CHAPITRE XV Arrivée. Pressbourg. Voyage à Prague. Pichel
A la date convenue avec l'évêque, j'arrivai à Pressbourg. A notre première entrevue, l'évêque me dit : « Votre arrivée me réjouit d'autant plus que je vais avoir l'occasion, avec votre aide, d'effectuer quelques changements dans mon orchestre. D'ailleurs, mon revenu annuel de 80,000 florins me permet d'en consacrer au moins 16,000 à mon orchestre. Voici la liste des membres actuels de l'orchestre et une seconde, portant les noms de musiciens que je désirerais voir engager. Vous ferez un choix judicieux parmi cette liste; à cet effet, je vous paie un voyage à Vienne et à Prague afin d'engager certains de ces musiciens; mon intendant vous accompagnera pour régler les menues questions ».
A Prague, je m'adressai au premier violoniste du théâtre italien, M. Strohbach (1), afin d'avoir un conseiller sûr dans le choix d'artistes que je devais faire. Il me promit de m'envoyer un jeune musicien de talent qui me serait certes très utile. Le lendemain matin, je reçus la visite d'un jeune homme qui me fit, dès le premier abord, excellente impression. Il s'appelait Pichel (2). C'était un excellent violoniste, et
(1) Joseph Strohbach (1731-1794). Excellent violoDiste. A écrit des concerti et sonates pour violon.
(2) Pichel (Wenceslas). Compositeur fécond (1741- 1804). Violoniste célèbre ; il fut très lié avec Dittersdorf. Vécut en Autriche et en Italie. A composé dans tous les genres (37 symphonies, 12 quintettes, 20 quatuors, 6 messes, etc.)
par son entremise je fis connaissance de divers élèves attachés au Collegium musicum des Carmélites. Outre Pichel et Fuchs (i), excellents violonistes, j'entendis là-bas un certain Ungericht, bon altiste, doué d'une belle voix de basse; je citerai encore le flûtiste Satza et tes deux cornistes Oliva et Pauer. Je les engageai tous.
A l'audition d'une symphonie qui ouvrait le concert, j'eus le plaisir de constater que l'orchestre était excellent. Aussi fis-je apporter mon violon et quelques musiques. Puis, je m'adressai à l'orchestre et lui dit : « Messieurs, vous avez joué pour moi; il est juste que je me fasse entendre pour vous ». Je dirigeai donc une nouvelle symphonie que je venais de terminer et jouai ensuite un concerto et une sonate au violon. Pichel me conseilla vivement de me faire entendre en public. J'accédai à sa demande et donnai, deux jours plus tard, un concert couronné d'un succès très vif ; je touchai 418 florins desquels j'en décomptai 28 pour frais d'un souper que j'offris aux musiciens.
A Vienne, j'engageai comme violoncelle solo l'excellent artiste Wenzel Himmelbauer et comme contrebassiste, Pichelberger. Je ne pus, malheureusement, obtenir l'engagement du célèbre organiste et cembaliste Pater Michael, de l'église des Minorités. Ce n'est qu'après de nombreuses démarches faites par
(1) Fuchs Violoniste (1748-1804).
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l'évêque de Groswardein qu'il put quitter Vienne. L'évêque fut enchanté du résultat de mon voyage et m'en témoigna vivement sa reconnaissance.
Pendant mon séjour à Prague, l'évêque avait engagé en outre le ténor Renner, élève de Bonno ; ce dernier ne vint cependant à Groswardein qu'en août, alors que les autres s'y rendirent dès avril. Tout était donc combiné pour le mieux.