Tome lY , page 3oa , du i5 juin. On parle d'une Histoire
dit qu'après Pexamen des quatre évatfgiles canoniques , H traitera en particulier des évangiles nommés apocryphes. Dans quelques-unes de B6S lettres y il attribue cette traduction à un abbé Bigex. On pouvait avec assez de vraisemblance attribuer un pareil travail à un théologien et même à un père bénédicUn, car il fallait pour Tentreprendre une grande érudition, et beaucoup de patience , ne fut-ce que pour la vérification d'une multitude de citations et de renvois. Le but évident du traducteur ( comme on le fait entendre ibid,, pag. aSS) a été de communiquer aux gens du monde un monument très -curieux qpi n'était connu que d'un petit nombre de savaus, dont la vie se consume à scruter péniblement les débris de Tantiquité.
DE BA-CHAUMOITT. [1769.] 299
du PariemerU qu'on attribue à M. <2^ Voltaire. Ceux qui ont lu Pouvrage, encore excessivement rare , croient y reconnaître sa touche et le vernis satirique qu'il répand partout. L'auteur, dit-on, y conteste au parlement les titres sur lesquels il se fonde pour s'immiscer dans la législation , et le réduit aux simples fonctions de judicature.
M. de Voltaire n'a point reçu de matériaux, pour la composition de cet ouvrage , de la part du mi*nistère, comme on Ta dit dans le temps, mais il est bien vrai qu'il l'a fait à son instigation et à celle d'un prince. Voyez mes Additions au Commentaire historique.
Tome XIX, jmge 106 , du 27 juin. M. de Voltaire s'annonce indirectement pour l'auteur de deux ouvrages nouveaux , dans une lettre (du 29 mai) à M, Thinot, dépositaire de ses secrets , et son agent littéraire. L'un est une Histoire du Parlement, l'autre un petit roman intitulé : Lettres d'Amabebt par le docteur Tamponet.
Ces deux ouvrages sont de M. de Voltaire,
Tome IV, page 3o4., du 5 juillet. On vient d'imprimer un petit recueil contenant la Réquisition de M. de Voltaire à son curé, en date du 3o mars, pour qu'il vînt lui donner la communion chez lui ; des déclarations , des dépositions de témoins, des certificats, etc. Il était réservé h nos jours et à un génie aussi original que celui de M. de Voltaire, de dohner un pareil spectacle , d'en répandre les détails par l'impression , etc.
Ce n'est point M. de Voltaire qui fit imprimer ce recueil. Je renvoie à mes Additions déjà citées,
3oO EXAMEN DES MÉMOIRES
sur tout ce que dit ici un rédacteur doux et charitable, qui semble regretter le temps où l'on se faisait un jeu de brûler les hotnmes pour des opinions.
Ibid., page 3o6, du 7 juillet. Il paraît une tragédie intitulée : Les Guèbres ou h Tolérance, attribuée à un M. D. M.,. ( Desmahisj, Au tpn per^iffleur et philosophique tour à tour de cet auteur anonyme , dans sa préface , les connaisseurs décèlent aisément le Protée littéraire qui se plaît aujourd'hui h prendre |ant de formes diverses pour Pinstruction du genre humain»
Cette tragédie est de M. de FoUaire.
Ibid,, page 3iO, du 12 juillet. M. de Voltaire, qui s'attri-. bue avec raison l'étonnante révolution arrivée depuis trente ans dans Içs esprits en général, et même dans les conseils des princes, sur la manière d'y traiter la religion, de la dégager de tout ce qui lui est étranger, de la rendre subordonnée, en la personne de ses ministres, à la raison d'Etat, et de détruire, en un mot, cette distinction barbare et fanatique des deux puissances , continue et renouvelle ses efforts pour maintenir et étendre cet heureux chapgeinent. Il vient de répandre une fipuille intitulée : Le Cri des Nations, qui a principalement rapport à cçs objets. Cet écrit rapide et lumineux est d'autant meilleur que, ren^pli de raisons et de sentiment, il est purgé de toutes les mauvaises plaisante^ ries que se permet trqp souvent le philosophe de Ferney, dans ceux qu'il dpnne sur cette matière. "*
On reconnaît à tout ce que l'empereur Joseph II vient de faire , qu'il avait bien lu cette brochure de M, de Voltaire . ainsi que ses autres ouvrages, Aussi
i>E BACHAUMONT. [1769.] 3ol
le roi de Prusse , après sa première entrevue avec l'empereur, l'écrivit-il à M. de Voltaire^
îhid,, page 3ii^ du i3 juillet. Procès de Ciaustre, pour servir de supplément àUx Causes célèbres. Tel est le titre d'un nouveau pamphlet àeM.,de Voltaire, qui, après avoir joué toutes sortes de rôles littéraires, fait aujourd'hui le personnage d'avocate C'est un extrait lumineux de huit énormes ^ctums.
Cela est vrai, et c^était en faveur de la famille de MM. de la Borde^ que M. de Voltaire écrivit dans cette affaire.
îhid., page 3i3, du i4 juillet. Extrait d'une lettre de Fer-^ ney, du i"' juillet... « Vous me demandez des nouvelles du patron. C'est un homme charmant de tout point, mais intraitable sur l'article de la santé* Il devient furieux quand on lui dit qu'il se porte bien. Vous savez qu'il a la manie d'être malade depuis quarante ans. Elle ne fait qu'augmenter avec l'âge... Il est inconcevable qu'un homme aussi iferme et aussi philosophe , ait sur sa santé les frayeurs et les ridicules d'un hypocondre et d'une femmelette. Dès qu'il se sent la moindre chose, il se purge. Lé plus singulier, è'est que, dès la fleur de l'âge , il ait été tél. »
Je le repète , M. de Voltaire ne craignait point la mort) mais il voulait qu'on le crût toujours bien malade, se persuadant que cela pouvait contribuer à sa sécurité et rendre ses ennemis moins acharnés à sa perte. Du reste , il est certain qu'il était sujet à des douleurs d'entrailles, et que je l'ai vu s'en plaindre très-fréquemment.
302 EXAMEN DES MJÊMOIRES
Tome XIX, j)age 128, du 21 juillet. M. de VoUaire a dcrit le 5 de ce mois à M. Mann, secrétaire-général de la librairie , pour désavouer VUistoirtàaFaTlementy et ¥ Examen ê^unt histoire de Henri IF, par M, de Buri, examen publié sous le nom du marquis de B*^, De pareilles protestations ne méritent aucune créance. C'est à l'œuvre qu'on connaît Touvrier. Tout ce que fait cet auteur anonyme, pseudonyme, est heureusement marqué toujours h quelque endroit de son cachet; de manière que les connaisseurs ne peuvent s'y tromper. Ses ennemis disent que c'est une ruse pour inspirer plus de curiosité à lire cette Histoire du Parlement, encore excessivement rare, et proscrite de ce pays -ci avec le plus grand soin ; que cette lettre de désaveu , imprimée dans le Mercure, instruira toute la France de l'existence d'un livre h peine connu, etc.
Voyez ce que j'ai dit ci -dessus de ces deux ouvrages (65).
Ibid,, page 107, du a août. M. de Voltaire, qui trouve sans doute que son Histoire du Parlement ne perce pas assez à son gré, et fait encore peu de bruit, la désavoue une seconde fois dans une nouvelle lettre (du 9 juillet h M. jLa Combe) insérée au Mercure de ce mois , dans laquelle il annonce que cette histoire est luirdie et indécente. Il sent bien que ces qualifications exciteront encore mieux la curiosité des lecteurs. Il en a obtenu l'effet qu'il attendait; c'est une fureur pour courir après son Histoire du ParlemerU de Paris, par M. Vathé Bi^t que des fous achètent jusqu'à six louis. On a telle-
(65) VExamen de PHistoire de Henri IF, attribué au marquis de B***, est un problème littéraire difficile à résoudre. La discussion en serait trop longue. D'ailleurs , un savant bibliographe et son littérateur Tattribue à La BeaumeUe, Voyez la seconde édition du DicHonnmre des ouvrages anonymes et pendonymes , N» 61 Sa, par M. Barbier.
bE BACHAUMONT. [l 769.] 3o3
ment châtié les colporteurs , qu'il ne s'en trouve plus qui osent se charger de pareille marchandise, et surtout de celleci, contre laquelle le parlement a demandé les prohibitions ^les plus sévères.
Personne ne doutera du zèle du parlement en cette occasion.
Jbid,, page 112, du 21 août. M. de Voltaire, doué d'un cœur aussi actif que son esprit , a favorisé de sa recommandation auprès du ministre de la guerre un jeune médecin chargé de deux hôpitaux dans le pays de Gex , et qui venait solliciter à Paris une augmentation d'appointemens. Muni de la lettre de M. de Foliaire, M. Coste a été très-bien accueilli de M. le duc de Cftoiseul; il a eu l'honneur de dîner avec madame la duchesse ; et ses appointemens, qui n'étaient que de 5o écus, ont été portés à 1200 livres ; et il a reçu en outre 600 livres pour les frais de son voyage (66).
Tome lY , p€ige 339, du 22 août. Dans le cinquième volume de VEçangile du jour, imprimé soi-disant à Londres, X769, on trouve une correspondance entre M. Févêque d'Annecy et M. de Voltaire, qui donne la clef de la conduite de ce dernier depuis deux ans , et jette un grand jour sur les deux farces qu'il a jouées à Pâques successivement.... Rien de plus plaisant que cette correspondance, et que l'assaut de
persifflage que se livre tour à tour l'ouaille et le pasteur
On esl fâché que l'éditeur n'ait pas cq/nservé dans ce volume une estampe qu'on voyait à la tête d'une édition des lettres et profession de foi en question. Cette caricature représente M. de Voltaire en buste, la figure enflammée comme celle d'un séraphin, les yeux tournés vers un Christ en l'air,
(66) La Lettre de recommandation de M. de Voltaire est au t. LXI, pag. 107.
3o4 EXAMEN DES MÉMOIRES
qui regarde amoureusement ce pécheur converti, et semblé le pénétrer de tous les rayons émanés de la gloire qui l'environne.
J'ai rapporté dans mes Additions au Commentaire historique, cette correspotidaiice et tout ce qui y est relatif.
Ibld., page 807, du 8 septembre. On assure que le parlement, vivement touché des impressions fâcheuses que peut répandre contre lui l'histoire que vient de publier M. de Voltaire, a chargé des avocats d'y répondre, non pair le désaveu des faits, qu'on assure être vrais, mais en rétablissant ceux que l'âutéur a omis exprès , et en mettant à découvert toute la malignité d'un pareil ouvragé.
J'ignore si des avocats ont été chargés de cette besogne, et s'ils l'ont commencée. Le parlement a eu bientôt après d'autres affaires plus sérieuses, qui lui auront fait négliger celle-là, et dé plus, cette réfutation prétendue, si on avait eu le temps de l'achever, n'aurait guère été utile à ce corps, et ne l'aurait probablement pas sauvé de sa suppression , arrivée environ un an après*
Ibid,, page SSg, dq^ 17 septembre. De ta paix perp^uelle, par le Docteur Goodhearl, Ce projet, traité politiquement par l'abbé de Saint-Pierre et Rousseau de Genève, n'est ici qu'un cadre où se développe le système de tolérance que ne cesse de prêcher le philosophe de Femey. Il voudrait qu'on abolît tous les dogmes, source intarissable de troubles et de divisions; il trace le tableau des horreurs du fimatisme : et ce sujet, remanié cent fois par le même auteur, reprend sous
DÉ BACHAUMONT. [1769.] 3o5
Son piiiceau encore plus de chaleur et d'énergie. Le fiel qu'il broie avec ses couleurs donne à sa touche tout le terrible des peintures de MicJœl-Anjge. M. âe VoUaire est toujours sublime quand il parle d'après, son cœur.
Le rédacteur de cet article semble parler ici d'après la sensatioiï que la lecture de ce petit ouvrage lui a faite. On peut d'autant mieux applaudir à la manière dont il s'exprime, qu'elle pouvait lui attirer l'animadyersion de plusieurs de ses col- ' lègues.
Ibid., page 869, du ti octobre* Madame Denis, nièce de M. de Voltaire, dont la séparation d'avec ce cher oncle avait occasioné tant de mauvais propos , et de conjectures sinistres qui n'ont jamais été bien éclaircieô, vient de quitter Paris pour se réunir avec lui, et, par son retour^ va sans ^oute égayer la retraite du philosophe de Ferney.
Il fallait dire plutôt : Madame Denis va sans doute quereller de nouveau son oncle. Si elle n'était jamais revenue à Ferney > M. de Voltaire aurait vécu encore bien des années.
Tome V, page i, du i*' novembre. Il s'est trouvé à la poste une lettre ayant pour inscription : Au prince des poètes, phénomène perpétuel de gloire, pJdlosaphe (fes nations, mercure de l'Europe, orateur de la patrie^ promoteur des citoyens, historien des rois, panégyriste des héros, Aristarque des ZdUes, arhitrs du gfiét, peintre en tout genre, le même à tout âge, protecteur des 4uts, bienfaiteur des talens ainsi que du Qnd mérite, admirateur du gé-^ nie , fléau des persécuteurs, ermemi des fanatiques , défenseur des opprimés, père des orphelins, modèle des riches, appui des indigens ^exemple des sublimes Qertus. Cette lettre, tout considéré, I. 20
3o6 EXAMEN DES MÉMOIRES
a été rendue à M. ^ Voltaire, quoiqu'elle ne portât pas soa nom, comme le seul à qui toutes ces qualités passent convenir Lps ennemis de* M. de^VoUaire prétendent que c'est
lui-même qui s'est adressé ou fait adresser cette lettre ; ib appuient cette conjecture sur Pinvraisemblance qu'elle pût veijir d'ailleurs que des Petites-Maisons, etc.
La conclusion est admirable! Et où donc faut-il envoyer ces messieurs qui mettent ainsi d'un coup . de plume M. de Vohaire aux Petites-Maisons? Voici le vrai, cette lettre n'est pas supposée, et elle arriva en effet à Ferney. Ce fut moi qui la reçus et qui là portai à M. de Voltaire; il ne voulut point la recevoir, disant qu'elle était de quelque fou, et la renvoya au bureau. Elle était d'uh abbé de Launuyj comme ndlis l'apprîmes depuis; ainsi les imputations que l'on fait ici à M. de Foliaire sont aussi fausses qu'extravagantes (67).
Ibid» , page 4^ , du a novembre. Dieu et les hommes, auorr AàJogique, mais raisonnable, parle dookurObem, troébdtptir Jacques Aimon, Tel est le titre d'un volume de ao4 pdges, (pu repaît en ce moment la curiosité des incrédules. En eflfet, cette œuvre prétendue théologique n'est qu'une œuvre du diable ,^ et n'en est que plus courue. Le fond,'très-rebatta, est enrichi des grâ(îes du style ; et les connaisseurs y reconnaissent la touche du philosophe de Ferney. Cet auteur infatigable a voulu donner sans doute matière à une nouvelle
(67) Cet abbé de Launajr se mêlait de poésie, un peu malgré ilfînerve; il a été long-temps en prison à Paris, pour dettes, et s^occupak pendant ce temps à écrire ainsi à tous cens dont il espérait obt^^tr quelques secours.
t>E BA^CHAUMOIYT. [1769.] 3o-
abjuralion pour l'année prochaine, lorsqu'il fera ses pâques avec la ferveur dont il édifie le public depuis deux ans.
Il est singulier d'appeler œwre du diable une oeuvre ou l'on établit que l'opinion de l'existence de Dieu est utile et nécessaire au genre humain; quelle a été celle de presque toute Fantiquité et de toutes les nations. Comment, après avoir lu cet ouvrage, le PHncipe d'action, les Lettres de Memmius, et autres écrits où M. de Voltaire combat avec force l'athéisme, se trouve-t-il encore des fanatiques qui l'appellent athée? Et comment, parmi les î-édacteurs des Mémoires, y en a-t-il d'assez crédules où d'assez mauvaise foi pSur répéter quelquefois cette sottise?
Tonu ^Y%.,pa§e 128, du 1 3 novembre. On a vu par la souscription de la statue de M. de Voltain, jusqu'où va l'enthousiasme de ses amis. Ses ennemis, toujours acharnés contre lui, viennent d'en faire la parodie la plus amère. C'est précisément l'inverse de l'autre, c'est-à-dire une suite de toutes les qualifications injurieuses que peuvent enfanter la plus basse envie et la haine la plus active.
Ibid.y pagein^^ du 19 novembre. Les ennemis de M. de Voltaire, dont la rage contre ce grand homme ne s'éteindra qu'avec sa vie, ne cessent de répandre contre lui des libelles aussi obscurs qu'eux. L'un de ces Zoïles vient d'en faire un portrait si effroyablement crayonné, qu'il ne peut être reconnaissable qu'à ceux qui sont aussi aveugles qiife l'auteur sur le mérite de ce prince de la littérature , et aussi prévenus contre lui.
Tout cela était une suite assez naturelle du pro-
3o8 EXAUÉN DES M]ÉMOIBES
jet de souscription pour la statue. Un pareil honneur décerné pour la jM'emière fois en France à un homme de lettres, donnait des convulsions à ses ennemis. Il fallait bien qu'ils jetassent leur écume (68).
Tome V, page 28^ du 5 décembre. En 1753, un élève de l'école militaire de Berlin, nommé Mib^a/Y^^ âgé de 16 ans, que le roi avait distingué plusieurs fois aux exercices , étant très-curieux d'assister au spectacle de la cour , s'adressa à M. de Voltaire par le billet suivant :
Ne pouvant plus gourmandcr Le goût vif qui me domiue, A Daignez, seigneur, m^accorder Un billet pour voir JVanine.
M. de Voitalrt y fit cette réponse impromptu :
Qui sait si fort intéresser, Mérite bien qu'on Je prévienne,* Oui y parmi nous viens te placer, Nous dirons tous : Qu'il y revienne.
II conduisit en effet le jeune homme à la comédie , et le présenta au roi, qui les retint tous deux ce soir même à son souper. M. de Voltaire quitta Berlin peu de temps après. M.Mingard, ayant dans la suite négligé le soin de sa fortune
(68) Le rédacteur des Mémoires ne croyait pas se tromper en disant que la rage des ennemis de Voltaire s'éteindrait avec sa vie. C'est en effet une espèce d'axiome, que l'envie et la haine ne s'acharnent que sur les vivans. Il était encore réservé à Voltaire de donner en ceci on exemple du contraire. Cette rage contre ses chefs-d'œuvre et contre sa mémpire u'esjt pas encore assouvie, et se propage de génération en génération. Il faut qu^ son mérite soit bien extraordinaire, car il e^t
DE BACHAI] MOIVT. [1769.] SoQ
pour des objets frivoles, tomba dans la disgrâce de sa famille, et par une suite de catastrophes sinbtres, s'est trouvé très-malheureux. Réfugié à Paris et sans ressources , il s'adressa à un homme de lettres qu'il engagea à écrire en sa faveur h M. dé Voltaire, L'homme de lettres le recommanda en effet, en rappelant à M. de Voltaire l'anecdote de Berlin. Celui-ci répondit par une lettre assez laconique et un peu vague. Mais quelques semaines après, M. Mingard reçut avec surprise des secours ée la part de sa famille , accompagnés d'une lettre pleine de tendresse , et crut ne devoir qu'à M. de Voltaire cet heureux changement , qui semblait renouveler pour lui la réconciliation de l'enfant prodigue. Ce trait de bienfaisance, quoiqu'un peu ancien, n'a guère été connu jusqu'ici.
Cette anecdote est vraie. Il y a plus ; M. Mingard accourut lui-même à Femey pour remercier M. de Voltaire^ qui le reçut très-bien, lui prodigua aussi des secours, et, par sa recommandation, lui procura un accueil favorable chez plusieurs de ses voisins. Malheureusement les suites ne répondirent point à ses bonnes intentions. Le jeune homme finit par se comporter d'une manière très-peu honnête, qui le fit abandonner de tous ses protecteurs. Il partit, et depuis lors on n'a plus entendu parler de lui à Ferney.
inouï, nou-seulement quW homme vulgaire, mais qu^un homme justement célèbre, trente ans après sa mort, soit harcelé daas son tombeau, avec autant d'acharnement que s'il vivait encore. Mais aussi la raison et le goût ne sont point anéantis; ils veiUent pour la défense du grand homme, et leur voix étouffera à la fin les clameurs de l'envie, de la vengeance et de Fintérét.
3l.O EXAMEBî DES M1SMOIHES
Ibid. , page 32 , du i3 décembre. On connaît les soiiis de M. de Voltaire pour fedre rendre justice à la famille des Sirvep, ces malheureux père et mère , accusés d'être auteurs du meurtre de leur fille, et condamnés comme tels par contumace au parlement de Toulouse... Ils ont eu le courage de se rendre en cette ville, de faire juger la contumace, et ils ont été déclarés innocens d'une voix unanime. Ils ont été remis en liberté et en possession de leurs biens qui avaient été confisqués au profit du domaine. Cet événement , qu'on doit principalement aux réclamations de M. de Voltaire, assure de plus en plus à ce poète philosophe une place parmi les bienfaiteurs de l'humanité. On ne doute pas que M. EUe de Beaumont, avocat célèbre , qui a pa^é plusieurs mois de Tété et de l'automne à Femey, n'ait beaucoup contribué h éclaircir l'affaire. On ne doute pas non plus que M. de VaudettS, le nouveau premier président du parlement de Languedoc , n'ait versé dans ce tribunal l'esprit de tolérance dont il est lui-même animé, et qu'il n'éteigne toutà-fait le feu du fanatisme qui n'avait que trop éclaté dam la malheureuse affaire des Calas,
Le rédacteur rend ici justice à la vérité. M. de Fokaire a été la première cause du salut des Sirvert. Il fut secondé avec beaucoup de zèle par M. de Beaumont y à qui ses avis ne furçnt pas moins utiles en cette occasion que dans la cause 'des Cala$,
Tome XIX, page 177, du 9 janvier 1770. Dans un des volumes des Ephémérides du cUùyen^ les économistes ont eu l'audace d'attaquer de front et à découvert le règne de
DH BJLCKéLVUOHn. [1770.] 3! I
Louis XIV; comme le règne de cet esprit r^lementaire qui kur déplaît, et qu'ils prétendent n'être bon qu'à introduite un odieux despotisme. M, de Voltçdre n'a point vu sans indignation flétrir un règne dont il a écrit les fastes mémorables,, et qu'il a représenté coYame un des plus beaux siècles de l'histoire. Il s'est cru obligé d'en prendre Ja défense. On se doute bien avec <{uelle éloquence victorieuse il soutient une pareille cause ; mais ce dont on ne se douté pas, c'est la modération avec laquelle il épargne ces journalistes , pour lesquels il montre tous les égards dus à de pareils philosophes. Il dpnne dans ce petit ouvrage de trente pages un modèle d*utie critique saine , juste et sage , que ces écrivains polémiques observant trop rarement , et dont M. de Foliaire s'est ailSsi malheureusement trop souvent écarté. Une simple brochure de cette espèce suffirait pour faire la réputation d'un auteur qui n'aurait pas d'autres titres littéraires (69)^
làid,, page 178, du 10 janvier. Outre la justification élo* quente du siècle de Louis XIV par le philosophe de Perney, il paraît de lui d'autres pamphlets qui ne lui mériteront pas les mêmes éloges de la part des dévots et même des gens attachés aux anciennes routines. Ces petits ouvrages clandestins ont pour titre ; Lès adorateurs ou les louanges de Dieu, par M. Imhoff; Requête à tous les magistrats du royaume, etc., sur les abus des fêtes, etc; Instruction du gardien des capucins, etc. Tout en Dieu, etc. On présume facilement que M, de Voltaire n'avoue pas ceis écrits ténébreux , mais ses principes soutenus qu'on y retrouve , et surtout le malheureux charme de son style , n'en décèlent que trop l'auteur ; et ils sont recherchés avec l'avidité ordinaire pour tout ce qui sort de sa plume.
Ces divers ouvrages sont tous de M. de FoltcUre^
(69) Celte Défense du siècle de Louis XI T est dans le t. XXVIU * IMig. n3.
3l2 . JEXABfEir. DES HiMOIRES
S'ils étaient si recherchés, ils n'étaient pas trop ténébreux. Le rédacteur ne veut faire entendre apparemment par ce mot, que l'espèce de mystère avec lequel ces livres anonymes se débitaient sous le manteau*. A l'égard de ce malheureux charme de style, il paraît que les lecteurs avides dont on parle n'étaient point arrêtés par cet inconvénient.
Tome y, pagt 58 , du 19 janvier. RtquitB à tous les magistrais du royaume, composée par trois avocats d'un^ pariement. Cette brochure , écrite ?ivec autant de chaleitr que d'onction , est utie espèce de sermon moral , ou plaidoyer en feveur du peuple. Après une peinture aussi vraie que touchante des calamités accumulées sur cette nombreuse portion de PKumanité, elle attaque les abus du carême et des Sites, et tend à prouver Futilité de supprimer ces abus , etc.
Ibid., page 5g, du 20 janvier. Les Adorateurs, ou les cuornges de Dieu, auQrage unique de M, Imhoff, traduit du latin. Ce sont deux interlocuteurs raisonnant sur l'existence de Dieu, son essence , sur le monde , et toutes les questions abstraites de la métaphysique,,. 9|. de Vdtaire, dans un ouvrage aussi court et aussi frivolç en apparence, a concentré les connaissances profondes d'une infinité de traités de métaphysique et de physique , enrichies de toute? les grâces d'une imagination brillante.
Ce langage, en parlant des deux brochures de M. de Foliaire dont on vient de faire mention, ne ressemble guère à celui que le rédacteur, ou l'un de ses cpllègues, tenait le jo janvier, en les traitant avec mépris d'ouvrages ténébreux, et gé-
DE BAGHAUMOBrV^ [l??^] 3l3
missant d*y retrouver un malheureux charme de
«tyle(7o).
Tome XIX, page i8i, du 5 février. On parle d'une nouvelle comédie de M. de Foliaire, intitulée : Le Dépositaire. Elle roule sur un trait connu de la vie de Ninon de l'Enclos. On doute qu'elle passe à la police , quoicfull ait substitué un marguillier au grand-pénitencier.
Cette comédie, imprimée en 1770, ne put être représentée sur le théâtre de Paris.
TomeY^ page 88, du 2] mars. M. de Foliaire^ pour préliminaire de la farce spirituelle qu'il se propose de jouer, vraisemblablement pour la troisième fois, h Pâques prochain , vient de se faire nommer p^re temporel des capucins de la province de Gex. Ces bons pères qu'il a tant bafoués sont aujoiird'hui sous sa protection.
M. de Foliaire n'a nullement cherché à se faire nommer père temporel des capucins; mais il avait depuis peu sollicité et obtenu pour eux, de M. le duc de Choiseuly une pension annuelle de six cents livres, payable à leur couvent de Gex. Quelqui^ temps après le gardien de ce couvent apporta à M. de Voltaire y pour marque de la reconnaissance de l'ordre, la patente de don Alamhaïla, général des capucins à Rome , qui nommait M. de Voltaire père temporel des capucins de la province de Gex,
(70) X^a Beiquùe à tous les Magistrats est au tom. XXIX , pag. 1 75 ; Les Adorateurs, etotome XXXVI, pag. 33a.
3j4 EXABIEIf'DES M^MOIKES
Ibid.^ page i|5, du i3 avril. On a. déjà composé Finscription pour la statue projetée de M. de Voltaire. Elle portera : A Voltaire pendant sa i?ie; par les gens de lettres, ses compatriotes et ses coniempondns.
Tome XIX, page 2o3, du 17 avril. On prétend aujourd'hui qu'un grand ouvrage auquel travaille M. de Voltaire, et qui lui fait dl^sirer de vivre encore quelque temps , est une encyclopédie entière qu'il a entrepris de rédiger.
Ibid., page 206, du 26 avril. On croit que V Encyclopédie, qu'on annonce comme l'occupation actuelle du philosophe de Femey, n'est qu'un titre vague sous lequel il videra son porte-feuille et rassemblera une infinité de broutilles disparates qui avaient besoin d'un point de ralliement pour se produire au grand jour. Quoi qu'il en soit, le public dévore d'avance cette agréable rapsodic.
L'ouvrage dont il s'agit a paru sous le titre de Questions sur r Encyclopédie , en neuf volumes. C'est le Dictionnaire philosophique qui avait été publié en 1764, qui se reproduisait ici sous un autre titre , avec des augmentations considérables. Le premier titre avait été changé, parce que le dictionnaire philosophique avait excité ime grande rumeur chez les ennemis de M. de Voltaire^ et l'avait exposé à une violente persécution, qu'il ne détourna que par beaucoup d'adresse.
lUd., page 221, du g juin. C^est aujourd'hui sous le nom de Jean Plohqff, conseiller de Holstein, que M. de Voltaire fait paraître une espèce d'ode en prose , qu'il donne comme la traduction d*un poème de cet Allemand , sur les affaires présentes, et principaleiirent la guerre des Russes et des Turcs. *
BE BACHAUMONT* [177O.] " 3l5
Ibid,, page 2 26 , du 19 juin. Ilparatt une nouvelle ëdiâon de l'ancienne Sophonlsèe de Mairet, réparée à neuf. Elle est précédée d'un épîlre dédicatoire à M. le duc de la ValUère. Le style de ce préambule , le persifflage qui y règne , etc. , tout annonce que cette plaisanterie esi du Vieillard de Ferney.
C'est moins une édition de la Sophonisbe de Mairet^ qu'une tragédie nouvelle sur le même sujet. Elle est de M. de Voltaire, ainsi que l'opuscule attribuée à Jean PhÂqffl dont il est parlé à l'article précédent.
Tome y, page i53 , du ig juin. Le projet de dresser une statue à M. ^ Voltaire a été enfanté et rédigé chez madame Necker, femme du banquier de ce nom y qui reçoit chez elle beaucoup de gens de lettres. En conséquence ce grand poète lui a adressé l'épîtrc suivante :
Quelle étrange idée est venue , etc.
Tout cela est vrai, ^
Ibid., page 170, du 27 juillet. On parle d'une diatribe diabolique que le sieur de Voltaire vient de vomir contre plusieurs petits auteurs, entre autres les sieurs Lenuerre, Dorât, etc. Ce dernier lui a répondu par une épigramme bien digne de faire le pendant de l'autre pièce, et dont la pointe est dans ce dernier vers:
S^Û n^avait point écrit, il eût assassiné.
IMd,, page ijS , du 8 août. La diatribe de M. de Voltaire qui a provoqué la sanglante épigramme qu'on a citée , n'est autre chose que lès Anecdotes sur Jean Fréron, imprimées
3l6 EXAMEN DES MEMOIRES
depuis long-temps dans un recueil , mais qui n'avaient fiatit aucun bruit. Ce libelle diffame le sieur Fréron, et ceux que Ton croit ses suppôts. Le sieur Dorât, entre autres, qu'on sait être fort lié avec lui , se trouve obligé aujourd'hui de renier son ami, et, dans une lettre à M. d^ Foiiaîre, qu'il vient de faire imprimer, se disculpe absolument de ce commerce.
Ces anecdotes sur Fréron ne sont absolument point de M. de Fokaire; elles lui avaient été -envoyées de Paris, depuis plusieuFs années, par M. Thiriot. L'épigrammë dont on parle est de la dernière in£imie. On ose Fimputer à M. Dorât; ce qui doit paraître bien douteux et se concilier mal avec la lettre qu'il écrivit à M. de VoUaire^ et dans laquelle il se disculpe d'être l'ami de Fréron (71).
Ihvd., page i85 du 19 août. II y a une requête adressée au roi par les habitans de Saint- Claude, contre les abbé et religieux dudit lieu, que l'on attribue II M., de Voltaire, et qui respire en effet tous les sentimens d'humanité dont est pétri ce poète philosophe.
Tome XIX, page ^48, du 27 août. Le sieur La Beaumelle, l'homme de lettres que M. de Voltaire déteste le plus après Fréron, prétend que ce philosophe a envoyé des écrits injurieux contre leur seigneur, aux vassaux d'une terre à lui appartenante en Languedoc; que, dans son indignation, il avait été sur le point de faire décréter l'anonyme par son
^71) Voyez la réponse de M. de Voltaire à M. Doraty tome LXI , pag. ^56. Uépigramme dont on parle ici commençait par ce vers :
f Un }c«ne komnM boailladt inveetÎTait Voltaire.
Googfë
DE BACHAUMONT. [177O.] 3l'J
bailli Y ayant les preuves nécessaires pour sa Conviction; mais revenu à lui-même , il s'est contenté de mépriser ces injures, etc.
Tout ce que Ton dit ici de M. de Fokaire est £siux. Quand il a repoussé les erreur^ et les calomnies de La Beaumelle^ il l'a toujours fait ouvertement; il le méprisait plus qu'il ne le détestait.
Ibid., page 262, du 3 septembre. Anecdotes sur Fréron, écrites par un homme de lettres à un magistriu qui voulait être instruit des mœurs de cet hom^^. Tel est le titre de ce pamphlet imprimé dans le second volume des Choses utiles et agréables. C'est une atrocité effroyable contre la famille, les mœurs et la réputation de cet auteur. On y détaille ses divers croupiers, savoir: MM. l'abbé delà Porte, du Tertre, ex-jésuite, de Caux, de Ressegider, Palissot, Bret, Berlan, Bruix, Dorât, Louis, Bergier, d'Arnaud, Caste., Blondel, Patte, Poinsinet, Vandeimonde , - Riçery, le Roy, Sedaine, Castillon, Colardeau, d'Eon de Beaumont, Gossard, etc. Il y a quelques coups de pâte pour plusieurs de ces messieurs , mais légers; M. Dorât surtout n'est que nommé, et il n'y a pas d'apparence que sa bile se soit allumée au point de produire l*épigramme qu'on lui attribue. Du reste on reconnaît parfaitement M. de Voltaire au style , et à ce talent particulier qu'il a pour dire des injures.
Voyez ce que nous avons dit plus haut sur ces yinecdotes.
Tome Y ^ page 192 , du 4- septembre. On voit dans l'atelier du sieur Pigal une esquisse de la figure entière de M. de Voltaire, II est repr^enté nu , assis , tenant un rouleau d'une main ^ une plume de l'autre. Il paraît que retfe manière
3l8 EXA.MEN BES MÉMOIRES
de le poster n'agrëe pas au public, et ce n'est pas le dernier effort de l'artiste qui essaie différentes attitudes pour faire valoir ce squelette, sujet ingrat pour le statuaire.
Tome XIX, page 253 , du 6 septembre. Il y a une grande fermentation dans le corps des encyclopédistes et des partisans de M. de Voltaire, contre M. Ségider, avocat-général.. en ce que dans les seuls livres , au nombre de sept, qu'il a dénoncés au parlement , il ait affecté d'en choisir un du dieu de la littérature , auquel on travaille actuellement à dresser une statue. On se plaint aussi de ses déclamations contre les académiciens ses con&ères, vagues, il est vrai, mais que l'on sent tomber indirectement sur les encyclopédistes.
L'ouvrage de M. de Voltaire englobé dans la proscription de M. Séguier^ a pour titre : Dieu et les Jwmmes (72).
TomeY^pageiqi^y du 8 septembre. Le sieur de Voltaire vient de répandre une petite brochure intitulée : Dieu, où il s'annonce pour réfuter le Système de la nature sur l'athéisme... Ce pamphlet peut passer pour le traité d'athéisme le plus formidable, par l'adresse avec laquelle le sieur de Voltaire a rapproché les divers argumens de son adversaire, qui restent dans toute leur force, et n'en reçoivent que davantage par cette réunion lumineuse , rapide et serrée... Par cet extrait du Système de la nature, en 2 vol. in-S'^^ où tout le monde ne pouvait pas mordre, et qui n'était fait que pour des têtes fortement organisées, l'athéisme , ainsi dégagé de toute la forme syllogistique, enrichi de toutes les grâces du style et de tout le piquant de la satire, va se répandre sur toutes les toilettes et infecter les esprits les plus frivoles^
Cette brochure de M. de Voltaire est tirée des
\^i) Tome XXXUI, pag^. 171.
DE BÀCHAUMONT. [177O.] 819
Questions sur V Encyclopédie (73). Mais, monsieur le rédacteur des Mémoires y il est bien étrange que vous prêtiez tou jeu rs à M. de Foliaire des vues et des sentimens qu'il n'avait pas, et que vous hasardiez si légèrement de répandre des réflexions si fausses.* Quoi! parce que ce philosophe fut le premier à prendre le parti de la Divinité, quand le Système de la nature parut, vous l'accusez de prêcher l'athéisme ! Est-ce parce qu'il dit : Il faudrait trouver ailleurs unepreu^^e démonstrati\>e que Dieu n'existe pas y et c'est ce qu'assurément personne n'a trouvé ni ne trouvera? Est-ce parce que le sieur de Voltaire dit quelques pages après : Le plus bel hommage, à mon gré y qu'onpuisse rendre à Dieu , c'est de prendre sa défense sans colère; comme le plus indigne portrait quon puisse faire de lui, est de le peindre vindicatif et furieux. Il est la vérité mène : la vérité est sans passion. C'est être disciple de fiiEU que de V annoncer d'un cœur doux et d'un esprit inaltérable?
Ihid,, page 198, du i3 septembre. A la suite du petit pamphlet intitulé Dieu, se trouve une espèce de réponse de M. de Voltaire au livre ayant pour titre : Lettres de quelqwÉ juifs portugais, allemands, etc. Il paraît que cet autre pamphlet fera ^ussi corps des remarque^ de Tauteur sur Vljicydopédie,
Cette réponse de M. de Foliaire est composée
(73) C*e8t la lection it do l'art. DieUf du Dict. philos, t. XXXIX,
320 ÉXAMEIf ]»:S Ml^MOlAES
de plusieurs lettres et fait partie de l'article Jujf^^ des Questions sur f Encyclopédie (74)-
Ibîd,f pa^e 199, du 16 septembre. Le sieva de La BeaumeUe, semblable au milan qui , dépouillé par l'aigle^ laisssdt croître ses plumes dans le silence, pour se venger de son ennemi, après avoir passé douze ans dans la retraite , lacéré de toutes parts par M. de Voltaire, est sorti, comme on dit, armé de pied en cap , et va lui rendre tous les coups qu'il en a reçus. Il fait imprimer la Heruiade corrigée, où il Jrouve plus de trois mille vers à reprendre. Il attaque encore mieux le plan, mais, par une .jnaladresse impardonnable, il s'est avisé de vouloir substituer ses vers à ceux de M. de Voltaire, Oest La Motte qui traduit VIliade en vers. Outre ces critiques , et des commentaires sur les Œuvres de M. de Voltaire, le sieur La Beaumelle a encore en porte-feuille des traductions et d'autres ouvrages, etc.
Ce milan déplumé qui sort armé de pied en cap ivV pas fait grand carnage, et personne n'en mourra. On n'oserait en dire autant des critiques, corrections, commexltaires, traductions, mémoires il autres ouvrages, publiés ou non publiés, de ce réformateur de la Henriade.
Tome XIX , page 261 , du 6 octobre. On parle d'une épigramme sur la statue de M. de Voltaire dont on voit l'esquisse chez M. Pigal, Elle est éclose , sans doute, sous la plume d'un des détracteurs de ce grand homme.
Ce monument irritait sans doute les ennemis de M. de Foliaire^ et les plus acharnés d^entre eux
(74) Dict. philos, tome XLI, pag. iSg.
DE BACHÂUM09T. [1.77O.] 3a I
croyaient s'en veqger par des satires et des épigrammes. C'était en quelque sorte se reconnàîti'e eux-mêmes, à quelques traits emblématiques, exprimés par l'artiste au bas de ce monument.
Tome V, page a 18, du 6 novembre. Le mémoire de M. de Voltaire f en faveur des habitans de Saint-Claude ', réveille l'attention du public- Il est (Question de juger cette affaire au conseil des dépêches... La cause de l'humanité à plaider d'une part, et la satire à faire des moines de l'autre , était un trop beau sujet pour ne pas enflammer l'imagination de notre poète philosophe. Il a traité la matière supérieurement et avec tout l'intérêt possible. On ne doute point que le chapitre de Saint-Claude ne perde.
Le succès ne répondit point à cette attente , M. de Foliaire ne fut pas au$si beureux dans cette affaire qu'il l'avait été dans la cause des Calas el des Sirven (7 5).
Tome XIX, page 287, du 3 décembre. Il paraît une nou- VÊJHe facétie de M. ^ Foliaire, ayant, pour titre : Lettre au nd de la Chine sur son recueil de çers, etc. C'est un nouveau cadre où le poète de Ferney enchâsse. encore se» viclimes ordinaii^es, et les repasse en revue, etc.
Le rédacteur peut y rémarquer aussi de la bonne poésie et de la gaieté*
Tome V , page 284 7 du 9 décembre. Tandis que M. d&t Voltaire ne cesse de s'égayer aux dépens dé ses ennemis ^
(75) Ses écriu sur raffaîre de Saint-Claude wmi dans le t. XXIX, pag. 455.