‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 139 sur 200 · T32] DE LA TOISON · texte numérisé non relu

T32] DE LA TOISON

pftmii les autres grands , tout à Tordinaire , comme ils se trouyent et eomme s'ils n'avoient point de collier. Tous les jours de collier, les chevaliers de la Toison , qui le sont aussi du Saint-Esprit , portent les deux colliers.

Le chancelier de Tordre de la Toison , qui étoit lors le marquis de Grimaldo, et qui dans la suite fut cheyalier dé la Toison, et les autres grands officiers de Tordre, dont pourtant je n'ai tu aucun, et qui sont aussi considérables et aussi respectés par leurs places de secrétaires d'Etat et de ministres que le sont les nôtres , ne portent aucune marque de Tordre, ni sur eux, pas même aux chapitres, ni aux réceptions de chevaliers , ni à leurs armes. Nulle naissance , nulle dignité ne donne de préséance dans Tordre de la Toison. Elle n'est a^eotée qu'à Tancienneté dans Tordre, et entre nouveaux chevaliers reçus en même promotion, par leur ftga. Le prince des Asturies est le premier de sa naissance qui ait précédé les chevaliers plus anciens que lui. Le roi son père demanda même au chapitre de [le] lui accorder comme une grâce, et le chapitre opina et Taccorda; mais il ne fut que le premier à. droite sur le même banc des chevaliers, coude à coude avec le chevalier son voisin, sans tapis autre que le tapis du banc sur lequel tous les chevaliers sont assis comme lui. La seule distinction que je lui vis est un carreau à ses pieds, plus petit et avec moins de dorure que celui qui étoit aux pieds du roi, mais vis-à-vis précisément du premier chevalier assis sur le banc de la gauche , car ils se rangent à droite et à gauche par ancienneté , en sorte que les plus anciens sont le plus près du roi , et ainsi de suite jusqu'aux deux derniers qui ferment le banc , où , dès qu'ils sont tous ussis , le roi^ se couvre et tous les chevaliers en méine temps, grands ou non, et demeurent couverts pendant toute la cérémonie. Le chancelier et les autres grands officiers de Tordre s'asseyent aussi en même temps sur un banc de bois nu et sans tapis , placé vis-à-vis du roi, au bas bout à la fin des bancs des chevaliers , et ne se couvrent point pendant toute la cérémonie. C'est ainsi que j'y vis toujours le marquis de Grimaldo. La reine, la princesse des Asturies, leurs dames et leurs grapds officiers, excepté le prince pio, chevalier de la Toison, virent la cérémonie debout, en voyeuses , et arrivèrent en même temps que I9 roi. Je la vis de même avec beaucoup de seigneurs vis*à-vis d'elle, fort proches, et la vtmes très-bien» Elle est asses longue, je vais tâcher dii l'expliquer. L'heure fut dopinée peur le.... ',

Le duc de Liria, accompagné du prince de Masseran, aussi chevalier de la Toison, vint me prendre avec mon fils aîné dans soq carrosse, attelé de quatre parfaitement beaux cbevaujp de Naples , et se mirent tous deux sur le devant , quoi que mon fils et moi pûmes faire. Mais ces beaux Napolitains, qui sont extrêmement fantasques , ne voulurent point démarrer. Coups de fouets redoublés, cabrioles, ruades, fureurs, prêts À tous moments à se renverser. Cependant Theure se passoit, et je priai le due de Liria que nous nous missions dans mon carrosse jpour ne pas

4, LHieawett laissa «A l^laoe daw le iijai|Uiorii«

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faire attendre le roi et tout le monde. J*eiis beau lui dire que cela ne pouvoit nuire à sa fonction de parrain , puisque nous étions dans son carrosse , et que ce n'étoit que par la force de la nécessité que nous en prendrions un des miens, il ne voulut jamais y entendre. Ce manège dura une demi-heure entière, au bout de laquelle les chevaux consentirent enfin à partir.

Tout mon cortège nous accoropagnoit et suivoit , comme à ma première audience et comme à la couverture de mon second fils. Je voulois toujours faire voir aux Espagnols le cas que je faisois des grâces du roi d'Espagne et des honneurs de leur cour. Au milieu du chemin la fantaisie reprit aux chevaux de s'arrêter et de recommencer leur manège ; moi à insister de nouveau à changer de carrosse , et le duc de lAria à n'en point vouloir ouïr parler. Cette pause néanmoins fut bien moins longue ; mais comme nous partions vint un message du roi dire qu'il nous attendoit. Enfin nous arrivâmes , et dès que le roi en fut averti , il sortit, prit ses colliers de la manière que j'ai expliquée , traversa une pièce , entra dans une autre fort grande , où le chapitre étoit disposé. Il alla droit se mettre dans son fauteuil , et en même temps les chevaliers sur leurs bancs, en leur rang, comme je l'ai expliqué, et Grimaido sur le sien , seul des grands officiers et pas un des petits , ainsi je n'ai point vu où ni comment ils se placent.

Pendant qu'ils se plaçoient, la reine, la princesse des Asturies, les

infants et leur suite s'allèrent mettre debout où le chiffre le marque, et

moi avec tout ce qui m'avoit suivi , où le chiffre le marque , avec une

^vingtaine de seigneurs, et quelque peu de voyeurs se tinrent éloignés

dans le bas de la salle par où nous étions entrés.

Tout ce que je viens de dire arrivé et rangé, la porte vis-à-vis du roi, par laquelle nous étions tous entrés, fut fermée, et mon fils aîné demeuré dehors avec beaucoup de gens de la cour. Alors le roi se couvrit et tous les chevaliers en même temps, sans qu'il le leur dU ni leur en fît signe , et en cet état le silence dura un peu plus d'un porter. Ensuite le roi proposa le vidame de Chartres pour être reçu dans l'ordre, mais en deux mots. Tous les chevaliers se découvrirent, s'inclinèrent sans se lever, et se couvrirent. Tout ce qui étoit spectateur, et la reine même, qui n'avoit point de siège près d'elle, n'étoient là que comme n'y étant pas, parce que le chapitre doit être secret, et n'y avoir personne que les chevaliers. Ainsi je ne fis aucune révérence qu'à la reine, qui eut la bonté de me faire des signes de compliments et de satisfaction. Après ce silence, le roi appela le duc de Liria, qui se découvrit et s'approcha du roi avec une révérence, qui lui dit sans se découvrir : AlUf voir si le vidame de Chartret ne serait point iH quelque part. Le duc de Liria fit une révérence au roi sans en faire aux chevaliers , quoique découyerts en même temps que lui, sortit et la porte fut refermée , et les chevaliers couverts. Il sera souvent parlé de révérences; mais il faut entendre toutes celles'ci, ainsi que les deux que le duc de Liria venoit de faire, des mêmes révérences qui se font ici aux réceptions des chevaliers du Saint-Esprit et en toutes les grandes cérémonies.

Le duc de Liria demeura près d'un demi-quart d'heure dehors, parce

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