S] POUR ME COMPLIMENTER
nable pour le chapitre et pour les députés, en particulier pour celui qui parloit. Il finit par la même révérence qui avoit commencé son discours, et je voyi^s en même temps toute cette jeunesse qui me regardoit et riochoit de l'embarras où elle n'avoit pas tort de me croire.
Le Pimentel rassis , j'ôtai mon chapeau , je me levai , je dis domine, Bn me rasseyant et me couvrant, je jetai un coup d'œil à cette jeunesse, quilne parut stupéfaite de mon effronterie , à laquelle elle ne s'attendo^ pas. Je dérouillai mon latin comme je pus , où il y eut sans doute bien de la cuisine et maints solécismes, mais j'allai toujours, répondant point par point; puis, appuyant sur mes remercîments, avec merveilles pour le chapitre , pour les députés et pour le Pimentel^ à qui j'en glissai sur sa naissance, son humilité, son mépris des grandeurs et son refus de deux si grands et si riches archevêchés. Cette fin leur fit passer mon mauvais latin , et les contenta extrêmement , à ce que j'appris. Je ne parlai pas moins longtemps que le Pimentel avoit fait. En finissant par îa même révérence, je jetai un autre coup d'œil sur la jeunesse, qui me parut tout éplapourdie * de ce que je m'en étois tiré si bien. Il est vrai qu'elle n'admira pas mon latin, mais ipa hardiesse et ma suite, parce que j'avois répondu à tout, et que je les avois après largement compli^ mentes. Après quelques moments de silence , ils se levèrent pour s'en aller , et je les conduisis jusque vers le bout de la pièce suivante. Les neveux et l'assistance me félicitèrent sur mon bien- dire en latin. Ce n'étoit pas, je pense, qu'ils le crussent, ni moi non plus, mais enfin j'en étois sorti et quitte*
Nous dînâmes bientôt après. Le maître d'hôtel , les porteurs de plats, ceux qui nous donnoient à boire et des assiettes , ceux qui étoient au buffet , tous me sembloient des jésuites , à qui je n'osois demander mes besoins. J'ai déjà remarqué que tous les domestiques de l'arctievêque de Tolède, même tous ses laquais, cochers et postillons, étoient tous vêtus en ecclésiastiques,, sans aucune différence des prêtres, et que l'habit ecclésiastique est demeuré en Espagne précisément le même que celui que portent les jésuites^ qui étoit l'habit de tous les ecclésiastiques du temps de saint Ignace, leur instituteur. L'après-dînée, j'allai visiter les deux chanoines qui m'étoient venus complimenter , qui , par politesse , firent dire qu'ils étoient sortis. De là je fus voir le palais de Tolède que Charles- Quint avoit comme bâti de nouveau. Les troupes de l'archiduc y mirent le feu la dernière fois qu'elles abandonnèrent cette ville et les Cas tilles , et par le peu qui en est resté, on voit que c'a été le plus grand dommage du monde, et la plus insigne brutalité. Je retournai ensuite à l'église que j'eus loisir de voir bien plus à mon aise que je n'avois pu faire le matin. On m'y arracha de chaque endroit pour m'en faire admirer d'autres. On y passeroit bien du temps à satisfaire sa curiosité. On ne m'indiqua rien d'ailleurs à voir à Tolède : la ville est collée à une haute chaîne de montagnes ; elle est toute bâtie sur un penchant fort roide ,
4. Vieux mol qui ne se trouve pas dans les lexiques ordinaires. II aie même sens que mboêtmrdL
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les rues étroites et obscures, en sorte que les Toitures n'y peuTent presque aller. Elle est assez grande, impose par un air d'antiquité, ei, quoique yilaine et sans aucune maison d'une certaine appareice , parolt beaucoup par la roideur de l'amphithéâtre qu'elle occupe, et qui la montre tout entière. Je n'y séjournai qu'un jour entier.
De Tolède, j'allai à Aranjue;, environ comme de Paris à Meaux. On me fit descendre et loger chez le gouverneur qui étoit absent, dans nu grand et beau corps de logis, tout près du château, à droite en arrivant. C'est le seul endroit des Castilles où il y ait de beaux arbres, et ils y sont en quantité. De quelque côté qu'on y arrive, c'est par une avenue d'une lieue ou de trois quarts de lieue , dont plusieurs ont double rang d'arbres, c'est-à-dire une contre-allée de chaque côté de l'avenue. Il y en a douze ou treize qui arrivent de toutes parts à Aranjuez, où leur jonction forme une place immense, et la plupart percent au delà à perte de vue. Ces avenues sont souvent coupées par d'autres transversales, avec des places dans leurs coupures , et par leur grand nombre forment de vastes cloîtres de verdure ou de champs semés , et se vont perdre à une lieue de tous côtés dans les campagnes.
Jje château est grand; les appartements en sont vastes et beaux, au* dessus desquels les principaux de la cour sont logés. Le Tage environne le jardin , qui a une petite terrasse tout autour , sur la rivière , qui est là étroite et ne porte point bateau. Le jardin est grand , avec un beau parterre et quelques belles allées. Le reste est coupé de bosquets, de berceaux bas et étroits , et plein de fontaines de belle eau , d'oiseaux et d'animaux , de quelques statues qui inondent les curieux qui s'amusent à les considérer. Il sort de l'eau de dessous leurs pieds : il leur en tombe de ces oiseaux factices , perchés sur les arbres , une pluie abondante , et une autre qui se croise en sortant de la gueule des animaux et des statues , en sorte qu'on est noyé en un instant , sans savoir où se sauver. Tout ce jardin est dans l'ancien goût flamand , fait par des Flamands que Charles-Quint fît venir exprès. Il ordonna que ce jardin seroit toujours entretenu par des jardiniers flamands sbus un directeur de la même nation, qui auroit seul le droit d'en ordonner, et cela s'est toujours observé fidèlement depuis. Accoutumés depuis au bon goAt de nos jardins amenés par Le Nôtre , qui en a eu tout l'honneur , par les Jardins qu'il a faits et qui sont devenus des modèles, on ne peut s'empècber de trouver bien du petit et du colifichet à Aranjuez. Vais le tout fait quelque chose de charmant et de surprenant en Castille par l'épaisseur de l'ombre et la fraîcheur des eaux. J'y fus fort choqué d'un moulin sur le Tage, à moins de cent pas du château, qui coupe la rivière et dont le bruit retentit partout. Derrière le logement du gouverneur sont de vastes bassescours , et joignant un village fort bien bâti. Derrière tout cela est un parc fort rempli de cerfs, de daims et de sangliers, oÙ4)n est conduit par ces belles avenues ; et ce parc est un massif de bols étendu , pressé, touffu pour ces animaux. Une avenue fort courte nous conduisit à pied sous une manière de porte fermée d'un fort grillage de bois qui donnoit sur une petite place de pelouse environnée du bois. Un ndet monta assez haut à oôté de cette porte , et se mit à sifiler avec Je ne sais quel
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iiiitnmient Aussitôt cette petite place se remplit de sangliers et de mar^ oassins de toutes grandeurs, dont il y en aToit plusieurs de grandeur et de grosseur extraordinaires. Ce Talet leur jeta beaucoup de grain à diverses reprises, que ces animaux mangèrent avec grande voracité, venant jusque tout près de la grille , et souvent se grondant , et les plus forts se faisant céder la place par les autres, et les marcassins et les plus jeunes sangliers, retirés sur les bords, n'osant s'approcher ni manger que les plus gros ne fussent rassasiés. Ce petit spectale nous amusa fort, près d'une heure.
On nous mena de là en calèche découverte , par les mêmes belles avenues, à ce qu'ils appellent la Montagne et la Mer. C'est une très -petite hauteur isolée , peu étendue , qui découvre toute la campagne et cette immense quantité d'avenues et de cloîtres formés par leurs croisières ^ pe qui fait une vue très -agréable. Presque tout îe planitre* de cette hauteur est occupé par une grande et magnifique pièce d'eau, qui est là une merveille et qui n'auroit rien d'extraordinaire dans tout autre pays. EUe est revêtue de pierre , et porte quelques petits bâtiments en forme de galères et de gondoles sur lesquelles Leurs Majestés Catholiques se promènent quelquefois et prennent aussi le plaisir de la pêche, cette pièce étant assez fournie pour cela du poisson qu'on a soin d'y entretenir. D'un autre côté , il y a une vaste ménagerie , mais rustique , où on entretient un haras de chameaux et un autre de buffles^
Des officiers du roi d'Espagne m'amenèrent le matin , comme je sortois , un grand et beau chameau , bien ajusté et bien chargé , qui se mit à genoux devant moi, pour y être déchargé d'une grande quantité de légumes , d'herbages , d'œufs , et de plusieurs barbeaux, dont quelquesuns avoient trois pieds de lopg, et tous les autres fort grands et gros, mais que je n'en trouvai pas meilleurs que ceux d'ici, c'est-à-dire mous^ lades et pleins d'une infinité de petites arêtes. Je fus traité &ux dépens du roi , et je séjournai un jour entier. Ce ^eu me parut charmant pour le printemps et délicieux pour l'été; mais Tété personne n'y demeure, pas même lej)euple du village, qui se rétire ailleurs et ferme ses maidons sitôt que les chaleurs se font sentir dans cette vallée , qui causent des fièvres très-dangereuses et qui tiennent ceux qui en réchappent sept ou huit mois dans une langueur qui est une vraie maladie. Ainsi la cour n'y passe guère que six semaines ou deux mois du printemps , et rarement y retourne en automne. D'Aranjuez à Madrid le chemin est assez beau , à peu près de la distance de Madrid à TEscurial. Mais , pour aller de l'une de ces maisons à l'autre , il faut passer par Madrid.
A mon retour, le roi et 1^ rein? me deopandèrent comment j'avois trouvé Aranjuez. Je le louai fort, autant qu'il le méritoit, et dans le récit de tout ce que j'y avois.vu, je parlai du moulin, et que je m'étonnois comment il étoit souffert si proche du château, où sa vue, qui interrompoit celle du Tage, et plus encore son bruit, Ploient si désagréables , qu'un particulier ne le souffriroit pas chez lui. Cette franchise