‹ Mémoires sur Mirabeau et son époque (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · III · texte numérisé non relu

III

aïo MEMOIRES

pour manger la fiente de $e$ chevaux ', propos fait pour accrottre Firritation. Pour en prévenir les suites, M. de t^afare ordonna à la troupe de faire un cercle autour de lui ; mais les menaces des femmes allant toujours en au^entant , le consul prit un fusil et fit mine de tirer sur elles. Dès ce moment les pierres volèrent de toutes parts et le forcèrent de rentrer dans Thôtel de ville : on ne doute pas qu'il ne fut resté e:icprès à la porte afin d'en venir à ce point.

Toutes les fenêtres de l'hôtel de ville furent brisées ; les bourgeois qui y étaient rassemblés pour l'élection des députés barricadèrent les portes de l'intérieur pour empêcher la foule d'entrer. M. de La&re voulut mettre son chaperon , signe de' son autorité , et parler aux assaillants ; mais on l'en empêcha , parcequ'il y allait de sa vie : les mutins criaient , Lafare ! Lafare I

Pbùr se tirer d'affaire , il venait de signer un o'rdi'e d'ouvrir au peuple les greniers d'abondance ; mais son collègue et les bourgeois pré-

' Procès-yerbal de l'émeute arri?ée à Aix le a5 mars ^7^9 adresse en original ù MM. Neckei', de Vill^deuil, et de Beauvauy ministres du roi; A Aix, le ay mars

SUR MIRABEAU. an

sents lui firent sentir les inconvénients d'une pareille démarche; il retira l'ordre, et se borna à une ordonnance pour diminuer le prix du pain : il était trop tard ; le peuple voulut absolument qu'on ouvrît les greniers.

La troupe arriva , mais cette mesure ne produisit que du mal , sans empêcher le désordre. Elle tira sur le peuple, et deux hommes furent tués. Les pierres recommencèrent comme de plus belle à pleuvoir. Le jeune chevalier de Caraman , qui était de service auprès de son père , en fut atteint , et maltraité par le peuple^

Cependant M. de Lafar« , qui avait imprudemment , ou à dessein , comme on le crut généralement , provoqué ce désordre , s'était sauvé de l'hôtel de ville ; mais la multitude n'en devint que plus furieuse. Les autres meipbres de la municipalité et les bourgeois, voyant les portes prêtes à être enfoncées , lès ouvrirent , et tâchèrent de calmer le peuple, irrité que la troupe eût tiré sur lui. On fut obligé , pour prévenir une seconde émeute , d'ouvrir les greniers , et le peuple emporta ce qu'il voulut du blé qui s'y trouvait.

Cependant. le comte de Mirabeau, qui était à Marseille, arriva à Aix le 26 mars à trois

heures du matin. Il eut au moment même une entrerue a^ec M. le comte de Caraman pour se oonoerter sur les mesures à prendre. Le commandant lui remit la police intérieure, et le laissa le maître du choix des moyens de £dre cesser la sédition.

Mirabeau, persuadé, d'après Tezamen des ^ts, qu elle n'était pas l'ouvrage des bourgeois y confia la garde de la ville à la milice bourgeoise. Chacun s'empressa d'obéir à ses ordres ; et en moins de deux heures la troupe se retira des postes où elle était placée, et ils furent occupés par cette milice. Il monta à cheval, visita tous les oorps-de-garde, et ordonna aux capitaines de la garde boui^oise d'exécuter les ordres de M. de Caraman.

Le peuple calmé , Mirabeau lui dit qu'il fallait tout attendre de la bonté du roi et de la sagesse de ses ministres; qu'il devait se méfier des suggestimis de ses ennemis, qui ne l'excitaient à la révolte que pour mieux l'asservir. Tout rentra d^ns Tordre accoutumé. On fit publier que les personnes qui avaient du blé auddà de ce qui était nécessaire pour leur provision le rapportassent. On vit bientôt ce même peuple , plein de confiance dans la loyauté publique, rapporter celui qu'il avait pris, sous la

SUR MIKABEAU. ai3

promesse qu'on lui fit de ne point être recherché , promesse , hélas ! qu'on eut l'injustice de ne pas tenir; on vit nléme des habitants d'Aix, afin de se disculper du reproche d'avoir participé à l'émeute, provoquer la rigueur des tribunaux contre ceux qui y avaient pris part : les moteurs secrets restèrent impunis.

Tels sont lés faits qui se passèrent en Provence : mal connus jusqu'ici , ils ont donné lieu à mille absurdes récits contre Mirabeau. On l'a accusé d'avoir provoqué la sédition , afin de parvenir à se faire nommer député; et ses enne* mis en ont donné pour preuve qu'il fut élu pendant l'émeute , et lorsque le peuple le de* mandait à grands cris, mais il ne fiit pas. le seul élu dans ce moment. Qui ne voit qu'un pareil trouble pouvant servir de prétexte pour employer la force et gêner la liberté des choix , ou les faire déclarer nuls, il se serait bien gardé de le provoquer après toutes les chances de succès dont il était sûr? Mirabeau, qui avait été si pompeusement accueilli par toute lai ville, qui y était regardé comme le défenseur des droits du tiers , avait - il besoin de manœuvres séditieuses pour capter ou forcer les suffrages? Exclu de la noblesse, aucune loi n'interdisait à l'autre ordre de le choisir, et plu-

Page 1