Sans que je les priasse
i79 INQiniTUDE [17S2]
et ne dMaignoit pas dtlui présenter elle-même ses bouillons et ce qu'elle avoit à prendre. Je les assurai l'un et l'autre que , si ce n'étoit que pour [que] je pusse rendre compte à M. le duc d'Orléans de leurs bontés et de leurs soins pour îa princesse, j'en étois si bien informé et dans un si grand repos que je n'avois aucun besoin de la voir pour témoigner à M. le duc d'Orléans , et le persuader qu^elle étolt mieux entre leurs mains qu'entre les siennes. Enfin le troisième jour ils se fâchèrent tout de bon , me dirent que j'étois bien opiniâtre, qu'en un mot, ils vouloient être obéis , et qu'ils m'ordonnoient expressément et bien sérieusement de la voir tous les jours. U ne me resta donc plus qu'à obéir.
J'entrai dès le lendemain chez la princesse , auprès du lit de laquelle je fus conduit par la duchesse de Monteillano. L'érésipèle me parut fort étendu et fort enflammé. Ces dames me dirent qu'il avoit gagné la gorge ifi lé covLy et que la fièvre, quoique médiocre, subsistoit toujours. On me la fit regarder avec une bougie, quoi que je pusse dire pour l'empêcher, et on me dit le régime et les remèdes qu'on employoit. J'allai de là chez le roi et la reine qui me faisoient entrer tous les jours en tiers avec eux, depuis le retour de Lerma, pour me parler de la princesse, de chez laquelle je leur dis d'abord que j'en sortois. Cela leur fit prendre un air serein. Us se hâtèrent de me demander comment je la trouvois. Après un peu de conversation sur le mal et lea remèdes : « Vous ne savez pas tout, me dit le roi, il faut vous l'apprendre. Il y a deux glandes fort gonflées à la gorge, et voilà ce qui nous inquiète tant, car nous ne savons qu'en penser. » Dans l'instant je sentis ce que cela signifioit. Je lui répondis que je comprenois ce qu'il me Caisoit l'honneur de me faire entendre, et assez pour pouvoir lui répondre que son inquiétude étoit sans fondement ; que je ne pouvois lui dissimuler que la vie de M. le duc d'Orléans n'eût été licencieuse, mais que je pouvois l'assurer très-fermement qu'elle avoit toujours été sans mauvaises suites ; que sa santé avoit toujours été constante et sans soupçon ; qu'il n'avoît jamais cessé un seul jour de parottre dans son état ordinaire ; que j'avois vécu sans cesse dans une si grande privance avec lui qu'il eût été tout à fait impossible que la plus légère mauvaise suite de ses plaisirs m'eût échappé , et que néanmoins je pouvois }urer à Leurs Majestés que jamais je ne m'étois aperçu d'aucune; qu'enfin Mme la duchesse d'Orléans avoit toujours joui de la santé la plus égale et la plus parfaite, rempli chaque jour chez le roi, chez elle, et partout, les devoirs de son rang en public, et qu'aucun de tous ses enfants n'avoit donné lieu par sa santé au plus léger soupçon de cette nature.
Pendant ce discours, je remarquai dans le roi et la reine une attention extraordinaire âme regarder, à m'écouter, à me pénétrer, et sur la fin un air de contentement fort marqué. Tous deux me dirent que je les soulageois beaucoup de leur donner de si fortes assurances, bien persuadés que je ne les Toudrois pas tromper. Après un peu d^ conversation là-dessus le roi me dit qu'à cette inquiétude, que je calroois, en succédoit une autre qui faisoit d'autant plus d'impression sur lui que le mal dont la feue reine son épouse étoit morte avoit commencé par ces sortes de glandes, et s'étoit, longtemps après, déclaré enécfottelles,