LIVRE CINQUIÈME
DEPUIS l'eNTRIÎE de MIRABEAU AUX JÉTATS- GÉlfiRAUX jusqu'à LA FIW DE I789.
( 5 mal 1789 — décembre 1789. ) ^ .
Les élections termixiées à Aix, Mirabeau se hâta de revenir à Paris. Le bruit des triomphes qu'il avait obtenus sur la noblesse l'avait précédé, et déjà une immense popularité l'entourait à son arrivée dans la capitale; il y. passa tout le nlois d'avril à se préparer au grand drame dans lequel il s'attendait bien à être un des principaux acteurs. Son imagination ardente lui montrait, dans ce nouvel ordre de choses , tout ce que son
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ambition avait pu lui faire rechercher jusqu'alors: pouvoir , richesse , célébrité. Ses regards ne s'arrêtaient qu'aux pieds du trône , et tout lui donnait lieu d'espérer que son grand talent , sa célébrité, le bien, le mal qu'on avait dit de lui, lui ouvriraient les portes du conseil et l'appelleraient au gouvernement. Ces vues se trouveront constatées par des faits nombreux, et l'on verra que ce ne fut pas au hasard qu'il se conduisit pendant la carrière politique qu'il remplit à l'as-
semblée nationale.
Le ministère se trouvait composé de parties peu homogènes : la faiblesse et l'irrésolution , mêlées quelquefois d'une audace imprudente , en fiadsaient le fond et le caractère.
L'archevêque de Toulouse, depuis archevêque de Sens et cardinal , qui avait mis la France en feu par son projet bizarre de soumettre la sanction des lois à une eour pléniire ^ s'était retiré, il y avait six mois , emportant arec lui la haine et le mépris public ; peu digne de l'intérêt que lui portait la reine, il eut la criminelle adresse d'entraîner le roi à consentir au bouleversement de soti royaume, par des plans dont cemonarque sentait lé danger sans oser y refuser ^n concours. Lamoignôn , dévoué à l'archevêque , et que Fintérét et là faiblesse enchaînaient à son
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char , quoique doué de quelques qualités estimables, avait égalemeut disparu; M. Néôker, qui en craignait l'influeiice et les intrigues , lui fit donner '4oo,ooo fr. pour payer ses dettes , dont âOO,ooo.devai«it lui être comptés toutde suite, et âoo,ooo au mois de janvier : générosité étrangi^ dans iqi moment dn^ la plus grande détresse du trésor.
lâmoignon fut remplacé :par M. de Bar^itin', pramier président de la cour des. aides de Paris, hopune dévoué à la cour, incapable de &ire dit mal par lui-m^e , mais donnant de mauvais conseils ', et se prêtant à les exécuter.
Le ministère de la maison du ix>i était passé des mains du baron de BreteUil , . détesté potur avoir expédié les ordres d'arrêter les membres du jMU'lement^ dans celles de M. Laurent de
' 19 safiteailiffB 1788.
"> €^ lut M. dé BareotiQ qai otiTiât la seconde assemblée^es notables et les états-généraux, par des discbu» au-^e'ssoiis de la cifconstance. A fépoqae oà Mirabeau densandule renvoi des troupes cantonnées autour de Par» et de l'assemblée, QarenUn fut dénonoé par lui ôomine donnant au roi des conseils perfides.
?fieu de persomes savent que le baron de Brateulj re^ vînt en France eh r8pa , et offrit ses servioes à Bonapa^e, alors prenner eoMuh' GeiuiMci était trop amateur dii pou-
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y iUedeuil, moins despote, mais suirant les mêmes errements que son prédécesseur.
Le comte de La Luzerne administrait la marine sans ambition et sans éclat ; le portefeuille de la guerre avait été retiré au comte de Brienne, firère de l'archevêque, et remis au comte de PuységuT, homme sans projets, et disposé à faire tout pour se conserver en place.
Aucun de ces ministres n'avait d'idée de Vétat réel de la nation ; tous se figuraient l'issue des événements tout autre qu'elle ne iîit* Quoique différents de caractère , et peut*etre de vues , ils étaient forcés de marcher sous l'étendard de M. Necker, que la nécessité avait fait rappeler, et qui , ayaiit fait cesser l'exil des magistrats, mis en liberté les députés l>retons, et fait plusieurs actes agréables au peuple, en était re-
Toir absolu poar repousser ifn homme aussi expérimenté c|ue le baron dans l'art de Texercer : mais il ne roulut pas qu'il restftt à Paris. En conséquence H. de Breteuil se retira à CourtaiHa , ches M. ]e marquis de Laval Montmorency, dans le département d'Eure-et-Loir. C'est de là qu'il entretint une correspondance politique arec Bonaparte , et l'on pense bien qu'il ne lui laissa rien ignorer des démarches des princes et des émigrés, dont il fut long-temps le directeur dans l'étranger. 11 fit en 1804 un héritage considérable et mourut deux> années après.
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gardé comme le défenseur et le soutien: son crédit était immense dans le parti patriote et lui donnait l'avantage sur celui de la cour.
Ces mouvements dans le ministère, et tous ceux fluî y avaient été opérés depuis deux ans , étaiQi>t en partie l'ouvrage de la reine et de ceux qui jouissaient de sa confiance. Le baron de Besenval , qui fut de ce nombre , nous en a tracé le récit dans ses M^wwtres ,• la surprise est extrême en les lisant , et Ton se demande com-
ment , au milieu de tant d'intrigues, le mal ne fut pas encore plus grand que nous l'avons vu'.
^ Voici ce qu'on lit dur le baron de fieseuTal dans les Souvenirs et voriraits de M. le duc de Lévîs^ aujourd'hui pair de France, imprimés en i8i5: « C'était »un officier suisse qui arait seryi ayec distinction dans nia guerre de sept ans ; il avait une belle taille, une ^figure agréable, de l'esprit, de l'audace; aussi réussit- »il auprès des femmes. Le hasard l'avait très bien servi «pour son avancement. Lorsque M. le comte d^Artois » fut nommé colonel-général des Suisses , M. de fiesenval 0 profita de son grade dans le régiment des gardes , qui le •mettait en rapport avec ce jeune prince, pour s'insinuer «dans ses bonnes grâces. Il parvint bientôt à se faire ad- > mettre dans la société de la reine ; i^êlant alors la fiât- » terie à des maximes pernicieuses , qu^l débitait avec une «assurance faite pour en imposer à une princesse sans ex^ «périence, il acquit sur elle un ascendant funeste, et ^\\e je
« Pour y reniédier et prévenir la crise donit on tétait menacé, qu'opposait la oour, dit le baron
9 regarde, ainsi que plusieurs personnes à portée d'en juger,
• comme une des principales causes de ses maKieurs. En » effet, la reine, avec un très bon cœur, arait un penchant à »la moquerie; le iMiron applaudit à oe défaut : la consé- » quence en fui réloignement de o« qu'il y avait à la icovr »de femmes respectables, dont la raiaon et les conÂeih •eussent été si nécessaires. »
. Madame Gampan a rapporté sur M. de fiesenval un trait qui fait peu d'honneur à son esprit et prouye sa fatuité. «En me parlant de Pétrange présomption des «hommes, et de la réserve que les femmes doivent tou- » jours avoir avec eux, la refn« ajouta, ditmadame Cam- »pan , que l'âge ne leur ôtait pas l'idée de plaire quaad •ils avaient conservé quelques qualités agréables; qu'elle
• avait traité le baron de Beseaval comme un brave Suias^,
• aimable, poli, spirituel, que aes cheveux blaocs lui «avaient fait voir uu homme sans conséquence, et qu'elle •s'était bien trompée. Sa majesté, après m'avoir recom- •mandé le plus grand seeret, me raconta que, s'étant
• trouvée seule avee le baron , il avait ootatmencé par lui
• dire des choses d'une galanterie qui l'avait jetée da|is nie plus grand étonnement , et qu'il avait porté le délire
• jusqu'à se jeter à ses genoux an lui faisant une déela*- »• ration en forme;.,La reine ajouta qu'elle lui avait dit:
• LeTes-v<>us , monsieur; le roi ignorera un toiC qui vous » ferait disgtacier pour toujours. »
En pariant des mémoms du baron de Besenval , q«e
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»de Besenval'? un roi dont l'extérieur n'était pas ^ » imposant quoique ses traits eussent de la no- » blesse. Rien de plus pur que les intentions de » Louis XVI ; son sens est droit , son cœur ver- ^ » tueux , mais son caractère est faible et mou.^ » L'éducation n'a point redressé les défauts de la » nature. Des mains de M. de La Yauguyon , dont » il n'a reçu que de fausses impressions , il est » tombé dans celles de M. de Maurepas , qui n'a< » songé qu'à gouverner, sans lui donner une idée » du gouvernement ; il aime la lectiire, l'occupa- » tion, la solitude ; il a tout seul acquis des con- » naissances assez étendues ; il entend le latin et B l'anglais, sait bien la géographie, l'histoire, parle B correctement; mais, obligé de donner continuel-
fil. Alexandre-Joseph Ségur livra au public en i8o5, fil. de Léyis dit que rintimité dans laquelle Tauteur a Técu pendant nombre d'années à la cour Tavait mis à portée de connaître la cause des principaux éyénements , mais que, dans les différents morceaux qui composent jces mémoires, on aperçoit une grande partialité, et que les aventures galantes qu'il rapporte sont désagréables pour les familles qu'elles concernent. Le baron de Besenyal a figuré d'une ipaniére fâcheuse dans la révolution du 14 juillet; il était du parti des ministres , et a manqué dépérir des suites des accusations portées contre lui. > Il écrivait en décembre 1788.