MANÈGE DU CARDINAL DUBOIS
de Kohan avoit eu la sottise d'ajouter une telle foi qu'il en avoît donné part au pape et à plusieurs cardiDaux en partant de Rome , où la chose étoit devenue publique, et où on ne s'étoit pas trouvé si crédule que lui. Dubois^ quoique secrétaire d'État des affaires étrangères, et déjà le maître de toutes , s'étoit modestement abstenu d'entrer dans le conseil de régence depuis son cardinalat , quoiqu'il y entrât toujours auparavant. Il ne se sentoit pas assez fort tout seul pour hasarder le combat de préséance. C'étoit un poulet trop nouvellement éclos , qui traînoit encore sa coque. Il fit donc entendre au cardinal de Rohan qu'il falloit commencer par être ministre avant d'être premier ministre , et qu'il étoit temps qu'il demandât au régent d'entrer au conseil de régence, qui, en arrivant de Rome, où il avoit, disoit-il, si grandement servi , n'oseroit l'en refusef , en l'assurant , de plus, qu'il feroit réussir la chose. Rohan étoit le pont dont Dubois se vouloit servir pour y entrer lui-même , peu en peine après de s'en défaire quand il le voudroit. Ainsi , mettant Rohan en gabion devant lui, il n'avoit plus à craindre les mépris personnels, les comparaisons odieuses , les brocards de ceux qui se trouveroient indignés de lui céder. La dispute s'adresseroit en commun , et le cardinal de Rohan étant son ancien , tout le personnel disparoissoit nécessairement, dont rien n'étoit applicable au cardinal de Rohan, duquel il feroit le plastron de la querelle, et lui, modestement derrière lui, n'auroit qu'à profiter du triomphe qu'il procureroit au cardinalat. C'est en effet ce qui arriva.
Comme j'étois , Dieu merci , à trois cents lieues de cette scène , je ne rapporterai point ce qui se passa. Les ducs furent tondus à leur ordinaire ; mais ceux qui étoient du conseil de régence cessèrent d'y entrer ainsi que le chancelier. Ce qu'il y eut de plaisant , fut que les maréchaux de France qui en étoient en sortirent aussi, dont pas un jusqu'alors n'avoit imaginé de disputer rien aux cardinaux. C'est ce dont Dubois fut ravi. Il prit cette fausse démarche aux cheveux pour persuader au régent que cette prétention commune contre les cardinaux étoit uniquement prétexte , et réellement cabale contre lui et contre son gouvernement. Ce courrier me fut donc dépêché pour m'instruire de cet événement, et la lettre que le cardinal Dubois m'écrivit là- dessus ne peut s'extraire et mérite d'être rapportée ici toute entière , pour y remarquer tout Vart de ce venimeux serpent.
a Paris, 2 mars 4722.
o^n vous aura rendu compte , sans doute , monsieur, des mouvements qvLu y a eu dans le conseil de régence à l'occasion de la place que Mgr le duc d'Orléans a permis à M. le cardinal de Rohan d'y prendre. » (Dubois Ty prit en même temps , mais il n'en dit rien par modestie.) « S'il ne s'étoit agi que de la préséance entre les cardinaux et les ducs et pairs , je n'aurois pas été fâché que vous eussiez été absent pendant cette contestation. Mais comme ceft& difficulté , dans cette occasion, n'a été qu'un prétexe qu'on n'a pas même dissimulé longtemps, et que c'est une cabale formée et ménagée par un homme (le duc de Noailles) qui n'a pas su se conserver votre estime, et qui ne paroît pas avoir de