M£MOIR£S
M. le vicomte de NoaiUes venait de proposer FétabUsseineiit d'un comité militaire ; M. de Yirieu avait observé qu'il était plus urgent de s'occuper d'un changement de rédaction dans la f(NrmuIa du serment que devaient prêter les troupes* Il était dit dans le déc^ pour le réla*blissement de la tranquillité publique, au sujet des officiers , qu'ils prêteraient a^miMl i$ motus d$$ ofici$r$ mieiu^tpaci.«/ il proposait d'y substituer* ces mots, en préwue dê$ effieUirs munki^
Cette opinion de M. de Virieu ofirit à Mirabeau l'occasion de développer d'excellentes réflexions sur la nature des pouvoirs municipaux et les dangers de leur donner trop d'extensiqn.
« Jamais , dit<-il , les forces militaires ne dnî-
• vent être subordonnées aux forcée civiles, ou » bientôt il n'y aurait plus d'armée , surtout si , > dans le régime actuel ' , elles étaient soumises à » la volonté des municipalités , qui ne sont que
• des établisseoients monstrueux du despotisme.
> J'ai bien entendu parler de l'aristocratie mi- «litaire, civile, religieuse, mais je n'ai janiMs
' Les municipalités n'étaient pas encore organisées coRsthottennelMnent ; elle» étaient composées dé misinbres en litre d'office éasa la ploparl des ^iMes.
SUK MIRABEAU. 395
» connu une plus cruelle , une plus tyrannique «autorité que celle qui est usurpée par des 9' officiers municipaux ; et ce serait la porter k » son oomhhj que de mettre enopre cinw Iwrs V mains le dernier moyen de l'oppression. L^ 9 citoyeps seraient saus cesse sous le joug ^e leur j> pouvoir , si le mépris dont sont couvâtes les • municipalités ne servait quelquefois à les af^ 9 franchir. Je le prouverai , moi , qui appattieps 9 à une province doAt le chef municipal a UÀt 9 tirer le premier coup de fasil qui a allumé le 9 feu de la guerre : j'en entretiendrai rassemblée 9 en temps et lieu^ »
La suite n'a que trop prouvé l'excès de pouvoir que les mupici^alité^ , même constitutiQn-; celles , ont usurpé. Chargées de la police , elles csut e^CKTi^ une surveillance odieuse sur l'asile deâ citoyens , et , aous prétexte de sùyôté et d^ recherches des conspirateurs, elles Qut été de dociles instruments, je n^ dirai pas de d^pot ti^Uie , mais de tyrannie rédle ; tÇfUt dit qu'on doit resserrer les limites de leurs attithutions en ce qui concerne les personnes et les droits du dcmucile.
' Il fait aUuaioa 4 l'éineute (}'Ai^ 9 à laquelle U. di» ' )a Farre doooa lieu en mars 1789*
La liberté publique veut d'un autre côté, que si les troupes, à leur organisation en corps, ne doivent de serinent qu'au roi , elles ne puissent se réunir dans une ville qu'isivee l'agrément des autorités municipales; c'est une gène sans doute pour te gouvernement , mais c'est une garantie pour les peuples ; garantie qui ne peut cesserque lorsque, par de grands motifs, le prince a obtenu du corps législatif qu'une où plusieurs villes soient mises hors de la constitution. On peut se passer de tout ceci sans doute, mais alors c'est une autre question ,. et nous n'entendons parler ici que d'un gouvernement constitué, où le roi est souverain sans doute , mais où le peuple est aussi quelque chose , d'un gouverne^ ment où tout n'est pas d'un côté et rien de l'autre.
Blirabeau , quoique partisan de la déclaration des droits, comme base de la constitution qu'on devait donner à la France , sentait qu'ex-
primée en termes trop généraux ou équivoques, elle présentait des innovations opposées aux habitudes et au génie des Français, qui aiment avant tout leurs aises, et ensuite la liberté. Ce qu'il dit à ce sujet , dans la séance du 1 7 août , au nom de la commission dont il était rappor-
teur , m'a paru si judicieux que je n'ai pas dû le passer sous silence.
« La déclaration des droits de Fbomme en so- . » ciété , dit-il, n'est sans doute qu'une exposition » de quelques principes généraux , applicables à » toutes les associations politiques, et à toutes les » formes de gouvernement; sous ce point de vue, » on croirait un travail de cette nature fort sim- V pie , et peu susceptible de contestation et de » doute.
9 Mais le comité que vous avez nommé pour »s'en occuper s'est bientôt aperçu qu'un tel » exposé, lorsqu'on le destine à un corps politi- » que vieux et presque caduc, est nécessairement » subordonné à beaucoup de circonstances loca- » les , et ne peut jamais atteindre qu'à une per- »fection relative : sous ce rapport, une déciara- » tion des droits est un ouvrage difficile,
, »I1 l'est davantage, lorsqu'il doit servir de » préambule à une constitution qui n'est pas » connue ; il l'est enfin lorsqu'il s'agit de la
• composer en trois jours, d'après vingt projetsde » déclaration, qui, dignes d'estime chacun en leur » genre , n'en sont que plus difficiles à fondre ,
• pour en tirer un résultat utile à la masse d'un » peuple , préparé à la liberté par l'impression des 9 faits et non par le raisonnement.
«Cependant, messieurs, il a fallu vous obéir ; » heureusement nous étions éclairés par les ré-
flexions de cette assemblée sur Tesprit d'un tel travail. -Nous avons cherché cette forme populaire qui rappelle au peuple y non ce qu'on a étudié dans les livres ou les méditations abs« traites , mais ce qu'il* a lui-même éprouvé , en sorte que la déclaration des droits dont une association politique ne doit jamais s'écarter soit plutôt le langage qu'il tiendrait s'il avait l'habitude d'exprimer ses idées, qu'une sckjfice qu'on se propose de lui enseigner.
i Cette différence, messieurs, est capitale; et comme la liberté ne fut jamais le fruit d'une doctrine travaillée en déductiolis philosophie ques , mais de l'expérience de tons les jours , et des raisonnements simples que les faits excitent , il s'ensuit que nous devons mieux l'entendre aujourd'hui que nous approchons davantage de ces raisonnements. S'il faut employer des termes abstraits , nous les rendrons intelligibles en les li^nt à tout ce qui peut rappeler les sensations qui ont servi à faire éclore la liberté , et en écartant, autant qu'il est possible, tout ce qui se présente sous l'appareil de l'iû* novation.
»Une déclaration des droits, si elle pouvait répondre à une perfection idéale , serait celle qui contiendrait des axiomes tellement simples,
> évidents et féconds en conséquences, qu'il serait » impossible de s'en écarter sans être absurde , »et qu'on en Terrait sortir toutes les constitua » tions^ Mais les hommes et le$ circonstances n'y » sont point assez préparés dans cet empire , et 9 nous ne vous offrons qu'un très faible essai , que « vous amélioriez sans doute , mais sans oublier » qu^ le véritable courage de la sagesse consiste » à garder y dâlis le bien même , un juste milieu; »
liCS débats s'échauffèrent sur ce sujet , et furent repris dans la séance suivante. Mirabeau y soutint une proposition qui étonna un grand nombre de ses collègues.
c L'exposition des droits généraux , dit-^il , ne » sera jamais applicable à l'organisation sociale ,
> si on ne les justifie par les principes de là con- «stitution; la ligne de démarcation entre la dé^ » claration des droits et la constitution est pure*
• ment abstraite, métaphysique, et jamais vous
• ne parviendrez à la faire comprendre. >
Ce discours, applaudi du côté droit, excita les plaintes du côté gauche. Pour répondre à celuici, l'orateur réplique que, pour toute réponse aux attaques personnelles dont quelques préopinants avaient jugé à propos de l'accueillir, il manifestera un sentiment qui portera plus de douceur dans son âme que les traits décochés
4oo MÉMOIRES
contre lui n'y peuvent jeter d'amertume, t Si , par 9 impossible, dit-il, quelqu'un de vos décrets me
• paraissait blesser la justice ou la raison, j'ai
• tant de respect^ pour cette assemblée, que je
• n'hésiterais pas à vous le dénoncer, a vous dire » que vous devez montrer un mépris profond
• pour cet absurde dogme d'infaillibiUté politi-
• que , qui tendrait à accumuler sur chaque siècle » la rouille des préjugés de tous tes siècles , et » soumettrait les générations à venir aux erreurs
• des générations passées. »
Ce qui avait principalement offensé Mirabeau dans cette discussion , c'était le doute qu'on élevait sur ses intentions, en le voyant combattre une déclaration des droits que les patriotes regardaient comme la base de tout système libéral. Il se défend des soupçons dont les exagérés affectaient de le noii?cir. «Je n'ai point
• attaqué votre décret, leur dit-il, j'ai maintenu
• la nécessité d'une déclaration des droits , j'ai
• mçme déposé sur le bureau la motion qu'il
• sera déclaré que l'exposition des droits est partie 9 intégrante £t inséparable de la constitulion. Mes
• doutes n'ont porté que sur le moment favorable » à la rédaction de ce travail : ces doutes étaient » motivés peut-être par les difficultés toujours «renaissantes qu'il rencontre^ par la nature des
SUR MIRABEAU. 4oi
» objections qu'on vous a feites, par les sacrifices » qu'on a exigés de nous , par les embarras inex** »tricables où nous jette l'ignorance absolue de »ce qui s^a statué dans les constitutions. Mais^ » quoi qu'il en soit , j'ai pu me tromper sans qu'il 4^ pui!s$e être |;>ermis de jeter sur ines^ intentions «un ddUte, qu'aucun membre de cette assem- » blée , qu'aucun citoyen au courant des affaires
• publiques., n'a pu concevoir sur moi.
» Sans doute, au milieu d'une jeunesse très » orageuse , par la fauie des autres > et surtout par »la mieilne, j'ai eu de très grands torts*,' et peu » d'hommes ont dans leur vie privée donné plus » que moi prétexte à la calomnie, pâtura à la médi- 9 sance. Mais , j'oâe vous en attester , nul écrivain, » nul homme public n'a plus que moi le droit de ». s'honorer de sentiments courageux ,' de -vues » désintéressées , d'une fière indépendance , d'une
• uniformité de principes inflexibles. Mapréten* l^ due supériorité dans Vart de vous guider vers » des buts contraires est donc une injure vide de
• sens, un tfrait lancé de'bas en haut, que trente » volumes repoussent assez pour que je dédaigne > de m'en occuper. »
Cette apologie fut suivie def l'examen de quelques articles del!exposition des droitls , où Aljira-' beau fil voir qu'avant d'avoir arrêté, ceux "de la III. 26
4oa MÉMOIRES
constitutioii , il étak impossible d'en adopter une rédaction ' définitive , et qu'en conséquence il fallait ajourner ce travail important.
L'assemblée n'adopta point en entier cet avis; elle fit quelques changements aux articles proposés par le comité : la déclaration 4çs droks fut r^ardée comme la base de la constitution , et comme une siiite de jalons qui devaient indiquer la route à suivme dans le travail de sa rédaction ; dix-sept articles seulement furent adoptés. On déclara qu'ils ne complétaient pas le travail, et que les articles qu'il convenait d'y ajouter seraient mis en délibération , après que la constitution aurait' été terminée.
Si Mirabeau opposa une résistance inattendue à une des opinions les plus populaires ; si par là il s'attira les reproches que nous venons de voir y il s'y exposa encore davantage dans la question de la sanction royale, où il montra toute la force de son génie , à soutenir le système de la nécessité du veio indéfiûi dans la confection des lois. * '
L'histoire de la révolution peut seule Eure connaître les manœuvres que chaque parti employa poui" influencer la délibération, et obtenir
une décision conforme à ses vues , dans cette
grande et importante question. Mirabeau s'y
SUR MIRABEAU. i^5
montra partisan de la monarchie , et s'il n!eut pas le succès qu'il désirait, il n'y donna pas tnoins les mêmes preuves de talent que dans les au« très débats constitutionnels*
Le 3i aoûjt, M. de Lally Tolendal fit un rapport au nom du comité de constitution, et proposa divers décrets sur l'unité ou la division du corps législatif, sur Je veto ou la sanction royale, sur la permanence' ou la périodicité des assemblées nationales. L'éloquent rapporteur proposait l'établissement de deux chambres , et , après avoir fait voir la supériorité dWe pareille organisation sur celle d'une seule chambre, il en yient à la question de la sanction rôyde, ou du droit que le monaraue aurait de refuser son consentement aux àistes dé l'assemliîlée , et par conséqi^ent d'en empêcher l'exécution: ; en un mot, s^il aurait le droit de veto ou d'empêchement dans la formation de la loi. ÏAx séances
forent ^saployées.à ce grand dél>at, ati bout duquel le veto fiit déclaré suspensif jusqu'à la seconde législature , à la majorité de 673 voix contre Sao.
Mirabeau nous a laissé, daiïs le Courrier de Provence^ le. discours qu'il prononça dans cette occasion, ou plutôt qu'il désirait qu'on crut qu'il avait prononcé ; c'est ce qu'on doit' conclure de
4o4 MÉMOIRES
ce qu'il noua apprend dans ce même jomnal*. c Ltfrsque j'ai porté la parole , dit-il , sur la sanc- »tion royale, j'ai autant parlé que lu; ainsi on » ne trouvera pas ici tout ce que j'ai dit, mais » on n'y lira rien que je n'aie dît. L'indulgence
• d'une assemblée est beaucoup plus grande » que celle des lecteurs ; c'e$t dohc un véritable ••sacrifice de mon amour-propre que jetais par » obéissance pour l'assemblée , en laissant im- » pîrimer mon discours. Il est devenu impossible ,
• par la marche des séances de l'assemblée , de
• rien écrire avec soin y ni même d'organiser au- > cun ouvrage : il ne l'est pas moins de réfléchir, »si l'on n'a pas de très grandes avances; quir » conque n'apportera pas à l'assemblée nationale
• des principes arrêtés , ris({uera dé n'y embrasser » que. des opinions très inconsidérées. ^
» Mais il a paru sur' le beau sujet de la sanc- » tion royale un écrit de M. le marquis de Ga-
• seaux*, intitulé Sifnpliciti de l'idée d'une consti-
• iution^ qui est une mine inépuisable d'idées sai- » nés et profondes dont j'ai beaucoup profité }
^ On ne sait pourquoi Mirabeau a fait, dans ces éerits, reloge de cer marquis de Gaseaux, ou Descaseaux; c'est le plus inintelligible métaphysicien |)olitique de tous c«ux
SUR MIRABEAU. 4o5
)»par exemple , toute la partie démon discours p relative à la permanence des assemblées natio- »nales en est extraite. ».
• On pourrait, si la curiosité y portait, comparer, le discours imprimé dans le Courrier de Provence y avec celui que le BuUetin de Vas^em-' blée nationate^ rédigé alors par M. Maret, depuis duc de Bassano , a donné ; on y saisirait quelques nuances de différences : mais il ne s'agit pas dans ces mémoires, de juger précisément ce que ce célèbre député a dit , mais ce qu'il croyait sur ce point , et les raisons qu'il donnait de son opinion ; nous ferons donc usage du premier de ces discours , qui est bien son our .yrage, sauf le passage pris à ce marquis de Ca- «^jeaux , dont il aurait bieii pu se passer. Je ne crois pas cependant qu'il soit indifférent au lecteur d'avoir une idée du débat , et de* connaître avec quelle dextérité Mirabeau soutint un système mal vu du parti populaire , dont il était cependant regardé comme le chef.
Le roi ainra-t-il le droit de veto? ce v^^o serat-il absolu ou suspensif? Telle était la. question.
qui ont paru. Son mécanisme des sociétés est une yéritable apocalypse. Mirabeau avait été lié ayeclui en Angleterre et en fifait conservé la connaUsance depuis son entrée aux états-généraux.- .
4o6 MÉMOIRES
t Dans la monarchie la mieux organisée , dit •alors Mirabeau , l'atitorité royale est toujours » Tobjet des craintes des meilleurs citoyens : celui
• que la loi met au-dessus de tous devient aisé-
• ment' le rival de Isiloi. Lia mrche uniforme •qu'a suivie partout Tautorité des rois n'a que
• trop enseigné la nécessité de les surveiller. Une
• secrète terreur nous éloigne malgré nous des » moyens dont il faut armer le chef suprême de » la nation , afin .qu'il puisse remplir les fonctions »qui lui ^ sont assignées. »
L'orateur établit ensuite une distinction entre l'état où se trouvait la nation alors , et celui où elle sera sous l'empire d'une constitution libre. € Je pense, dît-il , que le droit de suspendre et » même d'arrêter l'action du corps législatif doit
• appartenir au roi quand la constitution sera
• faite et qu'il s'agira seulement de la maintenir. » Mais ce droit d'arrêter, cç veto 9 ne saurait s'exer-
• cer quand il s'agit de créer la constitution ; je
• ne conçois pas comment on pourrait disputer
• à un peuple le droit de donner à lui-même la
• constitution par laquelle il lui plaît d'être gou- » verné désormais. Cherchons donc uniquement »si, dans la constitution à créer, la sanction » royale doit entrer- comme partie intégrante de
• la législature. ■ '
» Certainement , à qui ne saisit que les sur- » faces , de grandes objections -s'offrent contre »ridëe d'un veto exercé par un individu quel- » conque contre lé vœu des rejprésentants du peu- » pie. Lorsqu'on suppose que l'assemblôe natio- » nale , composée de ses vrais éléments , présente » au prince le fruit de ses délibérations paar têtes^ » lui offire le résultat de la délibération la plus ^^ libre et la plus éclairée , le produit de toutes les 9 connaissances qu'elle a pu recueillir ; il setnble » que c'est là tout ce que la prudence -humaine » exige pour combattre, je ne dis pas seulement » la volonté , mais la raison générale ; et sans «doute, sous ce pcnnt de vue abstrait, il parai- » trait répugner au bon sens d'admettre qu'un » homme seul ait le droit de s'opposer à cette n volonté, à cette raison générale. Cette idée
• devient même plus choquante encore, lors-
* qu'il doit être établi par la constitution que » l'homme armé de ce terrible veto lé sera de V toute la force publique , sans laquelle la vo- «lonté générale ne peut jamais être assurée de » son exécution. " •
• Toutes ces objections disparaissent devant «cette grande vérité, que, sans un droit de résis- « tance dans la main du dépositaire^de la force » publique , cette force pourrait souvent être ré-
4o8 MEMOIRES
clamée et employée malgré lui k exécuter des volontés contraires à la volonté générale.
» Or , pour démontrer par un exemple que ce danger existerait sî le prince était dépouillé du veUf sur toutes les propositicms de loi que lui présenterait l'assemblée nationale» je ne demande que la supposition d'un mauvais choix de représentants, et deux règlements intérieurs déjà proposés çl autorisés par Texempledç Vâugleterre ^ savoir i
9 14 exclusion du public de la chambre nationale sur la sin^ple réquisition d'un me.mbre de l'assemblée, et l'interdiotiQh ^ux papierspublics de rendre con^pte de ses. délibérations.
»Ces deux règletnents obtenus , il est évident qu'on passerait bientôt à l'expulsion de tout membre indiscret ; et la terreur du despotisme de l'assemblée agissant sur l'assemblée mémct il ne faudrait plus , squs un prinqe faible, qu'un pçu de* temps et d'adresse pour établir léga-. lement la domination de douze cents aristocrates % réduire l'autorité royale à n'être que l'instrument passif de leurs volontés , et replonger le peuple dans cet état d'fi^yiUssenaeut qui accompagne toujours la servitude du prince.
>» Le prince est le repré^ntant perpétuel dif
* C'était le nombre des députés de l~aèsenihlée natîonalf.
«peuple , CQinme )e$ députés soi^t ses représen^ » tants élus à certaines époques. ]>s droits de yFun comme ceux des autres ne spiit fondés ji que sur l'utilité de ceux qui les ont établis.
n ]VIai$, dit-on, les députés dans l'assemblée 9 nationale n'étant revêtus du pouvoir que pour 9 un temps limité 9 et n'ayant aucune partie du « pouvoir exécutif, l'abus qu'ils peuvent faire de » leur veto ne peut être d'une conséqueuce aussi ï^ funeste que celui qu'un prince inamovible op- » poserait à une loi juste et raisonnable.
» Premièrement , si le prince n'a pas le veto , u qui empêchera les représentants du peuple de
• prolonger et d'éterniser leur représentation
• (c'est ainsi, et non, comme on vous l'a dit , par ,»la suppression de la chambre des pairs, que le
» long parlenient renversa la liberté politique de » 1h Grande-Bretagne)? qui les empêcjiera même ».de s'approprier la partie du pouvoir exécutif »qui dispose dçs emplois et des grâces? Mauy.queront-ils de prétextes pour justifier cette » usurpî^tion ? I^es emplois sont si scandaleuse- » ment remplis ! les grâççs si indiguenie^t provstituées! etc.
» Secondement , le veto s, soit du prince j soit » des députés à l'assemblée ns^tionale , n'a d'au- » tre vertu que d'arrêter une proposition : il i^e
» peut donc résulter d'un veto , quel qu^il soit ,
• qu\ine inaction du pouvoir exécutif à cet ^et.
«Troisièmement, le vtio du prince peut, sans > doute , s'opposer à une bonne loi ; mais il peut 4 préserver d'une mauvaise, dont la possibilité » ne saurait être contestée.
» Quatrièmement , je supposerai qu'en effet le » teio du prince empêche l'établissement de \% loi »la plus sage et la plus avantageuse à la nation, «i qu'arrivera-t-il si le retour annuel de Fassem-
• blée nationale est aussi solidement assuré que » la couronne sur la tête du prince qui la porte, •* c'est-à--dir« si le retour annuel de l'assemblée » nationale est assuré par une loi vraiment con-
• stitutionnelle , qui défende , sous peine de con- »viction d'imbécillité, de proposer ni la con- « cession' d/aucune espèce d'impôt , ni l'établis- » sèment de la force militaire pour plus d'une » année ? Supposons que le priûce ait usé de son » veto y l'assemblée déterminera d'abord si l'usage »> qu'il en a fait a ou n'a pas des conséquences « fâcheuses pour la liberté. Dans le second cas , » la difficulté élevée par l'interposition du veto
• se trouvant nulle ou d'une légère importance,
• l'assemblée nationale retire l'impôt et le remet » pour le terme ordinaire , et dès lors tout reste «dans l'ordre accoutumé. ' •
SUR MIRABEAU. 4ii
■ Dans le premier cas , l'assemblée aura divers «moyens d'influer sur la volonté du roi; elle » pourra refuser l'impôt ; elle pourra refuser l'ar-
• mée; elle pourra refuser l'un et l'autre, ou sim- » plement ne les voter que pour un temps très
• court. Quel que. soit celui de ces partis qu'a-
• dopte rassen^blée., le premier moment de la
• paralysie du pouvoir exécutif, à une époque «connue, n'a plus d'autre moyen que d'en âp- » peler à son peuple, en dissolvant l'assemblée.
» Si donc alors le peuple renvoie les mêmes
• députés à l'assemblée ,*ne faudra-t-il pas que le » prince obéisse ? Gar c'est là le vrai mot , quel- » que idée qu'on lui ait donnée jusqu'alors de sa » prétendue souveraiîieté , lorsqu'il cesse d'être •lUni d'opinion avec son peuple et que son peu- »ple est éclairé.
«Supposer maintenant le droit âe veto enlevé » au prince, et le prince obligé de sanctionner •» une mauvaise loi , vous n'avez plus d'espoir que » dans une insurrection générale, dont l'issue la 9 plus heureuse serait probablement plus funeste » aux: indignes représentants du peuple que la
• dissolution de l^ur assemblée. Mais est-il bien
• certain que cette insurrection ne serait funneste qu'aux indignes représentants du peuiple?... J'y vois encore une ressource pour les
» partisans du despotisme des ministres. Je vois • » le danger de la paix publique , troublée et peut- ».être violée; j'y vois l'incendie presque inévi- » table , et trop long-temps à craindre dans un 9 état où une révolution si nécessaire , mais si » rapide, a laissé des germes de division et de t haine, que l'affermissement de la constitution, 9 par les travaux successifs de l'assemblée , peut «seul étouffer... »
Mirabeau passe ensuite à l'examen de l'annua-i Uté de l'assemblée nationale ; il sout;jient la nécessité de l'annualité, et montre qu'elle sera un contre-poids suffisant au danger de la sanction royale ; puis il continue : « Peut-être que pour » suppléer le retour des assemblées nationales on » vous proposera une commission intermédiaire.; imais cette commission intermédiaire fera ce »que ferait l'assemblée nîitionale, et alors je ne »sais pas pourquoi celle-ci ne se rassemblerait » pas; ou elle n'aura pas le pouvoir de&ire ce que. » ferait l'assemblée , et alors elle ne lia suppléera
• pas. Et ne voyez-voiis pas d'ailleurs que cette
• commission deviendrait le corps où le minis-^ » tère irait se recruter, et que ^ ppiu* y parvenir ,
• on deviendrait insensiblement l<e dodle instru- 1 ment de la cour et de l'intrigue ?
» On a supposé qufe le peu d'esprit publie
SUR MIRABEAU- 4i3
I s'oppose au l-etour aùnuel de rassemblée natio- » nale. Maiâ comment formerez-vous mieux cet • esprit public qu'en rapprochant les époques » où chaque citoyen sera appelé à en donner* des » preuves ? Pouvait-il exister, cet esprit public ^ » quand la fatale division des ordres absorbait » tout ce qu'elle n'avilissait pas ? quand tous les » citoyens, grands et petits, n'avaient d'autresres- » sources contre les humiliations et l'insouciance, »et d'autre dédommagement de leur nullité, que nie spectacle, lâchasse, l'intrigué, la cabale, le »jeu, tous les vices?
. » Gn a objecté les frais immenses" d'une élec- }>tion et d'une assemblée nationale jannueUe.
» Tout est calculé : trois millions forment la » substance de cette grande objection. Et que » sont trois millions pour une nation qui en paie » six cents , et' qui n'en aurait pas trois cent i cinquante à payer si^ depuis trente ans, elle » avait eu annuellement une assemblée nationale.
» On a été jusqu'à me dire : Qui voudra être » membre de l^ assemblée nationale- ^ si elle a des » sessions annuelles ? Et je réponds à ces étranges » paroles : Ce ne sera pas vous, qui le demandez ; » mais ce sera tout digne riiembre du clergé qui «voudra et qui pourra pi^oiiver aux malheureux » combien le clergé est utile; tout digne membre
4i4 MÉMOIRES
« de la noblesse qui voudra et pourra prouver à » la nation que la noblesse aussi peut la servir » de plus d'une manière ; ... ce sera tout niembre I des communes qui voudra pouvoir dire à tout A noble enorgueilli de son titre : Combien de fois • ave^^vous siégé parmi les législateurs ?
I Enfin, les Anglais , qui ont tout fait, dit-on , » s'assemblent néanmoins tous les ans , et trou- » vent toujours quelque chose à £aire;... et les » Français , qui ont tout à faire , ne s'assemble- » raient pas tous les ans !...
»Nous aurons donc une assenibïée perma- K nente , et cette institution sublime serait à elle ■ seule le contre-poids suffisant du veto royal. * » Quoi ! disent ceux qu^un grand pouvoir efrfraie , parcequ'ils ne savent le juger que par » ses abus , le veto royal serait sans limites ! Il I n y aurait pas un moment déterminé par la con- » stitution où ce veto ne pourrait plus entraver i la puissance législative ? Ne serait-ce pas un des- » potisme que le gouvernement où le roi pourrait idire : Voilà la volonté de ivton peuple ;^ mais la i mienne lui est contraire , et c'est la mienne qui 1 prévaudra?
> Ceux qui sont agités de cette crainte propo- » sent ce qu'ils appellent un veto suspensifs c'est- » à-dire que le roi pourra refuser sa ssmclion
SUR MIRABEAU. 4i5'
» à un projet de loi qu'il désapprouve'; il pourra » dissoudre rassemblée nationale ou en attendre » une nouvelle ; mais si cette nouvelle assemblée ».lui représente la même loi qu'il a rejetée, il sera » forcé de l'admettre.
»Il a fallu rendre la couronne héréditaire » pour qu'elle ne fut pas une cause perpétudle » de. bouleversement: il en%st résulté la nécessité »de rendre la personne dU roi irréprochable et » sacrée, sans quoi on n'a^^rait jamais niis le » trône à l'abri des ambhieux : or quelle n'est pas » déjà la puissance d'un chef héréditaire et rendu «inviolable! Le refus de faire exécuter une loi » qu'il jugerait contraire à ses intérêts, dont la » qualité de chef du pouvoir exécutif 1^ rend y gardien , ce refus suffira-t-il pour le faire dé- » choir de ses hautes prérogatives ? Ce serait » détruire d'une main ce que- vous auriez élevé »de l'autre; ce serait sissocier à une précaution » de paix et de sûreté le moyen le plus propre » à soulever sans cesse les plus terribles orages.
n Passez de cette considération aux instruments » du pouvoir qui doivent étï^e ^itre. les mains » du chef de la nation. C'est à vingt-cinq millions » d'hommea qu'il doit commander; c'est sur tous » les points d'une étendue de trente rùiilf lieues y carrées que son pouvoir doit se montrer sans
cesse prêt .à protéger et à défendre ; et Von pr^endrait que le chef, dépositaire légitime de6 moyens que ce pouvoir exige , pourrait être contraint de faire exécuter des lois qu'il n'aurait point consenties! Mais par quels troubles af-* freux , par quelles insurrections convulsives et sanguinaires voudrait-on donc nous faire passeï* pour combatte sa résistance ? Quand la loi est sous la ^uvegârde de l'opinion publique j elle devient vraiment impérieuse pour le chef que vous avez armé de toute la force publique. Mais quel est le moment où Ton peut compter sur cet empire de l'opinion publique? n'est-ce pas lorsque le chef du pouvoir exécutif a lui-même donné son consentement à la loi , et que ce consentement est connu de tous les citoyens ? n'est-ce pas uniquement alors que. l'opinion publique la place irrévocablement au-dessus de lui , et le force ^ sous peine de devenir un objet d'horreui;, à exécuter ce qu'il» a promis; et son consentement , en qualité de chef de la puissance executive, n'est autre chose que l'engagement solennel de faire exécuter la loi qu'il
» vient de revêtir de sa sanction.
» Et qu'on ne dise pas que les généraux d'ar*- » mées spnt dépositaires de très grandes, forces , » et sont néanmoins obligés d'obéir à des ordres
» supérieurs , quelle que soit leur opinion sur la » nature de ces ordres. Les généraux d'armées » ne sont pas des chefs héréditaires ; leur personne 9 n'est pas inviolable ; leuF autorité cesse en la » présence de celui dont ils exécutent les ordres : » et si l'on voulait pousser plus loin là comparai- » son , l'on serait forcé de convenir que ceux-là vsont, pour l'ordinaire, de très mauvais géné- » rauy , qui exécutent des dispositions qu'ils n'ont » pas approuvées. VôHà donc Aei dangers que » voiïs allez courir. Et dans quel but? Où est le » véritable efficace dû veto suspensif?
» N'est-il pas l^esoin que certaines précautions » contre' le veto xoy al soient prises dans la con-
• stitutjon? Si le roi renverse les précautjons, ne » se mettça-t-il pas aisément au-dessus de la loi ?
• Votre* formule est donc inutile dans votre
» propre théorie ; et 'j^ la prouve dangereuse
ndan^ la mienne.
vOn ne peut supposer le refus de Ik sanction » royale que dans ^deux cas.
» Dans* celui où lé ifionarque jugerait que la » Igi proposée blesserait les intérêts delà nation , »et dans celui où, trompé par ses ministres, il » ré^sterait à des lois cpntrslires à leurs vues per-
usonnelles. » ♦ /
» Or, dans l'une ou .l'autre de ces suppositions ^ HT. 27
4t8 MÉMOIRES
le roi et ses ministres , privés de la faculté d'erapécber la loi par le moyen paisible d'un veto légal , n'auraient-ils pas recours à- une résistance illégale et violente , selbn qu'ils met- Iraiont à la*lpl plus ou moins d'importance? Pêut*on douter qu'ils ne préparassent leurs moyens de tsès bonne heure ? Car il est toujours *facile*de préjuger le degré d'attachement que la puissance législative aura pour sa loi. Il se peurraH donc quck pouvoir législatif se trouvât enchaîné à l'i Astant marqué par là constitution pour reiîdre le vélo royal impuissant; tandis que si ce veto reste tqujours passible, la résistance violente et illégale, devenant inutile au prince , xie peut plus être employée , sans eil faire aux yeux ^e toute la nation une révolte contre la éonstituUon , circpnsitaftice qui rend bientôt une telle* résistance infiniment dangereuse pour le roi lui-même, et surtout pour seç ministres. Remarquez bien que ce danger n'est plus le même lorsque le prince n'aurait péststé qu'à udie loi qu'il n'aurait pas cons^tte,
» Dans ce dernier cas , comme la résistance violente et illégale peut toujours être appuyée par des prétextes plausibles,. rinsurtHdction du «pouvoir exécutif contre h cona*iiutioA trouve
«toujours des partisans, surtout quand elle est jile fait du moiiarque. Avec queHe. facilité la «» Suède u'a-t-elle^ pas retourné au despotisme » pour avoir voulu .que son roi ^ quoique hérédt- » taire , ne fût que l'instrumeilt passif et aveugle
• des volontés; du sénat'?
• N'armons donc pas le roi contre le pouvoir
• législatif^ en lui iÇaisant entrevoir un instant
• quelconque où l'on se paaserait de sa volonté, » et où , par ponséquent, il n'en serait tjue l'exé-
• cuteur^yeugle et forcé. Sach6ns voir que la » nation trouvera* plus de sûreté et de , tranquil-
• lité dans des lors expressément conseiUies par
• son chef que dans des résolutions où il n'au-
• rait aucune part, et qui contrasteraient avec
• la puissance dont il faudrah, en tout état de
• cause , le revêtir.. Saichons 'que , dès que nous
• avons .placé la Couronne -dans une famille dé- » signée , que m>us en avons fait 1^ patrimoine
• de ses aînés, il çst iniprudènt de les alaioner
• en Ie9dssujétti3$ant à un pouvoir législatif dont
• la force reste en leurs mains, et où cependant
' Le Lg août 177a, .Gustave* III changea la forme du gouTernegieDt et rétablit celle qui a^ait été. pbserrée depuis Gustave - Adolphe jûsqa*^ Charles JLI. Il remit toute l'autorité ébtrê tes mains du roi 9 et détruisît celle du aénat , etc.
» leur opinion serait méprisée. Ce mépris revient » enfin à la personne ; et le déppsitkire de tou- »tes ies.forces de l'empire français ne peut pas » être méprisé sans les plus grands dangers.
» Par une suite de ces considérations , puisées » dans le cœur humain et dans l'expérience , le » roi' doit avoir le pouvoir d'agir sur l'assemblée «nationale, en la faisant réélire. Cette sort^d'acn tion est nécessaire pour laisser au roi un moyen «légal et paisible de faire à son tpur agréer des «lois qu'il jugerait utiles à la nation, et aux- «quelles L'assemblée nationale résisterait : rien « ne serait moins dangereux , et il faudrait bien >» que le roi comptât sur le vœu de ]la nation , i^i ^ » pour faire agréer une loi , il avait recours à »une élection de nouveaux meâibres; et^quand » la nation et le roi se réunissent à désirer une »4oi', la résistance du corps législatif ne peut » plus avoir que deux causes ; ou là corruption de « ses membres , et,alors le remplacement est un «bien; ou un doutç sur l'opinion pubKque, et «alors le meilleur moyen de l'éélairer est sans * doute une élection de nouveaux membres.
» Je jne ré^siime en un seul mot , messieurs , » annualité de l'assembléç nationale , annualité «de l'armée, ahnuaHté'de l'impôt /responsabilité « des ministres , et la sanction royale §ans restric-.
» tîon écrite 9 mais parfaitement limitée de fait , » sera le palladium de la liberté nationale , et le » plus précieux exercice de la libertédapeuple.» Malgré l'art et ^ad^esse de ce •discours , il excita de nombreux ihyrmu»es dans le* puï>lic *, il iSt cpaindre aux ardents patriotes qu'il ne cachât un parti formé en faveur de la couronne contre la liberté nationale; mais il s'en fallait de beaucoup que. rien de semblable existât. La cour mettait peu d'importance à la* décision de cette grande question. Elle ne pensait pas que jamais les choses en vinasen) au point que le roi eût besoin de faire lisage du veto dojislitutionnel ; ^toutes «^es vues étaient alors portées vers une
contre-révolution, ou plutôt un changement
qui la mît au-Hlessus de toutes . craintes à cet égard. Les partisans de la moî\archie voyaient cependant avec plaisir que Mirabeau professât une doctrine conforme à leur sentiment, quoiqu'ils n'attendissent sûrement pas qu'elle triomphât ^hs l'assemblée.
La défaveur dU veto absolu était tellement générale, que M. Neéker , par «divers motifs, et vraiseniblahlement par le désir <ie conserver, sa popularité, prit la résolution de' donner son opinion dans la question qu'on agitait. Il écrivit à l'assemblée «que les ministres avaient en-
4aa MÉMOIRES
tretenu le roi des débats qui s'étaient élevés sur ta sanction ;'* que * le roi, après en. avoir pris connaissance dans un rapport fait au conseil , l'autorisaît k communiquer ce ra(|f)ort à rassemblée'. On*'allait eir .commencer la Lecture , lorsque M. Bgumotz, protestant que personne n'était plus pénétré que lui de respect pour Tau* torité royale, persuadé ,ftiême que le nom du monarque ne doit ^^^^ prouopcé qu'avec la pliis grande vénération , observa qu'il était çontr^re à la liberté de l'assemblée d'y lire , au moment
d'une délibération , }in ts^pport fait au conseil du roi; que' l'initiative ne pouvait lui convenir ei) aucune manière. Ces réflexions , soutenues par MM. . de Virieu. et Mounier , firent rejeter la lecture du mémoire ; tout le monde en savait le contenu, ainsi Tenvoi de ce* mémoire avait produit le même effet qu'en aurait pu produire la lecture ; ceux «qui tenaient, par une sorte d'égard pour la cour , au veto absolu n'hésitèrent pluâ à donner leur voix en faveur du vet(^ sus^nsif , qui était l'objet du mémoire de M. Necker: mais ce n'était pas l'opinion de Mirabeau, il voulait le veto absolu ; l'assemblée cependant fut du sentiment du ministre.
* Séanoe du veûdredi, ii septambre 1789.
Que de choses fausses ou exagérées n'a*^tron pas écrites sur l'agitatiou que produisit-à Paris ce débat ! Puisqu'il est certain que le plus grand nombre des patriotes, ne voulaient point du veto absolu, il est incontestable que Mirabeau ne put être ni moteur ni instigateur de& démarches que firent quelques agitateurs pour influencer les délibérations de l'assemblée, et qu'il resta étranger à ce qui se passa alors ; en voici l'aperçu.
Le 3o août au soir, deux particuliecs vinrent annoncer à l'assemblée générale des représentants de la conmiune qu'une très vive fermentatioB «'était manifestée au Palais-Hoyal, qu'un grand nombre d'hommes rassemblés proposaient de s'armer, et de se-porter en force à Versailles pour empêcher que le veto royal ne soit adopté, et pour donner une garde d'honneur à M. de Mirabeau , dont la vie était en danger '.
L'assemblée de la commune , alarmée d'une semblable nouvelle , et craignant les suite» de la démarche qu'on annonçait, donna ordre à M. de La Fayette de prendre provisoirement les précautions nécessaires pour l'empêcher , d'en faire
* Mirabeau n'ayait couru aucun danger; mais on débitait ce bruit afin d'échauffer lu multitude, qui liii portait un grand intéi'êt.
4a4 • MÉMOIRES
même arrêter les auteurs et instigateurs; elle prolongea sa* séance, et ne se sépara que lorsqu'elle apprit que le calme était rétabli au Palais- Royal , où se faisaient alors le^ réunions les plus actives et les plus ardentes.
Le lendemain 1 agitation y recommence ; une députation de ceux qui s'y trouvent. est envoyée à l'hôtel de ville. On délibéra dans l'assemblée des représentants si on la recevrait : le respect pour le caractère de citoyen et l'urgence du moment la font admettre. Elle présente une adresse où elle dit : « Nous sommes chargés , de
• la part des citoyens assemblés au Palais^Royal , » de demander une assemblée générale des dis- » tricts ce jour même ; qu'à cet 'effet il soit en-
• voyé à chaque district l'ordre de battre la «caisse pour l'indication de cette assemblée, à ■ l'effet d'y délibérer sur la question de savoir » si le roi doit avoir le veto^ et si la commune de
• Paris le lui acco^'de ou refuse pour la portion 9 qui lui appartient dans le pouvoir législatif ? »
L'assemblée des représentants ayant fait rentrer les députés , qui s'étaient éloignés pendant qu'elle délibéra, leur dit qu'elle n'avait rien à repondre à leur demande.
Une seconde , une troisième députation se présentent dans la journée. Le fameux marquis
de Saint-Hiiruge était à la tête de cette dernière'. Pour ne pas recevoir ces nouvelteç députations , rassemblée^ se sépara et se forma en comité ,
'C'était un homme trapu,, à voix de stentor; une grosse tête 5 une laVgè face, un regard audacieux. Il était gentilhomme bourguignon. Il ayait épousé une jeuxie et |olie femme : elle plut à des personnes puissances ; ^aint- Huruge la maltraita : elle se plaigofit , et^ pt>ur ayeîr la femme , M. Amelot fit mettre le mari â Yincennesr , puis à Gharenton. Il eut sa libefté en 1.797, ^^ ^^ rendit en An*gleterre, où il se signala par son ressentiment contre lé raipistére français, qu'il n'avait pas sujet d'aimer. Revenu en Fraqce'en 1789, il donna carrière à son anitnpsité. Il' n'eut besoin ni du duc d'OrJéans, ni 4e &lirabeau , ni de Necker^ h\ 'àe» Jactieux ^ pour agiter le . peuple. Le Palais-Royal deyint son fbrum; il y parlait ayec audace et SHCcèis des sottises de la cour et* des'intrigailleries des aristocrates. On l'accusa d'ayoîr prêché le meurtre et l'incendie: baliVerne comnie on éo a tant débité, qui ne sont que des exagérations d'extrayagances , couptibles sans doute, mais non criminelles à ce point; Ce qui*doit au surplus rendre cet homme odieux , c'est qu'il fut un des agents de la terreur ; système afficeux qui a préparé le retour du despotisme par l'effroi qu'il a inspiré .et entretepu dans les esprits. Saint-Huruge çst mort en 1809 ; il était digne d'être empoyé par celui qui avait atk 18 brumaire foulé aux pieds de ses soldats la représentation' nationale et usurpé la souveraineté dont on l'avait constitué le gardien.
donna «les ordres au commandant général pour dissiper les attroupements du Palàis-Boyal ; et le lendemain tout était rentré ou à peu près rentré dans l'état ordinaire.
Les aristocrates jetèrent les hauts cris de ces désordres , comme ils lès appelaient ; mais tout le résultat £ut que deux députés du Palais- Royal se rendirent *à Versailles /et s'adressèrent il M. de Làlly-Tolèndal, et ensuite à l'assemblée , pour leur faire connaître que le vœu de Paris était contraire au 9ét0 absolu, et que plusieurs districts avaient été d'avis qu'on n'en accordât aucun au roi.
Disons, pour l'instruction de ceux qui écrivent l^istoire avec cette légèreté que nous y remarquons aujourd'hui, et qiri, afin de lui donner ui\ caractère dramatique , en rattachent les événements à une seule cause, que ces agitations du I^a\ais-Royal , des districts , ces mor tions, ce$ démarches, ces députât! ons, étaient presque toujours spontanées dans leurs causes et dans leurs agents , l'effet d'une effervescence générale*, d'un entraîneipent qui s'accroissait par lui-même; et qu'il n'y eut là^i duc d'GrléaiïS, ni Mirabeau, ni comité de révolutionnaires , mais ce qu'oïl voit toujours chez les Français, en cause de liberté comme de servitude, le goût de Ti-
mitation et le système moutonnier. Au surplus, j'ai voulu, par cette digression, montrer, que MirabeaUf ne fut pour rien dans ces derniers troubles si exagérés , et c'est ce qui résulte, je crois, de l'exposé des faits et de son opinion.
Il est plus étonnant qu'il se -soit montré . l'adversaire du système des deux chambres. Il paraît, par tout ce qui s'est passé au cotnmencement de l'assemblée, que le projet d'une partie des nobles et du clergé , ainsi que de M. Necker , étah de çohfondre les deux premiers ordres en un sénat , espèce de chambre des pairs ; système qui,. offrant un équivalent aux premières classes des sacrifices que la révolution exigeait d'eux , préveuâit les systèmes, les intrigues, les excès qui occasionaient tant de scènes désastreuses.
Ce qu'il y a de certain , c'est que Mirabeau se déclara contre ce projet ; il l'attaqua , dès l'ouverture de l'assemblée, dans ses^ Lettres à ses commettants ^ et,, dans aucun débat sur la sanction, il ne dit uit mot qui vîi;it à l'appui de l'opinion de M. de Lally ^ et de ceux qui pensaient comme lui sur la formation de deux chambres.
Il est vraisemblable que la crainte de ne pas entrer dans le sénat, ou chambre haute, dût l'en rendre l'adversaire. Cette organisation donnait un grand pouvoir à l'homme dont il était se-
crètement Tenneini , M; Necker. Il jalousait sa pppvJarité , quoiqu'il se vît souvent obligé de la ménager dans l'intérêt du parti patriete, dont ce ministre était y en quelque soi^e , le défenseur obligé. Deux cents places de sénateurs ou membres de la chambre haute, à donner, auraient mis entre les mains de- M. liecker une clientèle immense; il se serait vu maître absolu de Vassemblée actuelle , et. peut-être de tontes celles qui auraient succédé. Le crédit des ministres , déjà si considérable dans le conseil, ses partisans dans les provinces, lui garantissaient que le choix des sujets destinés au sénat sçrait fait d'après ses vues; et quand même il se serait glissé par intrigue, dans Je nombre des prétendants , quelques personnes qui ne lui auraient pas convenu, n'aurait-il pas été le maître de faire nommer* par le roi ceux qui lui auraient été dévoués et disposés à le soutenir ?
En fallait-il davantage potu* enchaîner les idées de Mirabeau , et le portçr à s'opposer à une organisation de gouvernement si convenable à l'état des choses et au maintien de l'prdve ? Lui qui voulait qu'un roi eût le droit de rejeter ou d'adopter les décrets de l'assemblée , comment ne vit-il pas qu'une chambre haute devenait indispensable , surtout depuis que le veto absolu avait
SUR MIRABEAU. 42g
été rejeté? Ce ne fut dont , on ne peut en douter , qu'une résolution fondée sur la haine qu'il
portait au premier, ministre,- et la crainte de
ne pas être lui - même appelé au sénat , qui lui inspirèrent (Ju dégoût et de l'aversion, enfin, une .opposition marquée à l'établissement des deux chambres. '
Il fnt plus judicieux danô la question qui s'éleva à propos, a une motion de M. Volney. Il s'agissait de sayoîr si , lor3qu'il faudra élire de nouveaux députés , ceux de l'assemblée actuelle pourif ont être choisis, i^ vicomte de Mirabeau, ho;mme plus . spirituel que profond , demanda qu'ils ne le pussent, pas. La manière dont son frère repoussa cette ^ doctrine fut aussi claire que persjLiasive. Plut'au ciel que son opinion eût prévalu!- eUe nous aurait. mis à Tabri de bien des erreurs ,« nous n'aurions jamais eu à rougir du 1 0 août, du 2 septembre et du â { janvier.
c J'ai toujours regardé , dit Mirabeau , comme
• la preuve d'un très bon esprit • que l'on fît son
• métier .gaiement'; ainsi. je n'ai garde de re- »pro'pher*au préopinant sa joyeuseté dans ces
' Ce Vicomte d^ Mirabeau 'était fécond eu sarcasmes : il ue les épargna pas dans ia que'stion dont il s'agit , ni contre son Mre , ni contre les patriotes en général.
43o MÉMQIÏIES
» circonstances, qui n'appellent trop que de tristes
• réflexions et de sombres pepsées; je m'ai pas le » droit de le Jouer , il n'est ni dans mon cœur
• ni dans mes intentions de. le critiquer, *mais >il est de mon deVoir de r^fater ses opinions 9 lorsqu'elles me paraissent dangereuses.
•> Telle est, à mon sens, la motjipn qu'il a sou- » tenuç. Certainement elle est le produil d'un y bon esprit, et surtout d'une ârne civique et
• pure: à l'isoler de l'ensemble de nos circoni stances et- de nos travaux , elle est saine en
• principe^; mais j'y vois «d'abord une difficulté «^insoluble , le serment qui vous lie ^ ne ^as
• quitter l'ouvrage de la constitution qu'il ne
• soit consommé... Ce peu de mots.su£Braient
• sansdQute pour écarter cette motion, maâ^ je
• voudrais çn ôter le regret même à son auteur , » en lui montrant combien elle est peut assortie » à nos cipconsfances et à . la cqnstaiite politique » qui doit diriger notre conduite.
» Et pour vous le démqntrer i messieurs , jç me 9 servirai de 4'argun>eif)t même avec lec^uel on a
• prétendu soutenir cette motion, if^u'U eU.impoM' » sible d'opérer le bien par la divejrsité de nos opi- » nions et de nos moyens ^et qu'il faut convçquer les » provyices pour leur, demander de nous envoyer » des successeur&v puisque ;ioûs sommes discords
SUR MIRABEAU. 43i
n et inaccordables... £st-cë bien là, messieurs, le «langage que nous devons tenir ? Est-ce là ce » que noua devons croire? Nous avouerons donc • que notre amôur-prOpre nous^t plus' sacré »qufi notre mission, notre orgueil plus cher » que la patrie , notre opiniâtreté plus forte ;que » la raison?... C'est donc précîsénçent parceque idemauder dés successeurs serait nou» déclarer » discorde et inaccordabUs^ que nl)us ne porterons »pa*s tin . tel, ^éôret, quand «n serment solennel, »basé de la constitution, et palladium de la li- »berté française, né nous* interdirait pas. A rDieu ne plaise que ^ilous regardions comme im- » possible d'opérer le bien pair la dij^ersité ^de nos » opinions et <(e nos moyens. Il était im^c>ssible » que , dans les preipiers tem^s d'une première «i assemblée nationale , ts^nt d'esprits si opposés , » tant* d'intérêts si contradictoires, même en ten- » dant au même but, ne perdissent pas beaucoup » de temps et beaucoup de leurs forces à se com- » battre; mais ces jours ^de* dissensions finissent » pour no.i)s. Les esprits , même en se heurtant , »se sont pénétres, ils ont appris à se/connaitoe » et à s'entendre; nous touchoqs à la:paix,*et si )» nous inettODS à la placé * d^autres^ députés , ce » premier moment serait peut-être encore pour » eux celui de la - guerre. Restons donc à nos
43a MÉMOIRES
• postes, mettons à profit jusqu'à nos fautes , et » recueilloQS les firùits de notre expérience, i^
Si ce sage conseil fut goûté peur le moment , il ne jeta- poii^ de racine dans l'assemblée; nous la verrons , lorsque , six mois après la mort de Mirabeau, la même question fîit agitée, décider le contraire, et &ire l'énorme faute de renouveler entièrement les* dépulations^ et d'ouvrir la carrière 'à' des hcMnmes. nouveaux, iilexpérimentés, et par conséquent jaloux 4^ se signâder par des innovations et des excès qui détruisirent l'ouvf âge de leurs prëdéces^exirs.
Les travaux sur la constitution amenèrent un débat dont on parla beaucoup , parceque Mirabeau , tjuî n'y défendit qu'un principe d'une sage et ppudon té politique , eut l'^ip de ne parler. ainsi qu'£^ de favoriser les intérêt^ deja maison d'Qrlëans.
Dans une série ^ propositions à décréter se trouvait celle- ci : t Le trône lest indivisible , la » couronné est.héréditaire de mâle en mâle , par » ordre dé prknogéniture,ii l'exclusion pa:'pétuelle M des femmes et de leurs descendsEnts , saRS ent^i- > dre rien ji^téjuger Bùr l'effet des reQonciatîous '.»
Mirabe&u ):robvait ces dernières eiq>pessions
' Séance du lô'septèmbre 1789. •
vagues et impropres; il voulait, et avec raison , cjue la validité des renonciations légalement établies fut reconnue par l'assemblée.
Ce débat entraîna beaucoup d'agitation ; l'esprit de parti s'y manifesta de la manière la plus évidente, et Mirabeau , malgré le talent qu'il y développa, vit une opinion contraire à la sienne
adoptée à une grande majorité.
M. Déipeunier avait demandé que l'assemblée déclarât qu'il n'y avait pas lieu à prononcer sur lés renonciations dans ce moment , et proposa la question préalable sur l'article.
« Il serait indigne de nous , dit alors Mirabeau , » de biaiser sur une question de l'importance de » celle qui nous occupe; autant les circonstances » ont pu nous permettre , et peut-être ont dû » nous inviter à nous abstenir de cette discussion , » autant, puisque nous en sommes saisis, ilim-
• porte qu'elle soit jugée; et ce n'est pas sur des » diplômes , des renonciations, des traités, que
• vous aurez à prononcer, c'est d'après l'intérêt
• national. En effet, si' l'on pouvait s'abaisser à
• considérer cette cause en droit positif, on ver-
• rait bientôt que le procureur lé plus renommé
• par sa mauvaise foi n'oserait pas soutenir con-' » tre la branche de France , ni vous en refuser »le jugement que le monarque le plus asiatique