USURPATION DES ROHAN
celle qui , au même endroit , avoit servi en 1659 aux célèbres conférences du cardinal Mazarin avec dgn Louis de Haro , premiers minisires de France et d'Espagne , à la signature de la paix dite des Pyrénées , et * depuis à l'entrevue du roi et de la reine sa mère avec le roi d'Espagne Philippe IV , frère de la reine-mère.
J'avois prévu to^ite la coupable complaisance du cardinal Dubois pour les folles chimères des Rohan, et que le prince de Rohan n'avoit voulu être chargé de rechange de la part du roi que pour les fortifier de ce qu'il se proposoit d'y usurper. Le rang de la maison de Rohan, acquis ou arraché pièce à pièce, ne remontoit pas plus haut que -le dernier règne, ir étoit sans titre et sans prétexte que la volonté du feu roi. Il n'y avoit eu jamais de reconnoissance de la qualité de prince ; car on a TU en son lieu que le feu roi avoit mis ordre à ce que sa signature d'honneur, apposée aux contrats de mariage, n'autorisât en rien les titres que chacun y prenoit. Le temps n'étoit pas venu pour le cardinal Dubois de se moquer des promesses qu'il avoit faites au cardinal de Rohan en l'envoyant à Rome presser son chapeau , et bien auparavant pour se jservir de lui à cet usage par son crédit et ses amis. Un homme de la condition et du caractère de Dubois fait aisément litière de ce qui ne lui coûte rien et de ce qui lui est même momentanément utile. Il dominoit en plein le régent, et ce prince aimoit à tout brouiller, et à favoriser les divisions et le désordre. Le cardinal Dubois , à mesure qu'il étoit monté , s'étoit défait des emplois subalternes qui lui avoient servi de degrés. Ainsi, dès qu'il fut secrétaire d'État, il produisit le médecin , son frère, et lui céda sa charge de secrétaire du cabinet du roi ayant la plume. Ce fut lui qui, en cette qualité', fut chargé de faire pour la France les actes nécessaires à l'échange, comme La Roche, secrétaire du cabinet du roi d'Espagne , ayant l'estampille , le fut pour l'Espagne. Je n'eus donc pas peine à comprendre que Dubois auroit ordre .du cardinal son frère de faire en cette occasion tout ce qui plairoit au prince de Rohan, et ne pouvant parer l'usurpation que je prévoyois, je voulus du moins empêcher qu'elle ne fût complète.
Je prévins donc à Madrid le duc de Liria sur 1' Altesse que le prince de Rohan ne manqueroit pas de se faire donner par Dubois dans l'acte de l'échange , et sûrement de s'en faire un titre pour le prétendre dans l'acte espagnol. Liria sentit comme moi toutes les raisons de l'empêcher, et* de les bien expliquer et inculquer au marquis de Santa-Cruz, grand d'Espagne, et parfaitement espagnol, son ami particulier. A la première mention , Santa-Cruz monta aux nues. Je lui en parlai après , et il me promit bien de tenir le prince de Rohan si roide et si ferme qu'il ne lui ïaisseroit rien passer. Le duc de Liria fut chargé de porter les présents du roi d'Espagne à sa future belle-fille au lieu de l'échange. Je le sus avant le départ de Madrid , et je lui rafraîchis tout ce que je lui avois dit sur les prétentions que le prince de Rohan alloit produire ; et, outre que- le marquis de Santa-Cruz étoit bien résolu de ne les pas souffrir, le duc de Liria me promit de le tenir de près, et d'avoir, à cet égard , toute la vigilance possible:
Dès qu'on fut arrivé des deux côtés au lieu de rechange , c'est-à-dire
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h la dernière couchée des deux royaumes pour n'avoif plus qù^à passer dans 111e pour la cérémonie, quand tout seroit convenu, il fut d'abord question de tout régler. L'acte en soi de l'échange , ni les qualités du prince de Kohan et du marquis de Santa-Gruz ne fireni point de difficulté , qualités dont je dirai un mot ensuite. Il n'y en eut poi&t méine de la part du marquis de Santa-Gruz sur ces mots de l'acte ^^ançois, signés par un secrétaire du tabinet du iroi : conduite par lé trèi-excellent seigneur Son ÀUesse le prince de Rohan ; ce n'étoit pad à Santa- Cruz à régler l'acte françois. Mais quand de cet acte lé prince de Rohah youlut se faire un titre pour avoir l'Altesse dans Tacte espagnol , le mai*quis de Santa-Cruz le rejeta Avec tant de hauteur , et une fermeté si décidée, que le prince de Bohan eut recours à des mexxo termine^ de- Tenus malheureusement chez nous si à la mode, n proposa de ne point prendre l'Altesse dans l'acte françois si Santa-Cruz se eonténtoit de ne point prendre l'Excellence dans l'acte espagnol, en sorte que tous deux éviteroient entièrement toute qualification. Gela fut rejeté avec la même hauteur. Déchu de cet expédient, Bohan fit dire à Santa-Cruz qu'en lui passant l'Altesse , il la lui passeroit aussi , s'il la vouloit prendre, et que de cette façon tout seroit accommodé avec un grand avantage pour Santa-Gruz. Santa-Cruz, avec son rire moqueur, répondit que Bohan et lui n'étoient pas princes , et qu'il seroit plaisant qu'ils imaginassent se foire princes Tun l^autre, de leur seule autorité, en se passant mutuellement l'Altesse, qui il'appartenoit ni â l'un ni à Tautre, et se moqua de la proposition avec beaucoup de mépris, te prince de Bohan i qui avoit compté l'attraper en Téblouissant de l'Altesse , se trouva extrême* ment embarrassé et mortifié. Enfin , en sautant le bâton , il crut en retenir un bout par une proposition spécieuse qui revint à la première : c^toit de se contenter respectivement de leurs noms et de celui de leurs emplois , sans nulle Altesse ni Excellence , ni ExceilentissîÎQe Seigneur. Hais cela fut encore refusé et traité de réchauffé.
Enfin., à bout de voie , Bohan se réduisit à une dernière ressource , dont il espéra que le fond secret échapperoit à* Santa-Gruz. Ce fut que le prince de Bohan ne prendroit ni Altesse, ni Excellence, ni Ëxoelleatissime Seigneur, et qu'il consentiroit que Santa-Cruz prtt l'ExoeÙence et l'ExceUentissime Seigneur. Mais ce prince par les appas de sa mër« avoit affaire à un homme trop avisé pour donner dans ce panneai;. Santa- Çruz lui manda qu'il étoit las de tant de fantaisies, qui retardoient Pichange depuis deux jours et le voyage des princesses , et dont la plus longue durée , par des prétentions si déplacées^ devenoit indécente par le retardement ; qu'en deux paroles ils étoient tous deux grands de leur pays , et dans la même commission^ chacun de la part de son maître, par conséquent égaux de tous points ; par conséquent qu'il ne soùftriroit pas la plus légère ombre de dinérence entre eux deux dans l'acte espagnol ; qu'il lui déclaroit donc qu'il y prendroit l'Excellence et l'ExceUentissime Seigneur, qui est le traitement dé tout temps établi pour les grands d'Espagne ; que les ducs de France ayant , depuis Philippe V, l'égalité avec eux, et Ips grands d'Espaorne l'égalité avec les ducs de France ♦ il prétendoit qu'il prit également coinme lui l'Excellence et l*Ëxcellentis-