‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 146 sur 200 · VOYAGE TRES-SOLITAIRE À BALSAÏRI · texte numérisé non relu

VOYAGE TRES-SOLITAIRE À BALSAÏRI

couverts. Grimaldo , arrivé devant le marquis de [Bedmar], fit ayec les deux autres la révérence, que le marquis de Santa-Cruz D^avoit poiat du tout faite, à cause de l'embarras de porter le prince, et présenta à Hontalègre l'éperon pour le pied droit , et au duc del Arco l'éperon pour le pied gauche, que ces deux seigneurs chaussèrent ou attachèrent comme ils purent, et que peu de moments ensuite ils lui ôtèrent, après - quoi le piarquis de Santa-Cruz se rapprocha et prit le petit prince entre ses bras, et s'en retourna comme il étoit venu. Quand le marquis de Bedmar l'eut à peu près vu près de rentrer dans la sacristie, il se découvrit, se leva, s'inclina aux chevaliers, qui se découvrirent et se levèrent en même temps que lui , et chacun s'en alla sans cérémonie.

Ce qui me surprit au dernier point fut la paix et la tranquillité d'un enfant de ce petit âge , qui , accoutumé à ses femmes , se trouva là sans pas une au milieu de tous visages à lui inconnus et bizarrement vêtus, se laisser porter, mettre sur les genoux, se laisser affubler d'un manteau , manier les pieds ou au moins leur voisinage, puis remporter sans jeter un cri ni une larme , et regarder tout ce monde inconnu sans frayeur et sans impatience.

Le lendemain 9 , le roi et la reine seuls s'en allèrent pour quatre jours en relais à Balsaïm, uniquement accompagnés du duc del Arco, du marquis de Santa-Cruz, du comte de San-Estevan de Gormaz, capitaine des gardes en quartier *, de Yalouze , de la princesse de Robecque , dame ' du palais -, de la nourrice de la reine , et d'une seule camériste. Je les vis partir assez matin , et fort peu après dîner je me mis en marche par la ville, pour commencer mes adieux, comptant prendre congé de Leurs Majestés Catholiques fort peu de jours après leur retour de Balsaïm.

Dans la première que je fis , par laquelle on savoit chez moi que je derois commencer , on vint m'avertir de l'arrivée d'un courrier qui m'étoit annoncé depuis longtemps et toujours différé parce qu'il devoit m'apporter des réponses et des ordres sur plusieurs choses auxquelles le cardinal Dubois n'avoit jamais le temps de travailler. Je m'en revins donc chez moi tout court. Je trouvai d'abord une lettre du cardinal Dubois , qui m'envoyoit une relation de tout ce qui s'étoit fait à Paris à l'arrivée de l'infante , et des fêtes qui l'avoient suivie , pour la présente , et la faire valoir au roi et à la reine d'Espagne ; une boîte de lettres de toute la maison d'Orléans sur le mariage de la princesse des Asturies, qui étoient bien tardives ; et ce que j*attendois avec impatience, la lettre de. remercîment de M. le duc d'Orléans au roi d'Espagne, sur les grâces que j'en avois reçues , et celles du cardinal Dubois sur le même sujet au P. Daubenton et au marquis de Grimaldo. Il y en avoit des mênîes aux mêmes à part sur la Toison de La Fare, Rien dans ce" paquet, ni dans un autre, dont je vais parler, de tout ce qui me devoit être envoyé sur les affaires que le cardinal m'annonçoit , et du délai de quoi il s'excusoit tous les ordinaires.

L'autre paquet étoit celui qui avoit fait dépêcher le courrier. Le cardinal Dubois entretenoit toujours le cardinal de Rohan de l'espérance de le faire bientôt déclarer premier ministre, comme il lui en avoit donné parole , à laquelle , comme on l'a vu ici en son te^ps , le cardinal

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