RÉVÉRENCES ET EMBRASSADES
droite et à gauche, alteroativement , les mêmes cérémonies jusqu'au dernier chevalier ; après quoi mon fils s'assit à côté , joignant et après le dernier cheyalier , et se couvrit , et le duc de Liria retourna à* sa place.
Pendant cette cérémonie des révérences si étourdissante pour ceux qui la font , le chevalier qui la reçoit et qtfi embrasse se découvre dès qu'ils sont devant lui , ne se lève que leur révérence faite , n'en fait point et reçoit assis la seconde révérence , après quoi il se couvre ; tous les autres chevaliers ne se découvrent point. Le prince des Asturies observe ce qui vient d'être remarqué , tout comme Us autres chevaliers. Mon fils , assis, couvert et en place dans le chapitre, le roi demeura plus d'un bon credo dans son fauteuil , puis se leva , se découvrit , et se retira dans son appartement comme il étoit venu. J'avois averti mon fils de se presser d'arriver devant le roi à la porte de son appartement intérieur. Il s'y trouva à temps et mol aussi , pour lui baiser ia main et lui faire nos remercîments, qui furent fort bien reçus. La reine y arriva, qui nous combla de bontés. Il faut remarquer que la cérémonie de l'épée et de l'accolade ne se fait point à ceux qui , ayant déjà un autre ordre , l'ont ou sont censés l'avoir reçue , comme sont les chevaliers du Saint-Esprit et de Saint-Michel , et les chevaliers de Saint-Louis.
Leurs Majestés Catholiques retirées , nous nous retirâmes aussi chez moi, où il y eut un fort grand dîner. L'usage est, avant la réception, de visiter tous les chevaliers de la Toison, et lorsque le jour en est pris, de retourner chez tous les convier à dîner pour le jour de la cérémonie, où le parrain se trouve avec l'autre chevalier dont il s'est accompagné, les invite encore au palais avant d'entrer au chapitre, et aide au nouveau reçu à faire les honneurs du repas.- J'avois mené mon fils faire toutes ces visites. Presque toUs les chevaliers vinrent dîner chez moi, et beaucoup d'autres seigneurs. Le duc d'Albuquerque, que je voyois assez souvent , et qui s'étoit excusé du repas de la couverture de mon fils, sur ce qu'il s'étoit ruiné l'estomac aux Indes, me dit qu'il ne pouvoît me refuser deux fois, à condition que je lui permettrois de ne maoger que du potage , parce que les viandes étoient trop solides pour lui. Il vint donc et en mangea de six et assez raisonnablement de presque tous. Il se fit après des apprêtes de son pain , qu'il trempoit légèrement dans tout ce qu'on servit de ragoûts à sa portée, desquelles il ne mangeoit que l'extrémité , et trouvoit tout cela fort bon. Il ne buvoit que peu de vin avec de l'eau. Le dîner fut gai malgré le grand nombre. Tai déjà remarqué que les Espagnols, si sobres, mangeoient autant et plus que nous chez moi, et avec goût, choix et plaisir; mais sur la boisson, fort modestes. Voici les noms de ceux qui , en tous pays , étoient alors chevaliers de la Toison d'or d'Espagne.