RÉCEPTION
qu'il est censé que le nouveau chevalier i^ore la proposition qui se fait de lui, et que ce n'est que par un pur hasard qu'on le trouve quelque part dans le palais, ce qui ne se peut faire si promptement. Si on avoit des habits de la Toison en Espagne, ce chapitre ne seroit que préliminaire , et il y en auroit un second , au bout de quelque temps , à la porte duquel le chevalier admis se trouveroit et seroit introduit par son parrain aussitôt que le chapitre seroit assis en place. Le duc de Liria rentra et aussitôt la porte fut refermée , et de la même façon qu*il s'étoit approché du roi, il lui dit que le vidame de Chartres étoit dans Tautre pièce.
Le roi lui ordonna d'aller demander au vidame s'il vouloit accepter l'ordre dé la Toison d'or et y être reçu , et pour cela s'engager à en observer les statuts, les devoirs, les cérémonies, en prêter les serments et se Soumettre à tous les engagements que promettent tous ceux qui y sont reçus, et les promettre; enfin de se comporter en tout comme un bon, loyal, brave et vertueux chevalier. Le duc de Liria se retira et sortit comme il avoit fait la première fois. La porte se ferma. Il fut un peu moins dehors, puis rentra. La porte se referma, et il se rapprocha du roi comme les autres fois , et lui apporta le consentement et le remercîment du vidame. Hé biein ! répondit le roi , allez le cher' cher et l'amenex. Le duc de Liria se retira comme les autres fois, sortit et aussitôt rentra, ayant mon fils à sa gauche. La porte ouverte, le demeura et entra qui voulut , et se jeta où il put pour voir la cérémonie.
Le duc de Liria entra au chapitre, suivi de mon fils, par l'endroit du chiffre marqué , et le conduisit aux pieds du roi , puis alla s'asseoir à sa place. Mon fils s'étoit doucement incliné à droite et à gauche, entrant dans le parterre , aux chevaliers ; et après avoir fait au milieu du parterre une inclination profonde, s'alla mettre à genoux devant le roi, sans quitter son épée , ayant son chapeau sous le bras et sans gants. Les chevaliers, qui s'étoient tous découverts à l'entrée du duc de Liria, se couvrirent lorsqu'il s'assit, et le prince des Asturies aussi, qui se découvrit et se couvrit toujours comme eux. Le roi répéta à mon fils les mêmes choses un peu plus étendues qu'il lui avoit fait dire par le duc de Liria, et reçut sa promesse sur chacune, l'une après l'autre. Ensuite un sommelier de courtine, qui étoit debout, en rochet, derrière la table, présenta au roi, par derrière, entre la table et sa chaise, un grand livre ouvert , où étoit un long serment que mon fils prêta au roi , qui avoit le livre ouvert sur ses genoux , et le serment sur d'autres papiers en français, sur le livre. Cela fut assez long. Ensuite mon fils baisa la main du roi , qui le fit lever et passer devant la table directement sans révérence, au milieu de laquelle il se mit à genoux, le dos au prince des Asturies , vis-à-vis lé sommelier de courtine , qui lui montra la table entre deux , ce que et comment il falloit faire. Il se mit À genoux. Il y avoit sur cette table un grand crucifix de vermeil sur un pied , un missel ouvert à l'endroit du canon , un évangile de saint Jean , et des papiers de promesses et d'atitres de serments à faire et à lire en françois, mettant la mam tantôt sur le canon, tantdt sur l'évangile.
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Gela fut encore long; puis , sans détour ni référence , il rerint se mettre à genoux devant le roi.
Alors le duc del Arco , grand écuyer , et Valouse , premier écuyer , qui n^eurent la Toison que depuis, et qui étoient auprès de moi, partirent, le duc le premier, Valouse derrière lui, portant sur ses deux mains, avec un grand air d'attention et de respect, Tépée du grand capitaine, qui est don Gonzalve de Gordoue , qu'on n'appelle point autrement. Us firent à pas comptés le tour par derrière le banc des cheyaliers de la droite , tournèrent par derrière celui du marquis de Grimaldo , entrèrent dans le chapitre par où le duc de Liria étoit entré avec mon ôls , eoulèrent en dedans le long du banc des cheyaliers à gauche, sans réyérence , mais le duc s^nclinant , et Valouse sans aucune inclination , k cause du respect de l'épée; mais les grands ne s'inclinèrent point. Le duc , en arrivant entre le prince des Asturies et le roi, se mit à genoux, et Valouse derrière lui. Quelques moments après, le roi leur fit signe, Valouse tira Tépée du fourreau, le mit sous son bras, prit l'épée nue par la lame vers le milieu , en baisa la garde et la présenta au duc del Arco, toujours tous deux i genoux. Le duc la prit un peu au-dessus de ses mains, baisa la garde, la présenta au roi, qui, sans se découvrir, en baisa le pommeau , prit la garde des deux mains , la tint quelques moments droite; puis d'une main, mais presque aussitôt des deux, en frappa trois fois alternativement chaque épaule de mon fils, en lui disant : Par saint Georges et saint Andréa je vous fais chevalier. Et les coups tomboient assez pesamment par le grand poids de l'épée. Pendant que le roi en frappoit, le grand et le premier écuyer étoient toujours à genoux en la même place. Elle fut rendue comme elle avoit été présentée et baisée de même. Valouse la remit dans le fourreau ) après quoi le grand écuyer et lui se levèrent, et s'en allèrent comme ils étoient venus.
Gette épée, avec sa poignée , avoit plus de quatre pieds, la lame large en haut de quatre gros doigts , épaisse à proportion , diminuant de lar* geur^et d'épaisseur insensiblement jusqu'à la pointe, qui étoit fort fine, La poignée me parut d'un vieux vermeil travaillé, longue et fort grosse, ainsi que le pommeau; la croisière longue et les deux bouts larges, plats, travaillés, point de branche. Je Texaminai fort, et je ne la pus lever en l'air d'une main , encore moins la manier avec les deux que fort difficilement. On prétend que c'est l'épée dont se servoit le grand capitaine, avec laquelle il avoit tant remporté de victoires.
j'admirai la force des hommes de ces temps, à quoi l'habitude de jeunesse faisoit, je crois, beaucoup. Je fus touché d'un si grand honneur fait à sa mémoire, que son épée fût devenue l'épée de l'Etat, et que, jusque par le roi môme, il lui fût porté un si grand respect. Je répétai plus d'une fois que si j'étoisle duc de Sesse,qui en descend directement par femme, car il n'y en a plus de mâles, il n'y a rien que je ne fisse pour obtenir la Toison , afin d'avoir l'honneur et le plaisir sensible d'être frappé de cette épée, et avec un si grand respect pour mon ancêtre. Tout grand capitaine qu'il fût , il ne chassa les François du royaume de Naples que par )a perfidie la plus insigne et la plus sacrilège; et quand
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ton maître, plus perfide que lui encore , n'en eut plus besoin, il le retira en Espagne, où, en arrivant, jaloui et soupçonneux de l'honneur si sin-» gulier, on peut dire si étrange, après œ qu'il avoitfait aux François, que Louis XII lui fit de le faire manger à sa table au dîner qu'il donna à Ferdinand le Catholique et à Germaine de Foix, que Ferdinand venoit d'épouser en secondes noces , à Tentrevue de Savone , ce prince ingrat , en arrivant en Espagne, Taceabla de tant de dégoûts qu'il le força de sa retirer loin de sa cour , où il mourut bientôt après de chagrin. Mais revenons à la cérémonie après cette petite digression qui m'a si natu* rellement échappé.
L'accolade donnée par le roi après les coups d'épée, nouveaux serments prêtés à ses pieds, puis devant la table, comme la première fois, et ce dernier encore plus long, après quoi mon fils revint se mettre à genoux devant le roi, mais sans plus rien dire. Alors Grimaldo se leva, et sans révérence sortit du chapitre par sa gauche , coula par derrière le banc droit des chevaliers, prit le collier de la Toison, qui étoii étendu au bout de la table. En ce moment le roi dit à mon fils de se lever et de demeurer debout en la même place. En même temps le prince des Asturies et le marquis de Yillena se levèrent aussi et s'approchèrent de mon fils, tous deux couverts, et tous les autres chevaliers demeurant assis et couverts. Alors Grimaldo , passant entre la table et le siège vide du prince des Asturies ; présenta debout le collier au roi , qui le yani à deux mains, et cependant Grimaldo, passant par derrière le prince des Asturies , s'alla mettre derrière mon fils. Dès qu'il y fut, le roi dit à mon fils de s'incliner fort bas sans se mettre à genoux , §t dans ce mo« ment le roi s'allongeant sans se lever , lui passa le collier et le fit se re-^ dresser aussitôt, et prit le collier par devant, tenant seulement le mouton. En môme temps le collier lui fut attaché sur l'épaule gauche par le prince des Asturies, sur l'épaule droite par le marquis de Yillena, par derrière par Grimaldo , le roi tenant toujours le mouton.
Ouand le collier fut attaché , le prince des Asturies , le marquis de Villena et Grimaldo, sans faire de révérence, ni qu'aucun chevalier se découvrit, allèrent se rasseoir en leurs places, et dans le môme moment mon fils se mit à genoux devant le roi et lui baisa la main. Alors le duc de Liria^ sans révérence, découvert, sans qu'aucun chevalier se décour vrît, vint se mettre devant le roi, à la gauche, à côté de mon fils, et tous deux firent la révérence au roi, se tournèrent devant le prince des Asturies, lui firent la révérence , qui se leva en pied, et fit l'honneur ^ mon fils de l'embrasser, et dès qu'ils furent rassis lui firent la révérence; puis se tournèrent devant le roi, lui firent Ia révérence, après devant le marquis de Villena, lui firent la révérence « qui se leva et embrassa mon fils, et se rassit, et ils lui firent la révérence; de U, se tournèrent devant le roi, à qui ils firent la révérence; puis devant le chevalier à cjté du prince des Asturies, lui firent la révérence, qui se leva et embrassa mon fils et se rassit, lui firent la révérence , puis se tournèrent devant le roi , lui firent la révérence ; allèrent devant le chevalier à côté du marquis de Villena , lui firent la révérence , qui se leva et embrassa mon fils et se rassit, lui firent la révérence, et aijisi à