FRAUDULEUX PROCÉDÉ DE DUBOIS
sade de cet éclat , et que c^étoit à Sa Majesté à en porter toute la dépense. J'en parlai à M. le duc d'Orléans , qui me donna plus de loisirs à mes représentations; mais qui, persuadé par le cardinal, me tint le mémo langage.
Cet article passé , ce dernier voulut savoir le nombre d'habits que j'aurois et que je donnerois à mes enfants , et quels ils seroient ; en un mot, il n'est détail de table et d'écurie où il n'entrât et qu'il n'augmentât du double. Embarrassé de ma résistance et de mes raisons , il me détachoit tantôt Belle-Ile , tantôt Le Blanc , qui , comme d'eux-mêmes et comme mes amis , m'exbortoient à ne pas m'opiniâtrer contre un homme si impétueux , si dangereux , si fort en totale possession de la facilité et de la foiblesse de M. le duc d'Orléans, qui, moi parti, demeuroit sans contre-poids et auroit beau jeu à profiter de mon absence, tandis que j'aurois à passer indispensablement par lui dans tout le cours de mon ambassade. Tout cela n'étoit que trop vrai. Il fallut donc céder , quoique je sentisse bien qu'une fois embarqué ils ménageraient la bourse du roi aux dépens de la mienne.
Dès que les mariages furent déclarés , je pressai pour l'être , afin de pouvoir faire travailler à mes équipages. Cela m'avoit été très -expressément défendu jusque-là, et avec raison pour ne donner d'éveil à personne, mais, la raison cessant avec la déclaration des mariages, et d'ailleurs le temps pressant , je ne crus pas que cela pût recevoir aucune difficulté. Je m'y trompai. Les défenses subsistèrent quoi que je pusse alléguer. C'est que le cardinal vouloit qu'il m'en coûtât le double par la précipitation , ainsi qu'il arriva , et me mettre de plus dans l'impossibilité d'avoir tout, faute de temps, et cette faute me l'imputer tant auprès M. le duc d'Orléans qu'il avoit entièrement prévenu , qu'en Espagne, et faire de plus crier les envieux après moi. Néanmoins je ne cessois de presser là-dessus , et en même temps d'entamer les instructions qui m'étoient nécessaires , et qui , se passant du cardinal et de M. le duc d'Orléans à moi, n'affichoient rien au public comme la préparation des équipages. Ce fut encore ce que je ne pus obtenir ; ils me ré^ pondoient lestement qu'en une ou deux conversations la matière seroit épuisée. C'est que le cardinal vouloit que je ne fusse instruit qu'en l'air, m'ôter le loisir des réflexions , des questions , des éclaircissements , et me jeter dans les embarras et les occasions de faire des sottises qu'il comptoit bien de relever fortement. Enfin , lassé de tant et de si dangereuses remises, et comprenant bien que ma déclaration ne se difi'éroit que pour les faire durer jusqu'à l'extrémité , j'allai le mardi 23 septembre trouver M. le duc d'Orléans , et pris exprès mon temps qu'il étoit dans son appartement des Tuileries; là, je lui parlai si bien, qu'il me dit quil n'y avoit qu'à monter chez le roi. Il m*y mena , et dans le cabinet du roi où il étoit avec ses sous -gouverneurs et peu de monde qu'on n'en fit point sortir, je fus déclaré. Au sortir du cabinet, M. le duc d'Orléans me fit monter dans son carrosse qui l'attendoit , et me mena au Palais -Royal où nous commençâmes à parler sérieusement d'afiJaires sur mon ambassade.
Je crois que le cardinal Dubois fut bien fâché de la déclaration qu'il