‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 131 sur 200 · BUEN-RETIRO · texte numérisé non relu

BUEN-RETIRO

sis yis-à-vis des grands, et tous autres debout. Le duc d'Âbrantès, évèque de Cuença , y fit pontificalement Toffice dans une chaire à Tantique, dont j'ai fait la description, et donné la figure ici avec le plan de la séance du roi tenant chapelle. Il y eut la veille des premières vêpres; j'y allai avec le duc de Liria. Il n'y avoit encore personne en place.* Nous entrâmes dans la sacristie , où nous trouvâmes deux ou trois grands. Il s'y en amassa bientôt davantage , et quand nous fûmes une quinzaine, quelqu'un proposa d'aller prendre place et d'envoyer prier le prélat de commencer. Quand ce fut pour sortir de la sacristie , aucun ne voulut passer devant moi , et par conséquent [ils] me vouloient céder la première place sur le banc. Après quelques compliments, je leur dis que je leur parlerois comme me faisant un grand honneur d'être leur confrère ; que j'avois eh même temps ceux d'être ambassadeur et grand d'Espagne; que si j'acceptois ce qu'ils avoient la bonté de m'ofifrir , cela feroit un exemple et fort aisément une règle pour d'autres cérémonies et pour d'autres ambassadeurs; que quelque estime que je fisse d'un si grand caractère, il n'étoit que passager; que je faisois bien plus de cas de la dignité solide, permanente, héréditaire de grand d'Espagne; et que par ces raisons je leur conseillois et les suppliois de passer cinq ou six devant moi pour entrer dans l'église et se placer sur le banc ; que de cette façon il n'y auroit rien à dire , et qu'ils éviteroient un exemple qui pourroit leur devenir désagréable. Ils me remercièrent avec beaucoup de reconnoissance , et me crurent. Le duc de Medina-Gœli passa le premier, quatre ou cinq autres le suivirent, moi ensuite, puis les autres , et nous nous rangeâmes de même sur le banc. Aussitêt la musique du roi commença les vêpres, le prélat étant -arrivé tout revêtu à son siège comme nous nous placions. Une vingtaine de grands arrivèrent ensuite les uns après les autres.

Le lendemain nous nous trouvâmes en bien plus grand nombre à la messe chantée par la musique du roi et célébrée par le même prélat. Ha politesse fit un grand effet à li^cour ; tous les grands m'en surent un gré infini, et beaucoup d'entre eux me le témoignèrent. Je n'étois point là comme ambassadeur , et je me crus en liberté et eu raison d'en user de la sorte.

Le Retire , dont je ne ferai point la description, parce que celles d'Espagne en sont remplies, est, à mon gré, un palais aussi magnifique que le palais de Madrid , plus grand et beaucoup plus agréable. Il a des cours, dont une est réservée,- comme ici. pour ce qui s*y appelle les honneurs du Louvre , où entrent les carrosses des cardinaux , des ambassadeurs et des grands seulement , et un parc admirable si les arbres y venoient mieux , et que l'eau des fontaines et des magnifiques pièces d'eau fût plus abondante. Rien ne ressemble tant, de tout point, à- son parterre en face du palais , que celui du Luxembourg , à Paris : mêmes formes , mêmes terrasses , même contour et même tour de fontaines et de jets d'eau. Le mail y est admirable et d'une prodigieuse grandeur. J'ai observé qu'en cette saison, qui est toujours belle en Espagne, le mail succède tous les jours à la chasse, où le roi n'alloit plus qu'im peu après Pâques ; et j'ai aussi expliqué comment se passoit ce jeu de mail

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