temps du nom d'un bon roi*, pour faire approarcher de la capitale et dç cette ville de Versailles
• un train d'artillerie, et des coiys nombreux
■ La sédition consiste dans l'emploi de la violence de la part du peuple ou de la troupe pour obtenir quelque chose; |a révolte a pour objet de méconnaître et renverser l'autorité ; c'est au moins ainsi que l'entend Mirabeau.
• de troupes , tant étrangères que nationales , » dont plusieurs se sont déjà cantonnés dans les
• villages voisins, et pour la formation annon- » cée de divers camps aux environs de ces deux » villes.
» Qu'il soit représenté au roi , non seulement » combien ces mesures sont opposées 201% inten- » tions bienfaisantes de sa majesté poiu* le sbula- > gement de ses peuples dans cette malheureuse
• circonstance de cherté et de disette des grains, » mais encore combien elles sont contraires à la » liberté et à Vhonneur de l'assemblée nationale, » propres à altérer , entre le roi et ses peuples , » cette confiance qui fait la gloire et la sûreté du » monarque, qui seul peut assurer le repos et la
• tranquillité du royaume, prouver enfin à la » nation les fruits inestimables qu'elle attend des » travaux et du zèle de cette assemblée.
» Que sa majesté soit suppliée très respectueu- » sèment de rassurer ses fidèles sujets , en don- »nant les ordl*es nécessaires pour la cessatioii » immédiate de ces mesures également inutiles , «dangereuses et alarmantes, et par le prompt » renvoi des troupes et du train d'artillerie aux » lieux d'où on les a tirés.
» Et attendu qu'il peut être convenable, en suite »des inquiétudes et dé l'effroi que ces mesures
» ont jetés dans le cœiir des peuples , de pourvoir » provîsionnellement au maintien du calme et de »la tranquillité, sa majesté sera suppliée d or- » donner que, dans les deux villes de Paris et de » Versailles, il soit incessamment levé des gardes » bourgeoises , qui , sous les ordres du roi , suf- » firent pleinement à remplir ce but , sans' aug- » menter , autour des deux villes , travaillées dés «calamités de la. disette ;, le nombre des consom- » mateurs. »
De nombreux applaudissements couvrent ce discours et tes propositions de l'orateur; un mem-. bre de l'assemblée , M. Biauzat , demande seule-
'.ment que l'article relatif aux gardes bourgeoises soit supprimé ; il le fut. Mirabeau est chargé de la rédaction de l'adresse que je vais rapporter.
. On la cite comme un modèle de style, de raisonnement , et la preuve la plus forte du grand talent de Mirabeau dans les affaires d'étati .
J dresse au roi.
Sire,
« Vous avez invité l'assemblée nationale à vous »» témoigner sa confiance : c'était aller au-devant » du plus cher de ses vœux.
»Nous venons déposer dans le sein de votre majesté les plus vives alarmes : si nous en étions l'objet, si nous avions la faiblesse de craindre pour nous-mêmes, votre bonté daignerait encore nous rassurer, et même, en nous blâmant d'avoir douté de vos intentions , vous accueilleriez nos inquiétudes', vous en dissiperiez la cause, vous ne laisseriez point d'incertitude sur la position de l'assemblée nationale. » Mais, sire, nous n'implorerons point votre protection, ce serait ofiFenser votre justice; nous avons conçu des craintes, et, nous l'osons dire , elles tiennent au patriotisme le plus pur, à l'intérêt de nos commettants , à la tranquillité publique, au bonheur du monarque chéri qui , en nous aplanissant la route de la félicité , mérite bien dy marcher lui-même sans obstacle.
t Les mouvements de votre pœur, sire , voiJà ' » le vrai salut des Français. Lorsque des troupes » s'avancent de toutes parts , que des camps se 0 forment autour de nous , que la capitale est in- «vestie, nous nous demandons avec étonne- »ment : Le roi s'est-il méfié de la fidélité de ses 9 peuples ? s'il avait pu en douter, n'aurait-îl pas » versé dans notre cœur ses chagrins paternels ? » Que veut dire cet appareil menaçant ? où sont
» les ennemis de l'état et du roi qu'il faut subsjuguer? où sont les rebelles, les ligueujrs qu'il »fàut réduire?... Une voix unanime répond dans -» la capitale et dans l'étendue du royaume : Nous » chérissons notre roi; noits bénissons le oiei du » dan qu'il nous en a fait dans son amour.
» Sire , la religion de votre majesté ne peut
• être surprise que sous le prétexte du bien A public.
» Si ceux qui ont donné ces conseils à notre »roi avaient assez de confiance dans leurs prin- »cipes pour les exposer devant nous, ce mo- * »ment amènerait le» plus beau = triompha de la •.vérité.
• Uétat n'a rien à redouter que de^ mauvais » principes qui osent assiéger 1q trône même, et »^ne respectent pas la confiance du plus pur, du iplus vçrtueux des princes. Et comment s'y .4>prend-oiJ, sire, pour vous faire douter de l'at- »tachement et de l'amour de vos sujets? Avez'-y ftvous prodigué leur sang? étes-^vous cruel, im- » placable ? aveji.-vpus abusé de la justice ? le
• peuple vous impute ^^t^ il ses 'malheurs ? vous » nomme-t-il dans ses calamités ? ont-il3 pu vous » dire que le peuple est impatient de votre joug ? aqu'il ^t las du sceptre des Bourbons? Non, »i^on j ils ne l'ont pas feit : la calomnie du moin^
3a6 MÉMOIRES
n*e$t pas absurde ; elle dierche un peu de vraisemblance pour colorer ses noirceurs.
•Votre majesté a vu récemment tout ce qu'elle peut sur son peuple ; la subordination s'est rétablie dans la capitale agitée ; les prisonniers mis en liberté par la multitude, d'eux-mêmes ont repris leurs fers , et Torcbe public, qui peutêtre aurait coûté des torrents de sang si l'on eût employé la forcç , un mot seulement de votre bouche l'a rétabli. Mais ce mot était un mot de paix ; il était l'expression de votre cœur, et vos sujets se font gloire de n'y résister jamais. Qu'il est beau d'exercer cet empire ! C'est celui de Louis IX, de Henri IV, c'est le seul qui soit digne de vous.
•îJous vous tromperions , sire, si nous n'ajoutions pas, forcés par les circonstances , que cet empire est le seul qu^iPsoit aujourd'hui possible en France d'exercer. La France ne soùfïrira pas qu'on abuse le meilleur des rois , et qu'on Técarte, par des vues sinistres, du noble plan qu'il a lui-même tracé. Vous nous avez appelés pour fixer de concert avec vous la constitution , pour opérer la régénération du royaume. L'assemblée nationale vient vous déclarer solennellement » que vos vœux seront accomplis ; que vos pro* »messes"ne seront point Vaines; que les jp^iég^is,
SUR MIRABEAU. Sap
» les dMBBcultés j les terreurs, ne retarderont point 9 sa marche , n'intimideront pas son courage.
» Où donc est le danger des troupes , affecte- » ront dé dire nos ennemis ?... Que veulent leurs «plaintes, puisqu'ils sont inaccessibles au d'é- » couragement ?
* Le danger, sire, est pressant, e^t universel, 9 est au-delà de tous les calculs de la prudaice
• humaine. .
»Le danger est pour le peuple des provinces. » Une fois alarmé sur notf e liberté , nous ne con-
• naissons plus de frein qui puisse le reteâir. La » distance seule grossit tout, exagère tout , douvble les inquiétudes, le^ aigrit, les enveniriie.
»Le danger est pour la capitale. De quel œil » le peuple ^ au sein dé Findigence , et tourmenté
• des angoisses les plu» cruelles, se verrà-t-il dis- » puter les restes de sa subsistance par une foule •de -soldats mienaçants ? La présence des troupes » échauffera , ameutera , produira une fermenta- » tion universelle ,• et le-premier acte de violence, » exercé sous prétexte de police , peut commen- » cer utae suite horrible de malheurs.
• Le danger est pour les troupes. Des soldats » français ; approchés du centre des discussions, » participant aux passions comme aux intérêts du » peuple, peuvent oublier qu'un engagement les
33o MÉMOIRES
a faits soldais , pour se souvenir que la nature les fit hommes.
» Le danger, sire , menace les travaux qui sont notre premier devoir, et qui n'auront un plein succès, une véritable permanence, qu'autant que les peuples les regarderont comme- entièrement libres. Il est d'ailleurs une contagion dans les mouvements passionnés. Nous ne somn^es que des hommes : la défiance de nousmêmes , la crainte de parsutre £subles ,. peuvent entraîner au-delà du but. Nous serons obsédés de conseils violents, démesurés : et la raison calme, la tranquille sagesse, ne rendent pas leurs oracles au milieq du tumulte ,. des désordres et des scènes factieuses.
> Le danger^ sire , est plus terrible encore , -et jugez de son étendue par les alarmes qui nous amènent devant vous. De grandes révolutions ont eu des causes bien moins éclatantes ; plus d'une entreprise fatale aux nations s'est annoncée d'une manière moins sinistre et moins formidable.
» Ne croyez pas ceux qui vous parlent légèrement de la nation ^ et qui ne savent que vous la représenter, selon leurs vues, tantôt inso- » lente, rebelle, séditieuse; tantôt soumise, do- » cile au joug , prompte à courber la tête pour le
«recevoir. Ces deux, tableaux sont également In* » fidèles.
«Toujours prêts à vous obéir, sire, parceque 9 votis commandez au nom des lois , notre fidélité » est sans borne comme sans atteinte.
» Prêts à résister à tous les commandements
• arbitraires de ceux qui abusent dé votre nom , » parcequ'ils sont ennemis des lois, notre fidélité » même nous ordonne cette résistance; et nous » nous honorerons toujours de mériter les repro- » ches que notre fei^meté nous attire.
> Sire , nous vous en conjurons au nom de la «patrie, au nom de votre bonheur et. de votre » gloire, renvoyez vos soldats aux postes d'où vos » conseillers les ont tirés ; renvoyez cette artillerie » destinée à couvrir vos fi'ontières ; renvoyez sur- » tout les troupes étrangèi'es , ces alliés de la navtion, que nous payons pour défendre et non
• pour troubler nos foyers. Votre majesté n'en. a » pas besoin : eh! pourquoi un monarque adoré » de vingt-cinq millions de Français ferait-il ac- » courir à grands fi'ais autour du trône quelques •milliers d'étrangers?
»Sire, au milieu de vos enfants , soyez gardé > par leur amour. Les députés de la Jiation sont » appelés à consacrer avec vous les droits émionents de la royauté, sur 1^ base immuable de
33â MEMOIRES
» la liberté du peuple ; mais lorsqu'ils remplissent » leur devoir, lorsqu'ils cèdent à leur raisoii , à
• leurs sentiments, les exposeriez*vous au soup- » çon de n'avoir cédé qu'à la crainte ? Âh ! l'^Aito- » rite que tous les cœurs vous défèrent , est la » seule pure , la seule inébranlable ; elle est le
• juste retour de vos bienSûts, et l'immortel apaf nage des princes dont .vous serez le modèle. »
Cette éloquente adresse ne put être remise au roi que le lo , soit que la cour eût le projet d'empêcher le roi de la recevoir, ou qu'on attendit Yefkt de quelque mesure secrète. Elle lui ait . présentée par une députati(m de douze membres, au nombre desquels était Mirabeau, et du président de l'assemblée , M. l'archieyéque de Vienne.
A l'ouverture de la séance du lendemain ,11, le. président rendit compte à rassemblée du résultat de cette grande démarche ; il ne fut pas tel qu'on l'attendait. Le roi avait fait répondre , par son garde des sceaux , que cet appareil militaire, dont on s'alarmait, devait au contraire rassurer les députés ; ''qu'il n'avait d'autre but que de protéger leurs délibérations , et de prévenir de nouveaux troubles; que si pourtant la présence des troupes causait encore de l'ombrage, sa majesté, sur la demande de l'assemblée, consenti-
rait à ce qu'elle choisît Noyon ou Soissons pour le lieu de ses.séanceà^ et qu'alors sa majesté se rendrait elle-même à Compiègne , afin de main^ 'tenir la communication nécessaire entre l'assemblée et le roi. • '
A ce récit , un murmure de mécontentement se fit entendre de tous les points de la salle ; parmi les nobles mêmes , il s'éleva des voix défavorables à la réponse de sa majesté ; tous n'étaient pas instruits des projets de la qour, ou l'événement leur paraissait douteux.
M. die Grillon , élevant la voix le premier , demande qu'on n'insiste plus sur le renvoi des troupes , et qu'on s'en rapporte à la parole du roi.. Ce langage était digne d'un nom aussi illustre; mais Mirabeau, moins disposé à se fier à une parole dont les ministres sauraient bien annuler l'effet , reprit vivement : « Messieurs ^ sans » doute la parole du roi est digne de la plus » grande confiance; nous en devons tous à la -« bonté connue du monarque; nous pouvons » nous abandonner à ses vertus. Mais , messieurs, B la p;arole du roi, toute rassurante qu'elle doive » être , n'est pas moins un mauvais garant de la » conduite du ministère, qui n'a cessé de surpren- » dre sa religi>n. Nous savons tous qu'avec plus » de réserve nous aurions évité de grands désor-
dres ; nous savons tous que la confiance habituelle des Français dans leur roi est moins une vertu qu'une faiblesse , si surtoiit elle s'étend à toutes les parties de l'administration.
» Ija réponse du roi est un véritable refus ; le ministère ne l'a regardée que comme une simple formule de râssurance et de bonté ; il a l'air de penser que nous avions, fait notre demande sans attacher à son succès un grand intérêt, et seulement pour paraître l'avoir faite.
>Il faut détromper le ministère. «Sans doute mon avis n'est pas de manquer à la confiance et au respect qu'on doit aux vertus du roi ; mais mon avis n'est pas non plus que nous soyons inconséquents, timides, incertains dans notre marche.
j» Certes il n'y a pas lieu à délibérer dans la translation qu'on nous propose, ; car enfin , même d'après la réponse du roi , nous n'irons, soit à Noyon, soit Soissons, que si nous le demandons , et nous ne l'avons pas demandé , et nous ne le demanderons pas, parceque probablement nous ne désirerons jamais de nous placer entre deux ou trois corps de troupes y celles qui investissent Paris, et celies^que pourraient, d'un moment à l'autre , lancer sur nou^ia Flandre et l'Alsace.
> Nous ayons deniandé ]a retraite des troupes^ » voilà l'objet de notre adresse ; nous n'avons pas «demandé à fuir les troupes, mais seidement
• qtie les troupes s'éloignassent de la capitale : et . » ce n'est pas pour nous que nous avons fait cette
• demande; ce n'est certainement pas le senti- » no^it de la peur qui nous conduit ^ on le sait •bien , c'est celui de l'intérêt général. Or la pré- 9 sence des troupes contrarie l'ordre et la paix
• publique, et peut occasioner les plus grands » malheurs. Ces malheurs , notre translation ne » leséloignera pas, elle les aggravera au contraire*
>Il &ut donc amener la p^px en dépit des » amis •du trouble; il &ut être conséquent avec » nous-mêmes , et pour cela nous n'avons qu'une
• conduite à tenir :^'est d'insister sans relâche sur » le renvoi des troupes, seul moyen de l'obteiiir. »
Cependant la cour, peu alarmée de la fermeté de l'assemblée , poursuivait son fatal dessein de se rendre maîtresse des événements par l'emploi on la présence de la force: la fureur, l'entêtement des nobles , leur peu d'expérience , l'enlrainaient dans des démarches qu'elle ne pourrait pas soutenir, et qui étaient le comble de l'injustice, puisqu'elles ne tendaient à rien moins qu'à dissoudre l'assemblée , s'il le fallait , et diriger contre l'immense population de Paris des trou-
pes destinées à défendre l'état contre Tennemi étranger.
LesMiMtoriens qui ont parlé de ces moments d'orage n'ont vu, dans ce qaiae passait, que la cour et le gouvernement : c'est l'histoire de leur conduite pendant <^tte révolution qu'ils ont écrite; ik ont passé légèrement sur les incidents, les résolutions et l'étonnant, spectacle qu'offrait Paris aux yeux de l'observateur. Les courtisans en étaient eux-mêmes peu instruits » et présentaient au roi ce qu'ils en savaient. comme, le résultat d'une cabale impuissante où ils faisaient entrer pèle -mêle les parlements, le peupla, le duc d'Orléans, les communes, les philosophes, et quelques nobles mécontents. Il leur paraissait aisé de dissiper ou mettre à la raison une pareille coalition , si une fois on était débarrassé de ceux des ministres qw. n'étaient pas pour les mesures . proposées , et surtout de M. Nécker,. que depuis quelques joi(rs on éloignait du conseil. ^ . ^
Son renvoi fut décidé le 1 1 juillet , et MM. de Montmorin, de la Luzerne et de Saint-Priest donnèrenit en même temps leur démission.
« Lorsque le ta au matin, dit Mirabeau ', les
* Lettres à ses commttianU.
» députés y réunis dès sept heures , eurent appris » ces nouvelles , ils furent plongés dans la con- » sternatîon ; ils ne mesuraiient qu'a\éc terreur » l'abîme de maux où la résolution de la veille » pouvait entraîner la patrie ; lexil de M. Nec- »ker, depuis long -temps Tobjet âes vœux de » nos ennemis , était consommé. Un bouleverse- » ment universel dans le ministère annonçait leur «triomphé et.la maturité des complots. MM. de »Breteuil, de La Galaisiére, de Broglie, Laporte » et Foulon , avaient eu le triste courage de se » prêter aux projets des sinistres conseillers qui 9 égaraient le trône.
9 Versailles était morne ; l'effroi s'empara de la » cour ; les communications avec la capitale fu- » rent interrompues ' ; ni les courriers delà poste , » ni même les gens à pied , ne purent fralichir »les barrières. Mais qui ne sait que les terreurs » s'accroissent par les précautions mêmes dont » on s'entoure pour s'en délivrer ? Roi infortuné, »au sein d'un peuple qui vous chérit , n'oubliez
' On oe peut lire de saog-froid le récit que lebaroo de BesenTal fait de ces dispositions , comme sMl ne se fût agi que de faire rentrer dans la soumission des forçats révoltés ; il n'y avait , pour ce militaire suisse, de respectable en France^ que la cour: le reste de là nation n^étuit à ses jreux que des serfs qu*il fallait châtier et soumettre.