JE MÈNE CHAVIGNY A GRIMALDO
près d'eux, qu'il espéroit tout à fait les maintenir dans la négative; d'autant plus qu'il les avoit trouvés si choqués de l'arrivée de Ghavigny, dont ils savoient les aventures et connoissoient la réputation , qu'il avoit eu toutes les peines du monde à gaguer sur le roi et la reine de ne pas trouver mauvais que je le leur présentasse, parce que je ne pouyois m'en dispenser sans me faire une affaire fâcheuse avec le cardinal Dubois qui me l'avoit très-particulièrement recommandé.
Le lendemain de cette conversation , je menai Chavigny au marquis de Grimaldo qui le reçut fort civilement, mais fort froidement; et le soir, comme Leurs Majestés Catholiques revenoient de la chasse, je le leur présentai à la po^e de leur appartement intérieur. En effet le roi passa sans s'arrêter et sans tourner la tête vers lui , ni par conséquent vers moi qui le présentois , et sans dire un seul mot. La reine me dit quelque chose , pour me parler seulement et sans aucun rapport à Chavigny qu'elle ne regarda pas non plus. Quoique j'eusse lieu de m'attendre à une assez mauvaise réception , celîe-ci la fut tellement et si marquée que j'en demeurai confondu. Chavigny, avec toute sa douce et timide effronterie , ne laissa pas d'en être embarrassé. Gomme cela se passa en public , la cour et la ville en discoururent. Chavigny se garda bien de m'en parler ,^t moi à lui; mais il m'en parut -mortifié pendant plusieurs jours. Cette présentation faite, il marcha par lui*même et je ne m'en mêlai plus. Il mangeoit très-souvent chez moi ; j'en fus quitte pour des civilités et pour prendre pour bon le peu qu'il s'avisoit quelquefois de me dire , ce qui n'alloit à rien , et sans m'éntremettre de la moindre chose. Il ne trouva pas mieux son compte avec Grimaldo sur rindult que sur le passage. Ce ministre se moqua bien avec moi de cette vision du duc de Parme , et n'en rit pa« moins qu'avoit fait le P. Daubenton. Chavigny échoua donc sur l'affaire de l'induit et sur celle du passage de don Carlos en Italie. Il demeura néanmoins deux mois après moi à Madrfd , soit que la cabale italienne l'y retint dans l'espérance de faire enfin goûter ce projet à la reine, ou que le cardinal Dubois l'eût chargé de choses- qui passoient Maulevrier, et qui ne sont point venues à ma connoissance, mais dont il n'a résulté aucun effet qui ait été aperçu. .