‹ Mémoires sur Voltaire, et sur ses ouvragesChapitre 4 sur 19 · AVIS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

AVIS PRÉLIMINAIRE

Ce Commentaire historique fut composé au commencement de 1776. M. de T^oltaire m'en fit don, et mè remit, avec le manuscrit, les pièces originales qui avaient servi à sa composition , en me permettant de le faire imprimer par quelque libraire étranger, comme Touvrage d'un anonyme. MM. Dùrey et Christin , tous deux avocats , qui étaient alors à Ferney (i), certifièrent, après vérification, l'authenticijé des pièces justificatives , et la remise qu'ils m'en firent, par ordre de M. de Voltaire. Leurs déclarations , qu'ils m'autorisèrent à publier, se trouvent en tête de la première édition du Commentaire historique^ et cela contribua peut-être au bruit qui courut, après la publication de cet ouvrage , que l'un ou l'autre de ces messieurs en était l'auteur.

Après la mort du véritable auteur, l'auguste impératrice de Russie ( Catherine II) ayant acquis de madame Denis la bibliothèque de M. de Voltaire et tous les .manuscrits qu'il avait laissés, je crus devoir y joindre

(i) Durey de Morsan était frère de madame Btrthitr de Sauvigny, intendante de Paris. Il demeura assez long-temps chez Voltaire, qui lai rendit de grands services, (^o^ez^ dans la Correspondance générale, les lettres à c«tte dame.) Christin, avocat à Saint-Claude, se distingua par ses talens et son courage dans le célèbre procès des serfs du Mont- Jura contre TdilMiye de Saint-Claude.

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ceux dont il m'avait gratifie , pensant avec raison que madame Denis aurait quelques ^rds pour moi k cette occasion ; mais elle ne daigna méjne pas m'en remercier {a).

Je remis donc exactement à M. Panckoucke , qui vint les chercher en poste , muni des ordres de madame Denis, tous les papiers de M. de J^oUaire qui se trouvèrent à Ferney, et ceux que j'avais. Le toiut ëtait contenu dans vingt paquets bien scelles , e| que madame Denis vendit (2) tous encore à ce libraire^ sans même les regarder^ ainsi qu'il me le manda (fi).

* [a] L'impératrice envoya à madame Denis cinquante nïille écus en argent, et pour pareille valeur «n dtamanfl, pelisses, etc.

(a) Il parait y avoir quelque contradiction dans ce récit. Gomment madame Denis aurait- elle vendu à Panckoucke les manuscrits de -son oncle /déjà vendus par elle à Fimpératrice de Russie? Dans le fait, elle n^a pu vendre et n'a vendu à Timpératrice que les livres composant la bibb'othéque de Voltaire^ et non ses manuscrits, qu'il avait promis it Panckoucke, pour l'édition qu'il l'avait autorisé de faire, {p^agnière, chargé de conduire la bibliothèque en Russie > aura pu y joindre, pour faire sa cour à Fimpératrice, des manuscrits qui lui avaient été donnés » en propre par foltaire, ou des pièces recouvrées par lui postérieurement à la remise faite à madame Denis, ou enfin des doubles qu'il en aurait faits à ce dessein. Cette supposition expliquerait en partie ce qui semble contradictoire dans le texte. Ajoutons ce que âilAgasse, gendre de Panckoucke, dans FA vis au devant du CommentËÛre de la Harpe sur , Racine-^ c'est, que VoUmre a légué par testament ses manuscrits k Pau" ckoucke. En ce cas , c'était à ce dernier seul qu'ils devaient être remiff, sans qu'il eût eu besoin de les acheter chèrement de madame Denis,

{b) M. Panckoucke étant venu à Ferney au mois de jum 1777) mç dit q^'il avait envie de faire une belle édition des Oeuvres de f^oliaire^ qu'il me priait d'en obtenir pour lui seul la permission , et de Fengager à revoir tousses ouvrages^ que s'il y consentait, il me donnerait douze mille francs. M. de f^oltaire acoorda tout ce que je lui demandai, et se mit sur-le-champ au travail. Sa mort Finterrompit. M. Panckoucke,

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Malgré la remise de ces papiers à moi donnés par M. de FoltcUré^ cm sera peut-être étonné qu'ayant eu Fhonneur d'être pendant vingt et un ans son seul secrétaire , je n'aie pas fait un recueil plus considérable d'anecdotes sur ce grand homme, de ses discours et de plusieurs petits écrits particuliers. En voici la raison.

Je n'avais que quatorze ans lorsque je m'attachai à lui, à la fin de 1754* U daigna faire attention à tenvie extrême que j'avais de travailler, de m'instruire et de lui plaire ^ il y parut sensible, m'encouragea , se prêta à mon éducation , me donnant . lui-même des leçons de latin , que j'avais commencé .d'étudier-, et il eut de l'amitié pour moi.

Tout jeune que j'étais, je voyais et je sentais les chagrins violens et les inquiétudes cruelles que lui occasionait et lui avait occasionés l'infidélité de ceux en qui il avait mis sa confiance, celle même de quelques-uns de ceux qui se disaient ses amis , et je me promis fermement d'éviter tout ce qui pourrait lui procurer quelque désagrément dfe ma part.

D'ailleurs, la manière dont M. Collinij mon pré-

après cette mort, sentant combien il lui était essentiel que je certifiasse rintention de M. de F^oUaire à son égard, et que je lui donnasse tous les rcnseignemens potsibles pour son entreprise, me donna un billet de deux mille écus qu'il m'a payés ; et madame Denis exigea qu'il lui remit l'autre billet de six mille franôs pour le complément de la promesse qu'il m'avait faite (outre tous les autres qu'il loi donna pour le prix des manuscrits qu'elle lui vendit), lui disant qu'elle me le ferait toucher. Mais elle s'en est emparée à son profit encore, et j'ai été frustré de cette partie de la bonne volonté de M. Panckoucke pour moi.

ro A. VIS PRËLIMIfTAIIlE.

décesseur, hotqjne d'une famille honorable de Florence, et de beaucoup de mérite, fut obligé; en 1767 (par suite d'une cabale), de se séparer de M. de VoU taire y et la façon dont il fut traité, quoique à tort (c), me fit craindre aussi de l'être un jour de même, et m'engagea à prendre encore plus fortement la résolution de n'être jamais dans le cas d'être blâmé de mon maître, de garder aucune copie, malgré les sollicitations qu'on me faisait, et d'abuser de sa confiance, même dans les choses qui ne pouvaient être pour lui dé la moindre conséquence.

Voilà jusqu'où j'ai poussé le scrupule, qui peut paraître, un peu extraordinaire. Mais j'ai la satisfaction . de pouvoir dire que je n'ai jamais , par un abus de confiance et par mon infidélité , occasioné aucun désagrément à mon maître , que je regardais et aimais comme mon père. Ma plus grande sollicitude était , au contraire, d'écarter de sa vue ou de prendre souvent sur moi-même tout ce que je croyais pouvoir altérer sa tranquillité.

Je me suis contenté de recueillir en mémorandum^

(c) On fit, pendant qa'il était sorti, enfoncer les portes de sa chambi;e y de ses armoires , de son bureau , et on enleva tous Bes papiers. Il était si furieux à son retour, qu^il tira Tépée dans la chambre de M. de*yoltaire, en lui disant : Si je ne respectais votre dge, je vous forcerais de me rendre raison de l'outrage ^u*on vous a engagé â me faire faire dans votre maison, M. de Voltaire cependant a toujours eu de l'amitié pour M. ColUni, qui est depuis long -temps secrétaire intime de monseigneur Télecteur palatin, et son bibliothécaire (*).

(*) On a publié ses mëmoires sous le titre de Mon Séjour auprès de VoHuirt ; Paris, 1807, I vol. iii-8.

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