‹ Mémoires sur Voltaire, et sur ses ouvragesChapitre 5 sur 19 · AVIS PRELIMINAIRE. I I · texte numérisé non relu

AVIS PRELIMINAIRE. I I

et pour moi-même, quelques notes , ^elques remarques sur certains faits et sur certaines anecdotes de k vie de ce grand homme; lesquelles j'ai transcrites en grande partie sur mon exemplaire du Comment taire historique ^ ce qui pourra être utile pour une nouvelle édition de cet ouvrage. J'aurais pu les augmenter si j'avais encore les papiers dont a profite madame Denis. Mais enfin je ne prétends point du tout faire un J^oltairiana.

Au reste , ceux qui feront imprimer la collection de ses oeuvres ne manqueront pas sans doute de se procurer des notes instructives, relatives aux différens objets, et qu'ils inséreront aux endroits convenables. Les lettres même de M. de Voltaire pourront leur en fournir. De mon côté, j'y contribuerai autant qu'il me seira possible, car personne ne s'intéresse plus que moi à sa gloire. Je le dois par reconnaissance pour l'amitié dont il m'a honoré, et par mon amour pour la vérité.

Je crois devoir, par la même raison, ajouter ici que M. de Voltaire^ mon ancien maître, étant mort, n'attendant donc rien de lui, n'espérant rien de ceux qui sont ses héritiers (qui me sont aussi étrangers que le Grand-Turc), n'étant point auteur, n'épousant aucun parti , je me borne à suivre le penchant de mon cœur, à aimer la vertu, la justice et la vérité ; qualités que j'ai acquises dans la société et par les leçons d'un homme qui fit la recherche de cette vérité avec ardeur, et qui osa la dire; je me borne, dis-je, à rendre hommage à cette vérité (puisque l'héritière de M. de

la AVIS PRÉLIMITTAIRE.

J^oltaire se tait), en disant ce dont j'ai été témoin , pour répondre à une partie des imputations horribles et étranges dont on accable un homme célèbre, après sa mort, dans la dénonciation, faite au parlement de Paris, de l'édition complète des œuvres de M. de J^oltaire^ dans le mandement sous le nom de M. l'évêque d'Amiens, et dans les pages 85 à 88 inclusivement de la gazette des Nouvelles ecclésiastiques, du 29 mai 1781.

Je n'ai eu connaissance de ces trois pièces qu'en octobre 1781 , et par hasard; car depuis la mort de mon maître , ma fortune ne me permet pas de pouvoir me mettre au fait de ce que l'on écrit pour ou contre lui , ni de ce qui se passe dans la république des lettres.

Quand M. de f^oltaire aurait assassiné sur les grands chemins, fait révolter les sujets contre leurs princes, séduit les femmes et les filles, donné l'exemple de la débauche la plus brutale et la plus effrénée , empoisonné, commis les plus grands sacrilèges, méconnu toutes les lois divines et humaines, enseigné toutes ces horreurs par ses discours et dans ses écrits, on n^aurait pas rassemblé contre lui plus d'accusations graves qu'il ne s'en trouve dans les trois écrits dont je viens de parler, et qui sont pourtant^de la fin du dix-huitième siècle.

Il y a toute apparence que ses accusateurs n'ont point lu ses ouvrages, et encore moins connu sa personne et ses mœurs. Gela était nécessaire , pourtant , avant de le juger si rigoureusement.

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C'est une chose bien étrange , que Ton s'obstine à l'accuser toujours d'impiété et d'athéisme. Est-il donc possible, Messieurs, que vous oubliiez, ou plutôt que vous ignoriez que lorsque le livre dangereux du Sjstème dé la Nature parut, M. de f^oltaire fut d'abord le seul qui prit la défense de la Divinité , et que de tous ceux qui le devaient faire , par état au moins , aucun n'a élevé la voix ! Lisez donc ses ouvrages, et surtout l'article Athéisme^ l'article Dieu, dans les Questions sur l'Encyclopédie, l'Épitre à l'auteur du livre des Trois imposteurs, et mille autres endroits de ses écrits. Souvenez- vous au moins de ce vers admirable :

Si DUu n^existait pas, il faudrait Tinventer.

Aucun de vos confrères a-t-il jamais parlé de Dieu avec autant de clarté , de majesté , d'éloquence , et donné déplus grandes idées de lui , que celui-là même que vous osez accuser de n'y point croire ?

Il est vrai qu'il n'avait pas, comme vous, l'idée d'un Dieu furieux, barbare, cruel, capable de se repentir de ses actions. Je puis vous certifier que je Fai toujours vu fermement persuadé de l'existence d'un Être sUpréme, intelligent, éternel, créateur, juste et bon, père de tous les hommes, sans pouvoir le comprendre, non plus que le comment et le pour^ quoi de toutes^les choses dont Dieu seul s'est réservé la connaissance. Il est vrai aussi que M. de J^oltaire s'est élevé avec force contre le fanatisme , la superstition , et contre les horreursqu ils ont produites j a-t-il

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eu tort? J'ajoute kinontëinoignage la déclaration cidessous, écrite et signée de sa main, et qu'il me donna à Paris, le 28 février 1778; la lui ayant demandée dans un moment où il croyait être très-près de sa mort. Je suis prêt de la déposer juridiquement.

Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la super- STITION. 28 février 1778. Signé Voltaire (3).

Si vous daigniez, Messieurs, lire ses ouvrages, vous y trouveriez aussi tout le contraire de ce d«nt vous l'accusez encore. 11 y a grande apparence que vous êtes comme M. Catherinot, conseiller de Bourges, qui disait dans ses écrits .Nous avons condamné au feu deux ouvrages impies que nous n'avons pas lus.

A l'égard des niœurs de M. de F^oltaire, je vous prierai de vous en rapporter au témoignage de toutes les personnes qui ont ua peu vécu avec lui , à celui de ses domestiques catholiques ou protestans, ou luthériens, à celui de ses vassaux, des habitans de la province où il a résidé pendant les vingt -quatre dernières années de sa vie. J'oserais y joindre le mien, puisque personne n'a mieux connu que moi l'homme, et le fond de son cœur, qu'il ne m'a jamais caché; et je serais le plus lâche des hommes et le plus ingrat, si je n'élevais pas ma faible voix pour rendre kM. de

(S) L^original de ceUe déclaralion est actuellement à lai bibliothèque • du Roi à Paris. P^ojres la note 5 de l'éditeur, sur lalielation du voyage à Paris et de la mort de M. de Vfdtaire.

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f^oltaire h justice qui lui est due. Je suis seulement fôehë que mes talens ne puissent pas^ autant que je le voudrais, seconder ma volonté.

Je dois encore ici , par une suite de sentimens dont je suis pénétré, justifier M. de f^oltaire du reproiAe qu'on lui fciit continuellement de n'avoir pas eu pour ' moi , dans ses dispositions testamentaires, l'égard que semblaient mériter mon attachement à sa personne, l'assujétissement le plus grand, le travail le' plus pénible pendant plus de vingt -quatre ans, et qu'il m'était permis d'espérer de son amitié pour moi.

L'intention de mon maître était qu'après sa mort j'eusse vingt mille écus , y compris les huit mille francs portés sur son testament, et de me donner le surplus de la main à la main , en billets à mon ordre sur son banquier, M. Shérer^ à Lyon. Il me les remit en mains en 1777 5 mais je crus, par respect et par crainte de lui laisser apercevoir le moindre doute sur sa bonne volonté à mon égard, que je ne devais pas les garder, et je les lui rendis. Je ne prévoyais point alors que par une fatalité et des circonstances bien étranges, je ne serais pas auprès de lui à sa mort, malgré ses instances , et que dans ses derniers momens il ne pût obtenir que son notaire vînt vers lui , quoiqu'il le demandât.

Ainsi mon cœur ne doit pas être moins sensible , après la connaissance parfaite que j'ai toujours eue des bonnes intentions de M. de Voltaire pour moi , et que le public ne pouvait qu'ignorer.

Il voulait, par la modicité de la somme énoncée en

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ma faveur dans son testament, forcer son héritière, à laquelle il laissait près de cent mille livres de rente, de contribuer aussi elle-même à mon bien-être, et de s'acquérir de la gloire par les bienfaits qu'il la mettait à portée d'accorder, tant à moi qu'aux autres personnes qui avaient été attadiées à ce grand homme. II me recommandait même particulièrement à die par des instructions qu'il lui donna dans une feuille séparée qui accompagnait son testament.

Étant né sans fortune, n'ayant eu que des gages très-modiques , mon maître ne m'ayant jamais fait de gratification de son vivant (e/), ne lui ayant jamais parlé de mes intérêts, ayant perdu ma santé, passé ma jeunesse sans état assuré pour l'avenir, je me vis, à sa mort , chargé d'une mère , d'une femme et de deux enfans, et très-embarrassé pour les soutenir. La munificence ^ule de sa majesté impériale de Russie, Catherine II (qui daigna m'appeler auprès d'elle pour ranger la bibliothèque de mon maître), m'a délivré de cette crainte (e) qui m'avait d'abord saisi , non sans

{d) Vovoue qu^il avait la faiblesse de craindre que s^il m'avait fi^t de son vivant une petiie forlune, je ne l'eusse quitté, ainsi que ma femme qui lui a été aussi attachée pendant plus de vingt ans. Elle n'avait que cent francs de gages, et moi deux cents. Il avait placé sur ma tête ea 1766 une rente de 36o liv., mais je n'en jouissais pas.

(e) Outre Targent qu'elle me fit compter à son trésor, elle a daigne m'accorder une pension viagère de quinze cents livres de France par an. Elle eut en outre la générosité de faire donner cinq cents écus au cocher de M. de yoliaire, qni Tarait servi dix-neuf ans, et à son lit de mort, que je menai avec moi par commisération à Fétersbourg ^ rbéritiére n'ayant voulu lui accorder d'autre récompense que Tannée de gages qu'il spécifiait dans son testament pour chacun de ses do»

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quelque fondement^ car deux jours après mon retour de Russie, madame Denis me fit dire qu'elle ne me donnerait point les cinquante louis qu'elle, m'avait promis par an, en 1778.

A Rueyre, pays de Yaud, 178 1.

" WAGTflÈRE, Ancien secrétaire de feu M. de Voltaire.

mestiijiies y et dont plusieurs même ont été frustrés, sous différeus prétextes , par madame François Duvivier^ ci^^deyant madame Denit,

AU

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