‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 143 sur 200 · DE CHEVALIERS DE LA TOISON ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

DE CHEVALIERS DE LA TOISON ESPAGNOLS

leurs commanderies n'étant plus, un obstacle pour la Toison et pour le Saint-Esprit , ces deux ordres devinrent l'objet du désir et de Pespérance de tout ce qui , à la cour ou dans le service d'Espagne , se flatta d'y pouvoir parvenir. Et comme cette grande affaire ne venoit que d'être consommée à Rome lorsque j'arrivai en Espagne , je ne trouvai aussi que ce peu de chevaliers espagnols et ce grand nombre de colliers va< cants , qui peu à peu furent presque tous bientôt remplis.

Cette autorité qu'on avoit laissé prendre aux papes sur l'ordre de là Toison fournit aux Espagnols une occasion de mortifier Maulevrier, qu'ils haissoient avec raison, et qu'ils ne ménageoient pas plus qu'ils n'en étoient ménagés , d'autant plus désagréable que ce fut contre tout exemple. Il fut nommé chevalier de la Toison dès que les mariages furent déclarés et avant que je partisse de Paris. Il étoit commandeur de Tordre de Saint-Louis. Ce fut là-dessus que les Espagnols l'arrêtèrent tout court. Ils prétendirent cet ordre incompatible avec celui de la Toison, et qu'il ne la pouvoit recevoir que par une dispense du pape. Maulevrier , avare , qui vit que cette dispense lui coûteroit de l'argent et du temps, se récria contre cette chicane. Il allégua le grand nombre de chevaliers du Saint*Esprit, et qui étoient aussi chevaliers de Saint- Louis , à quoi on n'avoit point objecté cette difficulté pour recevoir la Toison. Il leur présenta même, dans la propre espèce dans laquelle il se trouvait , l'exemple de MM. de Brancas et d'Asfeld , commandeurs de l'ordre de Saint-Louis, comme il l'étoit, à qui on n'avoit point proposé cette chicane. L'exemple étoit existant et péremptoire. Les Espagnols dirent que , si on s'étoit trompé à leur égard , ce n'étoit pas une raison de continuer cette erreur, et ne se cachèrent pas en même temps que ce n'étoit qu'une invention pour lui faire de la peine. Il se plaignit , il cria, il s'adressa au roi d'Espagne, il n'en fut autre chose malgré sas raisons sans réplique. Il lui fallut recourir à Rome, y payer, en essuyer les lenteurs, qui depuis six mois duroient encore , et que les Espagnols prenoient plaisir à allonger. Cette niche et quelque chose de plus ne le raccommoda pas avec eux ni eux avec lui, mais le contre-coup en tomba sur La Fare, qui n'y avoit rien de commun , et à qui les Espagnols ne se seroient pas avisés de faire cette malice. Mais il étoit chevalier de Saint-Louis, et la difficulté qui accroehoit la réception de Maulevrier dans l'ordre de la Toison d'or ne permit pas que La Fare , dans le même cas que lui , y fût reçu sans dispense , tellement qu'il s'en retourna près d'un mois avant moi à Paris , où il ne put recevoir la Toison que quelques mois après, des mains de M. le duc d'Orléans, par commission du roi d'Espagne.

Deux jours après que mon fils aîné eut reçu la Toison , il prit congé de Leurs Majestés Catholiques, etc. , et partit pour Paris avec l'abbé de Mathan , qui voulut bien nous faire l'amitié de s'en aller avec lui. Ils passèrent par l'Escurial, qu'ils n'avoient point vu^ chargés des lettres du roi d'Espagne, du nonce, de Grimaldo, pour le prieur du monastère^ afin qu'ils fussent bien reçus et qu'on leur fit tout voir« Cela fut en effet très-bien exécuté*,' mais l'appartement où Philippe II mourut, leur demmmi > oeoune à sioi , inaccessible ; et pour le pourrissoir , ïiê-ï» purtat

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