CHAPITRE Xm
Ma conduite en France sur les grAces reçues en Espagne. — Parrains de mes deux fils. — Princesse des Asturies fort incommodée. — Inquiétude du roi et de la reine, qui me commandent de la voir tous les jours, contre tout usage en Espagne. — Ils me cl^nflent les causes secrètes de leurs alarmes , sur lesquelles je les cassure. — Couverture de mon second fils. — Le cordon bleu donné au duc d'Ossone. — Je prouve é M. le duc d'Orléans qu'il pouvoit et qu'il devoit faire lui-même le duc d'Ossone chevalier del*ordre, et lui propose sept ou huit colliers pour l'Espagne , lors de la grande promotion , dont un pour Grimaldo. — L'ordre offert au cardinal Albane et refusé par lui. — Office au cardinal Guallerio, i qui le feu roi l'avoit promis. — Cliavigny en Espagne, mal reçu ; son caractère. — Cbavigny à Madrid. — Sa mission, et de qui. — Vision du duc de Parme la plus inepte sur Castro et Ronciglione. — Fausseté puante de Chavigny sur le duc de Parme. — Chavigny chargé par le duc de Parme de proposer le passage actuel de l'infant don Carlos i Parme avec six mille hommes, dont le duc de Parme auroit le commandement, les subsides, et l'administration du jeune prince. — Cbavigny sans ordre ni aucune réponse du cardinal Dubois sur le passage de don Carlos en Italie ; sans lettre de créance ni instruction du cardinal Dubois pour la cour d'Espagne. — Ordre de lui seulement d*y servir le duc de Pam)e, mais sans y entrer en trop de détails sur Castro et Ronciglione. — Tableau' de la cour intérieure d'Espagne. — Chavigny se montre à Pecquet vouloi^un établissement actuel à don Carlos en Italie. -. — Multiplicité à la fois des ministres de France à Madrid publiquement odieuse et suspecte à la cour d'Espagne. — Dangers et absurdité du passage actuel de don Carlos en Italie, sans aucun fruit i en pouvoir espérer. — Chimère ridicule de Tindult. — Mon embarras du silence opiniâtre du cardinal Dubois sur le projet du passage de don Carlos en Italie. — Mesures que je prends en France et en Espagne pour faire échouer la proposition du passage de don Carlos en Italie , qui réussissent. — Je mène Chavigny au marquis de Grimaldo , et le présente au roi et à la reine d'Espagne , desquels it est extrêmement mal reçu. -^ Il échoue sur les deux affaires qu'il me dit l'avoir amené à Madrid.
Après dîner et un peu de conversation, j'allai chez le roi^lla reine qui m'avoient permis d'aller prendre congé d'eux. Je renouvelai mes remerctments sur le coucher public, que je leur dis, comme il étoit vrai , n'avoir été désapprouvé de personne , et les miens ensuite sur les grâces que je venois de recevoir, qui furent tous reçus avec beaucoup de bonté. Je pris congé jusqu'à Madrid. J'allai de là prendre congé du prince des Asturies et dire adieu au marquis de Villena, de chez qui je retournai en mon quartier faire mes dépêches et écrire quantité de lettres à famille et à amis , pour leur donner part des grâces que je venois de recevoir. J'en eus tant à (aire que j'y donnai tout le lendemain 22 que la cour partoit de Lerma , et je ne partis avec tout ce qui étoit avec moi que le lendemain 23 janvier. L'embarras n'étoit pas médiocre de mander à M. le duc d'Orléans et au cardinal Dubois que je m'étois passé de leurs lettres , et que sans ce secours j'avois si promptement et si agréablement reçu toutes les grâce» de Leurs Majestés Catholiques dont j'avois à rendre compte au régent et à son ministre. J'étois peu en peine de M. le duc
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d'Orléans dont la légèreté et rincurie sur les petites choses , et trop souyent sur les grandes , me rassuroit sur le peu d'impression qu'il en recevroit. Mais il n'en étoit pas de même du cardinal Dubois , qui n'a voit fait les deux lettres de cette étrai^ge foiblesse que dans l'espérance de me faire manquer le but qui m'avbit fait demander et obtenir à son insu l'ambassade (TEspagne , qui seroit d'autant plus piqné que j'y fusse arrivé malgré lui,' el qui n'oublieroît rien pour aigrir s'iïpôuyojt IC. le duc d'Orléans IM^s^ps. Je pria donc \fi p^rfi ||f cnre à pe pripçe une lettre désipToUe et courte 14'4Qssps, suivant ^on goAt, mais pleine de toute la reconnoinsance que je déçois à sa volonté, au cardinal ]}hIk)îs ua verbiage où Je me répandis avec profusion en reconnoissance, et où je lui fis accroire que ce n'étoit qu'à ces deux lettres non présentées , mafs toutefois lues par Gripialdo à Leurs Majestés Catholiques , que je devois les grâces que j'en avois reçues, dès lé jour ménie qu'elles avoient (|té infofmée^ par cette ]ect^re ç|u désir d^ Soi^ j^ltessç lidyale et des sjeos. L'aQ'aire étoit fai^; çpmpde que ce fût, jç lui ça dppnois l'honneur. Faute de pouvoir pis , il prit le tout en )>oniie pact i ipe félicita, et se donna pour fort aise d'avoir si heureusepient travaillé en ma faveur.
Pour l'y confirme^ en même temps , je lui ayois demandé des lettres de remerctménts de ces ^r&çes de M. le duc d'Orléans au roi d'Espagne, et de ]u\ au marqujs de Grimaldp e^ au f, Paubêoton- Çoi^me u ne s'agissoit plus de ipe les procurer, mais d'en remercier coqime 4^ l'acoomplissement d'un ouvrage qu'il lui plaisoit de s'approprier, j'eus ces lettres en réponse des miennes, dont le style animé étoit bien différent de la langueur de celui des deux lettres de prétendue demande , qu'il m'avoit fait attendre si longtemps , et qui , de l'avis de Grimaldo j restèrent dans ^es portefeuilles. Sa réponse à moi, ^lissaQt sur la retenue 4es d(^u|L lettres, hit )e copapliment de conjjpuissançe le plus vif du succès de ce qu'il ip'insipuoit douce;|^pt étr^ son ouyr^^ ; et It^ lettre qu'il fit de M. le duc d'Orléans se ressentit du même style, le teopis mon affaire et j'en fus content.
Je rendis compte au cardinal, en lui mandant l^s grftces qu» je yenois de recevoir, quHl falloit un parrain pour la couverture de mon aecond fils , et povLT la Toison dé râtné , et des raisons qui me les avoient fût choisir. Au sortir de table à Lerma, de chei le duc del Arco, je le priai de vouloir faire cet honneur à mon second fils , et il l'accepta de façon à me persuader qu'il s'en trouvoit flatté , et ^n même tempis je priai le duc de Liria de vouloir bien l'être de l'atné pour la Toison : je ne pou- Tois moins pour lui. Il se réputoit François; il étoit fils aîné du duc de Berwiclt , <pie M. le duc d^C|rléans àimoit et estiinoit. Il étoit ami particulier de Grimaido; il m'avoit donpé tous les siens, facilité une infinité de choses; il n'y avoit sortes d^avancei, de prévenances, d'aïqitiés, de services que je n'en eusse reçus. Pour le duo del Arco, M. lé duo d'Orléans m'en aroit toujours paru content. Il étoit favori du roi , étoit grand d'Espagne de sa main, possédoit une i9s trois grandes clptrges, étoit aimé et estimé et dans la première considération. T-en arois d'aUletin reçu toutas lorta» de pdUtèaiM, «t il étoit de ceux qui vaBoin^t mangttr
[!7fiftl PARRAINS DE MES DEUX lUS. (75
familièrement chez pcioi ^ sans prier > , surtout le soir , quand il en ayoit le temps. Je prijs mên^e que 'ce cfioix plaisoit au roi d'Espagne , et ne pourrojt que me faire bonheur. Ces deux parrains furent fort approuvés en Espagne et pareillement de M. le duc d'Orléans et du cardinal Dubois. •
Enfin j'épriyis aij roi pne }ettre à part , outre celle d'affaires , pour le remercier dès grâces qpe sa protection yenoit dé me procurer, parce que , tout enfant qu^il fût encore, tout lui devpit être rapportée Je dépêchai' uii officier de bon lieu du régiment de Saint-Simon ibfanterie pour porter av^c ces lettres le compte que je rendois du détail du mariage , ^n considératioji duquel je deipkhdois pour lui une croix dé i^int-loms , ia comipissîbn 4e capitaine et une gratification. On verra plus' bas qùé ce n'est pas sans raison que je rapporte ici ces bagatelles. Mon courrier partit quelques heures avant moi de mon quartier de Villa'halmanzô et fit dpigéncè. Je suivis la route que la cour avoit prisé par des montagnes où jamais voiture n'avoit passé. Leç Espagnols sont les premiers ouvriers du paopde pour accommoder de pareils chemins ; mais c'est sans solidité, et l)ientôt après il n'y parpït plus. "La cour f^t cinq jbiirs en chemin jusqu'à Madrid. J'y arrivai un jour avant elle.
La princesse des Àsturies se trouva incommodée sur la fin du voyage. Il lui parut des rougeurs sur Jp^isage qui se tournèrent en èrésipèleVèt il s'y jûienit un peu de fièvre. J'allai au palais, dès que la cour fut arrivée, où je trouvai Leurs Majestés alarmées. Je tâchai dé lès rassurer sur
cnânçemênt de vie tel qu'il lui arrivoit. Mes raisons né'perftuàidèrent point , et le lendemain, j« trouvai leur înauiétudé augmentée. Ce contré -temps les contraria fort'. Les fêtes préparées furent suspendues, ef le grand bal déjà tout rangé dans le salon des grands demeura longtemps en cet état. La j^lne'me dépâanda li j'avôis vu la princesse; je répondisquè j'avdis été savoir dé ses nouvelles à la porté de son appartement. Mais elle m'ordonna de la voir et le roi aussi. . ' 'Bienin^t' plus opposé aux usages çl'Espagne, où un ho;nme, Qiême très-proche parent , ne voit jamais' une femme au lit. Dès raisons esseniîehes m*àvpientfa}t bt|tenir qu'on n'y eût po|nt d'égard au cqiîpher des iÎQces, maïs je n'en trpuvols pôjnt ici pour les violet de nouveiii, ei d'une façon encore qui m'ét'oit personnelle, et' dont la distinction chôqueroit Tes Espagnols cpntré la vanité à laquelle Us l'attribueroient. Je m'en excusai aonc le plus qûll mé fut possible^ san^ pouvoir f^ire changer Leurs Majestés là-dessus. Les trois jours suivants ils mé der mandèrent si j'avofs yu la princesse. J*èus beau térÇiversej" , ils sàvoient que je né Tâvois pas vpé, et que la duchesse dé "Monteillano.' venue ine parler à là porté de la chambré, n'avoit pu me persuader d'y eptfer. Ils m'en gfpndèrent Vnii et ràuti'e', et me dirent qu'ils vouloiept que fè visse en quel état eÙe étoit, les remèdes et les soins qu^on lui donnoit. Le roi y alloit une ou deux fois par jour, e\ là reine bien plus souvent,